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Seuls 3 objets ont été retrouvés dans la Grande Pyramide : l’un d’eux a disparu pendant plus de 100 ans

Trois petits artefacts anciens photographiés sur fond neutre : un crochet en cuivre recourbé, une petite boule de pierre gris-blanc et des éclats minuscules de bois de cèdre conservés dans une boîte.

Dans la Grande Pyramide de Gizeh, en Égypte, seuls trois objets fabriqués par l’homme ont été retrouvés. L’un d’eux s’est volatilisé pendant des décennies avant de réapparaître en Écosse.

La Grande Pyramide de Khéops fascine autant par sa taille que par le mystère qui entoure encore son intérieur. Comme le rappelle le média américain à l’origine de cet article, relayé notamment par CNN, seuls trois petits artefacts y ont été mis au jour, puis séparés. L’un d’eux, un fragment de bois de cèdre précieux pour la datation, a disparu plus de 70 ans avant d’être identifié, presque par hasard, dans les réserves d’une université écossaise.

Les « reliques Dixon », seuls objets jamais retrouvés dans la Grande Pyramide

La scène se déroule en 1872, au cœur de la Grande Pyramide de Gizeh, près du Caire. L’explorateur britannique Waynman Dixon fouille alors les conduits d’aération de la « chambre de la reine », une des pièces internes du monument. Il y découvre trois objets, qui deviendront célèbres sous le nom de « reliques Dixon ».

  • Un crochet en cuivre, au bout allongé et recourbé ;
  • Une petite boule en pierre, décrite comme un « ball » de granit, proche des percuteurs utilisés par les tailleurs de pierre ;
  • Un fragment de bois de cèdre, réduit aujourd’hui à de fins éclats.

Ces trois pièces sont, à ce jour, les seuls objets manufacturés formellement attestés comme provenant de l’intérieur de la Grande Pyramide, hors éléments de structure. Leur présence dans les conduits dits « d’aération » a nourri de nombreuses hypothèses.

Était-ce un simple outillage oublié par un ouvrier lors de la construction ? S’agissait-il de dispositifs rituels placés volontairement dans ces passages étroits ? Des historiens ont avancé que le crochet en cuivre aurait pu faire partie d’un instrument cérémoniel associé au « rituel de l’ouverture de la bouche ». Ce rite funéraire, connu en Égypte ancienne, consistait à ouvrir symboliquement la bouche de la momie du pharaon afin de lui permettre de manger, boire et respirer dans l’au-delà.

Les trois « reliques Dixon » – un crochet en cuivre, une boule de pierre et un morceau de bois de cèdre – restent les seuls objets manufacturés retrouvés dans les chambres de la Grande Pyramide de Khéops.

Un trio séparé : deux objets au British Museum, le bois qui disparaît

Après leur découverte, les reliques Dixon ne restent pas ensemble. Le crochet en cuivre et la boule de pierre rejoignent, à terme, les collections du British Museum à Londres, où ils sont connus comme des outils ou percuteurs utilisés dans la taille de pierre pharaonique.

Le fragment de bois de cèdre suit, lui, un chemin beaucoup plus tortueux. Son importance scientifique potentielle est pourtant considérable, car le bois peut être daté par radiocarbone, à la différence du cuivre ou du granit. Il permet donc de situer dans le temps soit la construction du monument, soit un épisode ultérieur de travaux ou de rituel.

Or ce morceau de bois finit par s’égarer au fil des transferts et des réorganisations de collections. Les historiens perdent sa trace pendant plus de 70 ans. Les publications sur la Grande Pyramide continuent de mentionner les « reliques Dixon », mais pour le cèdre, les spécialistes ne disposent plus que d’anciennes descriptions et de relevés anciens.

Une redécouverte inattendue dans une université écossaise

Le rebondissement survient en Écosse, à l’université d’Aberdeen. En 2019, l’établissement mène un vaste travail de récolement de ses collections, qui comptent des centaines de milliers d’objets venus de plusieurs continents. Abeer Eladany, assistante de conservation d’origine égyptienne, est chargée de revoir une partie de la collection dite « asiatique ».

En manipulant les objets, elle remarque une discrète boîte à cigares en métal. Un détail attire son attention : un petit drapeau imprimé sur la boîte, qui lui rappelle immédiatement l’ancien drapeau égyptien. Intriguée, elle ouvre le coffret. À l’intérieur, elle trouve de minuscules éclats de bois soigneusement conservés.

Ancienne collaboratrice du musée égyptien du Caire, Abeer Eladany connaît bien les archives et les objets liés aux grandes fouilles du XIXe siècle. Elle se plonge alors dans les registres de l’université d’Aberdeen pour vérifier l’origine de ce bois mystérieux.

« Une fois que j’ai regardé les numéros dans nos archives égyptiennes, j’ai tout de suite su ce que c’était, et que l’objet avait en quelque sorte été caché en pleine lumière dans la mauvaise collection », raconte Abeer Eladany dans un communiqué de l’université.

Elle confirme rapidement la correspondance : les éclats de bois proviennent du fragment de cèdre découvert dans la Grande Pyramide par Waynman Dixon au XIXe siècle. Autrement dit, la troisième relique manquante vient d’être retrouvée, en Écosse, là où personne ne pensait la chercher.

Abeer Eladany souligne l’ampleur du hasard : les collections d’Aberdeen comptent « des centaines de milliers d’objets ». À ses yeux, tomber sur ce tin anodin contenant un morceau de l’histoire égyptienne revient à « retrouver une aiguille dans une botte de foin ».

Une datation qui bouscule le calendrier de Khéops

Grâce à cette redécouverte, les chercheurs peuvent procéder à une datation radiocarbone du bois de cèdre. Selon les informations rapportées par CNN, l’analyse situe l’abattage de l’arbre entre 3341 et 3094 av. J.-C.

Ce résultat surprend les spécialistes. Le règne du pharaon Khéops, constructeur de la Grande Pyramide, est généralement placé vers 2580-2560 av. J.-C. Le bois de cèdre serait donc plus ancien d’environ cinq siècles que le souverain auquel on attribue la pyramide.

Les tests au radiocarbone datent le bois entre 3341 et 3094 av. J.-C., soit près de 500 ans avant le règne présumé de Khéops.

Neil Curtis, responsable des musées et collections spéciales de l’université d’Aberdeen, avance plusieurs explications possibles. Selon lui, la datation obtenue peut refléter l’âge du bois lui-même, et non le moment où il a été utilisé dans la pyramide :

  • Le fragment pourrait provenir du cœur d’un arbre très ancien, dont les cernes internes sont bien plus vieux que la date de coupe.
  • En Égypte antique, le bois constituait une ressource rare, précieuse et largement importée, notamment le cèdre. Il pouvait donc être conservé longtemps, réemployé ou recyclé pendant plusieurs générations.

Le décalage entre l’âge du bois et celui de la pyramide ne remet donc pas nécessairement en cause la chronologie de la construction, mais souligne l’usage intensif et prolongé de matériaux rares comme le cèdre au sein de la civilisation pharaonique.

Pourquoi ces trois objets fascinent autant les égyptologues

Au-delà de leur faible taille, les reliques Dixon fournissent des indices rares sur les gestes techniques et les pratiques religieuses liées à la Grande Pyramide. La boule de pierre évoque les percuteurs en dolérite ou en granit utilisés pour façonner les blocs. Le crochet en cuivre renvoie aux outils métalliques et peut-être à des instruments rituels.

Quant au bois de cèdre, il intéresse à la fois les spécialistes de la construction et ceux des rites funéraires. Le cèdre était importé de régions comme le Liban actuel et souvent réservé aux objets de prestige, aux coffres, aux embarcations ou aux aménagements liés aux tombes royales. Le fait d’en retrouver un fragment dans un conduit de la chambre interne soulève plusieurs scénarios :

  • Un élément d’échafaudage ou de dispositif de levage laissé sur place ;
  • Une pièce d’un dispositif symbolique ou rituel ;
  • Un dépôt intentionnel, aujourd’hui mal compris.

L’état fragmentaire de l’objet empêche de trancher. Mais son association directe avec la structure interne de la pyramide en fait un témoin précieux d’un chantier et de pratiques dont on ne conserve presque rien de matériel.

Ce que cette histoire dit aussi des musées et des collections

La redécouverte des reliques Dixon éclaire un autre aspect : la façon dont les objets voyagent et se perdent parfois dans les collections occidentales. À Aberdeen, le fragment de bois se trouvait rangé dans la « mauvaise » collection, catalogué de manière peu explicite et conservé dans une simple boîte à cigares.

Pour les musées, cet épisode illustre l’utilité des grandes opérations de récolement et de numérisation des inventaires. Des milliers d’objets, entrés parfois au XIXe siècle, n’avaient jamais été revus en détail. Aujourd’hui, chaque redécouverte peut modifier ou affiner la compréhension d’un site archéologique majeur, qu’il se trouve en Égypte ou ailleurs.

Le cas d’Aberdeen montre aussi le rôle d’experts originaires des pays concernés dans la relecture des collections. La double expérience d’Abeer Eladany, entre le musée du Caire et un musée universitaire écossais, a été déterminante pour repérer ce fragment oublié qui, pour d’autres, aurait pu rester un simple « morceau de bois ancien » sans provenance claire.

La Grande Pyramide et les rares objets trouvés en France : un contraste saisissant

En France, les grandes pyramides égyptiennes n’ont évidemment pas d’équivalent architectural, mais les archéologues sont confrontés à des problématiques proches : rares objets in situ, artefacts perdus, datations au carbone 14 à interpréter avec prudence.

Sur un site comme celui de la nécropole royale de Saint-Denis, par exemple, les équipes françaises ont parfois dû travailler à partir de fragments d’objets funéraires très incomplets pour reconstituer les pratiques médiévales. Comme en Égypte, une seule pièce en bois ou en métal peut éclairer tout un pan de rituel ou de technique artisanale.

Les musées français, qu’il s’agisse du Louvre, du musée d’Archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye ou de musées universitaires, mènent eux aussi des campagnes régulières de vérification d’inventaires. Ces opérations permettent de rapprocher des objets dispersés, de retrouver des documents de fouilles et, parfois, de réattribuer correctement un artefact mal classé.

En matière de datation, les laboratoires français utilisent également le radiocarbone pour affiner les chronologies, que ce soit pour des sites préhistoriques, gallo-romains ou médiévaux. Comme pour le cèdre de la Grande Pyramide, les spécialistes tiennent compte de la nature du matériau, de sa durée de vie potentielle et de la possibilité de réemploi avant d’en tirer des conclusions historiques.

Datation au carbone 14 : ce que mesure vraiment l’analyse

Le cas du bois de cèdre vieux de plus de 3 000 ans avant notre ère illustre une limite bien connue de la datation au carbone 14. Cette méthode ne mesure pas « la date de construction » d’un monument, mais l’âge de la matière organique au moment où l’organisme vivant (l’arbre, par exemple) cesse d’échanger du carbone avec l’atmosphère.

Dans le cas d’un arbre très ancien, le cœur peut être daté beaucoup plus tôt que sa partie externe. Si un artisan égyptien utilisait un madrier provenant du tronc interne d’un cèdre séculaire, le test radiocarbone donnerait un âge plus ancien que la coupe réelle du bois, et a fortiori plus ancien que la date de son utilisation dans un bâtiment.

À cela s’ajoute la question du réemploi. Dans les sociétés où le bois est rare, comme l’Égypte antique, les pièces de cèdre, importées et précieuses, pouvaient circuler longtemps : démontées, retaillées, transformées. Un même morceau pouvait servir successivement dans un navire, un mobilier funéraire, puis un dispositif lié à une pyramide ou un tombeau.

Pour les lecteurs français, habitués à voir le carbone 14 comme une sorte de « chronomètre absolu », l’histoire des reliques Dixon rappelle que chaque résultat doit être interprété en contexte, en tenant compte de la nature du matériau, des pratiques de réemploi et de l’environnement économique de l’époque.

Questions fréquentes

Combien d'objets manufactures ont été trouvés à l'intérieur de la Grande Pyramide ?

Seuls trois objets manufactures ont été formellement retrouvés dans la Grande Pyramide de Khéops : un crochet en cuivre, une boule de pierre et un fragment de bois de cèdre, tous découverts par Waynman Dixon en 1872 dans les conduits d'aération de la chambre de la reine.

Où le fragment de bois de cèdre a-t-il été retrouvé après sa disparition ?

Le fragment de bois a été redécouvert en 2019 dans les réserves de l'université d'Aberdeen en Écosse, conservé discrètement dans une boîte à cigars en métal parmi des centaines de milliers d'objets de la collection.

Que révèle la datation radiocarbone du bois de cèdre ?

L'analyse radiocarbone situe l'abattage de l'arbre entre 3341 et 3094 av. J.-C., soit environ 500 ans avant le règne présumé de Khéops. Cela suggère que le bois provient du cœur d'un arbre très ancien ou qu'il a été réemployé longtemps après son abattage, car le cèdre était une ressource rare et précieuse en Égypte antique.

Qui a identifié le fragment de bois retrouvé à Aberdeen ?

Abeer Eladany, assistante de conservation d'origine égyptienne, a identifié le fragment en 2019 lors du récolement des collections de l'université d'Aberdeen. Ancienne collaboratrice du musée égyptien du Caire, elle a reconnu le bois en remarquant un petit drapeau égyptien imprimé sur la boîte qui le contenait.

À quoi servaient les trois objets découverts dans la Grande Pyramide ?

La boule de pierre était probablement un percuteur utilisé pour façonner les blocs. Le crochet en cuivre pourrait avoir été un instrument cérémoniel associé au rituel de l'ouverture de la bouche. Le fragment de bois ne livrerait son usage que par la datation scientifique.

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