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Au début des années 1980, elle a fait le tour du monde seule à moto : son exploit est resté ignoré pendant des décennies

Femme motarde en équipement complet et casque fermé sur une moto de voyage BMW, traversant une route de montagne en paysage désertique ou tropical durant les années 1980.

Au début des années 1980, une jeune architecte britannique a quitté Londres pour un tour du monde à moto, en solitaire, traversant continents et dangers.

Dans un entretien accordé au site brésilien Universa (UOL), la Britannique Elspeth Beard revient sur ce périple hors norme mené au début des années 1980, quand, à 25 ans, elle a enfourché sa moto pour faire le tour du monde, seule, pendant près de deux ans, avant de retomber dans l’oubli pendant des décennies.

Une rupture, un diplôme et un billet pour l’inconnu

Lorsque Elspeth Beard décide de partir, elle a 25 ans. Elle vient de terminer des études d’architecture au Royaume-Uni et sort d’une histoire d’amour qui l’a laissée « le cœur brisé ». Plutôt que de s’installer dans une vie rangée à Londres, elle choisit l’échappée radicale : une grande boucle autour de la planète à moto.

Quelques années plus tôt, elle a déjà commencé à allonger les distances : virées en Écosse, en Irlande, puis un premier « grand tour » en 1981 avec son frère. Tous les deux sillonnent alors les États-Unis de Los Angeles à Detroit sur une BMW R75/5. Cette expérience confirme ce qu’elle pressent : la route peut devenir un mode de vie.

Au total, entre 1982 et 1984, Elspeth Beard va parcourir plus de 56 000 km seule à moto, reliant l’Amérique du Nord, l’Océanie, l’Asie et l’Europe avant de revenir à Londres.

Le projet prend forme : partir de New York, filer vers le Canada, descendre au Mexique, puis envoyer la moto par bateau jusqu’en Australie. Pendant que la machine traverse l’océan, elle en profite pour voyager en Nouvelle-Zélande.

Une route mondiale jalonnée de chutes, de réparations et de rencontres

Arrivée à Sydney, en Australie, la jeune Britannique doit refaire ses comptes. L’argent commence à manquer. Elle enchaîne alors les petits boulots, met de côté « un peu d’argent » et se charge elle-même de la maintenance de sa moto pour affronter la suite du voyage.

C’est en Australie, dans l’État du Queensland, qu’elle subit son premier gros accident. Elle raconte une sévère commotion cérébrale, « mais aucun os cassé ». Pas question d’abandonner. Une fois remise, elle repart, traverse Singapour, l’Indonésie, la Thaïlande, la Malaisie.

Sur la route de l’Inde, nouveau choc : un second accident la cloue à nouveau au repos pendant plusieurs semaines. À Calcutta, elle reprend la route vers le Népal. Après près de deux ans sur la route, elle y retrouve ses parents pour la première fois depuis son départ, au pied de l’Himalaya.

Puis elle repart, direction le Pakistan, l’Iran, la Turquie, la Grèce, la dangereuse « route de la mort » de l’ancienne Yougoslavie et enfin le froid intense des Alpes. De retour à Londres, elle fait le bilan : deux ans de voyage, plus de 56 000 kilomètres parcourus et une vie complètement déplacée.

  • Amérique du Nord : États-Unis, Canada, Mexique
  • Océanie : Australie, Nouvelle-Zélande
  • Asie du Sud-Est : Singapour, Indonésie, Thaïlande, Malaisie
  • Asie du Sud et centrale : Inde, Népal, Pakistan, Iran
  • Europe : Turquie, Grèce, ex-Yougoslavie, Alpes, Royaume-Uni

Chez elle, à Londres, elle reconstruit sa moto et continue encore aujourd’hui à rouler, notamment sur une BMW R80 GS Basic de 1998 qu’elle utilise « au quotidien ».

Être une femme seule à moto dans les années 1980

Dans son échange avec Universa, Elspeth Beard revient longuement sur la question de la sécurité et du fait d’être une femme seule sur les routes du monde au début des années 1980.

« Je pense qu’une femme qui voyage seule sera toujours vue comme une cible facile, explique-t-elle. Mais je crois que si vous montrez de l’assurance, marchez la tête haute et semblez avoir un objectif, vous réduisez considérablement les risques. »

Paradoxalement, elle dit s’être sentie protégée lorsqu’elle était en selle : casque fermé, équipement complet, silhouette engoncée. « À cette époque, très peu de femmes conduisaient des motos, donc on supposait toujours que j’étais un homme », raconte-t-elle.

Pour limiter les risques, Elspeth Beard choisit délibérément de « ne pas attirer l’attention », portant « les vêtements les plus laids et les plus mal taillés » qu’elle pouvait trouver, pleinement consciente de sa vulnérabilité.

Elle nuance pourtant : selon elle, voyager en tant que femme n’a pas seulement été un handicap. « Dans l’ensemble, je n’ai pas senti que c’était un désavantage — souvent, c’était un avantage. Les habitants ne me voyaient pas comme une menace et, à plusieurs reprises, on m’a invitée à rester chez des gens qui se souciaient de ma sécurité. Je ne sais pas si j’aurais eu la même hospitalité si j’avais été un homme. »

Quand elle rencontre Robert, un motard néerlandais, et qu’ils commencent à rouler ensemble, elle remarque immédiatement un changement dans l’attitude des locaux : avec un compagnon masculin, cette envie de « la protéger » disparaît presque totalement.

Des pays plus difficiles que d’autres

Interrogée sur les endroits où elle s’est sentie le moins à l’aise, Elspeth Beard reste factuelle : « De manière générale, j’ai trouvé plus difficile de voyager dans les pays musulmans, confie-t-elle. Mais heureusement, la plupart du temps, ils supposaient que j’étais un homme tant que je gardais mon casque. »

À l’inverse, elle cite la Thaïlande et le Népal comme des lieux où elle se sentait nettement plus en sécurité. L’accueil y était simple, les interactions plus détendues, la pression moindre.

Voyager avant le smartphone : quand l’aventure reposait sur l’inconnu

Elspeth Beard insiste sur un élément qui, selon elle, change tout : l’absence totale de technologies connectées à l’époque de son voyage. Pas d’internet, pas de GPS, pas de téléphone portable. Pour trouver une route ou une chambre, il fallait demander, lire une carte, se tromper, recommencer.

« Aujourd’hui, tout est plus facile ; la majorité des motos est plus fiable et il existe des accessoires pour tout ce qu’on peut imaginer, détaille-t-elle. L’équipement moderne est bien plus protecteur, ce qui est positif. Mais la plus grande différence, c’est la technologie et la quantité d’informations disponibles — aujourd’hui, vous pouvez tout savoir, n’importe où, depuis la paume de la main avec un smartphone. »

À ses yeux, cette évolution transforme profondément le sens du voyage : « Cela élimine la peur de l’inconnu, offre un certain confort et un filet de sécurité, ce qui incite beaucoup plus de gens à prendre la route. »

Pour Elspeth Beard, savoir ce qui se trouve « après le prochain virage » et pouvoir « tout planifier dans les moindres détails » enlève une part de l’incertitude… et donc de l’aventure.

Elle insiste : ce qui compte, ce ne sont pas seulement « quatre ou cinq heures par jour assise sur la moto », mais tout ce qui se produit autour : les pannes, les accidents, le fait de se perdre, les situations absurdes qui surgissent quand quelque chose déraille. « Ce sont ces expériences qui composent “le voyage” — et elles ne surviennent pas quand vous vous contentez de suivre une ligne rouge sur un GPS », estime-t-elle.

Une vie transformée, un livre et un film en projet

À son retour, en 1984, l’exploit d’Elspeth Beard ne suscite presque aucun écho. Elle archive ses carnets, ses cassettes audio et ses photos dans un carton, au fond d’un placard. Ils y resteront plus de 30 ans.

En 2008, un petit article sur son voyage est publié dans la revue BMW International, diffusée dans le monde entier comme communiqué de presse. Sa trajectoire commence alors à circuler sur internet. Entre 2008 et 2015, l’histoire prend peu à peu de l’ampleur.

En 2014, un agent basé à Hollywood la contacte, après avoir lu cet article, pour lui proposer d’acheter les droits de son récit en vue d’un film. Ce regain d’attention finit de la convaincre : 35 ans après les faits, elle se met enfin à écrire le livre qu’elle avait toujours eu en tête.

Elle résume ainsi l’impact de cette aventure sur sa personnalité : « Le voyage a complètement changé ma vie et m’a transformée en la personne que je suis. Il m’a donné la confiance nécessaire pour affronter tout ce que la vie peut mettre sur mon chemin, sans peur. »

Comment une rupture sentimentale est devenue un moteur

Interrogée sur le rôle joué par la fin de sa relation amoureuse dans cette décision de tout quitter, Elspeth Beard parle d’« échappatoire ». « C’était une forme d’évasion. Quand vous restez occupée et que votre esprit est concentré sur autre chose, vous avez moins de temps pour vous apitoyer sur vous-même », explique-t-elle.

Faire le tour du monde en moto, gérer les tracasseries administratives, les frontières, la mécanique, les accidents, ne lui laisse tout simplement pas l’espace mental pour ressasser. Et la distance physique avec son ancien compagnon facilite aussi la reconstruction.

Voyager seule ou accompagnée ? Ses conseils aux jeunes motardes

Sur la question du voyage à deux, Elspeth Beard reste partagée. Elle aime la liberté d’être seule, la possibilité de décider sans négocier, mais elle ne nie pas la solitude, parfois lourde à porter. « Si vous trouvez la bonne personne pour voyager (ce qui n’est pas facile !), c’est probablement la meilleure option, en plus d’être plus sûr », admet-elle.

Pendant son tour du monde, une crainte la hante : avoir un accident, rester blessée « dans un fossé, seule, à des milliers de kilomètres de partout », sans pouvoir prévenir qui que ce soit. À l’époque, aucun moyen de communication instantané ne permet d’appeler à l’aide.

À celles qui rêvent de longues virées à moto, elle répète le même conseil : « Une des choses les plus difficiles, c’est de partir. Il y aura toujours une raison pour penser que ce n’est pas le bon moment. Laissez vos peurs de côté et allez-y. »

Elle ajoute : « Vous ne savez pas vraiment qui vous êtes tant que vous n’êtes pas prête à vous lancer dans le monde et à vous mettre à l’épreuve. Pour moi, ce fut une expérience qui a changé ma vie. »

Ce que son histoire raconte aux motardes françaises

Pour une Française qui envisage un voyage au long cours à moto, l’itinéraire et le contexte ont changé, mais certains enjeux restent proches de ceux qu’a connus Elspeth Beard : sécurité, choix du matériel, préparation psychologique et mécanique.

Les infrastructures routières sont globalement plus développées, l’équipement motard en France est très encadré (casque homologué obligatoire, recommandations fortes pour blouson renforcé, gants, dorsale, etc.), et les motards peuvent compter sur des outils numériques devenus indispensables : GPS, applications de navigation, groupes de voyageurs sur les réseaux sociaux.

Les organismes d’assurance français proposent aussi des contrats adaptés aux voyages à l’étranger, avec garanties rapatriement et prise en charge médicale. Ce type de protection n’existait que de façon très limitée pour une voyageuse comme Elspeth Beard au début des années 1980.

Années 1980 (voyage d’Elspeth Beard) Aujourd’hui pour un(e) motard(e) français(e)
Pas de GPS, cartes papier, infos locales uniquement GPS, applications mobiles, forums et réseaux sociaux
Communication difficile, pas de téléphone portable Smartphone, messageries, suivi de position en temps réel
Équipement de protection limité Équipements techniques renforcés, airbag moto, normes strictes
Assurances et assistance plus rares et moins ciblées Contrats spécifiques voyage, assistance et rapatriement

La contrepartie, souligne Elspeth Beard, c’est que la part d’inconnu diminue. Pour un lecteur ou une lectrice française qui rêve d’Asie centrale, d’Amérique du Sud ou d’Australie, son récit rappelle qu’un voyage ne se résume pas à un tracé sur une application, mais à la manière dont on accepte l’imprévu.

La notion d’aventure à l’heure de la technologie

L’expérience d’Elspeth Beard met aussi en lumière la tension entre confort technologique et quête d’aventure. Les outils actuels permettent d’éviter certaines situations réellement dangereuses : isolement complet après un accident, impossibilité de prévenir un proche, méconnaissance totale des conditions politiques ou climatiques.

Mais leur usage systématique peut aussi gommer les imprévus qui font la saveur d’un long voyage. Pour ceux qui, en France, rêvent d’un périple de plusieurs mois, une piste consiste à combiner les deux approches : utiliser la technologie pour les urgences et la sécurité, tout en acceptant parfois de rouler sans plan détaillé, de laisser tomber le GPS au profit d’une carte ou d’un conseil pris au café du coin.

Le parcours d’Elspeth Beard rappelle enfin un point souvent oublié : un voyage au long cours transforme autant la façon de voir le monde que l’image que l’on a de soi. Elle en sort avec la conviction qu’« il n’y a pas de limites à ce que l’on peut accomplir avec de l’autoconfiance et de la détermination », message qu’elle espère désormais transmettre aux motards et surtout aux motardes qui la lisent.

Questions fréquentes

Combien de temps a duré le tour du monde d'Elspeth Beard à moto ?

Son voyage a duré près de deux ans, entre 1982 et 1984, au cours duquel elle a parcouru plus de 56 000 kilomètres.

Pourquoi le voyage d'Elspeth Beard est-il resté ignoré pendant des décennies ?

L'article ne précise pas les raisons exactes de cet oubli, mais souligne que cet exploit hors norme d'une femme voyageant seule à l'époque n'a pas reçu la reconnaissance qu'il méritait.

Quels accidents a-t-elle subis durant son voyage ?

Elle a eu deux accidents graves : une sévère commotion cérébrale en Australie (Queensland) et un second choc sur la route de l'Inde qui l'a immobilisée plusieurs semaines.

Comment le voyage en tant que femme seule était-il perçu dans les années 1980 ?

Elle a dû utiliser des stratégies de sécurité spécifiques, notamment en portant des vêtements peu attrayants et en gardant son casque fermé pour que les gens supposent qu'elle était un homme. Paradoxalement, être femme lui a aussi apporté plus d'hospitalité de la part des locaux.

Quels pays lui ont semblé les moins accueillants ou les plus difficiles ?

Elle a trouvé plus difficile de voyager dans les pays musulmans, bien que son casque fermé l'ait protégée en les faisant la prendre pour un homme. À l'inverse, la Thaïlande et le Népal lui ont semblé bien plus sûrs et accueillants.

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