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Ils cherchaient du cuivre à 473 mètres sous terre en Chine : ce qu’ils remontent date de 115 millions d’années

Ils cherchaient du cuivre à 473 mètres sous terre en Chine : ce qu'ils remontent date de 115 millions d'années

En Chine, un forage minier en Mongolie-Intérieure a débouché sur une trouvaille inattendue : un fragment de dinosaure enfoui sous des centaines de mètres de roche.

Dans le nord de la Chine, une campagne de recherche de cuivre a soudain basculé dans la paléontologie. Comme le raconte le média scientifique hispanophone El Español, des géologues travaillant en Mongolie-Intérieure ont extrait, à près de 500 mètres de profondeur, les restes d’un dinosaure vieux d’environ 115 millions d’années, révélant un nouveau point sur la carte des fossiles chinois.

Un dinosaure caché sous 473,2 mètres de roche

Les faits se déroulent dans la cuenca de Yin’gen-Ejinaqi, en Mongolie-Intérieure, au nord de la Chine. Une équipe du Geological Party No. 208 réalisait un forage d’exploration pour le cuivre lorsqu’un de leurs carottes de sondage a ramené bien plus que des échantillons de roche.

À exactement 473,2 mètres de profondeur, les techniciens ont mis au jour un ensemble d’os fossilisés. Le matériel provient des environs de Guaizihu, dans la Formation Bayan Gobi, une formation géologique du Crétacé inférieur. Le spécimen a été catalogué sous le code 208GPV01.

Les analyses situent ce dinosaure dans l’Aptien, une étape du Crétacé inférieur, soit environ 115 millions d’années avant notre époque.

Le travail scientifique, dirigé par les chercheurs chinois Tianyu Li et Ranwei Wang, avec la participation de spécialistes reconnus comme Lida Xing et Xing Xu, a été publié dans la revue Earth History and Biodiversity. L’article ne décrit pas une nouvelle espèce, mais enregistre pour la première fois un dinosaure de la Formation Bayan Gobi dans la partie occidentale de cette vaste cuenca.

Une simple portion de queue… mais riche en informations

Selon l’étude rapportée par El Español, le fossile est extrêmement fragmentaire. Les chercheurs n’ont récupéré qu’une petite partie de la queue de l’animal :

  • quatre centres de vertèbres caudales,
  • six arcs neuraux,
  • plusieurs processus transverses,
  • une côte sacrée,
  • des tendons ossifiés.

D’après l’équipe, ces vertèbres appartenaient au début de la queue, près de la jonction avec le bassin. Les centres vertébraux sont relativement courts et les processus transverses, bien développés, ce qui oriente vers cette zone anatomique précise.

Autre indice important : l’animal n’avait sans doute pas atteint l’âge adulte. Les centres, les arcs neuraux et les processus transverses ne sont pas fusionnés, un caractère typique d’un individu encore immature.

Le spécimen 208GPV01 correspond vraisemblablement à un jeune dinosaure, dont la croissance squelettique n’était pas achevée.

L’état du fossile rend impossible l’identification formelle de l’espèce. Les paléontologues ont donc procédé à une enquête minutieuse sur les détails des vertèbres pour au moins cerner son grand groupe.

Des vertèbres qui renvoient aux dinosaures ornithischiens

Les chercheurs se sont penchés sur la forme des processus transverses et la présence de tendons ossifiés au-dessus des arcs neuraux. Ces structures sont étroites, s’affinent vers leur extrémité et se situent près de l’union entre le centre vertébral et l’arc neural, en dessous des surfaces articulaires.

Cette combinaison de traits a conduit l’équipe vers le grand rameau des Ornithischia, un des deux grands lignages de dinosaures, qui regroupe notamment :

  • les stégosaures, à plaques dorsales,
  • les ankylosaures cuirassés,
  • les hadrosaures, dits « à bec de canard »,
  • les cératopsiens, dont faisaient partie les célèbres tricératops et leurs proches cousins.

Identifier le groupe large n’était toutefois qu’une première étape. Les scientifiques ont cherché à comparer plus finement ce fragment de queue à d’autres ornithischiens pour approcher son identité.

Une forte ressemblance avec Psittacosaurus, mais pas de certitude

Pour affiner la comparaison, l’équipe a utilisé la morphométrie géométrique. En pratique, les chercheurs ont placé neuf points de repère sur des images de vertèbres caudales de différents dinosaures ornithischiens, puis ont comparé quantitativement leurs formes.

L’analyse en composantes principales a livré un résultat intriguant. Dans un des jeux de données, l’échantillon chinois se situe près de Scutellosaurus et Psittacosaurus. Dans un autre, la proximité est encore plus marquée avec Psittacosaurus, un petit cératopsien très répandu en Asie au Crétacé inférieur.

Les proportions des vertèbres de 208GPV01 rappellent fortement celles de Psittacosaurus, sans permettre pour autant de lui attribuer clairement ce nom.

Les chercheurs soulignent que les rapports entre la longueur et la hauteur des centres vertébraux, ou encore les dimensions des épines neurales, s’accordent particulièrement bien avec ce dinosaure. Mais l’extrême parcimonie du fossile les incite à la prudence.

Avec seulement quelques vertèbres, attribuer le spécimen à Psittacosaurus ou à une espèce précise serait, selon eux, aller au-delà de ce que les données autorisent. Ils classent donc le fossile sous la mention « Ornithischia indéterminé », un statut qui reflète cette retenue scientifique.

Un détail inédit : des orifices réguliers dans les vertèbres

Une particularité anatomique a tout de même retenu l’attention des auteurs. Plusieurs vertèbres présentent de petits trous alignés sur leurs faces latérales. Ce sont des foramens nutritionnels ou neurovasculaires, c’est-à-dire des ouvertures liées au passage de vaisseaux sanguins et de nerfs.

Leur disposition pourrait rappeler, au premier regard, les ouvertures associées à la pneumatisation des vertèbres chez certains grands dinosaures carnivores (théropodes) ou chez les sauropodes à long cou. Mais l’intérieur des os ne montre pas les cavités caractéristiques de ces vertèbres allégées par de l’air.

Les auteurs y voient des foramens neurovasculaires ordinaires, mais organisés suivant un motif régulier encore jamais décrit chez d’autres ornithischiens.

Chez des dinosaures comme Haya ou Jeholosaurus, de petites ouvertures existent aussi, mais elles ne sont ni aussi régulières ni disposées de la même façon. Les chercheurs restent donc prudents :

  • ces trous pourraient évoluer avec la croissance,
  • ils pourraient relever d’une simple variation individuelle,
  • ou marquer un groupe encore mal connu.

Pour trancher, il faudra retrouver des fossiles plus complets présentant ce même motif.

Un nouveau point sur la carte des dinosaures de Chine

Jusqu’ici, la Formation Bayan Gobi avait déjà livré plusieurs dinosaures notables, parmi eux :

  • Penelopognathus weishampeli, un herbivore primitif,
  • Bayannurosaurus perfectus, un grand ornithopode,
  • des alvarezsaureoïdes comme Bannykus wulatensis, de petits théropodes aux membres antérieurs spécialisés,
  • et des restes attribués à Psittacosaurus.

Cependant, ces trouvailles provenaient surtout de la partie orientale de la cuenca. Le spécimen 208GPV01, lui, vient de l’ouest, près de Guaizihu.

Ce fossile représente le premier dinosaure publié de la Formation Bayan Gobi dans la portion occidentale de la cuenca de Yin’gen-Ejinaqi, ce qui élargit la distribution géographique connue de cette faune.

Sur une carte, le nouveau point formé par Guaizihu repousse vers l’ouest l’aire documentée des dinosaures de la formation. Pour les paléontologues, cela signifie que des couches fossilifères intéressantes s’étendent bien au-delà des quelques sites déjà étudiés.

Autre aspect marquant du récit : personne ne cherchait de fossiles. Comme le résume l’article d’El Español, une perforation strictement minière a traversé, par hasard, une « page du Crétacé » restée enfermée sous presque un demi-kilomètre de roche.

Pourquoi ce type de découverte intéresse aussi la France

Pour un lecteur français, ce cas chinois rappelle que la paléontologie ne se limite pas aux fouilles organisées. En France aussi, des fossiles sont parfois mis au jour à l’occasion de chantiers routiers, de travaux de construction ou d’exploitations de carrières.

Le principe est comparable : toute activité qui ouvre de nouvelles sections de roche peut croiser des niveaux fossilifères inconnus. En Chine, il s’agit d’un forage de prospection pour le cuivre ; en France, ce sont surtout :

  • les carrières de calcaire, d’argile ou de gypse,
  • les grands travaux d’infrastructures (lignes ferroviaires, routes, tunnels),
  • les chantiers urbains dans des zones géologiques propices.

Lorsqu’un fossile important apparaît en France, les services régionaux de l’État (Direction régionale des affaires culturelles, via le Service régional de l’archéologie) et les musées d’histoire naturelle peuvent être sollicités. Les procédures françaises visent à concilier protection du patrimoine et poursuite des travaux, en s’inspirant de ce qui existe pour l’archéologie préventive.

En Chine, l’exemple du Geological Party No. 208 montre qu’une collaboration entre géologues industriels et chercheurs académiques peut enrichir, presque sans surcoût, la connaissance du passé de la Terre. Une approche de ce type se développe aussi en France, où certains grands groupes miniers, énergétiques ou de BTP coopèrent avec les scientifiques lorsqu’ils rencontrent des vestiges fossiles significatifs.

Un rappel sur ce qu’est l’Aptien et ce que représente une telle profondeur

L’étude situe le fossile dans l’Aptien, un étage du Crétacé inférieur. Sur l’échelle des temps géologiques, l’Aptien correspond à une période comprise entre environ 125 et 113 millions d’années avant aujourd’hui. Les continents avaient déjà commencé à se séparer, et de nombreux groupes de dinosaures, notamment les cératopsiens comme Psittacosaurus, connaissaient une large diffusion en Asie.

La profondeur du fossile – 473,2 mètres – surprend également. En contexte paléontologique classique, les scientifiques travaillent souvent sur des affleurements naturels ou des couches atteintes par des tranchées peu profondes. Ici, l’ossement se trouvait :

  • enfoui sous plusieurs centaines de mètres de sédiments ou de roches ultérieures,
  • capturé dans une carotte de forage de diamètre limité,
  • fragmenté mécaniquement par l’outil de sondage.

Cette profondeur témoigne de la façon dont les sédiments se sont accumulés au fil du temps, recouvrant les restes des animaux du Crétacé. Elle illustre aussi le potentiel, encore largement inexploité, des archives enfouies que seuls les forages profonds ou les mines peuvent atteindre.

Dans ce cas précis, le fossile ne permettra pas de baptiser une nouvelle espèce, mais il fournit une pièce supplémentaire du puzzle. Il signale la présence de dinosaures ornithischiens dans une zone de la Mongolie-Intérieure où les archives paléontologiques restaient très lacunaires, et rappelle que chaque opération industrielle susceptible d’entailler la croûte terrestre peut, un jour ou l’autre, remonter un fragment inattendu de l’histoire de la vie.

Questions fréquentes

Pourquoi des paléontologues ont-ils trouvé un dinosaure lors d'un forage minier ?

L'équipe du Geological Party No. 208 réalisait un forage d'exploration pour le cuivre en Mongolie-Intérieure lorsque une carotte de sondage a ramené des os fossilisés à 473,2 mètres de profondeur.

Quel type de dinosaure a été découvert ?

Il s'agit d'un jeune dinosaure ornithischien, probablement similaire à Psittacosaurus. Cependant, avec seulement quelques vertèbres fragmentaires, les chercheurs ne peuvent pas identifier précisément l'espèce et le classent comme « Ornithischia indéterminé ».

Comment les scientifiques ont-ils identifié le groupe de dinosaure ?

En analysant la forme des processus transverses et la présence de tendons ossifiés, combinées à une morphométrie géométrique comparant le fossile à d'autres ornithischiens connus, ils ont pu déterminer qu'il appartenait au groupe des Ornithischia.

Quel est le détail anatomique nouveau découvert sur ce fossile ?

Plusieurs vertèbres présentent de petits trous alignés régulièrement sur leurs faces latérales, des foramens neurovasculaires disposés selon un motif jamais décrit auparavant chez d'autres ornithischiens.

Pourquoi cette découverte est-elle importante pour la paléontologie chinoise ?

C'est le premier dinosaure publié provenant de la Formation Bayan Gobi dans la partie occidentale de la cuenca de Yin'gen-Ejinaqi, complétant la carte des fossiles chinois jusque-là concentrés à l'est.

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