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Fini les amendes pour excès de vitesse : deux villes testent des feux qui passent au rouge pour les conducteurs trop rapides

Fini les amendes pour excès de vitesse : deux villes testent des feux qui passent au rouge pour les conducteurs trop rapides

Aux États-Unis, deux grandes villes expérimentent des feux intelligents qui modifient le signal en fonction de la vitesse des automobilistes, pour apaiser la circulation nocturne.

Albuquerque, au Nouveau-Mexique, et Portland, dans l’Oregon, ont décidé de miser sur la carotte plutôt que sur le bâton. Plutôt que d’envoyer des contraventions pour excès de vitesse, ces villes ont mis en place des feux tricolores capables de « récompenser » les conducteurs qui respectent la limitation, rapporte le site automobile américain Carscoops. Objectif : réduire les vitesses, les accidents et la frustration des usagers sur des axes urbains accidentogènes, sans recourir uniquement aux radars.

Un système « repos en rouge » qui change la logique des feux

Le dispositif testé à Albuquerque et Portland porte un nom technique : « rest in red », littéralement « repos en rouge ». Contrairement à un carrefour classique où le feu reste vert en l’absence de circulation, ici, le feu par défaut reste rouge. Des capteurs détectent l’arrivée des véhicules et, surtout, mesurent leur vitesse.

Les feux se maintiennent au rouge pour les conducteurs trop rapides, mais passent au vert plus tôt pour ceux qui respectent la limitation de vitesse.

Concrètement, pour un automobiliste :

  • si sa vitesse est conforme à la limitation, le feu peut passer au vert plus tôt, voire s’ouvrir « à son approche » ;
  • s’il arrive en excès de vitesse, il a davantage de risques de se retrouver bloqué sur un rouge plus long.

Les autorités locales résument la philosophie du dispositif par une expression parlante : un « ralentisseur virtuel ». Au lieu de poser un dos-d’âne en béton, invisible de nuit et parfois brutal pour les suspensions, la sanction est temporelle : le temps perdu au feu rouge vient annuler le gain de quelques kilomètres/heure pris en amont.

Portland : des vitesses abaissées sur l’une des rues les plus dangereuses

À Portland, la municipalité utilise ce système sur plusieurs tronçons de Southeast Powell Boulevard, présentée comme l’un des corridors les plus accidentogènes de la ville. Les feux en « repos en rouge » fonctionnent surtout la nuit, entre 22 heures et 6 ou 7 heures du matin, selon les jours.

Sur le premier carrefour équipé, la vitesse moyenne est passée d’environ 63 km/h à 48 km/h, soit le niveau de la limitation affichée.

Les responsables de la Ville ont indiqué à l’agence Associated Press que, sur le premier carrefour testé, la vitesse moyenne avait été réduite de 39 mph (63 km/h) à 30 mph (48 km/h), soit exactement la vitesse limite fixée. Fort de ce résultat, Portland a étendu le dispositif à plusieurs intersections supplémentaires de Powell Boulevard, notamment aux croisements avec les 21e, 26e, 28e et 33e avenues.

Les autorités locales avancent aussi un autre bénéfice : une baisse des accidents et des blessures le long de ce corridor, même si l’article de Carscoops ne précise pas de chiffres détaillés. Pour une ville américaine engagée dans des politiques de sécurisation des axes urbains, ce type de levier technologique arrive comme un outil supplémentaire dans l’arsenal de la « modération de trafic ».

Albuquerque : calmer des axes urbains transformés en pistes de course

Albuquerque, au Nouveau-Mexique, a misé sur cette technologie sur deux artères urbaines : Lead Avenue et Coal Avenue. Les riverains s’y plaignaient de longue date des vitesses excessives, des accidents et des dégâts matériels liés aux sorties de route ou aux collisions nocturnes.

Sur place, la ville ne s’est pas contentée du « repos en rouge ». Elle a combiné plusieurs mesures :

  • installation de feux intelligents fonctionnant en « rest in red » ;
  • mise en place d’un contrôle automatisé de la vitesse (type radar automatique) ;
  • coordination des feux autour d’une vitesse cible de 30 mph (48 km/h).

Albuquerque affirme que ce trio feux intelligents – radars – synchronisation à 30 mph a contribué à une circulation plus apaisée et à une amélioration de la sécurité routière sur ces deux avenues.

La municipalité reconnaît toutefois elle-même qu’il est difficile d’isoler la part exacte du « repos en rouge » dans les résultats obtenus, puisque plusieurs leviers ont été actionnés en même temps. L’effet combiné va dans le sens d’une baisse des vitesses et d’un trafic moins chaotique, mais sans pouvoir attribuer précisément quel pourcentage d’amélioration revient à quel dispositif.

Une « carotte » pour les bons conducteurs, plutôt qu’une punition

Le principal argument avancé par les villes ayant adopté ce système tient à la philosophie même de la sanction. Ici, pas de verbalisation envoyée par courrier, pas d’amende ni de retrait de points. Le conducteur qui roule trop vite n’est pas flashé, il perd du temps au carrefour suivant.

Le système ne cherche pas à punir par une contravention, mais à rendre la conduite respectueuse des règles plus fluide et moins irritante.

Pour les conducteurs qui respectent la limitation, le ressenti est différent d’un simple radar fixe. En tenant leur vitesse, ils ont davantage de chances d’enchaîner les feux verts et d’arriver plus vite à destination, tout en ayant roulé moins vite en pointe. Cette forme de récompense peut changer la perception de la régulation routière, souvent jugée répressive.

Psychologiquement, la mécanique est simple : si celui qui « bourrine » se retrouve bloqué au rouge tandis que celui qui est resté à la vitesse autorisée file au vert, la norme sociale valorisée devient le respect de la règle. Dans certains cas, cette expérience peut même donner au conducteur prudent le sentiment « d’avoir gagné », ce qui est rarement le cas lorsqu’on parle de sécurité routière.

Comment fonctionne concrètement un feu intelligent de ce type ?

Sur le plan technique, les feux en « repos en rouge » reposent sur des capteurs situés en amont de l’intersection. Ceux-ci peuvent prendre différentes formes : boucles inductives intégrées dans la chaussée ou radars de trafic positionnés sur un mât, par exemple.

Élément Rôle dans le dispositif
Capteur de présence Détecte l’arrivée d’un véhicule vers l’intersection.
Mesure de vitesse Calcule la vitesse à laquelle roule le véhicule détecté.
Contrôleur de feu Décide de l’allongement ou du raccourcissement du rouge / vert selon la vitesse.
Programme horaire Active ou renforce le dispositif à certaines heures (notamment la nuit).

Le principe est ensuite d’ajuster dynamiquement le plan de feux :

  • le feu reste rouge par défaut, sans circulation ou trafic limité ;
  • un véhicule est détecté à une certaine distance ;
  • le système mesure la vitesse : si elle est dans la plage souhaitée, il peut anticiper le passage au vert pour ce véhicule ;
  • si la vitesse est trop élevée, le feu prolonge le rouge, incitant le conducteur à freiner et à patienter.
  • Dans les deux villes américaines, les responsables cités par Carscoops évoquent une utilité particulière sur des axes très fréquentés le jour, mais quasiment vides la nuit, qui se transforment parfois en « pistes de dragster » improvisées.

    Et en France, où en est-on sur ce type de régulation ?

    En France, la plupart des dispositifs de lutte contre la vitesse reposent encore largement sur des moyens classiques : radars automatiques, contrôles de police ou de gendarmerie, ralentisseurs physiques, chicanes, plateaux traversants, zones 30, zones de rencontre. Les feux tricolores sont déjà parfois équipés de boucles de détection ou d’algorithmes de gestion dynamique, mais l’idée d’un « feu qui vous punit par le rouge si vous arrivez trop vite » reste marginale.

    Certaines communes utilisent néanmoins des systèmes approchants, par exemple :

    • des feux de régulation qui passent au rouge lorsqu’un véhicule dépasse une vitesse définie à l’entrée d’une agglomération ;
    • des feux synchronisés sur une « onde verte » à une vitesse précise, qui récompensent les conducteurs respectant la limitation par une succession de verts ;
    • des radars pédagogiques qui affichent la vitesse et, parfois, commandent un feu rouge en cas de dépassement.

    Ces pratiques s’apparentent, dans l’esprit, à ce qui est testé à Albuquerque et Portland, même si elles ne portent pas le nom de « repos en rouge ». Les compétences en matière de circulation étant en grande partie locales, ce sont les municipalités et les intercommunalités, en lien avec les services de l’État, qui peuvent décider d’expérimenter ou non ce type de régulation.

    Quels enjeux pour les villes qui voudraient s’en inspirer ?

    Pour un décideur local, un tel dispositif soulève plusieurs questions très concrètes. D’abord, le coût d’installation : capteurs, modernisation des contrôleurs de feux, paramétrage spécifique, suivi des résultats. Ensuite, l’acceptation sociale : un feu qui reste longtemps rouge sur une voie déserte peut être perçu comme absurde par les conducteurs, surtout s’ils n’ont pas conscience de la logique liée à la vitesse.

    Autre enjeu : la cohérence avec l’environnement urbain. Sur une voie résidentielle étroite, un plateau surélevé ou une chicane restent parfois plus simples et plus lisibles. Sur un corridor urbain de type boulevard, où l’on cherche à garder un bon débit tout en maîtrisant la vitesse, la voie technologique peut devenir pertinente, à condition d’être bien expliquée.

    Enfin, ce genre de dispositif doit s’intégrer à une stratégie globale de sécurité routière : aménagements de voirie, visibilité, traversées piétonnes, contrôle de l’alcoolémie ou des stupéfiants, communication auprès des usagers. L’expérience américaine montre que le « repos en rouge » s’ajoute à d’autres mesures, mais ne les remplace pas.

    Pourquoi associer récompense et sécurité peut changer les comportements

    Sur le plan comportemental, les feux qui « récompensent » le respect de la vitesse par des temps de parcours plus fluides misent sur un levier différent de la peur de la sanction financière. Ils s’appuient sur la recherche naturelle de confort et de gain de temps des automobilistes.

    Un effet intéressant tient aussi au caractère immédiat de la conséquence : là où une amende arrive parfois plusieurs jours ou semaines après l’infraction, le feu rouge s’affiche quelques secondes à peine après la conduite trop rapide. Le lien entre comportement et conséquence est plus clair, ce qui peut favoriser un changement durable des habitudes, notamment chez les usagers réguliers d’un même itinéraire.

    Pour un lecteur français, ces expérimentations américaines illustrent une tendance de fond : l’usage de technologies plus fines pour moduler le trafic et encourager une conduite apaisée. Reste à voir si ce type d’approche, qui joue davantage sur la récompense que sur la répression, trouvera un écho dans les politiques locales hexagonales à venir.

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