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Une nutritionniste est catégorique : il faut garder les aliments « interdits » à la maison pour arrêter de se sentir hors de contrôle

Une nutritionniste est catégorique : il faut garder les aliments « interdits » à la maison pour arrêter de se sentir hors de contrôle

En Espagne, une nutritionniste spécialisée dans le comportement alimentaire défend une idée déroutante : cesser de bannir les aliments « interdits » du placard.

Interrogée dans un podcast espagnol, la nutritionniste Julia Fernández-Renau affirme que retirer totalement biscuits, chocolat ou chips de la maison alimente le sentiment de perte de contrôle. Elle préconise au contraire d’apprendre à vivre avec ces produits au quotidien, une approche que d’autres spécialistes, comme la nutritionniste Gabriela Uriarte, relient aussi à la gestion du désir et des compulsions alimentaires, rapporte un média espagnol.

Des biscuits dans le placard pour ne plus se jeter dessus

Pour Julia Fernández-Renau, qui exerce en Espagne dans le domaine de la nutrition comportementale, le problème ne vient pas des biscuits ou du chocolat en eux-mêmes, mais de la façon dont on les charge de sens. Dès qu’un aliment passe mentalement dans la catégorie « interdit », il se transforme en obsession potentielle.

Elle estime qu’apprendre à les garder chez soi sans panique constitue une étape clé :

Avoir des aliments « interdits » à la maison permet, selon elle, de les banaliser et de réduire les envies incontrôlables.

Dans un extrait de son entretien au podcast espagnol « El sentido de la birra », elle insiste : « C’est important de les acheter, de les avoir à la maison et de les normaliser d’une certaine manière ». Elle part d’une situation très simple : un panier rempli de fruits posés sur la table n’entraîne pas forcément la consommation de « cinq bananes » à la suite.

Pour elle, ce même mécanisme devrait, à terme, s’appliquer aux produits que l’on se refuse habituellement : biscuits, chocolat, chips, glaces… L’objectif : pouvoir les voir, savoir qu’ils sont disponibles, sans ressentir aussitôt l’urgence de finir le paquet entier.

Elle illustre cette idée par une scène très fréquente : « L’idée, c’est de ne pas voir un paquet de biscuits et se dire : “Je veux tout terminer et je ne vais rien laisser” ». Tant que cette réaction extrême persiste, la relation à l’aliment reste problématique.

Quand tout devient exception, tout prend une importance démesurée

La spécialiste espagnole décrit un cercle vicieux bien connu des personnes qui enchaînent régimes et restrictions. En bannissant certains produits pendant longtemps, on les place « sur un piédestal ». Ils ne sont plus de simples aliments, mais des récompenses, des transgressions, des fantasmes.

Elle propose de s’interroger sur cette « liste personnelle » de produits intouchables, ceux que l’on se refuse systématiquement, sauf lors de craquages spectaculaires. Car à force de les tenir à distance, on finit par les rendre « de plus en plus spéciaux ».

Plus un aliment reste interdit longtemps, plus il devient désirable, chargé d’attente et de culpabilité.

Pour casser cette dynamique, Julia Fernández-Renau évoque un processus de normalisation progressive. Il s’agit :

  • d’identifier clairement ces aliments placés au rang de tabou ;
  • de leur redonner le statut de produits ordinaires du quotidien ;
  • de les acheter quand l’envie est réelle, et non dans un réflexe de compensation ou de « dernier repas » avant une nouvelle restriction.

Elle précise que l’idée n’est pas de se forcer à les consommer : la démarche vise plutôt à ce que leur présence cesse d’être un événement en soi. « Il y a des jours où je mangerai des biscuits et d’autres non », résume la nutritionniste. L’aliment redevient une option parmi d’autres, pas un test moral ni une tentation permanente.

Contrôle strict et perte de contrôle, deux faces d’un même problème

Cette réflexion rejoint celle d’une autre nutritionniste espagnole, Gabriela Uriarte, invitée dans le podcast « GastroSER » de la radio Cadena SER. Elle y décrit le lien entre interdiction et amplification du désir.

Selon elle, lorsqu’un produit est étiqueté comme quelque chose que l’on « ne peut pas » manger, l’attention portée à cet aliment augmente, tout comme l’envie de le consommer. Le simple fait de poser une interdiction mentale peut suffire à focaliser les pensées sur ce produit.

Pour Gabriela Uriarte, « chaque fois que nous ressentons une perte de contrôle avec quelque chose, c’est qu’il y a eu un contrôle préalable ».

Elle estime que les régimes très stricts ou les injonctions du type « plus jamais de chocolat » peuvent favoriser une relation déséquilibrée à la nourriture, voire des épisodes de compulsions ou de fringales incontrôlées. Le « tout ou rien » – période de contrôle rigide puis dérapage massif – serait deux manifestations d’une même logique, fondée sur la restriction extrême.

Le vrai signe de normalisation : l’aliment qu’on oublie

Pour Julia Fernández-Renau, on sait qu’un aliment a été réellement normalisé lorsqu’il cesse tout simplement d’occuper une place importante dans nos pensées. « Le succès, c’est quand tu l’oublies dans le placard », explique-t-elle. « C’est à ce moment-là que tu l’as vraiment normalisé ».

Dans cette perspective, ce ne sont pas uniquement les produits présents à la maison qui comptent, mais la signification qu’on leur attribue. Un paquet de biscuits peut être perçu comme une menace permanente ou comme un élément banal, à côté des fruits, du pain et du reste des courses hebdomadaires.

Ce qui pèse le plus dans la relation à la nourriture n’est pas le contenu du frigo, mais la charge mentale associée à chaque aliment.

Transformer certains produits en exceptions permanentes leur accorde, paradoxalement, une présence mentale plus grande que s’ils étaient intégrés dans un environnement alimentaire varié et apaisé.

Et en France, comment cette approche peut-elle être transposée ?

En France, de nombreux diététiciens et nutritionnistes partagent une vision proche, sous l’étiquette d’« alimentation intuitive » ou de travail sur le comportement alimentaire. L’idée centrale consiste, là aussi, à sortir du schéma punition/récompense pour revenir à l’écoute des signaux du corps : faim, satiété, plaisir raisonnable.

Les professionnels français qui s’inscrivent dans cette démarche ne mettent pas en avant le bannissement total des produits gras ou sucrés. Ils décrivent plutôt :

  • la distinction entre consommation quotidienne et consommation occasionnelle ;
  • l’importance du contexte (manger calmement, assis, sans écran) ;
  • la réflexion sur les émotions qui déclenchent les grignotages ou les compulsions.

Des structures comme les centres hospitaliers, des cabinets de diététique libérale ou des services de nutrition dans les cliniques proposent parfois des prises en charge axées sur les troubles du comportement alimentaire. Elles s’intéressent à la façon de manger autant qu’au contenu de l’assiette.

Cette approche ne remplace pas les recommandations officielles de santé publique, qui continuent à encourager fruits, légumes, féculents complets et activité physique, tout en limitant les produits très sucrés ou très gras. Elle complète ces repères en travaillant sur la psychologie de l’alimentation, afin d’éviter que des restrictions rigides ne dégénèrent en perte de contrôle.

Comment appliquer ces conseils dans la vie quotidienne

Pour un lecteur français, l’idée de garder chez soi les aliments qui font peur peut sembler risquée. Pourtant, la logique décrite par les nutritionnistes espagnoles repose sur une mise en pratique progressive, sans brusquer les habitudes.

Concrètement, cela peut passer par quelques étapes simples :

  • Identifier deux ou trois aliments que l’on classe spontanément comme « interdits ».
  • Accepter d’en acheter de petites quantités, sans les consommer immédiatement, juste pour s’habituer à leur présence.
  • Prévoir un moment pour les manger dans un cadre structuré : à table, posé, avec une portion décidée à l’avance.
  • Observer les pensées qui surgissent (culpabilité, peur de ne pas pouvoir s’arrêter, envie d’en reprendre) sans se juger.
  • Répéter l’exercice, jusqu’à ce que l’aliment perde une partie de son aura exceptionnelle.
  • Ce travail peut être réalisé seul, mais les personnes qui souffrent de véritables troubles du comportement alimentaire ont intérêt à se faire accompagner par un professionnel formé : médecin, diététicien-nutritionniste ou psychologue spécialisé.

    Les enjeux psychologiques cachés derrière un paquet de biscuits

    Derrière un simple paquet de biscuits ou une tablette de chocolat se jouent parfois des enjeux plus profonds : contrôle de soi, image du corps, pression sociale autour de la minceur, peur du jugement. C’est ce qui explique que certains aliments prennent une dimension presque symbolique.

    En s’attaquant à la notion d’« aliment interdit », les nutritionnistes comme Julia Fernández-Renau ou Gabriela Uriarte invitent à reconsidérer la place de la nourriture dans la gestion des émotions. Réduire la charge émotionnelle associée à certains produits ne règle pas tout, mais peut diminuer les épisodes de grignotage compulsif.

    À l’inverse, une restriction trop stricte peut favoriser un phénomène bien documenté : manger en cachette, finir un paquet en quelques minutes, puis se promettre de « ne plus jamais recommencer », avant de retomber dans le même cycle. Normaliser la présence de ces aliments chez soi vise justement à sortir de cette alternance entre contrôle rigide et débordement.

    Pour ceux qui souhaitent changer leur rapport à l’alimentation en France, l’angle proposé par ces spécialistes espagnoles offre une piste : au lieu de traquer chaque biscuit, interroger la relation globale à la nourriture, et accepter que même les produits longtemps considérés comme « interdits » aient une place, modérée, dans les placards… quitte à finir un jour par les oublier au fond de la cuisine.

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