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Il a coulé en 1989 à 1 680 mètres de profondeur : ce sous-marin soviétique relâche toujours des matières radioactives en mer de Norvège

Vue d'artiste du sous-marin K-278 Komsomolets gisant dans les profondeurs de la mer de Norvège, avec des panaches lumineux symbolisant les fuites radioactives émises par le réacteur endommagé.

Au large de la Norvège, l’épave d’un sous-marin soviétique qui gît dans les grands fonds depuis 1989 reste au centre d’une surveillance scientifique étroite.

À près de 1 700 mètres sous la surface de la mer de Norvège, un vestige de la guerre froide continue d’intriguer les spécialistes. Comme le rapporte un média en ligne francophone à partir d’une étude norvégienne, le sous-marin soviétique K-278 Komsomolets, coulé en 1989 après un incendie à bord, libère encore des substances radioactives dans l’océan, près de quarante ans après le drame.

Un sous-marin d’élite soviétique devenu source d’inquiétude

Le 7 avril 1989, le K-278 Komsomolets, sous-marin d’attaque soviétique à propulsion nucléaire, sombre en mer de Norvège, à environ 1 680 mètres de profondeur. Un incendie en pleine immersion entraîne la perte de l’appareil, dans un contexte de fin de guerre froide marqué par la rivalité stratégique entre blocs soviétique et occidental.

Des dizaines d’épaves de navires ou d’aéronefs reposent dans cette zone de l’Atlantique Nord. Mais celle-ci attire une attention particulière : le Komsomolets embarquait un réacteur nucléaire, aujourd’hui en dégradation, ainsi que des armements susceptibles de contenir des matières radioactives. Dès les années 1990, les autorités norvégiennes ont donc mis en place une surveillance régulière de l’épave.

Le K-278 Komsomolets gît à 1 680 mètres de profondeur et libère encore, de façon intermittente, des radionucléides dans la mer de Norvège.

Selon l’étude publiée le 23 mars 2026 dans la revue scientifique PNAS, des signaux radioactifs issus de cette carcasse continuent d’être détectés. Pour les chercheurs, l’épave représente un cas d’école de pollution nucléaire lente dans un environnement marin profond.

Ce que montre la nouvelle étude norvégienne

Les chercheurs norvégiens se rendent régulièrement sur zone grâce à des navires océanographiques et à des engins téléopérés capables d’évoluer dans les grands fonds. Leur travail au long cours permet aujourd’hui de mieux cerner le comportement du sous-marin et de son réacteur au fil du temps.

L’étude de 2026 confirme que le réacteur du Komsomolets se détériore progressivement sous l’effet de la corrosion et des contraintes mécaniques. Cette dégradation se traduit par l’émission de « panaches » — des rejets ponctuels de substances radioactives dans l’eau de mer.

« Des rejets du réacteur se produisent depuis plus de 30 ans », explique Justin Gwynn, radioécologiste marin à l’Autorité norvégienne de sûreté nucléaire et radiologique, au sein du Centre Fram. Ces rejets ne forment pas un flux constant, mais des émissions parfois spectaculaires sur les mesures, bien que restreintes dans l’espace.

Des fuites sporadiques depuis des points précis de la coque

Les auteurs de l’étude insistent sur le caractère irrégulier de la contamination. La fuite ne se maintient pas en continu. Elle se produit par « à-coups » depuis des points localisés de la structure :

  • une conduite de ventilation qui relie l’intérieur du sous-marin à l’extérieur ;
  • la zone entourant le compartiment du réacteur nucléaire ;
  • des défauts de coque liés à la corrosion et aux dégâts initiaux du naufrage.

Des campagnes de prélèvements d’eau effectuées à proximité immédiate de l’épave mettent en évidence des niveaux anormaux de radionucléides, ces atomes instables qui émettent des rayonnements ionisants.

Les isotopes détectés incluent notamment :

  • du strontium radioactif ;
  • du césium radioactif ;
  • de l’uranium ;
  • du plutonium, tous quatre associés aux activités nucléaires militaires.

Autour de l’épave, les concentrations de strontium et de césium atteignent 400 000 à 800 000 fois les niveaux habituels observés dans la mer de Norvège.

Ces valeurs s’appliquent aux échantillons prélevés à proximité directe de certaines sorties de fuite. Elles ne reflètent pas la contamination globale de la région, largement diluée à l’échelle de l’océan.

Une pollution bien réelle, mais jugée peu dangereuse à ce stade

Malgré ces chiffres impressionnants au voisinage du sous-marin, l’équipe qui signe l’étude relativise le risque immédiat pour l’écosystème. Les scientifiques expliquent que la mer de Norvège, vaste et profonde, offre un volume d’eau suffisant pour diluer rapidement les radionucléides.

« Il y a peu de preuves d’une quelconque accumulation de radionuclées dans l’environnement proche du sous-marin, car les radionuclées rejetés semblent être rapidement dilués dans l’eau de mer environnante », indiquent-ils.

Les analyses des organismes fixés sur l’épave — éponges, coraux profonds, anémones — révèlent des teneurs légèrement supérieures en césium radioactif, sans effet observable sur leur état de santé.

Les sédiments autour de l’épave montrent, eux, peu de contamination significative. Cette faible accumulation limite le risque de transfert de la radioactivité le long de la chaîne alimentaire marine, depuis les organismes benthiques jusqu’aux poissons consommés par l’être humain.

Une vigilance indispensable face à un réacteur vieillissant

Les auteurs de l’étude restent pourtant prudents. La structure du sous-marin, soumise à une pression extrême et à la corrosion saline depuis plus de trois décennies, continue de se fragiliser. Or, un endommagement accru des barrières qui retiennent les matières radioactives pourrait modifier la donne.

La dégradation future du Komsomolets pourrait accroître les rejets et rendre la situation plus préoccupante pour l’environnement marin.

La surveillance restera donc cruciale dans les années à venir. Elle permet de repérer d’éventuels changements dans la fréquence ou l’intensité des fuites, et d’adapter les modèles de dispersion en mer. Les autorités norvégiennes utilisent ces données pour évaluer l’impact potentiel sur les ressources halieutiques et sur la santé des populations côtières.

Comment la France gère les risques liés aux épaves nucléaires

Le cas du Komsomolets renvoie à une question plus large : que se passe-t-il lorsqu’un engin à propulsion nucléaire ou contenant des matières radioactives coule en mer ? La France, puissance nucléaire civile et militaire, se trouve aussi confrontée à ces enjeux, même si aucune situation identique à celle de la mer de Norvège n’est signalée avec un sous-marin coulé à grande profondeur.

Dans l’Hexagone, la sûreté nucléaire relève principalement de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui contrôle les installations civiles et participe aux réflexions sur les risques militaires en lien avec les ministères concernés. Pour la mer, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) interviennent sur l’évaluation des impacts environnementaux et sanitaires.

En cas de naufrage d’un bâtiment militaire ou de perte en mer de matériel radioactif, plusieurs principes guident l’action publique :

  • localisation précise de l’épave ou de l’objet et cartographie de la zone ;
  • modélisation de la dispersion possible des radionucléides dans l’eau et les sédiments ;
  • mise en place d’un réseau de prélèvements sur l’eau, les sédiments et certaines espèces marines ;
  • information régulière des autorités locales et, le cas échéant, du public.
  • Les grands fonds marins français font eux aussi l’objet de campagnes d’observation, notamment dans l’Atlantique et en Méditerranée. Les risques identifiés concernent surtout les vestiges d’essais nucléaires anciens (hors métropole) ou d’éventuels rejets passés, plutôt que des sous-marins entiers coulant avec leur réacteur intact.

    Que signifient strontium, césium, uranium et plutonium pour l’environnement ?

    Les quatre radionucléides cités dans l’étude sur le Komsomolets n’ont pas le même comportement dans l’eau de mer, ni les mêmes effets potentiels sur le vivant.

    Radionucléide Origine principale Comportement en mer
    Strontium radioactif Réacteurs, essais nucléaires Se fixe sur les os des organismes, peut imiter le calcium
    Césium radioactif Réacteurs, retombées atmosphériques Très soluble, se disperse vite, peut être assimilé par les muscles
    Uranium Combustible nucléaire Présent naturellement dans l’océan, faible radioactivité
    Plutonium Production militaire et civile Se fixe facilement aux sédiments, mobilité limitée

    Dans le cas de la mer de Norvège, l’étude souligne que la dilution rapide réduit le temps de contact entre ces éléments et les organismes marins, ce qui limite l’absorption et la bioaccumulation. Les niveaux observés dans les tissus des espèces étudiées restent, à ce jour, modérés.

    Un laboratoire grandeur nature pour la surveillance à long terme

    Le K-278 Komsomolets constitue, aux yeux des chercheurs, un site unique pour suivre l’évolution d’un réacteur immergé sur plusieurs décennies. La profondeur, la température de l’eau, la pression et la corrosion créent une combinaison de facteurs que les modèles peinaient à reproduire jusque-là.

    L’épave permet aussi de tester et d’améliorer les technologies de mesure à grande profondeur : capteurs capables de détecter des traces infimes de radionucléides, robots sous-marins, systèmes d’imagerie des structures métalliques fragilisées. Ces progrès servent ensuite à d’autres domaines, du suivi de fûts de déchets anciens au contrôle des zones proches de sites nucléaires côtiers.

    Pour les autorités norvégiennes comme pour les scientifiques, la priorité reste de comprendre comment ce sous-marin vieillissant va évoluer dans les décennies à venir, et à quel moment la corrosion pourrait provoquer des fuites plus importantes. Les données accumulées depuis les années 1990 offrent déjà une base solide pour anticiper différents scénarios et affiner la gestion des risques en mer dans un contexte où l’héritage nucléaire de la guerre froide continue de se manifester discrètement dans les profondeurs.

    Questions fréquentes

    Qu'est-ce qui a causé le naufrage du Komsomolets ?

    Un incendie s'est déclaré à bord du sous-marin d'attaque soviétique à propulsion nucléaire le 7 avril 1989, entraînant son naufrage en mer de Norvège.

    Combien de temps après le naufrage continuent les fuites radioactives ?

    Plus de 30 ans après le coulage de 1989, l'épave continue de rejeter des substances radioactives de façon sporadique, notamment du strontium, du césium, de l'uranium et du plutonium.

    Quel danger représente cette pollution pour l'environnement et la santé ?

    Selon l'étude de 2026, les risques immédiats restent limités car la vaste profondeur et le volume de la mer de Norvège diluent rapidement les radionucléides. Aucune accumulation significative n'a été détectée dans les organismes marins, limitant le transfert via la chaîne alimentaire.

    Pourquoi la situation pourrait-elle s'aggraver à l'avenir ?

    Le sous-marin subit une corrosion saline et des pressions extrêmes depuis plus de trois décennies, ce qui fragilise progressivement sa structure. Un endommagement accru des barrières retenant les matières radioactives pourrait augmenter les rejets et rendre la situation plus préoccupante.

    Comment la Norvège et les autres pays surveillent-ils cette épave ?

    Les autorités norvégiennes utilisent régulièrement des navires océanographiques et des engins téléopérés pour prélever des échantillons d'eau, étudier l'épave et modéliser la dispersion des radionucléides afin de repérer les changements dans les fuites.

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