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Du liquide vaisselle aussi efficace qu’un désinfectant hospitalier sur du matériel médical usagé : ce que révèle une nouvelle étude

Du liquide vaisselle aussi efficace qu'un désinfectant hospitalier sur du matériel médical usagé : ce que révèle une nouvelle étude

En Suède, des chercheurs ont testé en situation de crise le nettoyage de dispositifs médicaux à usage unique avec du simple liquide vaisselle.

Dans une étude menée dans un hôpital suédois et relayée par le site d’actualités scientifiques StudyFinds, des médecins ont comparé l’efficacité d’un liquide vaisselle courant à celle de l’alcool à 70 % et d’un puissant désinfectant hospitalier à base d’acide peracétique pour nettoyer du matériel médical déjà utilisé. L’objectif : trouver une solution de secours en cas de guerre, de catastrophe ou de rupture majeure de stocks.

Une étude pensée pour les situations de guerre ou de catastrophe

L’étude a été conduite dans un hôpital régional en Suède, dans un contexte très concret : que faire si, en pleine crise, les respirateurs, cathéters ou perfusions à usage unique viennent à manquer ? Les chercheurs ont imaginé un hôpital dont les réserves de matériel jetable seraient épuisées, comme cela a pu être le cas dans certains services pendant la pandémie de Covid-19.

Ils ont collecté 90 dispositifs déjà utilisés sur de vrais patients au bloc opératoire :

  • tubes de respiration et masques laryngés (dispositifs d’intubation des voies aériennes) ;
  • tubulures de perfusion intraveineuse ;
  • seringues ;
  • sondes urinaires (cathéters) ;
  • sondes d’alimentation.

Plutôt qu’un laboratoire ultra-contrôlé, les scientifiques ont choisi une salle de matériel souillé adjacente au bloc, un environnement proche de ce que pourrait être un hôpital débordé, voire endommagé, pendant un conflit ou une catastrophe naturelle.

Autre choix fort : ce ne sont pas des techniciens spécialisés qui ont nettoyé les dispositifs, mais trois membres de l’équipe sans formation particulière en désinfection, là encore pour coller aux conditions réelles d’un hôpital en crise.

Liquide vaisselle, alcool et désinfectant puissant à égalité

Les 90 dispositifs ont été répartis aléatoirement en trois groupes :

  • un bain à l’acide peracétique, un désinfectant de niveau hospitalier utilisé pour la stérilisation de matériel ;
  • un bain d’alcool à 70 % ;
  • un bain avec une marque courante de liquide vaisselle.

Le protocole était identique pour chaque méthode :

  • brossage énergique pendant 30 secondes ;
  • dix minutes de trempage complet dans la solution choisie ;
  • dix minutes de séchage à l’air libre.
  • Avant et après le nettoyage, les chercheurs ont prélevé des échantillons sur chaque dispositif pour mesurer la présence de bactéries. Pour les dispositifs respiratoires (tubes et masques laryngés), ils ont ajouté une analyse génétique ciblant 28 germes respiratoires connus.

    Résultat clé : les trois méthodes ont permis une chute nette de la charge bactérienne, sans qu’aucune ne domine clairement les autres. Autrement dit, le liquide vaisselle s’est montré aussi efficace que l’alcool à 70 % et que l’acide peracétique dans ces conditions précises.

    Sur 30 dispositifs respiratoires testés, environ la moitié (14) étaient contaminés par des germes avant nettoyage. Les bactéries les plus fréquentes étaient :

    • Haemophilus influenzae, détectée sur 30 % de ces dispositifs ;
    • des staphylocoques (« Staph »), présents sur 23 % ;
    • certains équipements portaient plusieurs types de germes.

    Après nettoyage, tous les échantillons se sont révélés négatifs, quelle que soit la méthode utilisée.

    Aucun dommage visible sur le matériel testé

    Les chercheurs ont aussi vérifié si ce traitement agressif risquait d’abîmer le matériel. Selon l’article scientifique publié dans la revue Prehospital and Disaster Medicine, aucun des 90 dispositifs n’a montré de fissure, déformation, fuite ou perte de fonctionnalité après cette unique séquence « usage – nettoyage ».

    Les tubes continuaient à laisser passer l’air, les seringues fonctionnaient normalement, les tubulures ne présentaient pas de défaut. Ce point compte pour les hôpitaux qui, en cas de crise prolongée, pourraient être tentés de réutiliser du matériel plus d’une fois.

    Les auteurs mettent cependant en garde : l’étude n’a porté que sur un seul cycle de réutilisation. Rien ne permet donc de garantir le comportement de ces dispositifs après plusieurs lavages successifs, notamment sur la durée des matériaux, les joints ou les embouts.

    Un risque de contamination croisée à surveiller

    Un point problématique est apparu lors des tests sur les lignes de perfusion et les seringues. Quand ces dispositifs ont été lavés dans le même bac que le matériel respiratoire, les chercheurs ont observé des signaux laissant penser à une possible contamination croisée entre les équipements.

    Une séparation stricte des dispositifs à haut risque, comme les tubulures de perfusion et les seringues qui vont directement dans le sang, apparaît indispensable si un nettoyage de secours devait être mis en œuvre.

    Lorsque l’équipe a refait l’expérience en lavant séparément le matériel intraveineux et les dispositifs des voies aériennes, ces signaux de contamination croisée ont disparu. Les auteurs recommandent donc, dans ce type de stratégie de crise, de séparer physiquement les catégories de matériel.

    Une solution de dernier recours, pas un nouveau standard

    Les auteurs insistent : il ne s’agit pas de promouvoir le lavage et la réutilisation des dispositifs à usage unique au quotidien. Le message est précisément l’inverse. Ils décrivent ce protocole comme une mesure de tout dernier recours, à envisager uniquement lorsque les autres options ont échoué :

    • rationner le matériel disponible ;
    • basculer vers des dispositifs réutilisables validés ;
    • adapter les protocoles de prise en charge.

    L’étude ne mesure que la réduction de bactéries sur le matériel, pas la sécurité clinique pour les patients. Aucun suivi d’infections, de complications ou de mortalité n’a été réalisé. Les chercheurs eux-mêmes indiquent que leurs résultats ne permettent pas de conclure à l’innocuité de la réutilisation pour les malades.

    Ils signalent aussi plusieurs limites : les dispositifs testés étaient probablement dépourvus de biofilm, cette couche visqueuse de bactéries qui se forme sur du matériel resté longtemps dans le corps, comme en réanimation. Les virus n’ont été recherchés que de façon limitée, et l’étude ne dit rien sur une crise longue avec des réutilisations répétées.

    Pourquoi cette piste intéresse les systèmes de santé

    Selon StudyFinds, les chercheurs replacent leur travail dans un contexte plus large : dans les pays riches, les hôpitaux se sont massivement tournés vers le « tout jetable » pour limiter le risque d’infection et simplifier l’organisation. Mais cette dépendance expose directement aux ruptures de stocks en cas de crise.

    La pandémie de Covid-19 a révélé cette vulnérabilité : pénuries de masques, de gants, de surblouses, voire de certains dispositifs invasifs. Dans les zones de guerre, les témoignages d’équipes soignantes font état de rationnements sévères, d’improvisations et de dérogations forcées aux protocoles habituels.

    Sur le plan réglementaire, la réutilisation contrôlée de dispositifs à usage unique existe déjà dans certains pays. Aux États-Unis, l’agence du médicament (FDA) autorise des entreprises spécialisées à retraiter certains dispositifs sous conditions strictes. L’Union européenne a prévu un cadre pour ce type de reconditionnement. Mais ces circuits industriels supposent des moyens, des machines et un environnement qui n’existent pas forcément sur un théâtre de guerre ou après une catastrophe majeure.

    L’intérêt de cette étude suédoise est d’évaluer des méthodes « basse technologie », réalistes dans un hôpital isolé, privé de ses fournisseurs habituels et sans accès à des équipements sophistiqués de stérilisation.

    Ce que cela signifie (ou non) pour les hôpitaux en France

    En France, les établissements de santé s’appuient sur des dispositifs strictement encadrés de stérilisation pour le matériel réutilisable, et sur des protocoles de prévention des infections associés à la Haute Autorité de santé et aux centres de lutte contre les infections nosocomiales. Les dispositifs marqués « à usage unique » ne sont normalement jamais réutilisés sur un autre patient.

    En temps normal, laver une sonde ou une tubulure jetable au liquide vaisselle dans un service de soins français serait contraire aux bonnes pratiques et aux recommandations. Les centrales de stérilisation hospitalière fonctionnent avec des autoclaves, des désinfectants validés et des procédures de traçabilité que cette étude ne prétend absolument pas remplacer.

    L’intérêt concret pour le lecteur français se situe plutôt dans la préparation aux crises majeures. Les plans blancs hospitaliers, activés lors de catastrophes ou de tensions extrêmes sur le système de santé, prévoient déjà des mesures de priorisation des soins, de transferts de patients et de mobilisation du personnel. La question de la réutilisation exceptionnelle de certains dispositifs à usage unique se pose dans ce cadre, notamment pour les hôpitaux civils susceptibles d’être impactés par un conflit sur le sol européen ou par une catastrophe naturelle majeure.

    Les résultats suédois n’autorisent en rien un usage courant, mais ils fournissent une base scientifique pour réfléchir à des protocoles d’ultime recours, plutôt que d’improviser sous la pression. À ce stade, aucune recommandation française ne valide le recours au liquide vaisselle pour le nettoyage de matériel invasif destiné à être réutilisé sur un patient.

    Quelques notions à connaître sur la désinfection du matériel médical

    La désinfection et la stérilisation visent à limiter le risque infectieux, mais elles ne recouvrent pas exactement la même réalité :

    Niveau Objectif Exemples de dispositifs concernés
    Désinfection simple Réduction significative du nombre de micro-organismes, sans garantie d’éliminer tous les agents infectieux Surfaces, dispositifs non invasifs
    Désinfection de haut niveau Élimination d’une grande partie des bactéries, virus et champignons, mais pas forcément de toutes les spores Endoscopes, certains dispositifs semi-invasifs
    Stérilisation Destruction de toutes les formes de vie microbienne, y compris les spores Instruments chirurgicaux, matériel implantable

    Le protocole testé en Suède se situe clairement du côté de la désinfection, pas de la stérilisation. L’acide peracétique peut atteindre un niveau de désinfection très élevé, mais encore faut-il respecter des paramètres précis (concentration, temps, température) et valider le procédé, ce qui n’était pas l’objet de cette étude pensée comme une solution de crise.

    Un filet de sécurité théorique pour les situations extrêmes

    Pour les soignants qui exercent dans des zones de conflit ou de catastrophe, ces résultats offrent un cadre un peu plus solide à des pratiques parfois déjà improvisées sur le terrain : lavage à l’eau, recours à l’alcool disponible, réutilisation forcée de certains dispositifs faute de mieux.

    En situation extrême, quand l’alternative consiste à traiter un patient sans matériel ou avec un dispositif réutilisé après un nettoyage simple, cette étude suggère qu’un protocole standardisé avec brossage, trempage de dix minutes et séchage à l’air, y compris avec du liquide vaisselle, peut réduire fortement la charge bactérienne sur le matériel. Les auteurs rappellent toutefois que ce n’est qu’un élément parmi d’autres dans une stratégie globale de réduction des risques, et non une garantie de sécurité pour les patients.

    Questions fréquentes

    Le liquide vaisselle est-il vraiment aussi efficace que les désinfectants hospitaliers ?

    Dans l'étude suédoise, le liquide vaisselle s'est montré aussi efficace que l'alcool à 70 % et que l'acide peracétique pour réduire la charge bactérienne sur le matériel testé. Cependant, cette étude ne mesure que la présence de bactéries et non la sécurité clinique réelle pour les patients.

    Peut-on réutiliser plusieurs fois le même dispositif médical selon cette méthode ?

    L'étude n'a porté que sur un seul cycle de réutilisation. Les auteurs ne peuvent pas garantir le comportement des dispositifs après plusieurs lavages successifs, notamment concernant la durée de vie des matériaux, les joints ou les embouts.

    Existe-t-il un risque de contamination croisée entre les différents types de matériel ?

    Oui, les chercheurs ont observé des signaux de contamination croisée lorsque le matériel de perfusion et les seringues ont été lavés dans le même bac que les dispositifs respiratoires. Une séparation physique stricte des catégories de matériel est indispensable pour éviter ce problème.

    Pour quelles situations cette méthode est-elle recommandée ?

    Les auteurs décrivent ce protocole comme une mesure de tout dernier recours, à envisager uniquement en cas de guerre, de catastrophe naturelle ou de rupture majeure de stocks après épuisement de toutes les autres options, y compris le rationnement et le recours aux dispositifs réutilisables validés.

    Quels types de germes ont été détectés sur le matériel médical ?

    Les bactéries les plus fréquemment détectées étaient Haemophilus influenzae (30 % des dispositifs), des staphylocoques (23 %) et certains équipements portaient plusieurs types de germes. Après nettoyage, tous les échantillons se sont révélés négatifs, quelle que soit la méthode utilisée.

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