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Cette baleine n’avait jamais été vue vivante : des scientifiques en observent deux au large de la Californie et identifient enfin son chant

Cette baleine n'avait jamais été vue vivante : des scientifiques en observent deux au large de la Californie et identifient enfin son chant

Au large de la péninsule de Basse-Californie, au Mexique, des chercheurs ont enfin pu observer vivante une mystérieuse baleine à bec longtemps connue seulement grâce à des échouages.

Lors d’une mission scientifique menée en 2024 au large de la Basse-Californie, au Mexique, une équipe internationale de spécialistes des cétacés a réussi un double exploit, rapporte le média anglophone Good News Network : observer pour la première fois en mer des baleines à bec de Sato, aussi appelées baleines à bec à dents de ginkgo, et associer de manière certaine leur présence à un chant sous-marin jusqu’ici inexpliqué.

Une expédition ciblée au large de la Basse-Californie

La campagne en mer s’est déroulée au nord-ouest de la péninsule de Basse-Californie, dans les eaux mexicaines de l’océan Pacifique. L’objectif de l’équipe, conduite par le biologiste marin Robert Pitman, de l’université d’État de l’Oregon, était très précis : identifier enfin l’espèce à l’origine d’un signal acoustique mystérieux, un pulse d’écholocation codé « BW43 », enregistré depuis plusieurs années dans le nord-est du Pacifique.

Les chercheurs pensaient au départ avoir affaire à une autre espèce rare, la baleine à bec de Perrin. Le navire de recherche de l’université d’État de l’Oregon est resté des heures à dériver, hydrophones à l’eau, dans une zone où BW43 avait été repéré à plusieurs reprises.

Après une longue attente, des observateurs équipés de puissantes jumelles repèrent enfin des silhouettes sombres à la surface, sur tribord : plusieurs cétacés qui montent, soufflent et replongent rapidement. Deux individus semblent être des juvéniles. La visibilité reste limitée, les animaux ne s’approchant pas franchement du bateau.

Les chercheurs sont alors persuadés que les auteurs du mystérieux signal BW43 se trouvent là, sous leurs yeux, sans qu’ils puissent encore les identifier avec certitude.

Un prélèvement de peau décisif sur une baleine insaisissable

Pour lever le doute, l’équipe emploie une technique souvent utilisée en biologie marine : un prélèvement de peau et de graisse à distance. Robert Pitman saisit une arbalète modifiée, équipée d’un carreau spécial relié par un fil. L’embout est conçu pour prélever un minuscule fragment de tissu à l’impact, avant de rebondir.

Le tir atteint sa cible. Le projectile ramène, une fois récupéré, un échantillon de la taille d’une gomme de crayon. Les chercheurs craignent un instant qu’un oiseau marin ne subtilise ce petit cylindre flottant, mais la précieuse « biopsie » arrive finalement à bord.

Dans le même temps, les instruments enregistrent clairement le signal BW43. Cette coïncidence entre la présence des cétacés observés et le chant repéré de longue date constitue la première pièce d’un puzzle attendu depuis des années.

Ce n’est qu’une fois l’analyse génétique réalisée que la surprise apparaît : il ne s’agit pas de la baleine à bec de Perrin, mais de la baleine à bec à dents de ginkgo, une espèce connue presque uniquement grâce à des cadavres échoués sur des plages lointaines.

« On l’attendait depuis si longtemps » : la réaction des chercheurs

La confirmation déclenche une véritable scène de liesse à bord. Elizabeth Henderson, chercheuse au Naval Information Warfare Center de la marine américaine et autrice principale de l’étude publiée ensuite dans la revue Marine Mammal Science, était présente ce jour-là.

« Je ne peux même pas décrire ce que j’ai ressenti, parce que c’est quelque chose que nous préparions depuis si longtemps », explique-t-elle, citée par Good News Network. « Tout le monde sur le bateau applaudissait parce que nous l’avions, nous l’avions enfin. »

Pour Robert Pitman, cette observation vient aussi enrichir un parcours hors norme : grâce à cette rencontre, il a désormais vu 90 des 94 espèces de baleines connues sur la planète.

En reliant l’ADN de la baleine à son chant sous-marin, l’équipe offre à la science un outil inédit pour suivre et protéger cette espèce invisible.

Qui est la mystérieuse baleine à bec à dents de ginkgo ?

La baleine à bec à dents de ginkgo fait partie d’un groupe encore très mal connu : les baleines à bec. On en compte 24 espèces décrites. Elles seraient, selon les spécialistes, les mammifères les moins bien compris au monde.

La plupart ne sont connues que par :

  • quelques observations fugaces en surface ;
  • des carcasses échouées sur des plages ;
  • des enregistrements acoustiques sans espèce clairement associée.

On sait toutefois certaines choses fiables sur ces cétacés :

  • ils effectuent les plongées les plus profondes de tous les mammifères marins ;
  • leurs « défenses », sortes de dents externes qui rappellent des bois de cerf, servent aux combats entre mâles ;
  • ils se nourrissent principalement de calmars en grande profondeur ;
  • ils peuvent souffrir d’un accident de décompression comparable à celui d’un plongeur humain s’ils remontent trop vite.

Autre particularité : ces baleines évitent les côtes et semblent fuir les bateaux. Cela rend leur observation en mer extrêmement rare et explique pourquoi certaines n’avaient encore jamais été vues vivantes, comme la baleine à bec à dents de ginkgo.

Des échouages surtout en Asie et en Océanie

Jusqu’ici, l’espèce était surtout connue grâce à des échouages au Japon et en Australie, de l’autre côté du Pacifique par rapport au Mexique. Elizabeth Henderson rappelle, dans un entretien relayé par le quotidien britannique The Guardian, que seulement deux échouages avaient été signalés sur la côte ouest de l’Amérique du Nord.

« Il y a eu deux échouages sur la côte ouest de l’Amérique du Nord auparavant, mais on avait toujours supposé que c’étaient des cas anormaux, des animaux qui s’étaient échoués ou étaient malades », indique-t-elle. « Nous savons maintenant que ce n’est pas vrai et qu’elles occupent en réalité ces eaux toute l’année. »

L’observation en mer combinée aux analyses génétiques montre que la baleine à bec à dents de ginkgo fréquente durablement le Pacifique nord-est, bien au-delà de ses lieux d’échouages connus.

Associer un chant à une espèce : un enjeu majeur pour leur protection

L’autre avancée majeure de cette mission concerne l’identification du chant BW43. En associant ce signal acoustique précis à la baleine à bec à dents de ginkgo, les chercheurs disposent désormais d’une « signature sonore » pour cartographier la présence de l’espèce, même sans la voir.

Grâce aux réseaux d’hydrophones déjà déployés dans le Pacifique nord, scientifiques et autorités peuvent :

  • repérer les zones où le signal BW43 résonne régulièrement ;
  • estimer les périodes de fréquentation des différents secteurs ;
  • évaluer l’exposition potentielle de l’espèce à certains risques, notamment le bruit sous-marin d’origine humaine.

Les baleines à bec semblent particulièrement sensibles aux sons puissants, comme ceux produits par certains sonars militaires. Des liens ont été évoqués, dans plusieurs études, entre exercices navals et échouages de baleines à bec dans diverses régions du globe.

En identifiant clairement leur chant, les chercheurs espèrent pouvoir orienter des mesures de protection plus ciblées : adaptation des exercices militaires, éventuels périmètres à éviter, ou encore meilleure prise en compte de ces cétacés discrets dans les politiques de gestion des océans.

Une traque scientifique commencée en 2020

Elizabeth Henderson suit la piste du signal BW43 depuis 2020. Le secteur précis où la confirmation a finalement été obtenue avait déjà été visité à trois reprises, notamment avec de simples bateaux de pêche affrétés pour l’occasion.

Ce n’est qu’en 2024, grâce au partenariat avec l’université d’État de l’Oregon et à l’appui du navire de recherche, que l’équipe a réussi à réunir toutes les conditions : patience, moyens acoustiques, bonne météo et présence effective des animaux.

Cette persévérance illustre la manière dont se construisent souvent les connaissances sur les espèces les plus discrètes : par petits pas, avec des campagnes répétées, jusqu’au moment où enfin les indices se recoupent.

Baleines à bec : où en est la recherche en France ?

Les baleines à bec fréquentent aussi l’Atlantique Nord et la Méditerranée. Certaines espèces, notamment la baleine de Cuvier, ont été observées en Méditerranée occidentale et au large des côtes françaises.

En France, la surveillance de ces cétacés repose sur plusieurs types d’acteurs :

  • des organismes de recherche comme le CNRS et des universités, qui mènent des campagnes d’observation et d’enregistrement acoustique ;
  • l’Office français de la biodiversité, chargé de la protection de la faune marine ;
  • des associations spécialisées dans les mammifères marins, qui recueillent les signalements d’échouages et mènent des études en mer.

Comme au Mexique ou dans le Pacifique nord, l’acoustique passive – l’écoute des sons produits par les animaux – devient un outil central. En Méditerranée et dans l’Atlantique, ces enregistrements servent entre autres à identifier les zones de présence des cétacés, afin d’adapter certaines activités humaines : trafic maritime, manœuvres militaires, prospections en mer.

Bruitage des océans et risques pour les cétacés

Le cas des baleines à bec à dents de ginkgo illustre un enjeu plus large : l’impact croissant du bruit sous-marin sur les mammifères marins. Ces animaux utilisent le son pour se repérer, chasser et communiquer. Un environnement sonore saturé peut perturber leur comportement, voire provoquer des fuites paniquées ou des remontées trop rapides.

Pour un lecteur français, ce type d’étude rappelle les débats réguliers sur les exercices militaires en mer ou les grands chantiers offshore, comme les parcs éoliens en mer. Les autorités françaises imposent désormais des études d’impact acoustique et des mesures de réduction du bruit dans certains projets, précisément pour limiter les risques pour les cétacés.

Un mystère qui se réduit, mais encore beaucoup de zones d’ombre

Malgré cette avancée, les chercheurs restent loin d’avoir une vision complète de la vie de la baleine à bec à dents de ginkgo. La mission de 2024 n’a observé que quelques individus pendant un temps limité, et presque tout reste à documenter : structure sociale, reproduction, routes de migration éventuelles, effectifs.

Les échouages recensés au Japon, en Australie et sur la côte ouest de l’Amérique du Nord laissent penser que l’espèce occupe une vaste zone du Pacifique, mais sans données systématiques, il est impossible de dire si ses populations sont stables, en expansion ou en déclin.

Identifier le chant BW43 ne clôt pas l’enquête scientifique ; au contraire, cette « signature » ouvre la voie à des années de suivi discret de cette baleine insaisissable.

Comment fonctionne un sonar biologique de baleine à bec ?

Le terme « pulse d’écholocation » renvoie à la manière dont ces cétacés utilisent le son comme un sonar naturel. Ils émettent des clics courts et puissants qui se répercutent sur les proies ou les obstacles. L’écho renvoyé leur fournit des informations sur la distance, la taille et parfois la nature de la cible.

Chaque espèce, voire chaque population, peut utiliser un motif sonore particulier, un peu comme un accent. C’est ce qui permet aux chercheurs d’associer certains signaux, comme BW43, à des groupes précis d’animaux quand les enregistrements sont suffisamment nombreux et recoupés avec des observations.

Pour les baleines à bec, qui passent l’essentiel de leur temps dans des profondeurs inaccessibles à l’œil humain, ce langage acoustique devient la principale voie d’accès aux connaissances scientifiques. L’épisode mexicain de 2024 montre à quel point une simple rencontre, accompagnée d’un prélèvement minuscule, peut faire basculer une espèce du statut de « fantôme des profondeurs » à celui d’animal un peu mieux connu et, potentiellement, mieux protégé.

Questions fréquentes

Pourquoi cette baleine n'avait-elle jamais été observée vivante avant 2024 ?

Les baleines à bec évitent les côtes et semblent fuir les bateaux, ce qui rend leur observation en mer extrêmement rare. L'espèce était connue seulement grâce à des cadavres échoués sur les plages, principalement au Japon et en Australie.

Comment les chercheurs ont-ils prélevé un échantillon sur la baleine ?

Robert Pitman a utilisé une arbalète modifiée équipée d'un carreau spécial relié par un fil. L'embout était conçu pour prélever un minuscule fragment de tissu à l'impact avant de rebondir, ramenant ainsi un échantillon de la taille d'une gomme de crayon.

Qu'est-ce que le signal BW43 et pourquoi est-il important ?

BW43 est un pulse d'écholocation mystérieux enregistré depuis plusieurs années dans le nord-est du Pacifique. En l'associant à la baleine à bec à dents de ginkgo, les chercheurs disposent désormais d'une signature sonore pour cartographier la présence de l'espèce sans la voir directement.

Quel est le principal risque pour cette espèce ?

Les baleines à bec semblent particulièrement sensibles aux sons puissants, notamment ceux produits par certains sonars militaires. Des études ont évoqué des liens entre les exercices navals et les échouages de baleines à bec dans diverses régions du globe.

Où la baleine à bec à dents de ginkgo fréquente-t-elle réellement ?

Les observations et analyses génétiques montrent que l'espèce fréquente durablement le Pacifique nord-est toute l'année, bien au-delà de ses lieux d'échouages connus en Asie et en Océanie. Seulement deux échouages avaient été signalés sur la côte ouest de l'Amérique du Nord avant cette découverte.

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