RacingZone

Mentir à son conjoint : selon un psychologue, ce n’est ni toujours conscient ni toujours malveillant

Portrait d'un psychologue en consultation, écoutant attentivement, symbolisant l'analyse des comportements de mensonge dans les relations amoureuses.

En France, un psychologue clinicien détaille pourquoi tant de couples vivent avec des mensonges, parfois sincèrement « bien intentionnés ».

Interrogé par le site people français Gala, le psychologue clinicien Émile Guibert, auteur de l’ouvrage Tout est une question de caractère (éditions Favre), explique comment et pourquoi on en arrive à mentir à la personne que l’on aime. Loin des clichés, il décrit des mécanismes souvent inconscients, liés à la personnalité, qui n’ont pas toujours pour but de nuire, mais qui fragilisent malgré tout la confiance dans le couple.

Le mensonge, miroir du caractère

Pour Émile Guibert, le mensonge au sein d’un couple n’est jamais neutre. Il est « intimement lié à notre caractère ». Ce qui compte, ce n’est pas seulement le fait de mentir, mais la manière dont on le fait, ou au contraire dont on s’en abstient.

Chaque mensonge, par sa nature et sa motivation, traduit quelque chose de notre manière profonde de fonctionner et d’aimer.

Le psychologue explique que le mensonge n’est pas qu’une question de morale. Il dépend fortement de notre fonctionnement psychologique. Dans une relation amoureuse, il révèle des peurs, des besoins, des valeurs intimes. Mentir devient alors un révélateur de ce qui se joue à l’intérieur de chacun.

Selon lui, un mensonge dans le couple « trahit, malgré lui, quelque chose de notre caractère, de nos émotions et de nos motivations profondes ». Ce n’est pas seulement une altération de la vérité, c’est une façon de gérer la relation, parfois maladroite, parfois défensive, parfois intéressée.

Mentir pour se protéger avant tout

D’après ce spécialiste, la plupart des mensonges en amour répondent d’abord à un besoin de protection psychologique. Il parle d’un véritable « mécanisme de défense ».

Bien souvent, mentir sert de bouclier face à une peur, une honte ou une souffrance que l’on ne se sent pas prêt à affronter.

Les profils très émotifs et vulnérables mentent souvent de façon spontanée et peu réfléchie. L’objectif n’est pas forcément de manipuler l’autre, mais de rendre la réalité plus supportable sur le moment, comme si l’esprit cherchait à amortir le choc.

À l’inverse, des personnes plus sûres d’elles ou plus stratégiques mentent de manière calculée. Dans ces cas-là, le but est surtout de protéger son ego, son image, ou un intérêt personnel. Le mensonge sert alors à éviter les reproches, à garder la face, ou à conserver un certain contrôle sur la relation.

  • Chez les plus émotifs : mensonge impulsif, pour fuir une réalité douloureuse.
  • Chez les plus calculateurs : mensonge réfléchi, pour préserver son image ou un avantage.
  • Dans les deux cas : une volonté de se mettre à l’abri d’un malaise ou d’une menace intérieure.

Quand on ment sans vraiment s’en rendre compte

Émile Guibert rappelle que tout le monde ment, à des degrés divers. Mais certaines personnes finissent par mentir presque automatiquement. Chez les personnalités très réactives émotionnellement, le mensonge improvisé naît « sur le moment », sans véritable réflexion.

À force de répéter ces versions arrangées, une confusion peut s’installer. Certaines personnes « ne distinguent plus clairement le vrai du faux » dans ce qu’elles racontent. Elles vont même parfois jusqu’à croire à leurs propres mensonges, un phénomène bien connu des cliniciens.

Beaucoup de mensonges sont « semi-conscients » : on sait au fond que ce n’est pas exact, mais on se raconte que ce n’était « pas vraiment un mensonge ».

Après coup, ces mensonges sont minimisés, justifiés, rationalisés. On se persuade que c’était anodin, ou nécessaire. Ce flou intérieur rend d’autant plus compliqué le retour à une parole claire dans le couple.

Tous menteurs, mais pas de la même manière

Contrairement à une idée tenace, hommes et femmes mentiraient autant, selon le psychologue, mais pas pour les mêmes raisons ni de la même façon. Là encore, tout dépend de la structure de personnalité.

Il distingue plusieurs profils de menteurs liés au caractère :

Profil Trait dominant Style de mensonge
Nerveux Hypersensible, impulsif Ment spontanément pour plaire ou éviter le conflit
Colérique Explosif, actif, besoin de contrôle Ment de façon offensive, exagère pour servir son ego
Sentimental Émotif, introspectif, réfléchi Noircit la réalité, dramatise ou déforme en négatif
Amorphe Peu émotif, passif Ment par commodité, pour éviter les responsabilités ou les disputes

Ces « styles » montrent que le mensonge n’a pas partout la même signification. Chez l’un, il protège un besoin de tranquillité. Chez l’autre, il sert à se sentir puissant. Pour un troisième, il exprime un pessimisme affectif. Cela aide à comprendre pourquoi deux partenaires ne réagissent pas du tout de la même manière face à la vérité.

Préserver la paix ou manipuler son partenaire

Émile Guibert distingue deux grandes familles de mensonges dans le couple : ceux de préservation et ceux de manipulation.

Entre garder la paix et garder le pouvoir, la frontière se joue souvent dans l’intention réelle derrière le mensonge.

Les mensonges de préservation

Ceux-là visent à éviter le conflit, les larmes, les crises. Ils sont guidés par la peur : peur de décevoir, d’être rejeté, de mettre la relation en danger. On ment pour protéger l’autre ou se protéger soi-même d’une dispute que l’on croit ingérable.

Les mensonges de manipulation

D’autres mensonges sont plus stratégiques. Le psychologue décrit des situations où la personne utilise sciemment le mensonge pour obtenir un avantage, conserver un pouvoir, ou cacher des infidélités et des « écarts volontaires ». Ici, le mensonge est conscient, pensé, assumé en coulisses.

C’est lorsqu’on bascule dans cette seconde famille que la relation se trouve le plus en danger, car la confiance devient un instrument, non plus un socle partagé.

Mentir pour ne pas blesser : une fausse bonne idée

Beaucoup de partenaires affirment mentir « par bienveillance ». Par exemple, taire un détail pour ne pas toucher l’ego de l’autre, arrondir un fait gênant, ou minimiser une erreur. Pour Émile Guibert, cette logique reste problématique.

À court terme, on évite une crise. À long terme, on installe un filtre entre les deux partenaires, et la réalité commune devient faussée.

Lorsque la vérité finit par sortir, le choc est souvent plus violent. L’autre ne se sent pas seulement blessé par le fait lui-même, mais aussi par le sentiment d’avoir été tenu à l’écart. La question « pourquoi n’a-t-il/elle pas pu me le dire ? » peut laisser des traces profondes.

Le psychologue parle même d’une forme d’infantilisation. Mentir pour protéger suppose que l’autre « ne supporterait pas » la vérité. Or une relation saine repose sur la possibilité de se dire les choses, avec tact, sans brutalité inutile, mais sans travestir ce qui est important.

L’art de dire la vérité sans faire mal

Émile Guibert insiste sur un point : refuser le mensonge ne signifie pas balancer des « vérités » comme des coups. Il existe une façon respectueuse de parler :

  • choisir le bon moment pour aborder un sujet délicat ;
  • parler de ses ressentis plutôt que d’accuser ;
  • adapter ses mots à la sensibilité de l’autre ;
  • reconnaître sa part de responsabilité si elle existe.

La franchise n’interdit ni la délicatesse ni l’empathie. Elle les exige au contraire, sous peine de se transformer en agressivité déguisée.

Peut-on aimer vraiment et mentir quand même ?

Pour le psychologue, il est tout à fait possible d’aimer sincèrement son conjoint tout en lui mentant. L’amour ne neutralise ni les peurs ni les maladresses relationnelles.

L’amour n’empêche pas de mentir, mais ce sont les répétitions du mensonge qui finissent par user et abîmer le lien.

Souvent, ces mensonges partent d’une intention qui se veut protectrice : éviter de réveiller une insécurité, préserver l’image que l’autre a de nous, ou le ménager après une période difficile. Le problème naît quand ces contournements deviennent systématiques.

À partir d’un certain seuil, le partenaire qui ment ne sait plus comment revenir en arrière. Et celui qui est trompé sent confusément que quelque chose cloche, sans toujours pouvoir le formuler. C’est là que la confiance commence à se fissurer.

Pour Émile Guibert, lorsque les mensonges se répètent, une question doit être posée : « pourquoi n’arrive-t-on pas à être transparent ? ». Est-ce lié à la peur de la réaction de l’autre, à un manque de sécurité dans la relation, ou à une difficulté personnelle avec la vérité ?

Quand le mensonge devient toxique dans le couple

Dans son entretien avec Gala.fr, le psychologue énumère plusieurs signaux d’alarme indiquant qu’on a quitté le territoire du « petit mensonge sans gravité » pour entrer dans celui d’un problème de confiance.

  • Un sentiment de méfiance permanent dans le quotidien.
  • Des incohérences qui se multiplient dans les récits.
  • Une perte progressive de confiance et d’intimité.

Quand le doute s’installe en toile de fond, chaque parole peut devenir suspecte et le lien affectif se fragilise durablement.

Face à cette dérive, il revient sur une règle qu’il juge centrale : rien ne remplace une communication franche dans le couple. Comprendre son propre caractère et celui de son partenaire permet de désamorcer certains malentendus, et de repérer ce qui relève de la peur plus que de la malveillance.

L’objectif n’est pas de gommer toutes les différences, mais de transformer ces écarts de fonctionnement en source de complémentarité plutôt qu’en champ de bataille. Plus chacun se connaît, moins le mensonge apparaît comme la seule issue.

Ce que cela implique pour les couples en France

En France, la plupart des thérapeutes de couple insistent, comme Émile Guibert, sur l’importance de la communication et de la confiance. Les centres de consultation conjugale, les psychologues libéraux ou les conseillers conjugaux reçoivent régulièrement des couples pour lesquels le mensonge est devenu un point de rupture.

Les outils proposés en thérapie vont dans le même sens que les propos du psychologue clinicien :

  • identifier les peurs qui nourrissent les mensonges (peur de l’abandon, du jugement, du conflit) ;
  • apprendre à formuler ses besoins sans cacher systématiquement ce qui dérange ;
  • poser des limites claires sur ce qui est tolérable ou non dans la relation ;
  • reconstruire la confiance par des engagements concrets et réalistes.

Pour un lecteur français, ces pistes rejoignent ce que proposent de nombreux praticiens : parler tôt, parler clairement, et ne pas attendre que les mensonges accumulés transforment le quotidien en enquête permanente.

Quelques repères concrets pour mieux gérer la vérité en couple

Le propos d’Émile Guibert offre aussi des leviers pratiques pour les couples qui souhaitent limiter les mensonges sans s’exposer à des disputes à répétition :

  • Repérer son propre style de mensonge (plutôt impulsif, calculé, pour plaire, pour dominer, pour fuir…).
  • Se demander, avant de mentir : « Est-ce que je protège vraiment l’autre, ou est-ce que je me protège moi ? ».
  • Instaurer des « zones de vérité non négociable » dans le couple (fidélité, argent, projets, santé…).
  • Accepter que l’on puisse être blessé par une vérité, tout en reconnaissant qu’elle peut être nécessaire.
  • Consulter un professionnel lorsque la méfiance devient chronique ou que les incohérences se multiplient.
  • Comprendre que le mensonge est souvent un symptôme plus qu’une cause permet de déplacer la focale. Plutôt que de se limiter à traquer chaque approximation, il s’agit de s’interroger sur ce qui, dans le couple, rend la vérité si difficile à dire. C’est là que se joue, selon le psychologue clinicien, la possibilité d’une relation « authentique et durable », où la peur de blesser ne sert plus de prétexte à masquer la réalité.

    Questions fréquentes

    Pourquoi ment-on à son partenaire selon le psychologue ?

    Le mensonge répond généralement à un besoin de protection psychologique. Chez certains, il sert à fuir une réalité douloureuse de manière impulsive ; chez d'autres, il est calculé pour préserver son image, son ego ou un intérêt personnel.

    Existe-t-il des profils de menteurs différents ?

    Oui, Émile Guibert distingue quatre profils liés au caractère : le nerveux (ment pour plaire ou éviter le conflit), le colérique (ment de façon offensive pour servir son ego), le sentimental (dramatise ou déforme) et l'amorphe (ment par commodité).

    Que signifie mentir « semi-consciemment » ?

    C'est lorsqu'on sait au fond que ce n'est pas exact, mais on se raconte que ce n'était « pas vraiment un mensonge ». À force de répéter ces versions arrangées, certaines personnes finissent même par croire à leurs propres mensonges.

    Mentir pour protéger son partenaire est-il une bonne idée ?

    Non, selon le psychologue. À court terme, on évite une crise, mais à long terme, on installe un filtre faussifiant la réalité commune. Quand la vérité sort, le choc est plus violent et peut laisser des traces profondes.

    Hommes et femmes mentent-ils de la même manière ?

    Selon Émile Guibert, hommes et femmes mentiraient autant, mais pour des raisons et de manières différentes, dépendant davantage de leur structure de personnalité que de leur genre.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Défiler vers le haut