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Il conduit toujours son camion à 94 ans : il veut désormais le record du monde du plus vieux routier

Il conduit toujours son camion à 94 ans : il veut désormais le record du monde du plus vieux routier

Aux États-Unis, un chauffeur poids lourd de 94 ans continue de prendre la route et vise désormais une place officielle dans le Guinness World Records.

Aux États-Unis, dans l’État rural de l’Iowa, un conducteur de camion de 94 ans poursuit ses tournées et souhaite faire reconnaître son incroyable longévité au volant par le Guinness World Records. L’histoire d’Orrin Asmus, racontée par le média régional américain The Gazette, illustre une vie entière passée sur les routes, entre changements du métier, souvenirs d’une autre époque et passion intacte pour le camion.

Un premier voyage en camion à 19 ans, presque par hasard

Orrin Asmus n’était pas destiné à devenir routier. À 19 ans, dans l’Iowa, il se retrouve au volant d’un semi-remorque parce que son beau-frère tombe malade au mauvais moment. Une cargaison de bétail doit impérativement être transportée vers le quartier des abattoirs à Chicago.

Le jeune homme a seulement un permis voiture et un peu d’expérience sur les tracteurs de ferme. Pourtant, son entourage lui met le pied à l’étrier. « Mon beau-père m’a dit : “Tu peux conduire un tracteur, qu’est-ce que tu en dis ?” », raconte-t-il à The Gazette. Il accepte le défi, sans avoir jamais conduit de semi-remorque de sa vie, et parvient à livrer la marchandise.

Ce premier trajet marque le début d’une relation durable avec le transport routier. À partir des années 1950, Asmus se met à conduire des camions de manière régulière, tout en alternant avec d’autres métiers.

Une route américaine méconnaissable depuis les années 1950

Quand il repense à ses débuts, le nonagénaire décrit un réseau routier et une réglementation à mille lieues de ce que connaissent aujourd’hui les routiers américains. Les grandes autoroutes inter-États n’existent pas encore, les postes de pesée ne sont pas en place, et les enregistreurs électroniques de conduite – les ELD, dispositifs de suivi des heures de conduite – ne sont même pas imaginés.

Dans plusieurs États, le permis poids lourd n’est pas obligatoire, parfois même le permis voiture n’est pas exigé pour tous les automobilistes. Les limitations de vitesse restent très floues. « La limitation de vitesse dans l’Iowa, sur les routes, c’était “raisonnable”, c’était la définition », explique-t-il. « Dans l’Illinois, c’était 50 miles par heure. »

Dans les années 1950, les camions roulaient sur des routes secondaires, avec des règles souvent réduites à quelques mots dans le code de la route : “vitesse raisonnable”.

Pour un conducteur français, ces conditions rappellent une époque où les réglementations étaient beaucoup moins strictes. En France aussi, jusque dans les années 1950-1960, le transport routier s’effectuait dans un cadre légal nettement plus souple et sur des infrastructures loin du réseau d’autoroutes actuel.

« Tout le monde s’aidait » : la nostalgie de la confrérie des routiers

Au-delà de l’évolution des routes et des lois, ce qui marque le plus Orrin Asmus, c’est le changement d’ambiance entre chauffeurs. Il se dit nostalgique d’un temps où la solidarité entre routiers allait de soi.

« À l’époque, tout le monde s’aidait. Ce n’est plus le cas aujourd’hui », regrette-t-il. Selon lui, un pneu crevé en bord de route attirait immédiatement un collègue prêt à rendre service. Aujourd’hui, il décrit une profession plus individualiste, où chacun poursuit sa route sans s’arrêter.

Il critique aussi la confiance excessive accordée, selon lui, aux aides à la conduite modernes. Il évoque le régulateur de vitesse et le frein moteur, très utilisés sur les camions actuels. « Une grande majorité pense qu’il suffit du régulateur et du frein moteur », dit-il. Il rappelle qu’en conditions difficiles – pluie, verglas, neige – ces dispositifs ne devraient pas être utilisés n’importe comment.

Pour ce vétéran des routes, la vraie compétence se mesure dans les situations délicates : pluie battante, chaussée glacée ou enneigée, quand l’électronique ne remplace pas le coup d’œil et l’anticipation.

Une vie alternée entre fermes, entrepôts, champs pétrolifères et camions

Orrin Asmus ne passe pas chaque année de sa vie derrière un volant. Au fil des décennies, il travaille aussi dans d’autres secteurs : élevages laitiers, gestion d’entrepôts, opérations dans le secteur pétrolier. Mais à chaque changement de cap, le camion revient dans sa vie. Le métier de routier reste son point d’ancrage.

Cette fidélité au transport de marchandises trouve un nouveau prolongement au début des années 2010. Depuis environ 2011, Asmus conduit pour l’entreprise McLaughlin Freight, basée à Mediapolis, une petite ville de l’Iowa. À un âge où la plupart des conducteurs sont retraités depuis longtemps, il continue à assurer des trajets.

L’entreprise le décrit comme un salarié fiable et discret. « C’est un chauffeur à l’ancienne qui ne vous dit jamais “non”. Il monte simplement en cabine et il conduit », explique Dan McLaughlin, président et copropriétaire de McLaughlin Freight. Il insiste sur l’état d’esprit d’Asmus : « Il aime ce qu’il fait et ne se plaint pas. Le travail est fait quand il doit être fait. »

À 94 ans, un passage en temps partiel… mais toujours sur la route

Orrin Asmus a fêté ses 94 ans le 11 août. Il a réduit progressivement son activité à partir de son entrée dans la décennie des 90 ans. Il y a environ quatre ans, il décide de passer à un statut à temps partiel. Il ne prend plus le volant tous les jours, mais intervient « quand on a besoin de lui », précise l’entreprise.

Cette organisation lui permet de continuer à rouler tout en ménageant sa santé. Les trajets restent adaptés, et la société ne le sollicite que lorsque la charge de travail le justifie. Pour autant, il ne parle pas de retraite complète. À son âge, il reste rattaché à l’entreprise comme un renfort précieux, symbole vivant du « vieux routier » au sens littéral.

  • Âge actuel : 94 ans
  • Lieu principal d’activité : Iowa, aux États-Unis
  • Début de conduite de camions : à 19 ans
  • Entreprise actuelle : McLaughlin Freight (Mediapolis, Iowa)
  • Statut : chauffeur à temps partiel, appelé selon les besoins

Un record du monde dans le viseur face à un autre nonagénaire

L’idée de viser un record n’est pas venue tout de suite. Quelques mois avant son 94e anniversaire, Orrin Asmus et son fils décident de vérifier quel est l’âge du détenteur actuel du titre de « plus vieux conducteur de camion » reconnu par le Guinness World Records.

Ils découvrent alors qu’un autre Américain, Doyle Archer, originaire du Kansas, a été certifié en décembre 2025 à l’âge de 90 ans. Archer a depuis dépassé les 90 ans et a aujourd’hui 92 ans. En âge, Asmus le devance désormais.

L’entreprise McLaughlin Freight a envoyé un dossier de candidature au Guinness World Records en mars, afin de faire valider officiellement le record éventuel d’Asmus. L’organisation n’a pas encore rendu sa décision et le dossier reste en cours d’examen.

À 94 ans, Orrin Asmus pourrait devenir officiellement le « plus vieux routier du monde », si le Guinness World Records confirme sa demande.

Le nonagénaire, lui, ne semble pas obsédé par cette reconnaissance. Il assure qu’il continuera de conduire avec ou sans titre. « J’aime ce que je fais », affirme-t-il. « Il faut aimer son travail pour le faire. » Pour lui, la véritable récompense réside dans la satisfaction quotidienne de rester actif et derrière le volant.

Vieillissement et conduite : comment la longévité au volant est encadrée en France

Pour un lecteur en France, l’histoire d’Orrin Asmus pose naturellement la question de l’âge limite pour conduire un poids lourd. Aux États-Unis, les règles varient selon les États et les types de transport. En France, le cadre est plus homogène et codifié.

Le métier de conducteur routier, l’équivalent français du trucker américain, est strictement encadré par le permis poids lourd (catégories C, CE, etc.) et la formation professionnelle. Le maintien du permis pour les conducteurs professionnels âgés nécessite des visites médicales périodiques auprès d’un médecin agréé par la préfecture. C’est ce contrôle médical qui conditionne la poursuite de l’activité, plus que l’âge lui-même.

Il n’existe pas en France d’âge fixe unique au-delà duquel un chauffeur poids lourd doit obligatoirement arrêter. Le droit au volant dépend de l’aptitude médicale, évaluée régulièrement. Le respect des temps de conduite et de repos, contrôlé par le chronotachygraphe, limite aussi l’effort demandé aux chauffeurs, notamment les plus âgés.

États-Unis (exemple d’Orrin Asmus) France
Règles variables selon les États et les employeurs Règles nationales harmonisées par le code des transports
Record de longévité recherché via Guinness World Records Pas de record officiel similaire, mais des cas isolés de chauffeurs très âgés
Évolution historique des permis et contrôles très progressive Système de permis C et visites médicales régulières pour les professionnels

En pratique, certains conducteurs français continuent à rouler pour des entreprises ou en activité réduite au-delà de l’âge légal de la retraite, mais dans un cadre plus contraint qu’aux États-Unis. Beaucoup se tournent vers des missions locales, des trajets plus courts ou des postes moins physiques, par exemple dans la logistique ou la formation.

Passion du métier et enjeux de sécurité routière

L’histoire d’Orrin Asmus met en lumière un point souvent évoqué par les chauffeurs expérimentés : la passion pour la route et la difficulté à décrocher complètement. Continuer à conduire nourrit le sentiment d’utilité, maintient un lien social et aide à garder une routine quotidienne.

Pour la sécurité routière, l’enjeu consiste à concilier cette passion avec la prévention des risques liés à l’âge : baisse possible des réflexes, fatigue, troubles de la vue ou de l’audition. Les visites médicales obligatoires, les contrôles techniques des véhicules et la surveillance des temps de conduite visent à réduire ces risques, que ce soit aux États-Unis ou en France.

Pour les conducteurs âgés qui souhaitent poursuivre une activité, plusieurs adaptations peuvent faire une différence concrète :

  • réduire la durée et la distance des trajets ;
  • éviter les créneaux nocturnes ou les conditions météo dégradées ;
  • privilégier un emploi à temps partiel, comme Orrin Asmus ;
  • réaliser des contrôles médicaux réguliers, même au-delà des obligations ;
  • se former aux nouvelles technologies d’aide à la conduite.

L’exemple de ce routier de 94 ans illustre enfin un autre volet du débat sur le travail des seniors : certains métiers, réputés difficiles, peuvent pourtant être exercés longtemps par ceux qui en ont la capacité physique et l’envie, à condition d’un encadrement strict et d’un suivi de santé adapté.

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