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Ils jouent à un jeu en réalité virtuelle puis notent des profils de rencontre : chez les hommes, l’excitation change tout

Ils jouent à un jeu en réalité virtuelle puis notent des profils de rencontre : chez les hommes, l'excitation change tout

En Allemagne, une expérience en réalité virtuelle montre que l’adrénaline d’un jeu vidéo peut bouleverser la façon dont les hommes jugent des profils sur une application de rencontre.

Menée par une équipe de l’université Leuphana de Lüneburg et relayée par le site spécialisé PsyPost, cette étude interroge la manière dont notre corps influence nos choix amoureux à l’ère des applis de rencontre. Avec un résultat frappant : après un jeu en réalité virtuelle très stimulant, les hommes deviennent nettement plus enclins à « liker » des profils, même lorsque ceux-ci sont parfaitement fictifs.

Une expérience de réalité virtuelle pour tester l’« erreur d’attribution de l’excitation »

Les chercheurs allemands ont voulu vérifier si un vieux principe de psychologie tient toujours dans un contexte numérique moderne. Ce principe, connu sous le nom d’« hypothèse de mauvaise attribution de l’excitation », suggère qu’une personne peut confondre l’origine de ses sensations physiques – cœur qui bat plus vite, mains moites – et les interpréter comme de l’attirance romantique ou sexuelle.

Dans une étude classique de 1974, évoquée dans l’article de PsyPost, des hommes qui venaient de traverser un pont suspendu dangereux appelaient plus souvent une chercheuse jugée attirante que ceux qui avaient traversé un pont stable. Leur corps était en alerte à cause du pont, mais leur cerveau semblait attribuer une partie de cette excitation à la femme rencontrée.

Les chercheurs de l’université Leuphana ont transposé cette idée dans un cadre ultra-contemporain : la réalité virtuelle et les applis de rencontre. Leur objectif : voir si une excitation physique provoquée par un jeu vidéo pouvait se répercuter sur l’évaluation de profils de rendez-vous en ligne.

Beat Saber contre forêt apaisante : le protocole de l’étude

L’étude, actuellement disponible en prépublication sur la plateforme SSRN et soumise à la revue scientifique Computers in Human Behavior Reports, a recruté 130 participants sur un campus universitaire allemand. L’âge moyen tournait autour de 23 ans.

Les volontaires ont été répartis de façon aléatoire en deux groupes :

  • Groupe « basse excitation » : trois minutes dans un environnement virtuel calme, une forêt paisible à contempler.
  • Groupe « haute excitation » : trois minutes à jouer à Beat Saber, un jeu en réalité virtuelle de rythme rapide, physiquement intense.

Après cette phase en réalité virtuelle, tous ont été invités à évaluer huit faux profils de rencontre, conçus pour imiter l’interface d’une application de dating. Les profils étaient adaptés à l’orientation sexuelle déclarée de chaque participant.

Pour chaque profil, les participants devaient noter :

  • l’attractivité physique,
  • la « chaleur sexuelle » perçue,
  • le sentiment de compatibilité,
  • la similarité ressentie avec la personne,
  • la probabilité que l’autre les apprécie en retour,
  • leur envie d’accepter un rendez-vous.

Enfin, ils devaient prendre une décision binaire : approuver ou rejeter le profil, comme un « swipe » à droite ou à gauche sur une application classique.

Les participants qui avaient joué au jeu de réalité virtuelle le plus intense approuvaient nettement plus de profils et les jugeaient plus attirants que ceux plongés dans la forêt virtuelle apaisante.

Une excitation qui fait grimper les likes… surtout chez les hommes

Sur l’ensemble des 130 participants, les chercheurs observent un même schéma. Le groupe « haute excitation » accorde des notes plus élevées :

  • sur l’attractivité,
  • sur la chaleur sexuelle,
  • sur la compatibilité,
  • sur le sentiment de similarité,
  • sur la probabilité d’être apprécié en retour.

Globalement, l’expérience stimulante en réalité virtuelle fait passer la probabilité d’approuver un profil de 17,4 % à 24,9 %. La tendance d’accepter un rendez-vous progresse aussi, même si cette différence ne ressort pas comme statistiquement significative.

Mais c’est lorsque les chercheurs séparent les résultats selon le sexe que l’écart devient spectaculaire.

Chez les hommes, passer par le jeu vidéo intense multiplie par presque trois la probabilité d’« approuver » un profil : de 11,3 % à 31,4 %.

Les hommes soumis à la forêt virtuelle calme ont validé seulement 11,3 % des profils vus. Ceux qui venaient de jouer à Beat Saber en ont approuvé 31,4 %. L’excitation physiologique semble donc peser lourd dans leurs jugements romantiques immédiats.

Chez les femmes, le tableau est tout autre. Celles qui avaient joué au jeu intense ont approuvé 20,5 % des profils, contre 23,3 % pour celles plongées dans l’environnement calme. Une différence mineure, dans le sens inverse… et qui n’apparaît pas comme significative.

Les notes données par les femmes sur l’attractivité, la compatibilité ou la similarité ne changent quasiment pas entre les deux conditions. Les chercheuses et chercheurs rappellent une théorie selon laquelle les hommes s’appuieraient davantage sur leurs signaux corporels pour interpréter leurs émotions, tandis que les femmes accorderaient plus d’importance au contexte et aux indices situationnels.

Le regard d’un expert : quand l’adrénaline booste l’attirance

Interrogé par PsyPost, Rui Miguel Costa, professeur assistant à la Faculté des sciences de la santé de l’Universidade Europeia à Lisbonne et membre d’un centre de recherche en sciences du sport et de la santé au Portugal, voit une continuité avec des travaux antérieurs.

Selon lui, cette étude est « cohérente avec d’autres recherches » montrant qu’« une exposition préalable à des situations excitantes augmente ensuite l’excitation sexuelle et l’attractivité pour des personnes du sexe opposé ». Il nuance néanmoins l’interprétation stricte en termes de « mauvaise attribution ».

Pour Rui Miguel Costa, dans la réalité, il est quasiment impossible de séparer l’attirance pour une personne du contexte dans lequel on la rencontre. Les deux sont étroitement imbriqués.

Il souligne que l’idée d’une « attractivité intrinsèque » totalement détachée de la situation n’existe que dans les modèles théoriques. Dans la vie quotidienne, l’adrénaline générée par un environnement – un parc d’attractions, une soirée sportive, une activité risquée – se mêle naturellement à ce que l’on ressent pour les personnes qui s’y trouvent.

Costa suggère aussi une piste pour les travaux futurs : demander explicitement aux participants dans quelle mesure ils pensent que leur attraction est influencée par une situation excitante juste avant. Selon lui, beaucoup de gens seraient probablement conscients de cet effet, ce qui n’a pas encore été testé directement.

Une étude prometteuse, mais encore préliminaire

Les auteurs de l’étude insistent sur plusieurs limites importantes. D’abord, le travail est pour l’instant une prépublication : il n’a pas encore été évalué par des pairs, ce processus où d’autres scientifiques indépendants vérifient la solidité de la méthode et des conclusions avant une publication officielle.

Autre point : l’excitation a été mesurée par auto-déclaration, pas à l’aide de dispositifs physiologiques (mesure du rythme cardiaque, conductance de la peau, etc.). Les participants pouvaient donc se tromper sur l’intensité de leurs propres sensations corporelles.

Les profils présentés avaient aussi été choisis de manière à varier, sans inclure de visages jugés très attirants. Les notes globales restaient assez basses. Les chercheurs reconnaissent que les effets pourraient être différents si les profils étaient, en moyenne, beaucoup plus séduisants.

Enfin, l’expérience se déroulait en laboratoire, sans enjeu réel. Accepter ou refuser un profil n’avait aucune conséquence sociale, contrairement à une véritable application où un match peut déboucher sur des échanges, un rendez-vous ou un refus. Dans un contexte réel, les utilisateurs pourraient peser davantage les caractéristiques de la personne, au-delà de leur état d’excitation du moment.

Que disent ces résultats pour les applis de rencontre en France ?

L’étude a été réalisée en Allemagne, mais elle concerne directement les usages des applis de rencontre largement répandues en France. Les grandes plateformes fonctionnent toutes sur des mécanismes de décision très rapides, à partir de quelques photos et d’un court texte.

Pour un utilisateur ou une utilisatrice français·e, ces résultats suggèrent une chose : l’état dans lequel on se trouve au moment de swiper peut influencer la perception des profils, en particulier pour les hommes. Une séance de jeu vidéo nerveux, un film d’horreur ou même une activité sportive intense juste avant de se connecter pourrait, en théorie, pousser à juger plus positivement des profils qui paraîtraient moins attirants dans un moment de calme.

En France, il n’existe pas de recommandation officielle spécifique à ce sujet, mais les psychologues spécialisés dans les relations amoureuses rappellent souvent que les décisions prises sous le coup de fortes émotions – positives ou négatives – peuvent s’éloigner de nos critères habituels. L’équivalent, dans le cadre des finances personnelles, serait l’idée de ne pas faire d’achats importants lorsqu’on est en état d’euphorie ou de stress.

Pour les professionnels de la santé mentale ou de la médiation familiale, ce type de résultat peut servir à mieux comprendre comment se forment certains choix amoureux ou sexuels, et pourquoi ils peuvent varier fortement selon le contexte immédiat.

Quelques points pratiques à garder à l’esprit

Pour un public français, cette étude ouvre plusieurs pistes de réflexion concrètes sur l’usage des applis de rencontre.

  • Le moment où l’on swipe compte : se connecter systématiquement après une séance de sport intense ou un jeu vidéo très stimulant peut biaiser les jugements, surtout chez les hommes.
  • Le contexte façonne l’attirance : un rendez-vous dans un parc d’attractions, un escape game ou une activité à sensations peut renforcer la perception d’alchimie, même si une partie vient de l’adrénaline ambiante.
  • Les impressions restent malléables : un même profil pourrait être évalué différemment selon l’état émotionnel du moment, sans que la personne en face n’ait changé.
  • Les chercheurs notent d’ailleurs que l’effet observé dans cette expérience en réalité virtuelle est environ deux fois plus faible que celui de l’étude du pont suspendu de 1974. Plusieurs explications sont avancées : faible enjeu du « swipe », conscience possible des participants que l’excitation vient du jeu, surestimation de l’effet dans la petite étude d’origine.

    Ce que signifie l’« hypothèse de mauvaise attribution de l’excitation »

    Pour mieux comprendre les enjeux, il est utile de préciser ce concept central. L’hypothèse de mauvaise attribution de l’excitation décrit une situation où une personne ressent une activation physiologique – accélération du rythme cardiaque, tension musculaire, respiration plus rapide – pour une raison précise (peur, effort physique, suspense), mais l’interprète comme le signe d’une autre émotion, comme l’attirance ou l’amour.

    Dans le cadre des rencontres, cela signifie que l’on peut surestimer l’intérêt que l’on porte à quelqu’un parce que l’on est déjà stimulé par le contexte : un film haletant, un concert, un événement sportif. Le corps envoie le signal « ça bouge », le cerveau lui colle parfois l’étiquette « cette personne me plaît vraiment ».

    Cette étude en réalité virtuelle ne prouve pas que ce mécanisme se produit systématiquement, mais elle montre qu’une excitation non liée à la rencontre peut, au moins dans un cadre contrôlé, modifier la façon dont des hommes évaluent des partenaires potentiels sur écran.

    Un outil de réflexion pour son usage des applis

    Pour les utilisateurs et utilisatrices d’applis de rencontre en France, ces résultats peuvent servir de repère. Savoir que l’adrénaline, même issue d’un jeu vidéo comme Beat Saber, peut rendre certains profils plus attractifs aide à relativiser les décisions prises dans un état très excité.

    À l’inverse, un état émotionnel très négatif – fatigue extrême, stress aigu – pourrait aussi impacter défavorablement la perception des autres, bien que ce point ne soit pas directement testé dans l’expérience allemande. Dans tous les cas, la manière dont on se sent au moment de choisir joue un rôle réel, au-delà des seules photos et descriptions qui s’affichent sur l’écran.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce que l'« erreur d'attribution de l'excitation » ?

    C'est un phénomène psychologique où une personne confond l'origine de ses sensations physiques (cœur qui s'accélère, mains moites) et les interprète comme de l'attirance romantique ou sexuelle, alors qu'elles proviennent d'une autre source, comme l'adrénaline d'une activité excitante.

    Pourquoi les résultats diffèrent-ils entre les hommes et les femmes ?

    Selon les chercheurs, les hommes s'appuieraient davantage sur leurs signaux corporels pour interpréter leurs émotions, tandis que les femmes accorderaient plus d'importance au contexte et aux indices situationnels pour évaluer l'attirance.

    L'étude a-t-elle été publiée officiellement ?

    Non, l'étude est actuellement disponible en prépublication sur la plateforme SSRN et a été soumise à la revue Computers in Human Behavior Reports. Elle n'a pas encore été évaluée par des pairs, ce qui constitue une limite importante.

    Peut-on appliquer ces résultats à la vie réelle ?

    Rui Miguel Costa, un expert interrogé, nuance l'interprétation en soulignant qu'il est quasiment impossible de séparer l'attirance du contexte dans la réalité. L'adrénaline d'un environnement se mêle naturellement à ce que l'on ressent pour les personnes qui s'y trouvent.

    Combien de participants ont participé à cette étude ?

    130 participants ont été recrutés sur un campus universitaire allemand, avec un âge moyen d'environ 23 ans. Ils ont été répartis aléatoirement entre un groupe « basse excitation » et un groupe « haute excitation ».

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