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Des copeaux de bois et du lin brodé dans le ventre : des chercheurs ouvrent la momie d’un curé autrichien et ne s’attendaient pas à ça

Des copeaux de bois et du lin brodé dans le ventre : des chercheurs ouvrent la momie d'un curé autrichien et ne s'attendaient pas à ça

En Autriche, la dépouille naturellement momifiée d’un prêtre du XVIIIe siècle a révélé un mode d’embaumement totalement inattendu.

Longtemps présenté comme un corps miraculeusement conservé, le célèbre « curé séché à l’air » de Sankt Thomas am Blasenstein, en Haute-Autriche, vient de livrer ses secrets. Des chercheurs de l’université Ludwig-Maximilian de Munich ont réexaminé cette momie, rapporte le site d’information catholique suisse kath.ch, et mis au jour une technique d’embaumement méconnue, décrite dans la revue scientifique internationale Frontiers in Medicine.

Une momie réputée « naturelle »… qui avait été remplie de l’intérieur

La momie étudiée se trouve dans l’église de Sankt Thomas am Blasenstein, un village de Haute-Autriche. Localement, elle est connue comme le « curé fumé » ou « séché à l’air », en raison de son impressionnante conservation. Selon la tradition, il s’agirait du prêtre Franz Xaver Sidler von Rosenegg, né en 1709 et mort en 1746.

Une analyse par radiographie mobile avait déjà été réalisée en 2000, sans révéler de particularité nette. Les nouvelles recherches, plus poussées, ont cette fois mis en évidence la présence d’un matériau inattendu dans l’abdomen et le bassin.

Les scientifiques ont constaté que la cavité abdominale et la région du bassin étaient remplies de « quantités importantes d’un mélange de matériaux étrangers ».

Selon l’article de Frontiers in Medicine, cité par kath.ch, il s’agit du premier rapport décrivant une « mise en emballage interne » et une préparation chimique d’une momie par voie anale, sans ouverture chirurgicale de la paroi abdominale. Habituellement, les protocoles d’embaumement connus pour l’époque prévoient une incision dans le ventre pour vider certains organes et insérer des substances desséchantes.

Copeaux de bois, brindilles et lin brodé dans le ventre

Lors de l’examen détaillé, les chercheurs allemands ont identifié plusieurs types de matériaux dans le ventre de la momie :

  • des copeaux de bois et de petites branches,
  • des tissus de lin, parfois richement décorés,
  • un morceau de soie coûteuse, à motif complexe,
  • des traces chimiques, avec des niveaux de zinc anormalement élevés.

Ce remplissage interne aurait contribué à assécher le corps de l’intérieur. Les copeaux de bois et les branches offrent une grande surface permettant d’absorber l’humidité, tandis que les tissus peuvent aider à maintenir la structure et à répartir le matériau dans la cavité.

La combinaison de ces matériaux et la forte présence de zinc suggèrent une préparation volontaire visant à dessécher et stabiliser la dépouille de l’intérieur.

Le zinc, élément métallique, est connu comme composant possible de certaines préparations conservatrices et fongicides. Les auteurs de l’étude évoquent une « préparation chimique », même si le détail des substances employées n’est pas entièrement reconstitué.

Un cas qui change la façon d’étudier les sépultures en caveau

Pour les spécialistes de la momification historique, ce cas fait figure de précédent. Les chercheurs, cités par kath.ch, estiment que cette découverte pourrait modifier durablement la manière d’aborder l’analyse de corps conservés dans des cryptes ou des caveaux.

Ils écrivent que les futures investigations de sépultures en cave devraient désormais prendre en compte « cette forme inhabituelle d’embaumement » lors de la planification des analyses sur des restes humains. Jusque-là, les archéologues et anthropologues se focalisaient surtout sur les ouvertures visibles ou les incisions classiques du tronc.

Cette approche par voie anale, sans entaille externe significative, pourrait expliquer pourquoi certaines momies européennes paraissaient, à première vue, « naturellement » conservées, alors qu’une intervention discrète avait eu lieu.

Un prêtre bien nourri, issu de la petite noblesse locale

Les chercheurs ont aussi étudié le mode de vie et l’alimentation de ce prêtre autrichien du XVIIIe siècle. Les analyses indiquent qu’il avait bénéficié d’une nourriture de qualité dès l’enfance.

Selon l’étude, citée par kath.ch, le défunt consommait régulièrement :

  • des céréales d’Europe centrale, de bonne qualité,
  • des produits issus des animaux d’élevage,
  • et des poissons d’eau douce, provenant de milieux continentaux.

Les chercheurs estiment que ce régime correspond à celui d’un vicaire de paroisse bien intégré dans un milieu rural aisé, proche des habitudes alimentaires de communautés monastiques et de la petite noblesse des régions sud-allemandes de la même époque.

La bonne alimentation durant l’enfance confirme l’hypothèse d’une origine aristocratique locale pour Franz Xaver Sidler von Rosenegg.

Les examens ont également mis en évidence des traces compatibles avec une consommation régulière de pipe. Le prêtre aurait donc été fumeur, une habitude déjà répandue au XVIIIe siècle en Europe centrale.

Enfin, les chercheurs ont trouvé des signes d’une tuberculose pulmonaire chronique active. Ils jugent probable que cette infection de longue durée ait conduit à la mort, survenue entre 1734 et 1780, à un âge estimé entre 35 et 45 ans.

Pourquoi recourir à un tel embaumement dans l’Autriche du XVIIIe siècle ?

Dans l’Europe catholique de cette période, certaines figures religieuses locales étaient particulièrement vénérées après leur mort. Conserver le corps en bon état pouvait répondre à un souci de piété, mais aussi à une volonté d’attirer les fidèles dans une église ou un sanctuaire.

Le cas de Sankt Thomas am Blasenstein s’inscrit dans cette tradition : le « curé séché » est resté une attraction religieuse et touristique régionale. Un embaumement discret, sans incision visible sur le torse ou l’abdomen, permettait de maintenir l’illusion d’une momification « naturelle » ou presque miraculeuse.

Les matériaux employés – copeaux, tissus brodés, soie de valeur – montrent que cette préparation n’a pas été improvisée. Ils suggèrent une intervention réalisée avec des moyens financiers et des connaissances techniques, au moins empiriques, sur la manière de ralentir la décomposition.

Quel parallèle avec les pratiques funéraires en France ?

En France, à la même époque, l’embaumement restait surtout réservé aux élites : grands aristocrates, hauts dignitaires religieux ou royaux. Les chirurgiens ouvraient le corps, retiraient certains organes internes, puis utilisaient des mélanges de sels, d’herbes et parfois de métaux pour assécher et préserver la dépouille.

Les dépouilles particulièrement vénérées – par exemple celles de certains saints ou de personnalités religieuses locales – pouvaient être exposées dans des châsses ou des cryptes. L’équivalent du prêtre autrichien serait, en France, un curé ou un vicaire dont le corps aurait été conservé dans une église de campagne et régulièrement montré aux fidèles.

Les chercheurs français qui étudient aujourd’hui ces restes humains appliquent des protocoles proches de ceux décrits en Autriche : radiographie, analyse des tissus, étude chimique des matériaux présents dans les cavités internes. Le cas du curé autrichien invite aussi les équipes françaises à envisager l’hypothèse d’embaumements discrets, réalisés sans incision externe évidente.

Comment les scientifiques étudient-ils une momie sans la détruire ?

Dans ce type de recherche, l’objectif reste de préserver au maximum l’intégrité du corps. Les chercheurs privilégient donc les techniques non invasives ou faiblement invasives :

  • radiographie ou scanner pour visualiser l’intérieur du corps,
  • imagerie en trois dimensions pour repérer les cavités remplies,
  • prélèvements très limités de tissus ou de poussières internes,
  • analyses chimiques et toxico­logiques en laboratoire.
  • Ces méthodes permettent de reconstituer la manière dont la personne a vécu, s’est nourrie, a travaillé et est morte. Elles aident aussi à comprendre les techniques funéraires, comme dans le cas du prêtre de Sankt Thomas am Blasenstein.

    Élément étudié Information obtenue
    Os et dents Âge au décès, alimentation, éventuelles carences
    Tissus mous conservés Maladies, infections, lésions internes
    Contenu de l’abdomen Technique d’embaumement, matériaux utilisés
    Résidus chimiques Présence de métaux, de sels ou de préparations conservatrices

    Ce que ce cas autrichien apporte à la compréhension des momies européennes

    Le prêtre de Sankt Thomas am Blasenstein montre que la frontière entre momification « naturelle » et intervention humaine peut être plus floue qu’on ne le pensait. Un corps peut sembler simplement desséché par l’air ou les conditions du caveau, alors qu’il a en réalité été rempli de matériaux destinés à accélérer et stabiliser ce processus.

    Pour les archéologues et anthropologues, ce type de découverte enrichit la connaissance des pratiques religieuses et sociales en Europe au XVIIIe siècle. Il éclaire aussi le regard porté sur la mort, la piété et la mémoire des figures locales dans des villages reculés, qu’ils soient autrichiens, allemands ou français.

    Questions fréquentes

    Comment les chercheurs ont-ils découvert cette technique d'embaumement cachée ?

    Par des examens scientifiques plus approfondis que la radiographie de 2000, notamment en analysant les matériaux présents dans la cavité abdominale et la région du bassin, qui ont révélé des copeaux de bois, des tissus de lin et des traces chimiques de zinc.

    Pourquoi cette technique d'embaumement était-elle gardée secrète ?

    Une intervention discrète, sans incision visible, permettait de maintenir l'illusion d'une momification « naturelle » ou presque miraculeuse, renforçant la vénération du prêtre et l'attraction de fidèles vers l'église.

    Qu'est-ce que le zinc apportait à cet embaumement ?

    Le zinc est connu comme composant possible de préparations conservatrices et fongicides, contribuant à dessécher et à stabiliser la dépouille de l'intérieur en combinaison avec les copeaux de bois et les tissus.

    Cette découverte change-t-elle la manière d'étudier les momies européennes ?

    Oui, les chercheurs estiment que cette forme inhabituelle d'embaumement devrait désormais être prise en compte lors de l'analyse de corps conservés en cryptes ou en caveaux, car elle pourrait expliquer pourquoi certaines momies paraissaient naturellement conservées.

    Comment a-t-on identifié l'identité du prêtre ?

    Selon la tradition locale, la momie serait celle de Franz Xaver Sidler von Rosenegg, prêtre né en 1709 et mort en 1746, identification soutenue par les analyses montrant son origine aristocratique et son statut de vicaire bien intégré socialement.

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