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Mallory et Irvine, disparus sur l’Everest en 1924 : une découverte de National Geographic pourrait prouver qu’ils ont vaincu le sommet avant Hillary

Sur le versant nord de l’Everest, au Tibet, une équipe de National Geographic affirme avoir trouvé un indice décisif d’une tragédie vieille de cent ans.

Lors d’un tournage en haute altitude pour National Geographic, des alpinistes et cinéastes sont tombés sur un objet sidérant : une chaussure ancienne, encore enserrant un pied humain, enfoui dans les glaces de l’Everest. Une découverte qui pourrait réécrire l’histoire officielle de l’alpinisme et remettre en cause la primauté d’Edmund Hillary et Tenzing Norgay, rapporte le média américain spécialisé.

Le mystère Mallory-Irvine, pionniers de l’Everest en 1924

Au printemps 1924, l’Empire britannique lance une nouvelle expédition vers le toit du monde. Parmi les alpinistes choisis : George Mallory, étoile montante de l’escalade, et Andrew « Sandy » Irvine, jeune prodige et as de la mécanique. Leur objectif : atteindre pour la première fois le sommet du mont Everest, à 8 848 mètres, par la face nord, côté Tibet.

Les deux hommes sont aperçus pour la dernière fois vivants à quelques centaines de mètres du sommet. Puis plus rien. Ni radio, ni témoin direct, ni trace de leur progression finale. Leur disparition nourrit immédiatement une question obsédante : ont-ils, oui ou non, atteint le sommet avant de mourir ?

Cette interrogation hante les milieux alpins depuis un siècle. Car si Mallory et Irvine ont réussi leur pari, ils auraient précédé de près de trente ans la cordée devenue légendaire d’Edmund Hillary et Tenzing Norgay, arrivés au sommet en 1953.

1999 : le corps de Mallory, une photo manquante et une première énigme

Un tournant survient en 1999. Une expédition dédiée à la recherche des disparus de 1924 découvre le corps remarquablement préservé de George Mallory à environ 26 760 pieds d’altitude, soit un peu plus de 8 100 mètres, sur le versant nord de l’Everest.

La dépouille, figée par la glace, porte des traces de chute. Mais un détail intrigue immédiatement les spécialistes : un objet manque à l’inventaire de ses effets personnels. Mallory gardait toujours sur lui une photo de sa femme, qu’il disait vouloir déposer au sommet. Or elle ne se trouve pas sur son corps.

L’absence de la photo de son épouse sur le corps de Mallory a alimenté l’hypothèse qu’il l’avait laissée au sommet de l’Everest avant de chuter lors de la descente.

Cette simple absence a suffi à alimenter, pendant des années, la thèse d’un sommet atteint puis d’un drame à la descente. Mais aucun élément ne permettait de trancher. Le corps d’Andrew Irvine, lui, restait introuvable, malgré plusieurs tentatives de recherches.

Une chaussure dans la glace : la découverte inattendue de National Geographic

Tout bascule en septembre 2024. Une équipe de tournage de National Geographic, dirigée par le cinéaste et alpiniste Jimmy Chin, descend le glacier central du Rongbuk, sur la face nord de l’Everest. Là, au milieu des glaces, les membres tombent sur un vestige matériel d’une autre époque : une ancienne bouteille d’oxygène, datée de 1933.

Ce premier objet agit comme un signal. Les alpinistes décident alors de fouiller la zone pendant plusieurs jours à la recherche d’autres artefacts. Le pari se révèle payant : ils mettent au jour une vieille chaussure de montagne, intacte, avec un pied humain encore à l’intérieur.

Malgré un siècle passé dans la glace, la botte est suffisamment bien conservée pour que l’équipe y trouve une chaussette portant la mention « A.C. Irvine » cousue à l’intérieur.

Pour les spécialistes, le doute est mince : tout indique qu’il s’agit de la chaussure d’Andrew « Sandy » Irvine, disparu en 1924. Sa famille a été contactée et a fourni un échantillon d’ADN pour comparer avec les restes retrouvés.

Jimmy Chin : « Le premier vrai indice sur ce qui est arrivé à Sandy »

Dans un entretien accordé à National Geographic, Jimmy Chin souligne l’importance de cette découverte pour l’histoire, mais aussi pour les proches du disparu : « C’est le premier véritable indice sur l’endroit où Sandy a fini », explique-t-il. Il rappelle que, face à une disparition sans trace, les familles restent souvent prisonnières d’hypothèses contradictoires.

« Beaucoup de théories ont circulé. Quand quelqu’un disparaît sans aucun élément sur ce qui lui est arrivé, cela peut être extrêmement éprouvant pour les familles », confie Jimmy Chin à National Geographic.

La famille Irvine, dans un communiqué repris par le média américain, se dit « profondément émue » par cette annonce. Elle remercie l’équipe d’alpinistes et de tournage « qui a traité cette découverte avec respect et professionnalisme ».

Peut-on vraiment réécrire l’histoire de la première ascension ?

La question qui passionne déjà les milieux de l’alpinisme est claire : ce pied retrouvé pourrait-il permettre de prouver qu’Irvine et Mallory ont précédé Hillary au sommet ? Pour l’instant, aucun élément matériel direct – appareil photo, notes, témoignage – ne permet d’affirmer qu’ils ont atteint le point culminant de la planète.

En revanche, la localisation exacte de la chaussure, croisée avec la position du corps de Mallory retrouvé en 1999, pourrait aider à reconstituer leur trajectoire finale. Si les analyses de terrain montrent que la chute a eu lieu sur un itinéraire emprunté à la descente, l’hypothèse d’un sommet atteint gagnerait du crédit.

  • Position de Mallory : corps retrouvé vers 8 100 m sur la face nord.
  • Position probable d’Irvine : pied retrouvé sur le glacier central du Rongbuk.
  • Dernière observation : les deux hommes quelques centaines de mètres sous le sommet.

Reste aussi une pièce manquante clé : l’appareil photo d’Irvine. Les historiens espèrent depuis longtemps retrouver ce boîtier, qui aurait pu contenir des clichés du sommet. Jusqu’à présent, il n’a jamais été localisé.

L’enjeu pour la communauté des alpinistes

Pour la communauté montagnarde, au-delà de la « première » historique, cette affaire illustre la fragilité de la mémoire en haute altitude. Les glaciers déplacent lentement les corps et les objets. Le réchauffement climatique, en accélérant la fonte, met aujourd’hui à jour des vestiges cachés depuis des décennies, voire un siècle.

Les recherches autour de Mallory et Irvine s’inscrivent dans ce mouvement : l’Everest livre peu à peu des fragments de son passé, parfois macabres, mais hautement instructifs pour l’histoire de l’alpinisme.

Hillary et Norgay, toujours premiers… officiellement

L’ascension de 1953 reste, à ce jour, la première réussite incontestée de l’Everest. Le Néo-Zélandais Edmund Hillary et le Sherpa Tenzing Norgay atteignent le sommet le 29 mai 1953, lors de l’expédition britannique menée par le colonel John Hunt.

Les deux hommes y restent une quinzaine de minutes. Ils prennent des photographies, laissent des offrandes et redescendent vivants pour raconter leur exploit. Le Royaume-Uni célèbre cette réussite nationale : Hillary est fait chevalier, Hunt est anobli, Tenzing Norgay reçoit notamment la George Medal, une haute distinction britannique, et la Star of Nepal.

Année Cordée Statut de l’ascension
1924 Mallory – Irvine Sommet possible, non prouvé
1953 Hillary – Norgay Première ascension reconnue officiellement

La potentielle avance de Mallory et Irvine, si elle était un jour démontrée, ne retirerait rien à l’exploit technique d’Hillary et Norgay, réalisé avec les moyens de l’époque et validé par des preuves irréfutables. Elle viendrait en revanche nuancer la chronologie officielle de la conquête de l’Everest.

Que devient la découverte sur le versant nord de l’Everest ?

Les restes humains et la chaussure retrouvés par l’équipe de Jimmy Chin ont été remis à l’Association d’alpinisme du Tibet, organisme chinois responsable de la face nord de l’Everest. C’est cette structure qui supervise les expéditions et la gestion des corps retrouvés sur ce versant.

Des analyses doivent maintenant déterminer avec certitude l’identité de la victime, grâce à la comparaison ADN avec le prélèvement fourni par la famille Irvine. Ce travail peut prendre du temps, en raison des difficultés techniques liées à des restes vieux de près d’un siècle.

Si l’ADN confirme qu’il s’agit bien d’Andrew Irvine, les chercheurs disposeront enfin d’un ancrage précis pour reconstituer l’ultime trajectoire de la cordée de 1924.

Ce que cette affaire évoque à un lecteur en France

Pour un lecteur français, cette histoire rappelle plusieurs dossiers de disparitions en montagne, notamment dans les Alpes. En France, c’est souvent le Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) qui gère les secours et les recherches, avec une approche similaire : sécurisation des lieux, récupération de dépouilles lorsque c’est possible, et information des familles.

À l’Everest, le cadre est différent. Les opérations se déroulent à des altitudes extrêmes, sur un territoire partagé entre le Népal (versant sud) et la Chine (versant nord). Côté népalais, la gestion de la montagne implique les autorités locales, des agences de trekking et les communautés sherpas. Côté chinois, l’Association d’alpinisme du Tibet joue un rôle comparable à celui de l’autorité gestionnaire de massif en France, mais dans un environnement bien plus hostile.

Les enjeux humains, eux, restent proches : permettre aux familles d’obtenir des réponses, même des décennies après les faits, et mieux comprendre les risques très particuliers de la très haute altitude.

Pourquoi l’Everest rend les enquêtes si complexes

Le cas Mallory-Irvine met en lumière plusieurs caractéristiques propres aux très hauts sommets :

  • Les glaciers bougent : sur des décennies, ils transportent corps et objets sur plusieurs kilomètres.
  • La conservation par le froid : les températures extrêmes préservent les tissus, les vêtements, parfois les inscriptions.
  • Le manque de témoins : à plus de 8 000 mètres, les cordées sont rares et souvent isolées.
  • Les risques logistiques : organiser des recherches à ces altitudes expose les équipes à des dangers considérables.

La combinaison de ces facteurs explique pourquoi il faut parfois près d’un siècle pour retrouver la trace d’un alpiniste disparu. Dans le cas d’Irvine, la présence d’une étiquette avec ses initiales dans une chaussette offre un indice relativement solide, ce qui est rare sur ce type de découverte.

Une affaire qui éclaire aussi les risques de la haute altitude

Pour les pratiquants de l’alpinisme, cette histoire rappelle que l’Everest reste une montagne extrêmement dangereuse, même à l’ère des cordes fixes, des bouteilles d’oxygène modernes et des prévisions météo détaillées. La cordée de 1924 évoluait avec un matériel rudimentaire, des vêtements peu isolants et des équipements encore expérimentaux.

Les spécialistes de la montagne soulignent souvent l’effet cumulatif de la fatigue, du froid et du manque d’oxygène. Ces facteurs altèrent le jugement, ralentissent la progression et peuvent rendre beaucoup plus difficile le retour, alors même que l’objectif – le sommet – vient d’être atteint. De nombreux drames en haute altitude se produisent lors de la descente, moment où le corps est le plus épuisé.

Pour les historiens de l’alpinisme, la découverte rapportée par National Geographic ne répond pas encore à la question centrale – qui a vraiment été le premier au sommet de l’Everest ? –, mais elle apporte une pièce majeure à un puzzle vieux de cent ans. Et elle illustre, une fois encore, que la montagne finit presque toujours par rendre une partie de ses secrets, même si cela prend plusieurs générations.

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