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Des chercheurs résolvent un mystère vieux de 50 ans : ils découvrent un 47e groupe sanguin

Des chercheurs résolvent un mystère vieux de 50 ans : ils découvrent un 47e groupe sanguin

Au Royaume-Uni, des équipes de Bristol lèvent enfin le voile sur un étrange marqueur sanguin repéré dans les années 1970, longtemps resté inexpliqué.

Un demi-siècle après l’identification d’un mystérieux marqueur sur certaines cellules sanguines, des chercheurs britanniques viennent d’en trouver l’origine génétique. Leur travail, détaillé par le média en ligne espagnol qui publie cette information, aboutit à la définition d’un 47e système de groupes sanguins, baptisé « MAL », et ouvre la voie à une meilleure sécurité des transfusions pour une poignée de patients dans le monde.

Un nouveau groupe sanguin qui s’ajoute aux 46 déjà connus

Dans la vie courante, on parle surtout de quatre grands groupes sanguins : A, B, AB et O. Chacun peut être « positif » ou « négatif » selon la présence du facteur Rhésus (Rh), ce qui conduit à huit grandes catégories utilisées à l’hôpital pour les transfusions.

En réalité, le sang humain est bien plus complexe. Les globules rouges portent de très nombreux marqueurs, appelés antigènes. Ils se répartissent en systèmes de groupes sanguins. Selon l’article espagnol, 46 systèmes étaient officiellement reconnus avant cette nouvelle publication. Les systèmes ABO et Rh restent les plus connus, mais d’autres, plus confidentiels, concernent des antigènes présents chez une minorité de personnes et ne posent problème qu’en de rares circonstances médicales.

C’est à cette liste déjà longue que les scientifiques du Royaume-Uni viennent d’ajouter un 47e système, qu’ils ont baptisé « MAL ». Il est lié à un antigène bien particulier, AnWj, observé depuis le début des années 1970 mais resté sans explication génétique pendant des décennies.

Les chercheurs britanniques ont réussi à rattacher l’antigène AnWj à un nouveau système de groupe sanguin, MAL, devenant ainsi le 47e système officiellement décrit.

Un mystère né en 1972 autour de l’antigène AnWj

L’antigène AnWj a été décrit pour la première fois en 1972. Les biologistes savaient qu’il s’agissait d’un marqueur de surface présent sur les globules rouges, mais ignoraient sur quel gène il reposait. Autrement dit, on constatait sa présence ou son absence chez certains patients, sans comprendre précisément pourquoi.

D’après l’étude relayée par le média espagnol, cette énigme restait entière depuis 50 ans. Les équipes impliquées – le service Sang et Transplantations du National Health Service (NHS), le Service national de santé britannique, basé à Bristol, le Laboratoire international de référence pour les groupes sanguins (IBGRL) et l’université de Bristol – se sont attelées à cette question depuis près de vingt ans.

Leur travail sera publié dans la revue scientifique Blood, de la Société américaine d’hématologie. Il montre que l’antigène AnWj dépend d’une protéine précise, appelée MAL, codée par le gène du même nom. Lorsque ce gène présente certaines anomalies, l’antigène disparaît de la surface des globules rouges.

Une absence d’AnWj liée à des maladies… ou à la génétique

Les chercheurs distinguent deux grandes situations chez les personnes dépourvues d’AnWj, dites « AnWj-négatives ».

  • La situation la plus fréquente : un trouble sanguin (pathologie hématologique) ou certains cancers empêchent l’expression de l’antigène. Le gène n’est pas forcément en cause, mais la maladie bloque la production normale de la protéine.
  • Une situation bien plus rare : une cause génétique, avec des anomalies directement inscrites dans l’ADN.

Selon l’article, la raison la plus courante d’être AnWj-négatif réside dans ces maladies du sang ou cancers qui répriment l’expression de l’antigène. La cause génétique, elle, reste exceptionnelle : seuls six individus génétiquement AnWj-négatifs figurent dans l’étude.

Pour comprendre ces cas rares, l’équipe a eu recours à la « séquençage exomique complet », une technique qui consiste à analyser l’ensemble des zones de l’ADN codant pour des protéines. Les chercheurs ont trouvé, chez ces quelques personnes, des délétions « homozzygotes » (les deux copies du gène sont touchées) dans le gène MAL. Ces délétions suppriment ou altèrent la production de la protéine Mal, entraînant l’absence d’AnWj sur les globules rouges.

Chez plus de 99,9 % de la population, l’antigène AnWj est présent et les globules rouges expriment la protéine MAL complète ; chez les rares individus AnWj-négatifs, cette protéine manque ou est fortement altérée.

Un enjeu crucial pour certaines transfusions sanguines

Sur le papier, la découverte concerne un antigène extrêmement rare. Plus de 99,9 % des personnes dans le monde seraient AnWj-positives, rappelle l’article espagnol. Cette quasi-universalité pourrait donner l’impression que le problème est anecdotique. En réalité, les conséquences sont très concrètes pour les quelques patients concernés.

Les chercheurs expliquent que, après près de vingt ans de travail, ils savent désormais que les personnes AnWj-négatives exposées à du sang AnWj-positif peuvent faire une réaction transfusionnelle. Leur système immunitaire peut considérer l’antigène AnWj comme un élément étranger et fabriquer des anticorps, avec un risque de complications parfois graves.

Grâce à l’identification du système MAL et à la compréhension de son origine génétique, les laboratoires pourront développer de nouveaux tests de génotypage. Ces examens permettront de repérer plus facilement les individus porteurs de ce profil rare avant une transfusion.

L’identification du système MAL doit faciliter la mise au point de tests ciblés pour repérer les patients AnWj-négatifs et limiter les réactions immunologiques lors des transfusions.

Pour les services de transfusion du NHS britannique, cette avancée offre la possibilité de mieux sécuriser certaines prises en charge : patients suivis pour des maladies hématologiques complexes, personnes nécessitant de multiples transfusions au cours de leur vie, ou encore cas rarissimes d’AnWj-négatif génétique.

Comment les scientifiques ont-ils procédé ?

L’étude mentionne un travail au long cours, entamé il y a près de vingt ans. Le schéma général, résumé par les informations publiées, repose sur plusieurs étapes :

  • Identifier les personnes présentant un phénotype AnWj-négatif.
  • Analyser leur sang pour confirmer l’absence d’antigène sur les globules rouges.
  • Réaliser des analyses génétiques détaillées, par séquençage exomique complet, afin de repérer un gène potentiellement commun.
  • Mettre en évidence des délétions homozzygotes dans le gène MAL chez les individus présentant un AnWj-négatif héréditaire.
  • Relier directement ces anomalies à l’absence de la protéine Mal, puis à l’absence de l’antigène AnWj.
  • Cette démarche permet aux chercheurs de proposer un système de groupe sanguin cohérent, où l’antigène AnWj prend place dans le système MAL. L’ensemble vient s’ajouter à la classification internationale des groupes sanguins utilisée par les services de transfusion.

    Ce que cela signifie pour les patients en France

    Le travail présenté concerne des équipes basées au Royaume-Uni, mais ses applications touchent l’ensemble des systèmes de santé, France comprise. Les médecins français s’appuient eux aussi sur la classification internationale des groupes sanguins, et les découvertes de nouveaux systèmes sont progressivement intégrées aux outils utilisés par l’Établissement français du sang (EFS), l’équivalent du service de transfusion du NHS.

    Dans les hôpitaux français, chaque transfusion est précédée de tests de compatibilité, qui vont au-delà du simple ABO et Rh dans certains contextes. Pour des patients transfusés très fréquemment – par exemple en cas de drépanocytose, de thalassémie ou de certaines leucémies – les équipes spécialisées tiennent compte d’antigènes plus rares afin de réduire le risque de réaction immunitaire.

    L’intégration d’un nouveau système comme MAL se fera de manière progressive, à mesure que des tests de génotypage seront disponibles et validés. Dans la pratique, cela pourrait concerner :

    • le dépistage de profils sanguins particulièrement complexes avant des transfusions répétées ;
    • la constitution de fichiers de donneurs rares, capables de fournir du sang compatible à ces patients ;
    • la réévaluation de certaines réactions transfusionnelles inexpliquées, à la lumière de ce nouvel antigène.

    Le lecteur français doit garder en tête que ces profils restent exceptionnels. La grande majorité des transfusions en France continueront de reposer sur les groupes ABO, le Rhésus et quelques systèmes majeurs déjà routiniers. Mais pour certains malades suivis dans des centres spécialisés, la description du système MAL pourra, à terme, améliorer la sécurité des soins.

    Pourquoi s’intéresser à des antigènes aussi rares ?

    Les groupes sanguins peu connus comme MAL illustrent la finesse du dialogue entre le système immunitaire et les cellules du sang. Un antigène minoritaire peut n’avoir aucune conséquence pour la plupart des individus, mais déclencher des réactions sévères chez une personne sensibilisée par une transfusion antérieure ou une grossesse.

    Chaque nouveau système identifié enrichit la « carte d’identité » sanguine de l’être humain. Pour les biologistes, cela permet :

    • de mieux comprendre certains accidents transfusionnels restés sans explication ;
    • d’anticiper les incompatibilités chez des patients très transfusés ;
    • de perfectionner les systèmes d’information recensant les donneurs rares à l’échelle internationale.

    À plus long terme, ces connaissances alimentent aussi la recherche fondamentale en hématologie et en immunologie. La protéine Mal, au cœur de ce nouveau système, pourrait jouer d’autres rôles dans l’organisme, encore mal compris aujourd’hui. Savoir qu’elle est présente à la surface des globules rouges offre un point de départ pour d’éventuelles études futures.

    Antigène, phénotype, génotype : quelques repères

    Pour suivre ce type d’actualité scientifique, quelques termes reviennent régulièrement :

    Terme Signification
    Antigène Molécule de surface, souvent une protéine ou un sucre, capable d’être reconnue par le système immunitaire.
    Phénotype Ensemble des caractéristiques observables chez un individu, par exemple « AnWj-positif » ou « AnWj-négatif ».
    Génotype Information génétique sous-jacente, c’est-à-dire les variantes du gène MAL présentes dans l’ADN.
    Délétion homozzygote Suppression d’un fragment d’ADN sur les deux copies d’un même gène, héritées du père et de la mère.

    Dans le cas du système MAL, un phénotype AnWj-négatif peut provenir soit d’une maladie qui empêche l’antigène de s’exprimer, soit d’un génotype particulier avec des délétions homozzygotes du gène MAL. Seule une analyse génétique permet de faire la différence.

    Pour les médecins et les biologistes hospitaliers, ce type de précision n’est pas un simple détail. Elle conditionne la capacité à prédire le comportement du sang en cas de transfusion, à comprendre la survenue d’anticorps inhabituels, et à sécuriser au maximum chaque poche administrée à un patient.

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