RacingZone

Prince, Paul McCartney, les Bee Gees : 5 légendes ont écrit des tubes planétaires qu’elles n’ont jamais chantés

Prince, Paul McCartney, les Bee Gees : 5 légendes ont écrit des tubes planétaires qu'elles n'ont jamais chantés

Aux États-Unis, plusieurs géants de la musique ont offert leurs chansons les plus fortes… à d’autres artistes, qui en ont fait des tubes.

Le site américain Interesting Facts s’est penché sur ces titres que l’on associe à une voix, mais qui portent en réalité la patte d’un autre artiste, souvent tout aussi mythique. Des États-Unis au Royaume-Uni, des studios de Nashville aux sessions des Beatles, ces chansons sont devenues planétaires sans que leurs créateurs ne les interprètent en premier.

Quand les plus grands compositeurs restent dans l’ombre

Dans l’industrie musicale anglo-saxonne, écrire pour les autres fait partie du jeu, même pour les plus grandes stars. Un morceau peut être écarté d’un album, ou pensé dès le départ pour une autre voix. Parfois, cette décision change tout : le titre devient un hit mondial, tandis que la version de l’auteur reste confidentielle ou n’est publiée que plus tard.

Nombre de chansons que l’on croit intimement liées à un interprète ont en réalité été façonnées par un autre géant de la musique.

Prince, Willie Nelson, Neil Diamond, les Bee Gees ou Paul McCartney incarnent ce phénomène. Tous ont signé des titres entrés dans l’histoire… qu’ils ont laissés à d’autres. Retour sur cinq cas emblématiques racontés par Interesting Facts.

Prince et « Manic Monday » : un cadeau empoisonné pour les Bangles

Sorti en 1986, « Manic Monday » est devenu l’un des morceaux phares du groupe rock féminin américain The Bangles. Beaucoup de fans ont cru que le quatuor en était l’auteur. En réalité, le titre remonte à 1983, en pleine période « Purple Rain » pour Prince.

Cette année-là, l’artiste de Minneapolis lance un trio vocal féminin, Apollonia 6. Il écrit « Manic Monday » pour l’album du groupe, mais décide finalement de ne pas l’inclure. Le morceau reste donc dans ses tiroirs.

Prince suivait déjà de près la carrière des Bangles, notamment leur premier album « All Over the Place » (1984) et le titre « Hero Takes a Fall ». Selon Susanna Hoffs, fondatrice du groupe, il en était fan. Il se présente même un soir à l’improviste à un concert des Bangles à San Francisco et monte sur scène pour jouer un solo.

En mai 1985, Prince franchit le pas et propose officiellement « Manic Monday » au groupe, ainsi qu’un autre titre, « Jealous Girl », finalement refusé. Sur le papier, l’auteur du morceau n’apparaît pas sous son nom : le crédit est attribué à « Christopher », pseudonyme renvoyant à son personnage du film « Under the Cherry Moon » (1986).

En avril 1986, « Manic Monday » grimpe à la 2e place du Billboard Hot 100… juste derrière « Kiss », signé Prince lui-même.

La chanson devient un classique des années 80. Prince en reste l’architecte principal, tout en laissant aux Bangles le bénéfice de l’exposition mondiale.

Willie Nelson derrière « Crazy », le classique de Patsy Cline

Dans la country américaine, « Crazy » est indissociable de Patsy Cline. Ce titre, sorti en 1961, est son unique entrée dans le top 10 du Billboard Hot 100, où il atteint la 9e place en octobre 1961. Pourtant, la ballade n’est pas de sa plume. Elle a été écrite par un jeune auteur-compositeur encore peu connu à l’époque : Willie Nelson.

À la fin des années 1950, Nelson compose dans sa voiture, lors de ses trajets quotidiens. Un jour, il écrit « Crazy » en moins d’une heure. Le morceau porte d’abord un autre titre, « Stupid ». Nelson peine à le vendre : la chanson est jugée trop complexe pour la country de l’époque.

Dans le magazine American Songwriter, il explique que « Crazy » « n’était pas une simple chanson hillbilly à trois accords ». Au contraire, le morceau comporte « quatre ou cinq accords », ce qui lui vaut des « problèmes immédiats » auprès des professionnels.

Dans son livre publié en 2023, « Energy Follows Thought: The Stories Behind My Songs », Willie Nelson raconte comment le titre arrive chez Patsy Cline. Une nuit, il se rend au Ryman Auditorium, salle mythique de Nashville, avec un enregistrement très rudimentaire de la chanson. Il y croise Charlie Dick, le mari de Patsy Cline. Ce dernier est tellement séduit qu’il emmène Nelson chez lui à une heure du matin pour faire écouter le morceau à la chanteuse.

Réveillée au milieu de la nuit, Patsy Cline écoute « Crazy », se l’approprie et en fait la version définitive que le public connaîtra.

La chanson devient son titre emblématique, tandis que la version originelle de Willie Nelson restera longtemps dans l’ombre.

Neil Diamond et « I’m a Believer » : un tube façonné pour les Monkees

À l’origine, les Monkees ne sont qu’un groupe fictif créé pour une série comique diffusée sur NBC entre 1966 et 1968. Les membres ne jouent même pas leurs instruments au départ, confiés à des musiciens de studio. Pourtant, le succès est tel que le groupe devient une vraie formation pop à part entière.

Leur nom s’inscrit trois fois au sommet du Billboard Hot 100, notamment avec « Last Train to Clarksville » et « Daydream Believer », déjà écrits par d’autres. En 1966, ils signent un nouveau numéro 1 avec « I’m a Believer ». Ce morceau n’est pas d’eux, mais de Neil Diamond, alors jeune auteur-compositeur en pleine ascension.

En mai 1966, Diamond entre pour la première fois dans le top 10 du Billboard Hot 100 avec « Solitary Man ». Quelques mois plus tard, en août, son titre « Cherry, Cherry » atteint la 6e place. Ces succès attirent l’attention de Don Kirshner, superviseur musical des Monkees, qui contacte les producteurs de Neil Diamond pour savoir s’il possède d’autres chansons dans la veine de « Cherry, Cherry ».

Neil Diamond accepte de céder « I’m a Believer ». Les Monkees l’enregistrent, et le titre se transforme en énorme hit pour le groupe.

Neil Diamond sort sa propre version en 1967 sur l’album « Just for You », mais celle-ci reste bien moins connue que celle des Monkees.

Interrogé en 2008 par le magazine Mojo pour savoir s’il regrette d’avoir été éclipsé par le succès des Monkees, il répond au contraire qu’il est « ravi, car au fond [il était] toujours un auteur, [qui voulait] voir ses chansons dans les classements ».

Les Bee Gees à l’origine de « Islands in the Stream »

Le 29 octobre 1983, « Islands in the Stream » atteint la première place du Billboard Hot 100, où il restera deux semaines. Ce duo country-pop entre Kenny Rogers et Dolly Parton marque un tournant pour les deux artistes : premier numéro 1 pop pour Rogers depuis « Lady » en 1980, et premier pour Dolly Parton depuis « 9 to 5 » en 1981.

Pourtant, ce sont les frères Gibb – Barry, Maurice et Robin, alias les Bee Gees – qui en sont les auteurs. Dans une interview à l’émission Good Morning America en 2001, Barry Gibb explique que le trio avait d’abord écrit la chanson pour Diana Ross. Robin Gibb nuance et affirme qu’ils l’avaient plutôt pensée pour Marvin Gaye. Le mystère reste entier, mais une chose est sûre : en 1983, le titre atterrit entre les mains de Kenny Rogers, avec Barry Gibb à la production.

Selon American Songwriter, Rogers est d’abord censé l’interpréter seul. Après quatre jours en studio, il n’est pas convaincu. Le morceau ne « prend » pas. Barry Gibb propose alors d’en faire un duo et pense immédiatement à Dolly Parton, présente à l’étage inférieur du même studio.

Dolly Parton monte en studio, pose sa voix, et la chanson bascule immédiatement dans une autre dimension commerciale et artistique.

Ainsi, ce qui devait être au départ une chanson soul ou disco portée par une voix unique se transforme en duet country-pop qui devient l’un des morceaux les plus connus du répertoire de Kenny Rogers et Dolly Parton.

Paul McCartney offre « Come and Get It » à Badfinger

Badfinger, groupe britannique, doit une grande partie de sa trajectoire aux Beatles. En 1968, il devient le premier groupe signé sur le label Apple Records, créé par les Fab Four. Même le nom « Badfinger » vient d’un projet des Beatles : le titre « With a Little Help From My Friends » s’appelait d’abord « Bad Finger Boogie », car John Lennon jouait avec un doigt blessé.

Leur premier grand succès, Badfinger le doit directement à Paul McCartney. Membre des Beatles, il écrit pour eux « Come and Get It », un futur top 10 aux États-Unis.

À l’origine, McCartney compose ce morceau pour le film « The Magic Christian », sorti en 1969 et porté notamment par Ringo Starr. Il enregistre une maquette le 24 juillet 1969, au moment où les Beatles travaillent encore sur « Abbey Road ». Un temps, il envisage d’y intégrer la chanson, avant de choisir de la donner à Badfinger.

McCartney organise alors des auditions au sein du groupe pour désigner le chanteur principal. C’est Tom Evans, guitariste rythmique, qui est retenu.

Paul McCartney impose une condition : Badfinger doit interpréter « Come and Get It » exactement comme sa démo, sans modification.

Les propositions d’arrangements du groupe sont écartées. Le pari s’avère gagnant : le 18 avril 1970, « Come and Get It » atteint la 7e place du Billboard Hot 100 et reste 15 semaines dans le classement.

Pourquoi ces chansons fonctionnent aussi bien chez un autre artiste ?

Ces cinq exemples illustrent un mécanisme courant dans la musique anglo-saxonne : un auteur renommé peut estimer qu’un titre correspond mieux à une autre voix, un autre style ou une autre image. Le morceau gagne alors en crédibilité, en exposition radio ou en potentiel commercial.

  • Prince identifie chez les Bangles l’énergie parfaite pour « Manic Monday ».
  • Willie Nelson trouve en Patsy Cline l’interprète capable de sublimer une ballade complexe.
  • Neil Diamond profite du phénomène Monkees pour propulser « I’m a Believer ».
  • Les Bee Gees s’appuient sur le duo Rogers–Parton pour transformer une chanson en classique.
  • Paul McCartney utilise Badfinger comme vitrine du son Apple Records.

Pour un lecteur français, ces pratiques rappellent les nombreux titres écrits par des auteurs-compositeurs pour d’autres interprètes dans la chanson française, même si les artistes cités ici évoluent principalement entre États-Unis et Royaume-Uni.

Ce que ces cas révèlent sur l’industrie musicale

Ces histoires montrent le poids du réseau et des structures de l’époque : labels comme Apple Records, superviseurs musicaux comme Don Kirshner, studios de Nashville ou de Los Angeles. Un titre circule, change de main, parfois de style, avant de trouver sa forme définitive.

Auteur Titre Interprète rendu célèbre Année du hit
Prince « Manic Monday » The Bangles 1986
Willie Nelson « Crazy » Patsy Cline 1961
Neil Diamond « I’m a Believer » The Monkees 1966
Bee Gees « Islands in the Stream » Dolly Parton & Kenny Rogers 1983
Paul McCartney « Come and Get It » Badfinger 1970

Un autre enseignement concerne l’identité artistique. Certains auteurs gardent pour eux leurs titres les plus personnels, mais n’hésitent pas à confier d’autres chansons à des interprètes plus bankable à un moment donné. Le succès des morceaux profite alors aux deux : au chanteur, qui gagne un tube, et à l’auteur, qui renforce sa réputation et ses revenus de droits d’auteur.

Pour les amateurs de musique, ces histoires incitent à regarder différemment les crédits d’album ou les fiches des plateformes de streaming. Derrière une voix, il y a souvent un autre nom, parfois encore plus illustre, qui a façonné le morceau dans l’ombre des projecteurs.

Questions fréquentes

Pourquoi des artistes prestigieux écrivaient-ils des chansons pour d'autres ?

Dans l'industrie musicale anglo-saxonne, écrire pour les autres fait partie du jeu, même pour les plus grandes stars. Un morceau pouvait être écarté d'un album ou pensé dès le départ pour une autre voix, particulièrement quand l'auteur estimait que sa propre interprétation n'était pas la plus adaptée au succès commercial.

Qui a réellement écrit « Manic Monday » ?

« Manic Monday » a été écrite par Prince en 1983 pour l'album d'Apollonia 6, mais il a décidé de ne pas l'inclure. Il a proposé la chanson aux Bangles en mai 1985, avec le crédit attribué au pseudonyme « Christopher » renvoyant à son personnage du film « Under the Cherry Moon ».

« Crazy » est-elle vraiment composée par Willie Nelson ?

Oui, Willie Nelson a écrit « Crazy » en moins d'une heure au début des années 1950, mais la chanson a été jugée trop complexe pour la country de l'époque avec ses quatre ou cinq accords. C'est Patsy Cline qui en a fait un succès commercial en 1961.

Neil Diamond regrette-t-il d'avoir cédé « I'm a Believer » aux Monkees ?

Non, Neil Diamond a déclaré en 2008 qu'il était « ravi » de cette décision, car il était avant tout un auteur-compositeur et voulait voir ses chansons dans les classements, indépendamment de qui les interprétait.

Qui a écrit « Islands in the Stream » pour Kenny Rogers et Dolly Parton ?

« Islands in the Stream » a été écrit par les Bee Gees (Barry, Maurice et Robin Gibb). Selon Barry Gibb, le trio l'avait d'abord composée pour Diana Ross, mais le titre a finalement atteint la 1re place du Billboard en 1983 avec Kenny Rogers et Dolly Parton.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut