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Apnée du sommeil : un médicament déjà existant réduit de près de moitié les pauses respiratoires, la fin du masque se rapproche

Illustration montrant une coupe sagittale de la tête et du cou d'une personne endormie, avec visualisation des voies aériennes et des zones d'obstruction caractéristiques de l'apnée obstructive du sommeil.

Un essai clinique européen mené sur des patients souffrant d’apnée obstructive du sommeil fait émerger une piste médicamenteuse, loin du traditionnel masque nocturne, principalement en Europe et aux États-Unis.

Un traitement par comprimé pourrait, à moyen terme, changer le quotidien des personnes concernées par l’apnée obstructive du sommeil. Comme le rapporte le site spécialisé français Les Numériques à partir de données publiées dans la revue médicale The Lancet, un antiépileptique ancien, le sulthiame, affiche des résultats encourageants en essai clinique de phase 2. De quoi ouvrir un nouveau chapitre pour cette maladie fréquente, y compris en France, où la machine à pression positive continue reste la référence.

Un antiépileptique recyclé contre l’apnée du sommeil

L’essai clinique européen, baptisé FLOW, a porté sur 298 adultes présentant une apnée obstructive du sommeil modérée à sévère. Ce trouble se caractérise par des pauses respiratoires répétées durant la nuit, liées à l’obstruction des voies aériennes supérieures.

Jusqu’ici, la prise en charge reposait surtout sur la ventilation en pression positive continue, ou CPAP, via un masque porté toute la nuit. Cette solution reste très efficace sur le plan médical, mais son acceptation pose problème : de nombreux patients abandonnent l’appareil dans les mois qui suivent son installation en raison de l’inconfort et des contraintes quotidiennes.

Dans l’essai FLOW, le sulthiame, pris sous forme de comprimés, a permis de réduire jusqu’à 47 % les interruptions respiratoires nocturnes aux doses les plus élevées, tout en améliorant l’oxygénation du sang.

Le sulthiame n’est pas une molécule nouvelle. Il s’agit d’un médicament antiépileptique déjà connu, ici réorienté vers l’apnée du sommeil. Administré par voie orale, il vise à agir directement sur certains mécanismes respiratoires qui se dérèglent pendant le sommeil.

Comment agit le sulthiame sur la respiration nocturne ?

Sur le plan pharmacologique, le sulthiame appartient à la famille des inhibiteurs de l’anhydrase carbonique. Ces substances influencent la façon dont l’organisme gère le dioxyde de carbone (CO2) et l’oxygène (O2), deux gaz étroitement impliqués dans la régulation de la respiration.

Les chercheurs se sont intéressés à un paramètre clé : le « loop gain », un terme technique qui désigne l’instabilité du système de rétroaction respiratoire. Lorsque ce système réagit de façon excessive aux variations de CO2 et d’O2, il déclenche des cycles d’hyperventilation, suivis d’apnées. Le sulthiame réduit ce loop gain et rend le contrôle ventilatoire plus stable.

  • Cible principale : l’instabilité ventilatoire (loop gain).
  • Effet attendu : moins de cycles d’hyperventilation et d’apnée.
  • Résultat observé : baisse significative du nombre d’événements respiratoires par heure de sommeil.

D’anciens travaux, publiés dans la revue CHEST, avaient déjà montré un autre effet intéressant : cette molécule semble améliorer le tonus musculaire des voies aériennes supérieures. En pratique, le risque de collapsus du pharynx pendant le sommeil diminuerait, ce qui limite la fermeture des voies respiratoires.

Côté tolérance, les effets indésirables rapportés dans l’essai FLOW sont restés globalement bénins et transitoires. La paresthésie, c’est-à-dire des sensations de picotements ou de fourmillements, figure parmi les plus fréquents effets secondaires décrits.

“Un vrai tournant” vers un traitement pharmacologique

Pour les spécialistes impliqués dans ces travaux, l’essai FLOW marque une étape symbolique. Jusqu’ici, l’idée d’un médicament ciblant directement l’apnée obstructive du sommeil restait largement théorique.

« Nous travaillons sur cette stratégie thérapeutique depuis longtemps, et les résultats montrent que l’apnée du sommeil peut effectivement être influencée par voie pharmacologique. C’est un vrai tournant », explique Jan Hedner, professeur de pneumologie à l’Académie Sahlgrenska de l’Université de Göteborg, cité par Les Numériques.

Le sulthiame n’a pourtant pas réponse à tout. Les chercheurs rappellent qu’il ne s’attaque qu’à un seul des quatre grands mécanismes en cause dans l’apnée obstructive du sommeil : l’instabilité ventilatoire. Ce trouble complexe implique également la structure anatomique des voies aériennes, leur contrôle neuromusculaire et le seuil d’éveil du patient.

Un essai plus court, mené en amont, n’avait pas montré d’amélioration significative de la somnolence diurne ni de la qualité de vie, deux critères pourtant cruciaux pour les patients. L’étude FLOW, de phase 2, sert surtout à mieux cerner la dose optimale et la tolérance du traitement.

Un cadre encore expérimental, sans remise en cause immédiate de la CPAP

Le sulthiame n’est pas prêt à remplacer du jour au lendemain les masques de ventilation. Une phase 2 reste un stade intermédiaire du développement clinique. Des études plus longues, sur davantage de patients et dans des contextes variés, devront confirmer le bénéfice sur les symptômes, les complications cardiovasculaires et l’adhésion sur le long terme.

Néanmoins, cette molécule ouvre la voie à une nouvelle famille de traitements. Elle illustre surtout une tendance de fond : l’idée de passer d’une approche unique, centrée sur la CPAP, à une prise en charge personnalisée et combinée.

D’autres médicaments candidats déjà sur les rangs

Le sulthiame ne progresse pas seul. Plusieurs laboratoires travaillent déjà sur des médicaments ciblant d’autres mécanismes de l’apnée obstructive.

Médicament Laboratoire / développeur Mécanisme ciblé Stade de développement
Sulthiame Réutilisation d’un antiépileptique existant Instabilité ventilatoire (loop gain) Phase 2 (essai FLOW)
AD109 Apnimed Dysfonction neuromusculaire des voies aériennes Demande d’approbation annoncée auprès de la FDA en 2026
IHL-42X Incannex Healthcare Association de deux molécules connues, stratégie combinée Phase 2 lancée début 2025
Tirzepatide (Zepbound) Traitement anti-obésité Perte de poids chez les patients obèses Médicament déjà approuvé pour l’apnée obstructive du sommeil en lien avec l’obésité

AD109, développé par la société Apnimed, associe deux substances : l’aroxybutynine et l’atomoxétine. Cette combinaison vise la dysfonction neuromusculaire des voies aériennes supérieures, autrement dit la capacité des muscles à maintenir la gorge ouverte pendant le sommeil. Selon Les Numériques, une demande d’approbation doit être déposée auprès de l’autorité américaine du médicament, la FDA, au début de l’année 2026.

L’IHL-42X, porté par Incannex Healthcare, assemble, lui aussi, deux molécules déjà utilisées pour d’autres indications. Ce traitement a franchi le cap de la phase 2 en début d’année 2025, avec l’objectif de tester une approche combinée sur différents mécanismes de l’apnée.

Depuis décembre 2024, un autre nom s’est ajouté à la liste : le tirzepatide, commercialisé sous le nom de Zepbound. Ce médicament, déjà connu pour la prise en charge de l’obésité, est devenu le premier à obtenir une autorisation spécifique pour l’apnée obstructive du sommeil, mais uniquement chez des patients obèses. Son effet passe par la perte de poids, qui réduit mécaniquement la pression sur les voies aériennes.

« Au lieu d’une approche « CPAP pour tous », nous entrons véritablement dans la médecine de précision du sommeil », résume Klar Yaggi, directeur du Programme de médecine du sommeil à l’Université Yale, cité par Les Numériques.

Ce que cela change pour les patients français

En France, la prise en charge de l’apnée obstructive du sommeil repose toujours en grande partie sur la CPAP, prescrite par les pneumologues ou les spécialistes du sommeil, puis suivie par des prestataires de santé à domicile. Des orthèses d’avancée mandibulaire, sortes de gouttières qui avancent légèrement la mâchoire inférieure, complètent l’arsenal thérapeutique, notamment pour les formes modérées.

Les médicaments cités dans l’article des Numériques ne sont pas, à ce stade, disponibles pour traiter l’apnée du sommeil en France. Le sulthiame, dans cette indication, reste un produit en phase d’évaluation, et non un traitement validé. Les éventuelles futures autorisations passeront par les agences de médicaments compétentes, comme l’Agence européenne des médicaments puis les autorités françaises.

Pour un patient français, l’intérêt de ces avancées réside dans la perspective, à moyen ou long terme, d’un traitement complémentaire ou alternatif au masque. Un comprimé pourrait, par exemple, être proposé à certains profils bien identifiés, sur la base de mécanismes précis : instabilité ventilatoire marquée, défaut musculaire des voies aériennes, excès de poids, etc.

Apnée du sommeil : mieux comprendre un trouble très répandu

L’apnée obstructive du sommeil se manifeste par des arrêts répétés de la respiration pendant la nuit, liés à l’obstruction des voies aériennes supérieures. Chaque épisode provoque une baisse de l’oxygène dans le sang et une micro-réveil, souvent inconscient pour le patient, qui fragmente le sommeil.

À long terme, ce trouble majore le risque de :

  • somnolence diurne et accidents de la route ;
  • hypertension artérielle difficile à contrôler ;
  • maladies cardiovasculaires (infarctus, AVC) ;
  • troubles métaboliques comme le diabète de type 2.

Le diagnostic repose sur un enregistrement du sommeil, soit en laboratoire spécialisé, soit à domicile avec un dispositif portable. Cet examen mesure notamment le nombre d’événements respiratoires par heure, un indicateur appelé index d’apnées-hypopnées.

Vers des traitements combinés, adaptés à chaque profil

Les progrès décrits par The Lancet et relayés par Les Numériques vont dans le sens d’une médecine plus individualisée. L’idée, à terme, consisterait à identifier précisément le mécanisme dominant chez un patient donné, pour lui proposer une combinaison sur mesure : CPAP, orthèse, perte de poids, traitement médicamenteux ciblé, voire association de plusieurs comprimés agissant sur des leviers différents.

Un patient avec forte instabilité ventilatoire pourrait ainsi tirer profit d’un inhibiteur de l’anhydrase carbonique comme le sulthiame. Un autre, surtout gêné par un défaut neuromusculaire des voies aériennes, serait davantage candidat à une molécule type AD109, si celle-ci finit par être approuvée. Quant aux personnes souffrant d’obésité, les médicaments agissant sur la perte de poids, comme le tirzepatide, pourraient traiter à la fois l’excès de poids et l’apnée.

Les prochaines années diront quels médicaments franchiront réellement l’étape de la commercialisation et pour quels profils. Pour l’instant, la CPAP reste la référence, mais le masque n’apparaît plus comme l’unique horizon thérapeutique pour les patients apnéiques.

Questions fréquentes

Comment fonctionne le sulthiame contre l'apnée du sommeil ?

Le sulthiame est un inhibiteur de l'anhydrase carbonique qui réduit l'instabilité du système de rétroaction respiratoire (loop gain) et améliore le tonus musculaire des voies aériennes supérieures. Cela limite les cycles d'hyperventilation et les apnées causés par les variations de CO2 et d'oxygène.

Peut-on arrêter de porter un masque CPAP avec le sulthiame ?

Pas immédiatement. Le sulthiame est actuellement au stade de phase 2 des essais cliniques. Des études plus longues et approfondies sont nécessaires avant qu'il puisse remplacer la CPAP, qui reste le traitement de référence.

Quels sont les effets secondaires du sulthiame ?

Les effets indésirables rapportés dans l'essai FLOW sont restés globalement bénins et transitoires. La paresthésie, caractérisée par des sensations de picotements ou de fourmillements, figure parmi les plus fréquents.

Le sulthiame soigne-t-il tous les types d'apnée du sommeil ?

Non. Le sulthiame ne cible que l'instabilité ventilatoire, l'un des quatre grands mécanismes de l'apnée obstructive du sommeil. Il ne s'attaque pas aux problèmes anatomiques, au contrôle neuromusculaire ou au seuil d'éveil du patient.

Quand le sulthiame sera-t-il disponible en pharmacie ?

Le sulthiame n'est qu'à la phase 2 des essais cliniques. Des phases 3 plus longues doivent confirmer son bénéfice avant une possible approbation régulatoire et commercialisation, ce qui prendra plusieurs années.

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