Au large de l’Arabie et de l’Indonésie, des marins racontent depuis des siècles une mer blafarde qui scintille la nuit, défiant toujours la science.
Ce phénomène marin, observé de l’Arabian Sea à l’Indonésie, continue de déranger les certitudes scientifiques. Comme le rapporte le média américain The Daily Galaxy, des chercheurs croisent désormais récits historiques et images satellitaires de la NASA pour tenter de comprendre ces « mers laiteuses » géantes, visibles dans l’obscurité comme une nappe lumineuse uniforme.
Un mystère rapporté par les marins depuis quatre siècles
Les océans recouvrent la majeure partie de la planète, mais une part importante de ce qui s’y passe reste insaisissable. Les « mers laiteuses » font partie de ces énigmes. Depuis environ 400 ans, près de 400 témoignages ont été recensés par les scientifiques, selon les travaux cités par The Daily Galaxy.
À la différence des petites vagues lumineuses parfois visibles près des plages, ces épisodes se déroulent loin des côtes, en pleine mer. Les descriptions convergent sur plusieurs points : une lueur diffuse, uniforme, qui recouvre l’horizon pendant des heures, parfois des nuits entières.
En 1849, le capitaine du navire Moozuffer, naviguant sur la mer d’Arabie, décrit une scène irréelle, comparant la surface des flots à « une plaine infinie de neige, ou une mer de vif-argent ». Plus de 130 ans plus tard, un observateur de la marine américaine évoque, lui, des « étoiles phosphorescentes en plastique que l’on achète pour les enfants », rapporte le magazine scientifique Popular Mechanics, cité par The Daily Galaxy.
Des récits séparés par plus d’un siècle, dans des océans éloignés, décrivent pourtant la même impression : la mer se transforme en surface blanche, lumineuse, comme si elle était couverte d’un voile de lumière froide.
Le phénomène a aussi nourri la littérature. Jules Verne l’évoque dans « Vingt mille lieues sous les mers », imaginant des « vers luisants marins » responsables de cette clarté nocturne. L’explication était erronée, mais elle illustre à quel point ces mers brillantes ont marqué l’imaginaire bien avant l’ère spatiale.
Les bactéries lumineuses identifiées, mais pas leur déclencheur
Un tournant scientifique survient en 1985. Un navire de recherche traverse alors une mer laiteuse et parvient à prélever de l’eau directement au cœur de la zone lumineuse. Dans ces échantillons, les chercheurs détectent en grande quantité une bactérie bioluminescente : Vibrio harveyi.
Ce micro-organisme, déjà connu pour produire de la lumière, s’impose comme principal suspect pour expliquer l’éclat continu de ces mers. La bioluminescence repose sur une réaction chimique interne à la bactérie, qui émet de la lumière sans dégager de chaleur, un peu comme un ver luisant ou certaines méduses.
La principale question reste pourtant entière : pourquoi ces bactéries se rassemblent-elles sur des dizaines voire des centaines de milliers de kilomètres carrés, et presque exclusivement la nuit, au point de transformer la surface de l’océan en vaste nappe laiteuse ?
Justin Hudson, doctorant à l’université du Colorado State et coauteur d’une étude de 2025, cité par The Daily Galaxy, résume ce flou scientifique :
« Les mers laiteuses pourraient être le signe d’un écosystème marin très sain. Elles pourraient aussi être le signe d’un écosystème en mauvaise santé, et nous n’en savons rien. »
Pour lui, parvenir à anticiper où et quand ces événements surviennent permettrait justement de comprendre ce qu’ils révèlent réellement de l’état de l’océan.
Des satellites de la NASA à la chasse aux mers laiteuses
Longtemps, la science a dû compter sur le hasard : croiser une mer laiteuse supposait qu’un navire passe au bon endroit, au bon moment, et que l’équipage pense à le documenter. Ce temps-là touche en partie à sa fin.
Des chercheurs ont récemment analysé les zones où les témoignages sont les plus fréquents. Les mers laiteuses sont surtout signalées en mer d’Arabie et autour de l’Asie du Sud-Est. Selon une étude publiée dans la revue Earth and Space Science, ces régions suggèrent un possible lien avec deux grandes oscillations climatiques : l’oscillation dipolaire de l’océan Indien








