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Pompéi détruite par le Vésuve en 79 après J.-C. : les fouilles révèlent que des habitants sont revenus vivre dans les ruines

Pompéi détruite par le Vésuve en 79 après J.-C. : les fouilles révèlent que des habitants sont revenus vivre dans les ruines

Longtemps figée comme une ville morte d’Italie, Pompéi révèle aujourd’hui une histoire inattendue : celle de vies reprises au milieu des cendres.

De nouvelles fouilles menées dans le parc archéologique de Pompéi, en Campanie (sud de l’Italie), montrent que la cité ensevelie par le Vésuve en 79 après J.-C. n’a pas été totalement abandonnée après la catastrophe. Selon un article de CNN, des habitants, survivants et migrants de passage, seraient revenus s’installer dans les ruines pendant plusieurs siècles, transformant le paysage figé que connaissent les visiteurs en un lieu de survie précaire et de lente reconquête.

Une « capsule temporelle » qui cache une autre histoire

Aux yeux du grand public, Pompéi reste l’image d’une ville romaine arrêtée net en 79 après J.-C., ses rues et ses corps figés sous un épais manteau de cendres. Ce récit est si puissant qu’il a, selon le directeur du parc archéologique de Pompéi, Gabriel Zuchtriegel, « monopolisé la mémoire » de la cité antique.

Les recherches récentes montrent que Pompéi n’est pas seulement une ville morte, mais aussi le théâtre d’un retour à la vie au milieu des ruines.

Les nouvelles données, issues de fouilles menées dans un secteur appelé Insula Meridionalis, au sud du site, bousculent ce tableau. Les archéologues y ont mis au jour des objets et des aménagements clairement postérieurs à 79 après J.-C., attestant d’une occupation humaine durable jusqu’au Ve siècle.

Des traces d’occupation longtemps balayées

Gabriel Zuchtriegel, archéologue et coauteur de l’étude publiée le 6 août dans une revue spécialisée sur les fouilles de Pompéi, explique que ces indices de réoccupation étaient déjà connus, mais largement négligés.

Il rappelle qu’« dans l’enthousiasme pour atteindre les niveaux de 79, avec leurs fresques et leurs décors préservés, les faibles traces de réoccupation ont souvent été éliminées sans documentation ». Autrement dit, les couches archéologiques postérieures à l’éruption ont parfois été vues comme un obstacle à l’accès au « trésor » de la ville de 79, plutôt que comme un objet d’étude à part entière.

Grâce aux nouvelles méthodes de fouille et à une attention accrue portée à toutes les strates, l’image se précise. Zuchtriegel décrit ce Pompéi d’après 79 comme « moins une ville qu’un agglomérat précaire et gris, une sorte de campement, une favela au milieu des ruines encore reconnaissables de l’ancienne Pompéi ».

Insula Meridionalis : un quartier de survie

Les fouilles de l’Insula Meridionalis offrent un aperçu concret de cette vie au milieu des décombres. Les archéologues y ont étudié un bâtiment dont certaines voûtes ne se sont effondrées qu’entre le IIe et le IVe siècle. Cela signifie que, pendant longtemps, une partie des pièces de stockage est restée accessible au-dessus du niveau des cendres.

Ces anciens rez-de-chaussée, enfouis par l’éruption, sont alors devenus des caves et des sous-sols où les occupants plus tardifs ont installé fours, moulins et foyers. Des fragments de céramique, des récipients de cuisine et même des éléments de marbre réemployés montrent un usage intensif de matériaux de récupération.

Les habitants ont transformé des pièces de stockage romaines en caves, cuisines et ateliers improvisés, recyclant briques, tuiles et marbres.

Des escaliers sommaires, construits avec des tuiles et des morceaux de marbre réutilisés, ont permis d’exploiter ces espaces semi-enterrés. Les archéologues ont aussi mis au jour un four à pain de type familial, installé à l’intérieur d’une ancienne citerne romaine, toujours avec des matériaux récupérés.

Une occupation durable, pas un simple passage

Les objets trouvés plaident pour une présence relativement stable, et pas seulement pour des incursions ponctuelles. Zuchtriegel souligne que la nature du mobilier – vaisselle, lampes, équipements domestiques – indique des gens installés, organisant leur quotidien sur place.

Parmi les découvertes marquantes, les chercheurs ont identifié :

  • des céramiques et ustensiles de cuisine datés du Ve siècle ;
  • une lampe en céramique décorée d’un symbole chrétien précoce ;
  • un petit four à pain familial bâti dans une citerne antique ;
  • une monnaie à l’effigie de l’empereur Marc Aurèle, datée de 161 après J.-C.

Cette pièce de monnaie indique qu’un retour de population a eu lieu quelques décennies seulement après la catastrophe de 79. L’étude estime que la zone est restée habitée jusqu’à l’éruption dite de Pollena, en 472, qui a à nouveau frappé le Vésuve. D’autres éruptions, au début du VIe siècle, ont ensuite achevé de fragiliser une économie déjà très affaiblie.

Pour les auteurs de l’étude, ces nouvelles éruptions ont probablement porté un coup fatal à des communautés déjà précaires dans la région du Vésuve.

Une vie rudimentaire au milieu des cendres

Loin de l’image de domus luxueuses figées dans le temps, cette Pompéi tardive apparaît comme un espace de survie. Selon Zuchtriegel, même si l’occupation n’était pas seulement temporaire, la vie y restait « assez basique ». Une latrine a été identifiée, sans doute destinée à ceux qui s’occupaient de la cuisson du pain, mais la plupart des conforts de la vie romaine du Ier siècle avaient disparu.

Les habitants ont dû composer avec un paysage recouvert de cendres. Les auteurs de l’étude évoquent des survivants et des personnes n’ayant « nulle part ailleurs où aller », revenant dans les ruines à la recherche de restes de leurs maisons ou d’objets récupérables. Dans ce travail de fouille improvisée, ils ont parfois remonté des restes de victimes, comme le squelette d’un cheval retrouvé coincé entre deux poutres dans le secteur de l’Insula Meridionalis.

Une végétation nouvelle s’est lentement installée. Les occupants ont creusé des puits pour atteindre la nappe phréatique en dessous de la couche de cendres, signe d’une adaptation durable à un environnement transformé. Des indices archéologiques attestent aussi qu’ils ont enterré leurs propres morts, notamment un nouveau-né inhumé sur le site pendant cette phase de réoccupation.

Autorités romaines et contrôle des ruines

Les auteurs rappellent que cette réoccupation ne s’est pas faite dans un vide politique. D’après les sources antiques citées dans l’étude, des magistrats romains ont été envoyés sur place après l’éruption pour limiter les pillages et éviter une situation d’anarchie totale dans la ville ensevelie.

L’empereur Titus, qui a régné de 79 à 81 après J.-C., a dépêché deux consuls dans la région de Campanie, où se trouve Pompéi. Leur mission : organiser l’aide, évaluer les dégâts et redistribuer les biens des victimes mortes sans héritiers. Selon Zuchtriegel, l’empereur aurait aussi débloqué des fonds pour soutenir les survivants, et un texte laisse même entendre qu’il serait venu à Pompéi après l’éruption.

Ce que révèlent ces fouilles sur la société romaine

Pour Daniel Diffendale, chercheur à la Scuola Normale Superiore de Pise, cité par CNN, ces découvertes montrent que l’archéologie contemporaine ne consiste plus à rechercher des « trésors », mais à lire les moindres traces dans les sédiments pour comprendre les relations entre tous les vestiges matériels.

Les nouveaux indices témoignent d’une habitation stable après l’éruption, avec des gens qui se taillent des logements dans des espaces utilitaires, loin des grandes maisons à atrium.

Diffendale rappelle que des indices d’activité humaine postérieurs à 79 existaient déjà, mais que cette étude fournit un degré de détail inédit. Il souligne aussi que ces occupations tardives donnent un aperçu de populations peu visibles dans Pompéi avant l’éruption : des couches sociales modestes, qui ne vivaient pas dans les demeures les plus riches.

Un autre spécialiste, Marcello Mogetta, responsable d’un département universitaire d’archéologie aux États-Unis et engagé sur un projet voisin de la zone étudiée, estime que ce travail éclaire « l’après-vie » de la ville romaine. Il y voit une démonstration de la résilience des habitants de la région du Vésuve et de leur rôle actif dans la lente reprise économique du secteur sur des périodes longtemps marginalisées par l’historiographie.

Une « ville invisible » qui commence à apparaître

Les auteurs de l’étude parlent d’une « ville invisible » de Pompéi après 79, qui commence seulement à être étudiée. Zuchtriegel compare le travail des archéologues à celui de « psychologues de la mémoire enfouie dans le sol ». Selon lui, ces recherches font remonter à la surface des pans entiers d’histoire effacés ou jugés moins dignes d’intérêt que la catastrophe de 79.

Cette approche élargie ne change pas seulement la chronologie de Pompéi. Elle oblige aussi à considérer les sites archéologiques comme des lieux aux vies multiples, où ruine ne rime pas forcément avec abandon immédiat. Des espaces considérés comme « figés » peuvent en réalité avoir connu des réoccupations, des réaménagements et des formes de recyclage longtemps passé sous silence.

Période Situation à Pompéi
79 après J.-C. Grande éruption du Vésuve, ensevelissement de la ville
IIe siècle Retour attesté de populations, présence d’une monnaie de 161
IVe-Ve siècles Occupation précaire, fours, caves, symboles chrétiens
472 Éruption de Pollena, nouveau choc pour la région
Début VIe siècle Autres éruptions, probable abandon des derniers établissements

Et en France ? La gestion des sites à risque volcanique

Pour un lecteur français, cette étude met en lumière une question qui concerne aussi l’Hexagone : comment vivent les populations autour des volcans actifs ou potentiellement actifs, et que deviennent les sites frappés par des catastrophes naturelles ?

La France métropolitaine n’a pas de volcan explosif équivalent au Vésuve, mais la chaîne des Puys, en Auvergne, reste un ensemble volcanique jeune à l’échelle géologique. En outre, l’outre-mer compte des volcans actifs comme la montagne Pelée en Martinique ou le Piton de la Fournaise à La Réunion. La gestion du risque volcanique mobilise en France des institutions comme le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) ou des observatoires volcanologiques, qui surveillent l’activité, informent les autorités et contribuent à définir les zones constructibles ou non.

Contrairement à la Pompéi antique, où le retour dans les ruines s’est fait dans un cadre bien plus rudimentaire, l’aménagement des territoires à risque en France repose aujourd’hui sur des plans de prévention, des cartes d’aléas et des règles d’urbanisme. Ces outils visent à éviter que des populations durables ne s’installent dans des zones exposées à un danger immédiat, ou à encadrer très strictement ces installations.

Ce que ces fouilles apprennent sur la reconstruction après une catastrophe

L’histoire de Pompéi après 79 offre un exemple ancien des réactions humaines face à un territoire bouleversé. On y voit à la fois :

  • la force d’attraction d’un lieu familier, même dévasté ;
  • le rôle des autorités (ici l’Empire romain) dans la redistribution des biens et l’organisation de l’aide ;
  • la tendance à réutiliser, recycler, adapter l’existant plutôt que reconstruire entièrement ailleurs.

Pour les archéologues, ces données renseignent aussi sur des notions techniques comme la stratigraphie, c’est-à-dire la lecture des couches de dépôts successives. Chaque niveau de cendres, de gravats, de constructions ou de végétation raconte une phase différente de l’histoire du site. L’apparition de symboles chrétiens, par exemple, aide à dater la réoccupation tardive et à suivre la diffusion de cette nouvelle religion dans la région.

À plus grande échelle, Pompéi post-79 ouvre une réflexion sur la façon dont les sociétés reconstruisent – ou renoncent à reconstruire – après des épisodes extrêmes. Entre ruines réinvesties, économies locales fragilisées et nouvelles menaces naturelles, la ville illustre les arbitrages complexes entre mémoire, besoin de rester et nécessité de partir.

Questions fréquentes

Combien de temps après l'éruption de 79 les habitants sont-ils revenus à Pompéi ?

Selon une monnaie à l'effigie de Marc Aurèle datée de 161 après J.-C. découverte sur place, un retour de population a eu lieu quelques décennies seulement après la catastrophe.

Quels types d'objets les archéologues ont-ils trouvés attestant d'une occupation durable ?

Des céramiques et ustensiles de cuisine du Ve siècle, une lampe en céramique décorée d'un symbole chrétien précoce, un four à pain familial et des restes de mobilier domestique montrent une vie quotidienne organisée, et non un simple passage.

Comment les habitants tardifs ont-ils exploité les ruines romaines ?

Ils ont transformé les anciennes pièces de stockage enfouis sous les cendres en caves et sous-sols, y installant des fours, moulins et foyers. Ils ont aussi recyclé des briques, tuiles et marbres pour construire des escaliers sommaires.

Pourquoi ces traces d'occupation avaient-elles été ignorées avant ?

Les archéologues, enthousiastes pour atteindre les niveaux préservés de 79 avec fresques et décors intacts, ont souvent éliminé sans documentation les faibles traces de réoccupation tardive, les voyant comme un obstacle plutôt que comme un objet d'étude.

Qu'est-ce qui a finalement mis fin à cette réoccupation de Pompéi ?

L'étude estime que l'éruption de Pollena en 472 a marqué la fin de l'occupation, suivie d'autres éruptions au début du VIe siècle qui ont porté un coup fatal aux communautés déjà très affaiblies de la région.

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