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Les portables interdits en classe : les professeurs découvrent que leurs élèves ne savent plus lire l’heure sur une horloge à aiguilles

Les portables interdits en classe : les professeurs découvrent que leurs élèves ne savent plus lire l'heure sur une horloge à aiguilles

À New York, l’interdiction des téléphones portables à l’école révèle une lacune inattendue chez les élèves : la lecture de l’heure sur une horloge à aiguilles.

Aux États‑Unis, l’État de New York a instauré à la rentrée une interdiction des portables dans les établissements scolaires. Une mesure saluée par nombre d’enseignants… mais qui met en lumière un effet collatéral étonnant : beaucoup d’élèves ne savent plus lire l’heure sur une horloge traditionnelle, rapporte le média en ligne américain The Independent à partir de témoignages recueillis notamment par Gothamist et la presse new‑yorkaise.

Un bannissement des portables qui fait surgir un oubli basique

À New York, la nouvelle règle s’applique aux écoles publiques du plus grand système scolaire des États‑Unis. Les élèves doivent laisser leur téléphone éteint et rangé durant la journée. L’objectif affiché : réduire les distractions et favoriser la concentration en classe.

Mais dès les premières semaines, certains professeurs remarquent une conséquence inattendue de ce retour à un environnement moins numérique. Sans leur smartphone, les élèves se tournent vers les horloges murales… et se retrouvent parfois incapables de s’en servir.

Des enseignants constatent qu’une partie de leurs élèves ne maîtrise plus une compétence censée être acquise dès les premières années d’école : lire l’heure sur une horloge à aiguilles.

Selon les responsables scolaires cités, les élèves du système public new‑yorkais sont censés apprendre à lire l’heure en première et deuxième année de primaire. Mais cette compétence, peu utilisée au quotidien à l’ère des écrans, a manifestement été oubliée par une partie des collégiens et lycéens.

« Miss, il est quelle heure ? » : les enseignants débordés de questions

Dans un lycée de Queens, à New York, Tiana Millen, principale adjointe à Cardozo High School, résume le phénomène : pour elle, lire l’heure sur une horloge à aiguilles représente désormais « une compétence majeure à laquelle ils ne sont plus du tout habitués ». Ses propos sont rapportés par Gothamist et relayés par The Independent.

À Manhattan, Madi Mornhinweg, professeure d’anglais, vit la même situation. Elle décrit une question qui revient sans cesse depuis que les téléphones ont disparu des salles de classe : « Le refrain constant, c’est : “Madame, il est quelle heure ?” » Explique-t‑elle, citée par le média new‑yorkais. Les élèves veulent savoir combien de minutes il reste avant la fin du cours, mais ne regardent pas l’horloge murale, pourtant bien en vue.

Face à cette dépendance à l’affichage numérique de l’heure, l’enseignante a dû réagir :

« Ça en est arrivé au point où j’ai commencé à dire : “Où est la grande aiguille et où est la petite aiguille ?” », raconte Madi Mornhinweg, pour forcer les élèves à réinvestir cette compétence de base.

Pour ces professeurs, la situation illustre comment certaines capacités jugées évidentes il y a encore quelques années peuvent s’effacer lorsque les usages quotidiens changent. L’abandon progressif des montres analogiques, l’omniprésence des smartphones et des écrans numériques ont rendu la lecture d’une horloge classique presque étrangère à certains adolescents.

Une transformation profonde du quotidien dans les écoles de New York

L’interdiction des portables ne se limite pas à ce détail symbolique. À en croire les témoignages recueillis par la presse américaine, elle change en profondeur l’ambiance dans les établissements.

Plusieurs élèves décrivent à New York Magazine un climat plus vivant dans les couloirs et dans la cour. Rosalmi, élève de terminale au New Heights Academy Charter School, à Harlem, constate un regain d’enthousiasme : « On a beaucoup plus d’esprit d’école », dit‑elle. Les adolescents, moins absorbés par leurs écrans, participent davantage aux activités collectives.

Les temps libres se réorganisent autour de jeux de société, de discussions ou de sports improvisés. Rosalmi évoque par exemple la place prise par le jeu de dominos, très populaire dans la communauté dominicaine :

« Les dominos, c’est vraiment un jeu dominicain de base. Les gens sont passionnés. Il faut claquer la première pièce sur la table ! »

Les élèves se mettent aussi au volley, jouent aux cartes, lisent ou discutent plus bruyamment à la cantine. Les scènes de groupes d’amis silencieux, penchés chacun sur son smartphone, semblent reculer dans certains lycées.

Des contournements astucieux, entre iPod et talkies-walkies

La règle ne fait pas que des heureux. Une partie des élèves tente d’y échapper ou de limiter son impact en ramenant d’autres appareils.

  • Certains ressortent de vieux lecteurs audio type iPod, qui ne sont pas toujours visés explicitement par les règlements.
  • D’autres apportent des talkies‑walkies pour continuer à communiquer à distance.
  • Quelques lycéens regrettent de ne plus pouvoir utiliser leur téléphone pour prendre des notes ou faire leurs devoirs en ligne durant les pauses.

Raisa Ibnat, 16 ans, élève de Brooklyn Tech, explique ainsi au New York Times qu’elle vit une « relation amour-haine » avec cette interdiction. Elle apprécie de se sentir plus concentrée en cours, mais se plaint de ne plus pouvoir réaliser son travail scolaire sur son téléphone et de devoir transporter plusieurs cahiers en raison de son long trajet.

Une tendance nationale : plus de 30 États restreignent les portables

L’État de New York ne fait pas figure d’exception. D’après les données citées par The Independent, au moins 31 États américains ainsi que le District de Columbia appliquent déjà, sous une forme ou une autre, des restrictions sur les téléphones dans les établissements scolaires.

Avant la décision au niveau de l’État, certains districts avaient déjà testé le bannissement. Le district de Schoharie, dans l’État de New York, a ainsi interdit les téléphones en 2022. Les responsables locaux affirment avoir constaté des effets positifs, avec davantage d’interactions en face à face entre les élèves.

La dynamique continue à s’étendre. En Californie, une loi baptisée Phone‑Free School Act impose désormais aux districts de mettre en place une politique de limitation des téléphones au plus tard en juillet 2026. L’objectif rejoint celui de New York : réduire les distractions numériques et renforcer l’attention en classe.

Aux États‑Unis, la régulation des portables à l’école devient un sujet central des politiques éducatives, avec une ligne directrice commune : moins d’écran, plus de présence réelle.

Et en France : où en est l’interdiction du portable à l’école ?

Pour un lecteur français, la situation de New York rappelle une règle déjà en vigueur dans l’Hexagone. La France a interdit l’usage du téléphone portable dans les écoles et les collèges publics, sauf exceptions prévues par le règlement intérieur. Le principe : les élèves ne doivent pas utiliser leur smartphone pendant les cours et souvent pas non plus dans la cour, selon les établissements.

Comme à New York, cette interdiction vise à limiter les distractions, les cyberharcèlements pendant la journée de classe et à encourager les échanges directs. De nombreux chefs d’établissement et enseignants en France évoquent eux aussi des effets positifs : élèves plus attentifs, moins de tensions liées aux réseaux sociaux en temps scolaire, climat plus apaisé.

Les questions pratiques ressemblent également à celles observées dans les lycées new‑yorkais : confiscation temporaire en cas d’usage non autorisé, casier ou pochette fermée, négociation avec les parents inquiets de ne pas pouvoir joindre leur enfant en journée.

Une différence importante tient toutefois au contexte culturel. En France, les horloges à aiguilles restent encore largement présentes dans les salles de classe et les élèves y sont exposés dès le primaire. Le sujet précis de la perte de la lecture de l’heure sur horloge analogique a moins occupé le débat public que dans cet exemple new‑yorkais, même si certains enseignants, en primaire notamment, signalent ponctuellement des difficultés similaires liées à la généralisation des écrans.

Ce que révèle la difficulté à lire une horloge traditionnelle

Au‑delà de l’anecdote, l’épisode new‑yorkais met en lumière une mutation plus large des apprentissages de base à l’ère numérique. Quand l’heure s’affiche en grands chiffres sur un écran, savoir interpréter la position d’aiguilles devient une compétence rarement mobilisée dans la vie quotidienne.

Pourtant, les psychologues de l’éducation soulignent souvent que la lecture de l’heure sur une horloge analogique contribue à la compréhension du temps qui passe : notion de demi‑heure, de quart d’heure, angles, fractions… Autant d’éléments qui renforcent d’autres apprentissages, en mathématiques par exemple.

Support Ce qu’il permet d’apprendre
Horloge à aiguilles Vision globale de l’heure, repères dans la journée, fractions (quart, demi‑heure), estimation de durée
Affichage numérique Lecture immédiate de l’heure précise, facilité d’usage, programmation d’alarmes et de rappels

Le fait que de nombreux adolescents perdent cette habitude interroge donc la façon dont les programmes scolaires s’adaptent (ou non) aux nouvelles pratiques numériques. À New York, certains enseignants profitent justement du bannissement des smartphones pour réintroduire ces compétences simples, à travers des questions régulières ou de petits exercices informels.

Des pistes concrètes pour réhabiliter les « petits savoirs » hors écran

Pour les familles comme pour les enseignants, l’exemple des horloges à aiguilles suggère quelques pistes très concrètes. À la maison, demander à un enfant de lire régulièrement l’heure sur une horloge murale ou sur une montre non numérique permet d’ancrer ce savoir. En classe, afficher clairement une horloge analogique, prendre le temps de l’expliquer, puis renvoyer les élèves vers elle lorsque la fameuse question « il reste combien de temps ? » surgit, aide à réactiver les réflexes.

Cette situation illustre un phénomène plus large : certains « petits savoirs » du quotidien peuvent s’éroder lorsque la technologie prend en charge la moindre tâche. L’interdiction des téléphones à l’école, que ce soit à New York ou en France, ne se résume donc pas à un simple conflit autour des écrans. Elle offre aussi une occasion inattendue de remettre en avant ces compétences fondamentales, parfois passées au second plan, comme le simple fait de lire l’heure sur une horloge à aiguilles.

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