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Au Japon, 1 800 personnes déplacent à la main la tour d’un château : la technique ancestrale du hikiya

Au Japon, 1 800 personnes déplacent à la main la tour d'un château : la technique ancestrale du hikiya

Au nord du Japon, des milliers de volontaires ont tiré à la corde la tour d’un château séculaire pour sauver ses fondations.

Dans la préfecture d’Aomori, au nord du Japon, une scène digne d’un film historique a rassemblé des milliers de personnes autour du château de Hirosaki. Comme le raconte le site jeunesse italien FocusJunior, des volontaires de tout le pays, mais aussi de l’étranger, ont participé à un chantier spectaculaire : déplacer à la force des bras la tour du château, grâce à une méthode ancestrale appelée hikiya.

Un château de trois étages tiré comme un traîneau

Le décor semble irréel : un bâtiment de trois étages, posé sur des rouleaux, attaché à de longues cordes et entouré de bénévoles casqués. La tour du château de Hirosaki, qui pèse autant que 360 voitures de taille moyenne, a été déplacée progressivement par simple traction humaine.

Ce chantier hors normes s’est déroulé dans la ville de Hirosaki, au cœur de la préfecture d’Aomori. Les organisateurs ont choisi de ne pas démonter la tour, classée importante propriété culturelle nationale, pour préserver au maximum sa structure d’origine.

Au lieu de démonter pierre par pierre, la tour entière a été glissée sur des rouleaux et tirée au moyen de cordes de 30 mètres.

Vu de loin, l’édifice semble presque flotter au-dessus de son socle en pierre. En réalité, tout repose sur une ingénierie millimétrée et sur un savoir-faire ancien, que les artisans japonais ont remis en pratique pour ce chantier à la fois technique et symbolique.

Une méthode antique pour sauver un mur fissuré

Le château de Hirosaki est l’ancienne résidence du clan Tsugaru. Sa construction remonte à 1611, en pleine époque des seigneurs féodaux. La tour actuelle n’est cependant pas totalement d’origine : la première tour a été détruite par un incendie en 1627, après que la foudre a frappé un dépôt de poudre à canon. Celle que l’on voit aujourd’hui date de 1810.

En 1983, un violent séisme a sérieusement endommagé un des murs de pierre qui soutiennent l’ensemble. Problème majeur : la tour se trouvait alors juste devant la partie abîmée, empêchant toute réparation de fond. Démonter la tour aurait été possible techniquement, mais aurait porté atteinte à son statut de bien culturel protégé.

Les responsables du site ont donc retenu une solution inspirée des méthodes de construction d’autrefois : le hikiya. Cette technique consiste à soulever légèrement un bâtiment, le poser sur des rouleaux, puis le tirer lentement en le maintenant d’équerre. Le tout sans le démonter.

Le hikiya est une technique japonaise pluriséculaire pour déplacer des bâtiments entiers, sans les détruire, en les faisant avancer sur des rouleaux sous la traction de cordes.

Ce choix permet de préserver l’intégrité du monument tout en donnant accès aux fondations et aux murs enfouis. Il demande en revanche une préparation longue et une précision extrême dans les mesures, afin d’éviter la moindre torsion de la structure.

Une opération déjà entamée en 2015

La première phase du déplacement ne date pas d’hier. En 2015, la ville de Hirosaki a déjà organisé un chantier similaire, en sollicitant l’aide des habitants. FocusJunior rappelle qu’il s’agissait alors du premier hikiya « populaire » de l’histoire, et de la première utilisation de cette méthode depuis un siècle pour un château entier.

À l’époque, la tour avait été éloignée d’environ 78 mètres du mur fissuré. Cette opération a dégagé l’espace nécessaire pour démonter puis remonter, pierre par pierre, l’imposant mur de soutènement.

Le travail patient sur les fondations s’est poursuivi pendant des années. D’après FocusJunior, en décembre 2024, les ouvriers avaient replacé une à une les 2 185 pierres constituant le mur, chacune retrouvant sa position d’origine. Une fois cette étape achevée, le retour de la tour sur son emplacement initial pouvait enfin démarrer.

1 800 volontaires sélectionnés parmi 8 000 candidats

Pour le week-end des 22 et 23 août 2026, la ville de Hirosaki a lancé un appel à volontaires. Le succès a dépassé les attentes : environ 8 000 personnes se sont proposées, venues de tout le Japon mais aussi d’Asie du Sud-Est, d’Europe et d’Amérique du Nord.

Les organisateurs n’ont pu retenir que 1 800 candidats pour cette phase, répartis en équipes d’environ 80 personnes. Chaque groupe se relayait pour tirer les grosses cordes de 30 mètres fixées à la tour, sous la supervision des techniciens chargés de surveiller l’alignement et la stabilité.

Par équipes de 80, les volontaires tiraient les cordes en cadence, en scandant le cri « so-re, so-re » pour synchroniser l’effort collectif.

Parmi eux, un homme de 61 ans, Motoharu Nakata, avait fait spécialement le déplacement depuis Hiroshima. Il avait déjà participé au hikiya de 2015. Il raconte, cité par FocusJunior, avoir été ému de pouvoir à nouveau « tirer un château entier avec ses propres mains », une expérience qu’il considère comme exceptionnelle.

Un déplacement à la fois lent et spectaculaire

Le mouvement de la tour ne se fait pas en quelques minutes. La progression se compte au mètre, voire au centimètre. Selon les informations rapportées, le déplacement manuel s’est poursuivi jusqu’à la fin du mois d’août 2026, impliquant au total environ 4 100 personnes.

La distance parcourue grâce à la seule force humaine atteint près de 5 mètres. Le reste du trajet, pour parvenir à environ 73 mètres au total, doit être achevé d’ici la fin de l’année, cette fois avec l’aide de machines.

  • Nombre de volontaires retenus : 1 800 sur deux jours
  • Personnes impliquées au total sur la période : environ 4 100
  • Distance parcourue à la main : 5 mètres
  • Objectif final de déplacement : environ 73 mètres

Cette combinaison entre traction humaine et assistance mécanique permet de conserver la forte dimension symbolique du chantier, tout en garantissant un calendrier réaliste pour la remise en place de la tour.

Un monument unique au Japon et un chantier au long cours

La tour du château de Hirosaki appartient à un cercle très restreint : elle fait partie des seulement douze tours de château d’époque encore debout au Japon. Elle est aussi l’unique tour conservée dans toute la région nord-est du Tohoku.

Le site attire chaque année des foules considérables, notamment au printemps, lors de la floraison des cerisiers. FocusJunior évoque environ 2 millions de visiteurs par an pour le parc du château pendant cette période, ce qui en fait une destination touristique majeure.

Seules douze tours de château historiques subsistent au Japon, et celle de Hirosaki est la dernière dans toute la région du Tohoku.

Les travaux sont toutefois loin d’être terminés. Une fois la tour revenue sur sa base d’origine, une nouvelle phase va débuter : la restauration approfondie de la structure elle-même. Le bâtiment sera intégralement couvert durant ces opérations, ce qui rendra sa silhouette invisible pendant plusieurs années.

D’après les informations relayées par FocusJunior et issues du journal britannique The Guardian, la réouverture complète du château de Hirosaki au public n’est pas prévue avant 2033. Les visiteurs devront donc patienter, même si le parc et certains points de vue restent accessibles.

Que représente le hikiya par rapport aux pratiques en France ?

Au Japon, le hikiya appartient à une tradition de préservation minutieuse des bâtiments en bois, très présents dans l’architecture historique. La méthode repose sur des charpentiers et ingénieurs spécialisés capables de calculer la répartition des charges et d’assurer un déplacement sans déformation.

En France, le déplacement d’édifices existe aussi, mais il suit d’autres logiques. Pour des monuments historiques classés, les opérations passent souvent par :

  • Un étaiement et une consolidation de la structure sur place.
  • Le démontage partiel ou total, pierre par pierre, avec numérotation de chaque élément.
  • Une reconstruction à l’identique, parfois à quelques mètres ou dizaines de mètres du site d’origine.
  • Des bâtiments non classés ont déjà été déplacés entiers en France, notamment des immeubles menacés par des chantiers d’infrastructure, au moyen de vérins et de rails métalliques. La logique se rapproche du hikiya sur le principe, mais repose davantage sur la puissance mécanique que sur une traction collective à la corde.

    Pour les monuments protégés, les services des monuments historiques privilégient généralement une restauration in situ, afin de conserver le contexte et l’authenticité. Quand un déplacement est inévitable, la procédure s’effectue sous le contrôle scientifique d’architectes en chef du patrimoine, équivalents japonais des experts chargés de Hirosaki.

    Une technique ancestrale, des enjeux très actuels

    Le recours au hikiya s’inscrit aussi dans une réflexion plus large sur la protection des bâtiments face aux séismes, fréquents au Japon. Déplacer un édifice pour renforcer ses fondations, puis le remettre sur un socle consolidé, permet d’allonger sa durée de vie tout en réduisant le risque de dégâts lors de futurs tremblements de terre.

    Au-delà de l’aspect purement technique, cette opération crée un fort sentiment d’appropriation chez les habitants et les visiteurs. Participer à un hikiya, c’est contribuer physiquement à la sauvegarde d’un symbole régional, presque comme si chacun devenait, le temps de quelques minutes, maçon ou charpentier du passé.

    À Hirosaki, l’effort collectif transforme un chantier d’ingénierie en véritable rituel de transmission entre générations.

    Le chantier du château de Hirosaki illustre ainsi la façon dont des savoir-faire traditionnels peuvent trouver une place dans la gestion moderne du patrimoine. Une technique ancienne, combinée à des moyens contemporains, permet ici de protéger un monument parmi les plus précieux du Japon, tout en impliquant directement la population dans sa sauvegarde.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce que le hikiya ?

    Le hikiya est une technique japonaise pluriséculaire permettant de déplacer des bâtiments entiers sans les démonter, en les soulevant légèrement, en les posant sur des rouleaux et en les tirant lentement au moyen de cordes, tout en les maintenant d'équerre.

    Pourquoi ne pas avoir simplement démonté la tour ?

    La tour du château de Hirosaki est classée importante propriété culturelle nationale. Son démontage aurait porté atteinte à ce statut protégé. Le hikiya permet de préserver l'intégrité du monument tout en dégageant l'accès aux fondations et aux murs enfouis pour réparation.

    Combien de personnes ont participé au déplacement ?

    Environ 8 000 volontaires se sont proposés, mais seuls 1 800 ont été sélectionnés pour le week-end des 22 et 23 août 2026. Au total, environ 4 100 personnes ont participé aux différentes phases du déplacement jusqu'à la fin du mois d'août 2026.

    Quand la tour du château de Hirosaki a-t-elle été construite ?

    La tour actuelle date de 1810. Elle a remplacé la première tour construite en 1611, qui a été détruite par un incendie en 1627 après avoir été frappée par la foudre.

    Combien de tours de château historiques restent-elles au Japon ?

    Seules douze tours de château d'époque subsistent au Japon. Celle de Hirosaki est l'unique tour conservée dans toute la région du Tohoku, au nord-est du pays.

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