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Les amateurs de sucreries seraient impulsifs : une étude universitaire révèle exactement l’inverse

Les amateurs de sucreries seraient impulsifs : une étude universitaire révèle exactement l'inverse

Une étude en économie comportementale menée en Russie bouscule un cliché bien ancré : les fans de desserts ne seraient pas les plus téméraires.

Longtemps associés à un manque de contrôle, les amateurs de sucre afficheraient en réalité une attitude plus prudente face au risque financier. C’est ce que montre une recherche coordonnée par l’économiste Ksenia Panidi, de la Haute école d’économie de l’Université nationale de recherche en Russie, et relatée par le site d’actualité scientifique StudyFinds. Publiée dans la revue Frontiers in Psychology, cette étude analyse finement la façon dont notre goût pour le sucré se reflète dans nos décisions économiques.

Une idée reçue mise à l’épreuve en laboratoire

Dans l’imaginaire collectif, celui qui se ressert en dessert serait plus « faible », moins capable de résister à la tentation. Les chercheurs ont voulu vérifier si cette représentation tenait face aux faits, en reliant la sensibilité au goût sucré à la manière dont les gens gèrent les risques et les récompenses.

Pour disposer d’un indicateur biologique de la sensibilité à la récompense, l’équipe de Ksenia Panidi a utilisé un test gustatif : chaque participant dégustait de l’eau sucrée avec cinq concentrations de sucre différentes. Selon leur préférence, ils étaient classés en deux groupes :

  • « Sweet-likers » : ceux qui apprécient les solutions fortement sucrées, assimilés aux « amateurs de sucreries » ;
  • « Sweet-dislikers » : ceux qui préfèrent les concentrations plus faibles, donc moins attirés par le très sucré.

L’objectif n’était pas de juger les habitudes alimentaires, mais d’utiliser cette réaction au goût comme fenêtre d’observation sur la manière dont chacun gère les gains potentiels, les retards de paiement et les risques explicites.

Au lieu de confirmer l’image de personnes impulsives, les amateurs de goûts très sucrés se révèlent souvent plus prudents dès que les risques sont clairement identifiables.

Premier volet : face aux paris risqués, les amateurs de sucre jouent la carte de la sécurité

Le premier volet de l’étude a porté sur 49 adultes en bonne santé, dont 33 femmes, d’âge moyen 24 ans. Après les tests de goût, 12 participants ont été classés dans le groupe des « sweet-likers » et 37 dans celui des « sweet-dislikers ».

Ils ont ensuite passé deux types d’épreuves de décision économique :

  • des choix de type loterie, où il fallait décider entre un gain certain et un pari aux gains incertains mais potentiellement plus élevés ;
  • le « Balloon Analogue Risk Task », un jeu virtuel où le participant gonfle un ballon : chaque clic rapporte de l’argent virtuel, mais si le ballon « explose », tout est perdu.

Dans les loteries avec probabilités explicites, les résultats se sont révélés surprenants. Les amateurs de sucré se sont montrés nettement plus prudents : ils acceptaient moins souvent les paris risqués et privilégiaient davantage l’option sûre. Autrement dit, ils se montraient moins enclins à « tenter le coup » quand le risque était bien chiffré.

En revanche, lors du jeu du ballon, où le risque est plus implicite et moins facilement calculable, les chercheurs n’ont observé aucune différence significative entre les deux groupes. Cette absence d’écart suggère que la prudence des amateurs de sucre s’active surtout lorsque le danger est formulé clairement, avec des probabilités connues.

Quand les probabilités de perte sont indiquées noir sur blanc, les amateurs de sucré refusent plus souvent les paris et choisissent le gain garanti.

Deuxième volet : une préférence pour l’instantané, mais pas pour l’impulsivité

Un deuxième groupe de 100 nouveaux participants, dont 56 femmes, âgés en moyenne de 23 ans, a ensuite été étudié pour analyser les choix dans le temps. Là encore, tous ont d’abord passé le test de goût. Résultat : 28 ont été classés « sweet-likers » et 72 « sweet-dislikers ».

Les chercheurs leur ont ensuite présenté 170 paires d’options, du type :

  • un petit gain disponible tout de suite ;
  • un gain plus élevé, mais versé plus tard.

Ce protocole permet de repérer l’attrait pour la gratification immédiate, un critère souvent utilisé pour mesurer l’impulsivité financière.

Les données montrent que les amateurs de sucre privilégient davantage le gain immédiat… mais uniquement lorsque celui-ci est vraiment accessible sur-le-champ. Dans les situations où les deux options impliquent d’attendre (par exemple, un gain dans une semaine contre un gain plus gros dans un mois), les « sweet-likers » acceptent tout à fait de patienter pour empocher la somme la plus élevée.

La préférence pour la récompense immédiate n’apparaît que si le gain est à la fois certain et disponible sans délai. Elle disparaît dès que toute décision exige d’attendre un minimum.

Le « biais d’immédiateté » au cœur du phénomène

Les spécialistes parlent ici de « biais d’immédiateté » : une attirance particulière pour ce qui peut être reçu, touché et sécurisé tout de suite. L’étude met en lumière un point clé : ce biais ne renvoie pas forcément à une absence de maîtrise de soi, mais à la façon dont chaque individu perçoit l’incertitude liée au futur.

L’analyse statistique montre en effet que cette préférence pour l’immédiat s’explique principalement par une faible tolérance à l’incertitude. Pour ces personnes, attendre revient à accepter un risque diffus : imprévu de la vie, changement de situation, peur que la promesse ne soit pas tenue.

Les tests de personnalité réalisés sur les candidats n’ont pas mis en évidence de différences notables concernant l’impulsivité déclarée par les participants eux-mêmes. Autrement dit, ceux qui aiment le très sucré ne se perçoivent pas comme plus impulsifs, et les mesures objectives ne les présentent pas non plus comme tels.

Ce que cette étude change dans la compréhension des comportements à risque

Ces résultats, détaillés dans Frontiers in Psychology et relayés par StudyFinds, offrent une grille de lecture différente des choix parfois qualifiés trop vite d’« impulsifs ». L’étude suggère qu’un comportement apparemment imprudent peut, en réalité, traduire une recherche de sécurité. Choisir un petit gain immédiat, plutôt qu’un plus gros gain futur, peut s’analyser comme une stratégie pour éviter les aléas du temps.

Pour les chercheurs en économie comportementale ou en psychologie, ce type de résultat ouvre des pistes sur :

  • la compréhension de certaines conduites addictives, où le besoin de certitude immédiate pèse lourd ;
  • l’analyse des choix financiers quotidiens, comme accepter un petit remboursement de suite au lieu d’attendre une compensation plus élevée ;
  • la conception d’outils de prévention, en ciblant la manière dont les individus perçoivent l’incertitude plutôt que leur « manque de volonté ».

Les auteurs avancent que mieux évaluer cette tolérance au risque futur pourrait aider à repérer les profils plus vulnérables face aux jeux d’argent, à certaines formes de consommation ou à l’endettement excessif.

Ce que l’on sait en France sur sucre, impulsivité et prise de risque

En France, les études sur le lien direct entre goût pour le sucré et décisions économiques restent moins visibles du grand public, mais plusieurs travaux en psychologie et en neurosciences montrent des mécanismes proches.

Les chercheurs de laboratoires français, qu’ils travaillent en psychologie cognitive ou en économie expérimentale, s’intéressent aux mêmes thématiques : préférence pour la gratification immédiate, tolérance à l’incertitude, rôle des émotions dans les choix financiers. La méthode change parfois, mais le principe reste similaire : proposer des scénarios de gains et de pertes, réels ou symboliques, et observer les réactions.

En pratique, les grandes notions sont comparables :

  • la préférence pour le présent, largement étudiée, décrit la tendance à accorder plus de valeur à ce qui est disponible tout de suite ;
  • la peur de l’incertain influence fortement les décisions d’épargne, d’investissement ou de consommation ;
  • la gestion des risques explicites apparaît très différente de la gestion de risques moins visibles, comme dans des jeux ou des placements complexes.

Pour un lecteur français, l’enseignement principal de cette étude russe tient surtout dans le regard porté sur certains comportements quotidiens : préférer encaisser un gain modeste immédiatement n’est pas nécessairement un signe de légèreté, mais parfois celui d’une méfiance accrue envers ce qui pourrait arriver dans quelques semaines ou quelques mois.

Un éclairage utile sur nos habitudes et nos décisions

Cette recherche rappelle aussi que les étiquettes faciles – « gourmand donc impulsif », « joueur donc irresponsable » – masquent souvent des mécanismes psychologiques plus complexes. La tolérance à l’incertitude, par exemple, peut varier selon l’histoire personnelle, le niveau de stabilité financière ou le contexte du moment.

Dans la vie courante, ce biais d’immédiateté peut se manifester dans différents domaines :

  • accepter un remboursement rapide plutôt qu’attendre une procédure plus longue ;
  • opter pour un contrat simple, immédiatement actif, plutôt qu’une offre plus avantageuse mais plus complexe ;
  • se tourner vers un achat immédiat plutôt que d’attendre une promotion ultérieure, par peur que l’occasion ne se représente pas.

Pour les professionnels de santé comme pour les spécialistes de la prévention des addictions, ce type d’étude fournit un cadre pour mieux comprendre certains comportements répétitifs. Plutôt que de se focaliser uniquement sur la « volonté » des individus, il s’agit de prendre en compte leur rapport au risque, à l’avenir et à la certitude immédiate.

Le travail coordonné par Ksenia Panidi montre enfin que même un geste banal – apprécier un verre d’eau très sucré – peut servir de point de départ à une analyse fine de notre manière de choisir face à l’incertitude et à la promesse d’une récompense.

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