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Travailler en open space épuise vraiment le cerveau : ce que révèle une étude en neurosciences sur la charge mentale

Travailler en open space épuise vraiment le cerveau : ce que révèle une étude en neurosciences sur la charge mentale

Une étude menée en Espagne montre que l’open space ne fatigue pas seulement les nerfs, mais sollicite fortement le cerveau à chaque minute.

Selon une recherche de la Universitat Politècnica de València, relayée par le site italien commentimemorabili.it, travailler dans un open space ne représente pas le même effort mental que réaliser exactement les mêmes tâches dans un espace isolé. À l’aide d’un électroencéphalogramme, les chercheurs ont mesuré, chez 26 personnes, la charge mentale réelle imposée par les bureaux ouverts, un mode d’organisation très répandu en Europe comme en France.

Une expérience en Espagne qui mesure le coût caché de l’open space

L’étude s’est déroulée en Espagne, au sein de la Universitat Politècnica de València. Les chercheurs ont suivi 26 participants en train de réaliser des activités simples du quotidien de bureau : lire, écrire, écouter. Tous ont été équipés d’un électroencéphalogramme (EEG), un dispositif qui enregistre l’activité électrique du cerveau.

Les mêmes tâches étaient réalisées dans deux configurations bien distinctes :

  • une grande salle partagée de type open space, avec circulation et bruit de fond ;
  • une petite cabine isolée, une « work pod » insonorisée, conçue pour le travail concentré.

Les chercheurs ont observé comment l’activité cérébrale évoluait au fil du temps dans chacun de ces environnements. L’objectif : quantifier la charge mentale, c’est-à-dire l’effort que le cerveau doit fournir pour rester concentré.

Dans l’open space, l’activation cérébrale augmente avec le temps, signe d’un effort de concentration toujours plus coûteux.

Les données EEG montrent en effet que, dans le bureau ouvert, le cerveau doit mobiliser progressivement davantage de ressources pour accomplir la même tâche. Dans la cabine isolée, au contraire, l’engagement cortical diminue peu à peu, comme si le cerveau s’installait dans une routine plus économique en énergie.

Le cerveau traque chaque bruit : une fatigue invisible mais bien réelle

Les chercheurs rappellent un point clé de la neurosciences cognitive : notre cerveau enregistre chaque mouvement, chaque bruit, avant même que nous en ayons pleinement conscience. Un collègue qui passe derrière vous, une sonnerie de téléphone, une conversation à voix haute… tout est d’abord traité comme une information potentiellement importante.

Pour travailler, le cerveau doit donc filtrer en permanence ces signaux. Cette sélection coûte cher en énergie mentale.

L’open space impose un travail d’inhibition permanent : le cerveau doit sans cesse ignorer ce qui se passe autour pour rester sur la tâche.

Au fil de la journée, cette gymnastique se traduit par une sensation de fatigue « granuleuse », irritée, parfois disproportionnée par rapport aux tâches effectuées. Vous avez l’impression d’avoir seulement répondu à des mails ou rempli des tableaux, mais votre cerveau a, en parallèle, neutralisé des centaines de micro-distractions.

Tout le monde ne tolère pas le bruit de la même façon

L’étude espagnole souligne une forte variabilité individuelle. Face au même environnement bruyant, certains cerveaux mobilisent beaucoup plus de ressources que d’autres. Autrement dit, tout le monde ne peut pas « s’habituer » au chaos avec la même facilité.

  • Certaines personnes semblent plus résistantes au bruit de fond.
  • D’autres voient leur charge mentale grimper très vite dans un open space animé.

Ces résultats contredisent l’idée souvent répandue que « c’est une question d’habitude » ou de force de caractère. Pour certaines personnes, l’architecture même du lieu de travail génère une surcharge cognitive qui ne disparaît pas avec le temps.

Ce que les neurosciences suggèrent pour aménager les bureaux

Les auteurs de l’étude appellent à la prudence, car le nombre de participants reste limité. Mais la tendance dégagée est nette : les performances mentales ne dépendent pas seulement de la motivation ou de l’organisation personnelle, elles dépendent aussi de l’espace dans lequel on travaille.

La concentration se joue autant dans l’aménagement des locaux que dans la tête des salariés.

L’objectif n’est pas de bannir tout espace ouvert. Les chercheurs plaident plutôt pour des bureaux hybrides, pensés autour de plusieurs zones distinctes :

  • Des zones ouvertes pour les échanges rapides, le travail d’équipe, les réunions informelles.
  • Des espaces isolés ou cabines insonorisées pour les tâches profondes qui exigent une attention soutenue.
  • Des espaces dédiés aux appels téléphoniques afin de limiter les conversations bruyantes au milieu des open spaces.
  • Selon la recherche citée par commentimemorabili.it, ce type de configuration permettrait de réduire la fatigue cognitive quotidienne et de préserver l’énergie mentale sur la durée.

    Open space : où en est la France par rapport à ces résultats ?

    En France, l’open space s’est imposé dans de nombreux secteurs tertiaires, de la banque aux services numériques, souvent pour des raisons de coûts et d’image « collaborative ». Les mêmes problématiques qu’en Espagne se posent donc pour les salariés français.

    Les instances représentatives du personnel, comme les comités sociaux et économiques (CSE), se saisissent régulièrement de ces sujets liés au bruit, à la concentration et aux risques psychosociaux. Dans certaines grandes entreprises, des cabines téléphoniques fermées ou des « bulles » de travail silencieux ont commencé à apparaître, inspirées des work pods étudiées en Espagne.

    En France, la prévention des risques liés au bruit et au stress au travail relève notamment de la responsabilité de l’employeur, dans le cadre de l’obligation de sécurité. Sans chiffres précis à jour, les spécialistes de la santé au travail soulignent néanmoins un principe : plus le poste exige de concentration, plus l’accès à un environnement calme devrait être garanti.

    Aspect Espagne (étude) France (tendance générale)
    Méthode Mesure EEG de la charge mentale Principalement enquêtes et retours salariés
    Configuration testée Open space vs cabine insonorisée Variété de bureaux ouverts et fermés
    Résultat clé Charge mentale croissante en open space Plainte fréquente sur le bruit et les interruptions
    Piste de solution Alternance espaces ouverts / isolés Même logique progressive dans certaines entreprises

    Comment limiter la surcharge mentale en open space au quotidien

    Sans transformer d’un coup l’architecture des bureaux, certains aménagements ou habitudes peuvent alléger un peu la charge mentale. Les spécialistes cités dans la littérature sur le sujet recommandent généralement :

    • d’utiliser des casques ou écouteurs (sans mettre le volume trop fort) pour masquer une partie du bruit de fond ;
    • d’instaurer des plages horaires « silencieuses » sur un plateau, durant lesquelles les appels et discussions sont réduits ;
    • d’encourager les réunions dans des salles fermées plutôt qu’au milieu des postes ;
    • d’offrir, lorsque c’est possible, des espaces de retrait temporaires pour les tâches exigeantes.

    Ces ajustements ne remplacent pas un véritable travail d’aménagement, mais ils réduisent le nombre de sollicitations parasites que le cerveau doit filtrer durant la journée.

    Comprendre la « charge mentale » en termes simples

    La charge mentale correspond à la quantité d’informations que le cerveau doit gérer en même temps pour accomplir une tâche. Elle inclut non seulement le travail à réaliser (rédiger un rapport, analyser un fichier…), mais aussi tout ce que le cerveau doit traiter en parallèle : notifications, bruits, mouvements, pensées concurrentes.

    Plus l’environnement envoie de signaux à traiter, plus la charge mentale grimpe, même si le travail lui-même ne devient pas plus complexe.

    C’est la raison pour laquelle une journée entière passée sur des tâches simples peut laisser une impression d’épuisement dès lors qu’elle s’est déroulée dans un environnement très stimulant comme un open space animé. La nouveauté de l’étude espagnole tient au fait qu’elle a quantifié ce phénomène avec des mesures cérébrales objectives, et non uniquement par des questionnaires.

    Pour un salarié français comme pour un employé espagnol, ces résultats invitent à regarder l’open space autrement : non pas comme un simple choix de décoration ou de mode managériale, mais comme un facteur concret de fatigue cognitive, qui se cumule avec les exigences du poste lui-même.

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