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Flirter avec une intelligence artificielle, est-ce tromper ? 24 % répondent oui, et le chiffre grimpe nettement chez la génération Z

Flirter avec une intelligence artificielle, est-ce tromper ? 24 % répondent oui, et le chiffre grimpe nettement chez la génération Z

Une enquête menée aux États-Unis montre que les échanges coquins avec des chatbots se banalisent, surtout chez les plus jeunes, au point de questionner la notion d’infidélité.

Aux États-Unis, une étude relayée par le média en ligne Vice met en lumière un phénomène encore tabou : les conversations romantiques ou suggestives avec des intelligences artificielles. À partir d’un sondage réalisé par l’institut Talker Research auprès de 2 000 Américains, l’enquête interroge une question très concrète pour les couples : flirter avec un chatbot, est-ce déjà tromper son ou sa partenaire ?

Un Américain sur dix a déjà flirté avec un chatbot

Le sondage de Talker Research révèle d’abord l’ampleur de ces nouvelles pratiques. Sur les 2 000 adultes interrogés, une part non négligeable admet avoir eu des échanges à tonalité romantique ou intime avec un logiciel de messagerie utilisant l’IA.

  • 15 % des hommes déclarent avoir flirté avec un chatbot d’intelligence artificielle.
  • 8 % des femmes reconnaissent des échanges du même type.
  • Au total, environ un Américain sur dix a déjà eu une conversation « flirty » avec une IA.

Les conversations suggestives avec des chatbots ne relèvent plus de l’anecdote : elles touchent déjà une fraction significative de la population adulte américaine.

Le phénomène reste encore minoritaire, mais la dynamique est claire : avec la multiplication des applications conversationnelles et des assistants virtuels, les échanges purement utilitaires laissent place à des interactions beaucoup plus intimes, parfois chargées d’affect.

Génération Z : plus de 1 jeune sur 4 déjà impliqué émotionnellement

Le clivage le plus net apparaît entre les générations. Les « natifs du numérique » se montrent bien plus enclins à tester ce type de relation virtuelle.

Parmi les membres de la génération Z (les plus jeunes adultes sondés), le sondage fait ressortir plusieurs chiffres marquants :

  • 27 % disent avoir tenu des conversations romantiques ou intimes avec un chatbot.
  • 27 % affirment également avoir ressenti un vrai « engagement émotionnel » dans ces échanges.

Les pourcentages chutent quand l’âge augmente :

  • 16 % chez les Millenials,
  • 9 % pour la génération X,
  • 2 % seulement parmi les Boomers.

La génération Z est à la fois la plus exposée à ces outils et la plus susceptible de développer un attachement émotionnel envers les bots.

Cette aisance tient autant à la familiarité avec le numérique qu’à l’offre grandissante de services visant explicitement la compagnie virtuelle : chatbots présentés comme « petit ami » numérique, applications de rôle romantique, assistants personnalisables capables d’adopter un ton séducteur ou affectueux.

Flirter avec une IA, une forme d’infidélité pour un quart des Américains

Au-delà des chiffres d’usage, le sondage aborde la question morale qui divise déjà nombre de couples : ces échanges relèvent-ils encore du jeu inoffensif ou basculent-ils dans l’infidélité ?

Selon Talker Research :

  • 24 % des Américains considèrent les conversations romantiques avec un bot comme une véritable infidélité.
  • Chez les jeunes de la génération Z, cette proportion grimpe à 36 %.

Les plus jeunes sont ceux qui flirtent le plus avec l’IA, mais aussi ceux qui, en majorité relative, tracent les frontières les plus strictes autour de la fidélité.

Ce paradoxe interroge : la génération qui expérimente le plus ces pratiques est aussi celle qui, théoriquement, les juge le plus sévèrement lorsqu’il s’agit de définir ce qui constitue un « tromperie ». Pour ces jeunes adultes, le simple fait de chercher une connexion intime ailleurs que dans la relation de couple, même avec une machine, peut déjà être perçu comme une trahison.

Pourquoi l’IA séduit : zéro jugement, zéro râteau, disponibilité permanente

Interrogés par Vice, les spécialistes cités mettent en avant trois raisons majeures à cette attraction pour les échanges romantiques avec des intelligences artificielles :

  • Absence totale de jugement : l’IA ne critique pas, ne se moque pas, ne rabaisse pas. Pour des personnes timides, anxieuses ou blessées par des expériences passées, cet espace sans jugement constitue un refuge.
  • Disponibilité 24 heures sur 24 : le chatbot répond à tout moment, sans fatigue ni indisponibilité, ce qui renforce le sentiment de soutien permanent.
  • Aucun risque de rejet : l’utilisateur ne court pas le risque de se faire éconduire, ce qui l’encourage à se livrer davantage, à tester des scénarios ou des fantasmes qu’il n’oserait pas évoquer avec un humain.

Pour certaines personnes isolées, ces qualités ont un aspect rassurant, voire thérapeutique. L’IA devient alors une forme de compagnon émotionnel, certes artificiel, mais toujours présent.

Un effet boomerang sur la solitude mis en avant par la recherche

Cette apparente solution à la solitude comporte pourtant un revers. L’article cite une étude publiée dans la revue scientifique Psychological Science, consacrée à l’usage de l’intelligence artificielle comme substitut de lien affectif.

Selon l’étude parue dans Psychological Science, recourir à l’IA comme compagnie émotionnelle risque, à long terme, d’accroître le sentiment de solitude.

Le mécanisme avancé est simple : en se tournant vers un interlocuteur artificiel, l’utilisateur peut progressivement réduire ses efforts pour entretenir ou développer des relations humaines. Sur le moment, le chatbot apaise un manque, mais il ne fournit ni réciprocité réelle, ni engagement, ni présence physique. À terme, la coupure avec les autres risque donc de se creuser.

Les experts cités par Vice mettent aussi en garde contre un possible isolement social accru, en particulier pour les personnes déjà vulnérables : adolescents en mal d’amis, adultes sortant d’une rupture, individus souffrant de phobie sociale. Le chatbot peut devenir un refuge qui décourage ensuite les interactions réelles jugées plus risquées, plus frustrantes, mais aussi plus enrichissantes.

Des relations amoureuses « réelles » avec des bots ? 44 % y croient

Le sondage ne se limite pas au présent. Il interroge les Américains sur leur vision du futur des relations affectives.

Un chiffre frappe : 44 % des personnes interrogées estiment que la société développera, à l’avenir, de véritables relations sentimentales avec des machines. Autrement dit, près d’un répondant sur deux juge plausible, voire probable, l’existence de couples humains–bots reconnus comme tels.

Pour une large partie des sondés, les histoires d’amour avec une IA ne relèvent plus seulement de la science-fiction, mais d’un scénario crédible à moyen terme.

Cette anticipation s’appuie sur la rapide progression des capacités conversationnelles, sur la personnalisation de plus en plus fine des avatars et sur la possibilité, déjà offerte par certaines applications, de « façonner » la personnalité, la voix et l’apparence virtuelle de son partenaire artificiel.

Comment ce débat résonne-t-il en France ?

En France, aucun sondage d’ampleur comparable à celui de Talker Research n’a encore été largement relayé sur la question précise du flirt avec l’IA. Les questions éthiques soulevées par les Américains se posent toutefois dans des termes proches.

Dans les couples français, la définition de l’infidélité varie déjà selon les personnes : pour certains, elle commence avec un simple échange de messages ambigus sur les réseaux sociaux ; pour d’autres, elle suppose un passage à l’acte physique. L’IA ajoute une couche supplémentaire de complexité : le tiers « intrus » n’est pas un humain, mais une machine.

Les débats repérables dans les tribunes, les forums ou les consultations de thérapeutes de couple tournent autour de plusieurs questions concrètes :

  • Un partenaire qui passe des heures à confier ses états d’âme à un chatbot néglige-t-il son couple ?
  • Les messages romantiques adressés à une IA constituent-ils une « trahison » ou un simple défouloir sans conséquence ?
  • Faut-il intégrer l’usage de ces outils dans la discussion de couple au même titre que les réseaux sociaux ou les sites de rencontre ?

En l’absence de cadre juridique ou de consensus social, chaque duo fixe ses propres règles. Certains posent clairement des limites – pas de contenus sexuels ou amoureux, même avec un bot –, d’autres considèrent qu’il ne s’agit que d’un logiciel, sans sujet à jalousie.

Des usages à encadrer : pistes concrètes pour les couples

Les données venues des États-Unis fournissent au moins un signal utile : le phénomène ne se limite plus à quelques cas isolés. Même sans chiffres précis pour l’Hexagone, l’arrivée massive des IA grand public suffit à anticiper des situations similaires en France.

Pour les couples qui souhaitent éviter les malentendus, plusieurs pistes pratiques se dégagent des réflexions d’experts et des premiers retours de terrain :

  • Parler de ses attentes : dire clairement jusqu’où chacun accepte que l’autre utilise un chatbot, et ce qui lui paraît franchir une limite.
  • Différencier besoin de soutien et fuite du réel : un usage ponctuel pour se rassurer n’a pas le même sens qu’une dépendance quotidienne qui remplace toute discussion avec le partenaire.
  • Garder un équilibre : veiller à ce que le temps passé avec des outils numériques, IA comprise, ne grignote pas les moments partagés à deux.
  • Le vocabulaire lui-même mérite un éclaircissement. Quand les études étrangères parlent de « compagnie émotionnelle », il s’agit d’un usage de l’IA pour combler un besoin affectif : soutien, écoute, compliments, douceur verbale. Cette fonction se distingue d’un simple échange informatif ou utilitaire, comme demander la météo ou un itinéraire.

    À mesure que ces usages se répandent, une nouvelle frontière se dessine entre assistance numérique et intimité numérique. Les chiffres publiés par Talker Research et mis en avant par Vice montrent que cette frontière n’est déjà plus théorique : pour 24 % des Américains, elle marque la différence entre conversation anodine et véritable tromperie, et ce jugement est encore plus marqué chez les plus jeunes avec 36 % dans la génération Z.

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