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Des gènes de chasseurs-cueilleurs vieux de 10 000 ans : voici ce qui aide certains Italiens à dépasser 100 ans

Des gènes de chasseurs-cueilleurs vieux de 10 000 ans : voici ce qui aide certains Italiens à dépasser 100 ans

En Italie, des chercheurs ont mis au jour un héritage génétique surprenant chez les personnes qui vivent au-delà de 100 ans.

Une étude relayée par le média britannique The Independent met en lumière un facteur inattendu de longévité en Italie : une part plus importante d’ADN héritée de chasseurs-cueilleurs préhistoriques chez les centenaires. Ce travail scientifique offre un nouvel éclairage sur le rôle de l’hérédité dans le vieillissement, aux côtés de l’alimentation, de l’activité physique ou encore de l’environnement.

Une enquête génétique sur plus de 1 000 Italiens

Pour mieux comprendre pourquoi l’Italie compte autant de centenaires, les chercheurs ont analysé le génome de plus de 300 personnes âgées de 100 ans ou plus, puis l’ont comparé à celui de près de 700 adultes en bonne santé d’environ 50 ans. Tous vivraient en Italie et appartiendraient à la population générale.

Les scientifiques ont ensuite mis ces profils génétiques en parallèle avec des génomes anciens, représentant quatre grandes composantes qui ont façonné la population italienne actuelle :

  • les chasseurs-cueilleurs de l’Ouest (Western Hunter-Gatherers), présents en Europe après la dernière période glaciaire ;
  • les premiers agriculteurs néolithiques venus d’Anatolie ;
  • des groupes nomades de l’âge du Bronze ;
  • des populations anciennes originaires des régions iranienne et du Caucase.

Chaque Italien étudié possède un mélange de ces héritages. La question était de savoir si l’un de ces blocs génétiques se retrouvait plus souvent chez ceux qui atteignent les 100 ans.

Un avantage venu des chasseurs-cueilleurs préhistoriques

Les résultats, publiés dans la revue scientifique GeroScience, pointent clairement dans une direction : les centenaires italiens présentent une proportion plus élevée d’ADN issu des chasseurs-cueilleurs de l’Ouest que le reste de la population.

Les chercheurs montrent pour la première fois que la lignée des chasseurs-cueilleurs de l’Ouest contribue à la longévité au sein de la population italienne.

Selon l’étude, plus la part de ce patrimoine de chasseurs-cueilleurs augmente, plus la probabilité d’atteindre 100 ans grimpe. Les scientifiques évoquent une hausse de 38 % des chances de devenir centenaire pour chaque petit accroissement de cette fraction d’ADN ancien.

Ce n’est pas tout : les femmes semblent tirer un bénéfice encore plus marqué de cet héritage génétique. Celles qui possèdent une proportion plus élevée de ces gènes seraient plus de deux fois plus susceptibles de franchir le cap symbolique des 100 ans que les hommes présentant un profil comparable.

Des gènes sélectionnés pendant la dernière période glaciaire

Les auteurs avancent une hypothèse pour expliquer ce phénomène. Ils pensent que ces variantes génétiques favorables à la longévité ont été introduites très tôt dans le « pool » génétique italien, probablement à une époque où la survie passait par une forte capacité d’adaptation.

Les variantes associées à la longévité auraient été avantagées durant la dernière période glaciaire, lorsque nos ancêtres devaient affronter un froid extrême et un accès limité aux ressources alimentaires.

Autrement dit, des gènes utiles pour survivre à un climat rude et à la pénurie pourraient aujourd’hui aider l’organisme à mieux encaisser le passage du temps. Les chercheurs soupçonnent notamment certains d’entre eux d’optimiser le métabolisme, c’est-à-dire la manière dont le corps transforme et utilise l’énergie issue de la nourriture.

D’après l’étude, ces variantes pourraient :

  • permettre de tirer davantage de nutriments d’une même quantité de nourriture ;
  • limiter les dégâts causés par le stress oxydatif, lié à l’âge ;
  • mieux réguler certaines réponses inflammatoires.

Pour les auteurs, cette composante pré-néolithique, associée aux déplacements de populations après le dernier maximum glaciaire, resterait bénéfique aujourd’hui pour vivre plus longtemps, malgré un environnement radicalement différent de celui de la préhistoire.

Gènes, habitudes de vie, environnement : une combinaison gagnante

Ces travaux ne disent pas que les gènes suffisent pour atteindre un âge exceptionnel. Ils s’inscrivent dans un ensemble de recherches montrant que la longévité résulte d’un équilibre entre héritage familial, mode de vie et contexte social ou géographique.

En Italie, plusieurs régions sont déjà connues pour leur forte proportion de personnes très âgées, notamment la Sardaigne, souvent citée parmi les « zones bleues », ces territoires où l’on recense un nombre inhabituel de centenaires. On y retrouve fréquemment des caractéristiques communes :

  • une alimentation traditionnelle riche en végétaux, en légumineuses et en huile d’olive ;
  • une activité physique quotidienne, souvent liée à des métiers manuels ou agricoles ;
  • des liens sociaux serrés, avec une place importante donnée aux aînés ;
  • un tabagisme et une consommation d’alcool modérés dans certaines zones.

L’étude présentée par The Independent ajoute une pièce au puzzle : chez certains Italiens, ce contexte favorable s’appuierait sur une base génétique très ancienne, héritée des premiers habitants du continent après l’âge glaciaire.

Ce que cela signifie (et ne signifie pas) pour un lecteur en France

Pour un lecteur vivant en France, cette recherche souligne d’abord que la part génétique de la longévité n’est pas uniforme selon les régions du monde. La population française a elle aussi été façonnée par des vagues successives de migrations, mais la proportion d’héritage de chasseurs-cueilleurs ou d’autres groupes anciens n’est pas identique à celle observée en Italie.

À l’heure actuelle, il n’existe pas en France de dépistage courant visant spécifiquement à mesurer la part d’ADN issue de chasseurs-cueilleurs dans le but d’évaluer le potentiel de longévité. Les tests génétiques grand public disponibles s’intéressent davantage aux origines géographiques globales ou à certains risques de maladies, sans fournir une prédiction fiable sur l’espérance de vie.

Pour les Français, la stratégie recommandée par les autorités sanitaires reste centrée sur les facteurs dits « modifiables » :

  • adopter une alimentation équilibrée, inspirée notamment du régime méditerranéen ;
  • maintenir une activité physique régulière ;
  • limiter le tabac et l’alcool ;
  • préserver le sommeil et la vie sociale ;
  • suivre les dépistages organisés et les recommandations médicales.

Les chercheurs italiens eux-mêmes ne présentent pas ces variantes génétiques comme une garantie de longévité. Ils les considèrent plutôt comme un « bonus » qui peut renforcer les effets d’un mode de vie protecteur ou, au contraire, être entravé par des habitudes néfastes.

Comment les scientifiques retracent l’ADN des populations anciennes

Pour parvenir à ce type de conclusions, les généticiens comparent l’ADN d’individus actuels à celui extrait de restes humains très anciens, mis au jour lors de fouilles archéologiques. Ce domaine, souvent appelé paléogénomique, permet de reconstituer les grands mouvements de population qui ont façonné l’Europe au fil des millénaires.

Les chasseurs-cueilleurs de l’Ouest, au cœur de cette étude, désignent des groupes humains qui vivaient principalement de la chasse, de la cueillette et de la pêche. Ils occupaient l’Europe après la fin de la dernière période glaciaire, avant l’arrivée des premiers agriculteurs du Proche-Orient.

Groupe ancien Période principale Mode de vie dominant
Chasseurs-cueilleurs de l’Ouest Après la dernière période glaciaire Chasse, cueillette, pêche
Agriculteurs néolithiques anatoliens Début du Néolithique Agriculture et élevage
Groupes nomades de l’âge du Bronze Âge du Bronze Pastoralisme et mobilité
Populations d’Iran et du Caucase Préhistoire récente Modes de vie variés

En identifiant chez les Italiens actuels la part de chacun de ces héritages, les chercheurs peuvent ensuite relier certaines caractéristiques, comme la longévité, à l’une ou l’autre de ces composantes.

Ce que cette étude change dans la recherche sur le vieillissement

Ces travaux ouvrent plusieurs pistes. D’abord, ils encouragent les scientifiques à mieux distinguer les différents blocs d’ADN hérités de populations anciennes lorsqu’ils étudient les maladies liées à l’âge ou la longévité. Plutôt que de considérer la population italienne comme un ensemble homogène, cette approche tient compte de sa mosaïque génétique.

Ensuite, elle met en avant l’idée que des variantes apparues pour faire face à un environnement très dur peuvent garder un effet bénéfique dans un contexte totalement différent, en protégeant l’organisme sur le long terme. Des recherches complémentaires pourraient préciser quels gènes exacts sont impliqués, et par quels mécanismes ils influencent le métabolisme ou la résistance au stress.

Pour l’instant, ces résultats ne débouchent pas sur une application immédiate pour le grand public. Ils contribuent toutefois à affiner la compréhension de ce qui permet à certains individus d’atteindre des âges exceptionnels. Et ils rappellent que, derrière une longévité remarquable, se cachent souvent une histoire familiale, des habitudes de vie et, parfois, des traces très anciennes de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs.

Questions fréquentes

Pourquoi les centenaires italiens possèdent-ils plus d'ADN de chasseurs-cueilleurs ?

Selon l'étude, ces variantes génétiques ont été introduites très tôt dans le patrimoine génétique italien et ont probablement été avantageuses lors de la dernière période glaciaire, lorsque la survie dépendait d'une forte capacité d'adaptation au froid extrême et à la pénurie alimentaire.

Est-ce que posséder ces gènes garantit de vivre jusqu'à 100 ans ?

Non. Les chercheurs considèrent ces variantes génétiques comme un « bonus » qui renforce les effets d'un mode de vie protecteur, mais elles peuvent être entravées par des habitudes néfastes. La longévité résulte d'un équilibre entre héritage familial, mode de vie et contexte social.

Existe-t-il en France des tests pour mesurer cet héritage de chasseurs-cueilleurs ?

À l'heure actuelle, il n'existe pas en France de dépistage courant visant spécifiquement à mesurer cette part d'ADN. Les tests génétiques grand public disponibles s'intéressent davantage aux origines géographiques globales ou à certains risques de maladies.

Quels sont les mécanismes par lesquels ces gènes anciens favorisent la longévité ?

L'étude suggère qu'ils optimiseraient le métabolisme en permettant de tirer davantage de nutriments de la nourriture, limiteraient les dégâts du stress oxydatif lié à l'âge et régulerait certaines réponses inflammatoires.

Les femmes vivent-elles vraiment plus longtemps grâce à cet héritage génétique ?

Selon l'étude, les femmes présentant une proportion plus élevée de gènes de chasseurs-cueilleurs seraient plus de deux fois plus susceptibles de franchir le cap des 100 ans que les hommes avec un profil génétique comparable.

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