Une créatrice de contenus basée aux États‑Unis affirme avoir trouvé une méthode déroutante pour calmer les pensées noires : parler à son cerveau comme à une personne.
Dans une vidéo devenue virale sur Instagram, repérée par le média en ligne américain qui publie cet article, l’influenceuse Faye Plunkett explique comment le simple fait de donner un prénom à son cerveau l’aide à couper court aux ruminations. Une astuce validée, en partie, par plusieurs travaux récents en neurosciences et en psychologie.
Donner un prénom à son cerveau : l’idée surprenante de Faye Plunkett
Faye Plunkett se présente comme une créatrice de contenus « qui traverse la vie en trottinette ». Dans un reel Instagram tourné en roulant sur un trottoir, elle raconte le conseil qui, selon elle, a « vraiment changé » sa façon de gérer les pensées intrusives.
Nommer son cerveau et lui parler comme à quelqu’un d’autre permettrait de prendre de la distance avec les pensées sombres et d’enrayer la rumination.
Elle a choisi d’appeler son cerveau « Becky ». Dès qu’une pensée sombre surgit, elle s’adresse à cette « Becky » intérieure pour l’arrêter net. Elle explique par exemple que lorsqu’elle se réveille en se disant que la journée va être mauvaise, elle se parle à haute voix, ou en pensée : « Becky, je t’aime, mais on ne peut absolument pas faire ça aujourd’hui. C’est injuste de dire ça avant même que je sois sortie du lit. »
Plunkett affirme que, depuis qu’elle traite ses pensées intrusives comme une sorte de personnage à part, « tout change » dans sa manière de les vivre. Ce qui pourrait sembler être un simple gimmick s’appuie en réalité sur des mécanismes bien décrits par les neurosciences.
Une astuce virale… et très parlante pour les internautes
Sous sa vidéo Instagram, de nombreux abonnés réagissent avec humour, mais aussi avec reconnaissance. Plusieurs expliquent qu’ils font déjà la même chose, sans forcément connaître les études derrière cette stratégie.
« Ça marche pour moi ! » écrit l’un.
« J’adore, je vais absolument essayer. Ça a du sens. »
« Le mien s’appelle Louise. »
« Mon cerveau s’appelle Bruno. Silencio Bruno. »
Les commentaires montrent un point commun : le fait de nommer son cerveau ou ses pensées les rend tout de suite moins écrasantes. On passe d’un « je suis négatif » à « mon cerveau me dit quelque chose », ce qui crée une distance intérieure.
Observer ses pensées plutôt que s’y identifier
L’article rappelle une étude de 2024, publiée dans la base de données de la National Library of Medicine (États‑Unis), qui s’est penchée sur l’impact des pensées sur le bien‑être global. Les chercheurs y mettent en évidence un lien direct entre pensées positives et émotions agréables, et, logiquement, entre pensées négatives et émotions désagréables.
Mais un élément ressort particulièrement : les personnes ayant de bonnes compétences de « pleine conscience » – c’est‑à‑dire la capacité à observer leurs pensées sans s’y accrocher ni les ressasser – parviennent mieux à empêcher les mauvaises émotions de se transformer en spirale de mauvaises pensées.
Les individus capables de se « décoller » de leurs pensées négatives laissent moins ces pensées contaminer leur humeur et leur journée entière.
Autre point relevé : ces mêmes compétences permettent aussi aux pensées et émotions positives de se renforcer mutuellement. Autrement dit, ne pas rester coincé dans une idée permet non seulement d’éviter la spirale négative, mais aussi de laisser la place à une dynamique plus constructive.
Donner un prénom à son cerveau ou à ses pensées s’inscrit dans cette logique : au lieu d’être noyé dans la pensée, on se met légèrement à côté, en position d’observateur.
« Name it to tame it » : quand nommer apaise le cerveau émotionnel
L’article cite aussi les travaux du psychiatre américain Dan Siegel, connus dans le champ de la pédagogie et de la parentalité. Dans une vidéo pour le Dalai Lama Center for Peace and Education, il vulgarise la notion de « cerveau du haut » et de « cerveau du bas ».
Le « cerveau du haut » correspond à la partie plus rationnelle et réfléchie, tandis que le « cerveau du bas » gère les émotions et les réactions instinctives. Quand le « bas » s’emballe, mettre des mots sur ce qui se passe activerait le « haut » et enverrait des signaux apaisants au reste du cerveau.
La formule résumant cette approche, « name it to tame it » (nommer pour apaiser), décrit l’idée qu’étiqueter une émotion active des circuits neuronaux capables d’en diminuer l’intensité.
Dans le cas de Faye Plunkett, nommer son cerveau « Becky » puis désigner la pensée intrusive (« aujourd’hui va être une mauvaise journée ») revient à utiliser ce mécanisme : elle sort la pensée du flou anxieux pour la transformer en quelque chose de concret, identifiable, à qui elle peut répondre.
Les mots modifient vraiment la façon dont on ressent ses émotions
L’article met aussi en avant une étude parue en 2025 dans une revue référencée par Science Direct. Les chercheurs y montrent que le fait de « mettre des sentiments en mots » ne se contente pas de décrire ce que l’on vit : cela modifie l’expérience elle‑même.
Nommer une émotion, la qualifier ou la catégoriser aide les personnes à :
donner du sens à ce qu’elles ressentent ;
réguler l’intensité de l’émotion ;
mieux en parler à autrui sans être submergées.
Appliquée aux ruminations, l’idée de Faye Plunkett revient à nommer la source de la pensée (« mon cerveau Becky est en mode catastrophe ») plutôt que de la subir comme une vérité. Les études citées suggèrent que ce simple décalage peut déjà atténuer l’impact émotionnel.
Comment appliquer cette technique au quotidien
Sans la présenter comme une solution miracle, l’article décrit la méthode de Plunkett comme une piste simple que chacun peut tester, gratuitement, dans sa vie quotidienne :
Choisir un prénom pour son cerveau ou sa « petite voix » intérieure.
Repérer les pensées automatiques négatives qui reviennent souvent (catastrophisme, auto‑dévalorisation, anxiété anticipée).
Les adresser directement à la deuxième personne : « Prénom, pas aujourd’hui », « Prénom, tu exagères », etc.
Rappeler ensuite une pensée plus nuancée, sans nier la réalité, par exemple : « La journée n’a pas encore commencé, on va voir comment ça se passe. »
Traiter ses pensées comme un personnage que l’on peut recadrer aide à ne plus les confondre avec des faits.
L’article souligne aussi que cette approche peut compléter, mais non remplacer, un suivi psychologique lorsqu’une personne souffre de dépression, d’anxiété sévère ou de troubles obsessionnels. Il s’agit d’un outil de gestion du quotidien, pas d’un traitement médical.
Ce que disent les neurosciences et la psychologie françaises
En France, les psychologues et psychiatres qui pratiquent les thérapies cognitivo‑comportementales (TCC) décrivent un processus proche sous le nom de « distanciation cognitive » ou « défusion cognitive ». L’idée est de voir ses pensées comme des événements mentaux qui vont et viennent, et non comme des vérités absolues.
Donner un prénom à son cerveau rejoint cette philosophie : on crée un petit espace entre « moi » et « ce que mon cerveau me raconte ». Les TCC proposent par exemple :
d’identifier les « distorsions cognitives » (tout‑ou‑rien, dramatisation, lecture de pensée) ;
d’apprendre à dire « je suis en train de penser que… » au lieu de « c’est comme ça » ;
de tester ces pensées face aux faits concrets.
Par ailleurs, la pratique de la pleine conscience, également répandue en France, entraîne à porter attention à ses pensées et émotions sans jugement, puis à les laisser passer. Donner un prénom à son cerveau peut constituer un outil ludique pour entrer dans cette logique, notamment pour les adolescents et les jeunes adultes.
La situation en France : à qui s’adresser quand les pensées négatives débordent
Pour un lecteur français, l’astuce popularisée par Faye Plunkett peut servir de complément à d’autres démarches déjà reconnues. Lorsqu’une personne se sent envahie par la rumination ou les pensées sombres, les interlocuteurs possibles sont :
les médecins généralistes, premiers repères pour évaluer la situation et orienter vers un spécialiste ;
les psychologues, en cabinet libéral ou au sein de structures hospitalières ou associatives ;
les psychiatres, lorsque les symptômes sont plus lourds ou nécessitent un traitement médicamenteux ;
les lignes d’écoute spécialisées en santé mentale, qui proposent un soutien anonyme et gratuit.
Les techniques de régulation émotionnelle, comme celles issues des TCC ou de la pleine conscience, sont aujourd’hui largement utilisées en France, en libéral, à l’hôpital ou dans certains programmes de prévention. L’« astuce du prénom » se rapproche de ce qui est enseigné dans ces approches : identifier la pensée, la nommer, la remettre en perspective.
Pourquoi cette méthode séduit autant : un exemple concret
L’un des atouts de ce type de stratégie tient à sa simplicité. Elle ne demande ni matériel ni formation préalable, et peut s’adapter à différents profils. Un adolescent anxieux avant le lycée peut ainsi se dire : « Paul, tu es en train d’imaginer le pire scénario, mais tu n’y es pas encore. » Un salarié stressé avant une réunion délicate peut apostropher son « cerveau‑Lucie » qui lui annonce déjà l’échec.
Dans ces moments, l’objectif n’est pas de se mentir à soi‑même, mais de remarquer la dramatisation pour revenir à quelque chose de plus nuancé. Cette petite mise à distance réduit l’intensité de la peur ou de la tristesse, ce que confirment les études citées par le média américain.
Un outil parmi d’autres pour calmer la rumination
L’article insiste enfin sur un point : les pensées intrusives font partie de la vie. Le stress du quotidien, les incertitudes professionnelles, les difficultés familiales ou financières génèrent inévitablement leur lot de scénarios catastrophes mentaux. La question n’est pas de les faire disparaître, mais d’éviter qu’ils se transforment en boucle sans fin.
Dans ce cadre, plusieurs techniques complémentaires s’articulent assez bien :
nommer son cerveau ou sa petite voix intérieure, comme le propose Faye Plunkett ;
identifier et nommer les émotions ressenties, suivant l’approche « name it to tame it » décrite par Dan Siegel ;
prendre quelques minutes pour observer ses pensées sans s’y accrocher, dans l’esprit de la pleine conscience ;
retourner à une activité concrète (marcher, ranger, appeler un proche) pour ne pas rester figé dans la tête.
Les travaux scientifiques évoqués par le média américain convergent : mettre des mots sur ce qui se passe à l’intérieur de soi, et le considérer avec un peu de recul, réduit la force des pensées négatives. Donner un prénom à son cerveau en est une version accessible, presque ludique, qui séduit particulièrement sur les réseaux sociaux mais repose sur des mécanismes bien documentés par les neurosciences contemporaines.
Il n'existe pas de règle fixe. Faye Plunkett a choisi « Becky », d'autres internautes mentionnent « Louise » ou « Bruno ». L'essentiel est de choisir un prénom qui vous parle personnellement, ce qui rend la technique plus efficace et naturelle à utiliser.
Pourquoi cette technique fonctionne-t-elle selon les neurosciences ?
Nommer son cerveau crée une distance entre vous et vos pensées négatives. Cela active le « cerveau du haut » rationnel qui envoie des signaux apaisants au « cerveau du bas » émotionnel. Les études montrent que mettre des mots sur ce qu'on ressent modifie l'expérience émotionnelle elle-même et en réduit l'intensité.
Cette technique peut-elle remplacer un suivi psychologique ?
Non. L'article précise que cette méthode est un outil de gestion du quotidien, pas un traitement médical. Elle ne peut pas remplacer un suivi psychologique pour la dépression, l'anxiété sévère ou les troubles obsessionnels-compulsifs.
Comment cette astuce se rapporte-t-elle aux thérapies existantes ?
Cette technique s'inscrit dans la logique des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) pratiquées en France, qui utilisent le concept de « distanciation cognitive ». L'idée est de voir ses pensées comme des événements mentaux passagers, non comme des faits incontournables.
Faut-il parler à haute voix ou en pensée ?
Faye Plunkett mentionne qu'elle utilise les deux : à haute voix ou en pensée. La technique fonctionne dans les deux cas. L'important est de créer cette distance et ce dialogue conscient avec votre pensée négative.