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Garçons et filles : des différences de comportement observées dès les premières heures de vie, selon une nouvelle étude

Deux nouveau-nés observés dans un protocole expérimental, fixant des écrans affichant respectivement un visage humain animé et un pendule de Newton mécanique, pendant que des chercheurs en blouse mesurent leurs mouvements oculaires.

Une équipe de l’université de Cambridge, au Royaume-Uni, a observé des nouveau-nés quelques heures après la naissance pour comprendre d’où viennent les différences entre filles et garçons.

En s’appuyant sur un protocole très simple mais précis, des chercheurs britanniques ont comparé les réactions visuelles de bébés filles et garçons à la maternité de Cambridge. Leur travail, présenté par le site de santé italien Ok-Salute, apporte des éléments nouveaux à un débat ancien : ce qui distingue les sexes relève-t-il surtout de la biologie ou de l’éducation ?

Une expérience simple menée sur 130 nouveau-nés à Cambridge

L’étude a été réalisée au Rosie Hospital de Cambridge, un grand hôpital universitaire du Royaume-Uni. Au total, 130 nourrissons ont été inclus, quelques heures seulement après leur naissance, avant que les parents ou l’environnement n’aient pu réellement peser sur leur comportement.

Chaque bébé était installé devant deux petits écrans placés côte à côte :

  • sur le premier, un visage humain avec des mouvements naturels, considéré comme un « stimulus social » ;
  • sur le second, un pendule de Newton, cet objet mécanique composé de billes métalliques qui s’entrechoquent, utilisé ici comme « stimulus non social ».

Les chercheurs ont ensuite suivi avec précision les mouvements oculaires des nouveau-nés grâce à des techniques de tracciement oculaire (eye-tracking). L’objectif : mesurer exactement le temps passé à regarder chaque type d’image.

Pour éviter tout biais, l’analyse des données a été réalisée « en aveugle » : les personnes chargées d’interpréter les mouvements des yeux ne connaissaient ni le sexe du bébé, ni le type de vidéo visible à ce moment-là.

Les bébés de quelques heures seulement montraient déjà des préférences différentes selon qu’il s’agissait de filles ou de garçons, face aux mêmes images.

Des filles plus tournées vers les visages, des garçons plus attirés par l’objet

Premier constat des scientifiques : filles et garçons, en moyenne, regardent davantage le visage humain que l’objet mécanique. Dès la naissance, le contact social semble donc attirer fortement l’attention, quel que soit le sexe.

Mais en examinant finement les données, l’équipe a mis au jour des écarts moyens entre les deux groupes :

  • les bébés filles passent, en moyenne, une part plus importante de leur temps de regard sur le visage humain ;
  • les bébés garçons regardent un peu plus longtemps le pendule de Newton que les filles.

Les auteurs interprètent ces tendances comme les premiers indices d’orientations légèrement différentes :

  • chez les filles, une attirance plus marquée pour le social, la relation, le visage de l’autre ;
  • chez les garçons, un intérêt un peu plus prononcé pour les objets et leur fonctionnement.

Ces différences restent des moyennes statistiques, mais elles apparaissent alors même que les nourrissons n’ont que quelques heures de vie.

Nature ou éducation ? Une réponse nuancée

Le fait que ces écarts soient observés si tôt conduit les chercheurs à donner un poids important aux facteurs biologiques. Avant même la naissance, le cerveau se développe sous l’effet combiné de la génétique et des hormones sexuelles.

Pour le professeur Sir Simon Baron-Cohen, directeur de l’Autism Research Centre de l’université de Cambridge et superviseur de l’étude, ces résultats éclairent directement la fameuse opposition entre « nature » et « culture ». Il explique que ce travail aborde « la question ancienne de savoir si la nature joue un rôle dans la formation des différences de genre dans l’esprit et le cerveau humain ». Le fait d’observer ces écarts « à quelques heures de la naissance » suggère, selon lui, que des facteurs prénataux – hormones sexuelles et/ou gènes – interagissent ensuite avec l’expérience de la vie quotidienne.

Pour Simon Baron-Cohen, les différences entre filles et garçons résultent d’une interaction entre biologie et environnement, et non d’un seul de ces deux facteurs.

Autrement dit, l’étude ne nie pas l’influence de l’éducation, des attentes familiales ou sociales. Elle montre qu’un terrain biologique semble exister dès le départ, puis qu’il se mêle au contexte dans lequel l’enfant grandit.

De fortes variations individuelles et de nombreuses zones de recoupement

L’équipe insiste sur un point central : ces résultats ne doivent pas servir à enfermer les enfants dans des stéréotypes figés. Les différences identifiées concernent des moyennes de groupe. À l’échelle individuelle, les profils se chevauchent largement.

Les chercheurs Alex Tsompanidis et Carrie Allison rappellent ainsi deux éléments clés :

  • la variabilité à l’intérieur de chaque sexe est importante, avec une large zone de recoupement entre filles et garçons ;
  • les facteurs biologiques ne tracent pas une trajectoire rigide : apprentissages, encouragements, modèles familiaux et scolaires continuent d’interagir en permanence avec cette base initiale.

Une fille peut donc se montrer peu intéressée par les visages et passionnée par la mécanique, tout comme un garçon peut se révéler très attiré par les interactions sociales et le langage. Les résultats ne décrivent pas des destins individuels, mais des tendances globales.

Pourquoi ces travaux intéressent aussi l’étude de l’autisme

L’autisme est diagnostiqué environ deux fois plus souvent chez les garçons que chez les filles. Depuis plusieurs années, l’équipe de Cambridge cherche à mieux comprendre ces écarts. Les différences d’attention sociale dès la naissance pourraient constituer une pièce du puzzle.

La doctorante Yumnah Khan, autrice principale de la recherche publiée dans la revue scientifique Biology of Sex Differences, rappelle que des travaux récents ont déjà mis en évidence des différences moyennes de structure cérébrale chez les nouveau-nés selon le sexe. Cette nouvelle étude montre que ces divergences se reflètent aussi très tôt dans le comportement visuel.

Les chercheurs ont lancé un suivi au long cours de ces bébés pour voir si leurs préférences visuelles précoces se relient plus tard à des profils de développement particuliers, y compris en matière de neurodiversité.

Un suivi longitudinal a déjà débuté. Les enfants seront observés au fil des mois et des années pour vérifier si ceux qui, à la naissance, regardaient davantage les visages ou au contraire les objets présentent ensuite des différences durables dans leurs compétences sociales, leur langage ou leur rapport aux systèmes (objets, règles, structures logiques).

Un sujet sensible, loin de toute justification des stéréotypes

Les chercheurs se montrent prudents sur l’interprétation sociale de leurs résultats. L’existence de différences précoces entre sexes n’autorise pas à justifier les inégalités, ni à limiter les choix éducatifs ou professionnels des enfants.

Pour un parent ou un enseignant, ces travaux peuvent plutôt servir à rappeler que :

  • certains enfants, quelle que soit leur identité de genre, se sentent immédiatement plus à l’aise dans l’échange social ;
  • d’autres se passionnent pour les objets, les mécanismes, les systèmes ;
  • offrir à tous la possibilité de développer à la fois leurs compétences sociales et leur curiosité pour les objets reste central.

Ce que disent les recherches sur les différences de sexe en France

En France, les débats autour des différences entre filles et garçons opposent fréquemment deux visions : celle qui insiste sur la construction sociale des rôles de genre, et celle qui met davantage en avant les facteurs biologiques. Les grandes institutions de recherche françaises, comme l’Inserm ou le CNRS, convergent sur une idée proche de celle exprimée par l’équipe de Cambridge : les deux dimensions se combinent.

Les travaux français en psychologie du développement et en neurosciences du comportement indiquent, eux aussi, l’existence de différences moyennes entre sexes sur certains aspects (langage, gestion des émotions, prise de risque, orientation spatiale). Mais ces écarts restent généralement modestes, avec des recoupements très importants entre les groupes.

Dans le champ éducatif, les recommandations en France se concentrent surtout sur la lutte contre les stéréotypes. Ministère de l’Éducation nationale, associations et chercheurs insistent sur l’importance :

  • de proposer aux enfants des jouets variés, sans les réserver « pour les filles » ou « pour les garçons » ;
  • d’encourager autant les compétences sociales que les compétences logiques, mathématiques ou techniques ;
  • de veiller au langage utilisé en classe et à la maison, qui peut renforcer ou, au contraire, limiter des comportements jugés « typiquement féminins » ou « typiquement masculins ».

Les questions soulevées par l’étude de Cambridge intéressent donc directement les chercheurs et les professionnels français. Elles alimentent une réflexion déjà engagée sur la façon d’adapter l’école, la prévention et l’accompagnement des enfants, en tenant compte à la fois des variations biologiques et de la pression sociale.

Comment les parents peuvent utiliser ces résultats au quotidien

Pour un parent français, ces travaux n’appellent pas à changer radicalement d’attitude, mais à affiner le regard porté sur son enfant. Si un bébé, fille ou garçon, semble très fasciné par les visages, les échanges de regards et les sourires, ces moments peuvent être multipliés : discussions, comptines, jeux de coucou, imitation des mimiques.

À l’inverse, si un nourrisson manifeste un vif intérêt pour les mobiles, les objets qui se déplacent, les sons mécaniques, rien n’empêche d’enrichir cet univers : jouets à manipuler, constructions simples, circuits de balles. L’enjeu consiste à valoriser ces appétences tout en proposant aussi ce qui lui vient moins naturellement, pour développer un éventail large de compétences.

Type de bébé observé Préférence initiale Pistes concrètes pour les parents
Fort intérêt pour les visages Stimuli sociaux, regards, expressions Jeux de mimiques, dialogue verbal fréquent, temps de face-à-face, lectures partagées
Fort intérêt pour les objets Mouvements, objets mécaniques, lumières Jouets à manipuler, constructions, objets aux textures variées, activités d’assemblage

Pour les professionnels de santé en France, comme les pédiatres ou les psychologues de la petite enfance, ce type d’étude peut aussi servir de repère : une absence très marquée d’intérêt pour les visages ou pour les interactions sociales, au-delà des variations normales, fait déjà partie des signaux à observer dans le suivi du développement. L’avis d’un spécialiste reste alors déterminant.

Enfin, la notion de « neurodiversité », mise en avant par l’équipe de Cambridge, gagne aussi du terrain dans le débat français. Elle invite à considérer les différentes façons d’être, d’apprendre et de percevoir le monde non seulement comme des difficultés, mais aussi comme des variations naturelles. Ces préférences visuelles précoces, loin de réduire les enfants à leur sexe, pourraient contribuer à mieux comprendre cette diversité dès le berceau.

Questions fréquentes

Les différences observées entre filles et garçons signifient-elles qu'elles sont innées ?

Non, l'étude suggère que des facteurs biologiques existent dès la naissance, mais ils interagissent avec l'environnement, l'éducation et les attentes sociales. Il s'agit d'une interaction entre nature et culture, non de l'un ou l'autre seul.

Comment les chercheurs ont-ils mesuré les préférences des nouveau-nés ?

Ils ont placé les bébés devant deux écrans : l'un affichant un visage humain, l'autre un pendule de Newton. Grâce à un suivi oculaire (eye-tracking), ils ont mesuré précisément le temps que chaque bébé consacrait à regarder chaque image.

Ces résultats signifient-ils que ma fille ne peut pas aimer la mécanique ou mon fils la sociabilité ?

Non. L'étude décrit des tendances moyennes au niveau du groupe, mais il existe une grande variabilité individuelle. Une fille peut être passionnée par les objets et un garçon très attiré par les interactions sociales, ces résultats ne prédisent pas le destin individuel.

Quel lien existe-t-il entre cette recherche et l'autisme ?

L'autisme est diagnostiqué environ deux fois plus souvent chez les garçons que chez les filles. Ces différences d'attention sociale dès la naissance pourraient aider à comprendre ces écarts de diagnostic. Cambridge a lancé un suivi longitudinal pour vérifier si les préférences visuelles précoces se lient à des profils de développement particuliers, y compris neurodiversité.

Que vont devenir ces 130 bébés maintenant ?

Un suivi au long cours a débuté. Les enfants seront observés au fil des mois et des années pour vérifier si leurs préférences visuelles à la naissance prédisent des différences ultérieures dans les compétences sociales, le langage ou le rapport aux systèmes.

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