RacingZone

Dans ce village du Portugal, des enfants de 5 ans fument des cigarettes une fois par an : voici pourquoi la tradition perdure depuis des siècles

Dans ce village du Portugal, des enfants de 5 ans fument des cigarettes une fois par an : voici pourquoi la tradition perdure depuis des siècles

Dans un petit village du nord du Portugal, des enfants parfois âgés de 5 ans allument une cigarette en plein centre du bourg, sous le regard amusé des adultes.

À Vale de Salgueiro, au nord-est du Portugal, l’Épiphanie ne ressemble à aucune autre. Comme le rapporte le média culturel en ligne britannique Far Out, une tradition locale plusieurs fois centenaire autorise, une fois par an, les enfants à fumer une cigarette offerte par leurs parents, au cœur d’une fête qui mêle christianisme, solstice d’hiver et rites populaires.

Un village portugais où les enfants fument… avec l’accord des parents

Vale de Salgueiro se trouve dans une région rurale du Portugal, loin des grands centres urbains. Chaque début d’année, le 5 janvier, le village se prépare à célébrer l’Épiphanie, fête chrétienne qui commémore la visite des Rois mages à l’enfant Jésus.

Ce jour-là, une scène déroutante pour un regard extérieur se répète dans les rues : de très jeunes enfants, parfois à peine sortis de la maternelle, allument une cigarette, tirent une bouffée et recrachent la fumée, entourés d’adultes qui rient, discutent et prennent des photos.

Dans ce village portugais, les parents achètent eux-mêmes les paquets de cigarettes qu’ils donnent à leurs enfants pour cette seule journée de fête.

Selon Far Out, la pratique est connue de tous dans la région. Elle ne se cache pas. Au contraire, elle fait partie des images fortes du village : de « petits bouts de chou » fumant dans la rue, parfois encore en tenue d’hiver épaisse, au milieu des décorations de fête.

Une tradition liée à l’Épiphanie et au solstice d’hiver

Les habitants interrogés par Far Out rattachent cette coutume à une tradition « vieille de plusieurs siècles », avec des racines chrétiennes mais aussi des liens avec le solstice d’hiver. Pourtant, personne ne semble capable d’expliquer précisément à quel moment les cigarettes sont entrées dans le rituel.

Au départ, la fête d’Épiphanie célèbre les trois rois mages, venus apporter leurs cadeaux à Jésus. À Vale de Salgueiro, cette célébration s’est enrichie au fil du temps :

  • élection d’un « roi » du village pour l’année à venir ;
  • organisation de grands feux de joie ;
  • musique traditionnelle, notamment à la cornemuse ;
  • danses et rassemblements de tout le village ;
  • distribution de boissons alcoolisées et de collations par le « roi » élu.

La cigarette des enfants s’est greffée sur cet ensemble de rites. Les adultes parlent d’un geste symbolique, transmis d’une génération à l’autre, au point d’être accepté comme une évidence par bon nombre d’habitants.

« Nous étions impatients que le 5 janvier arrive »

Pour mesurer le poids de la tradition, Far Out rapporte le témoignage d’un habitant, Rui Sergio. En repensant à sa propre enfance, il raconte : « nous étions impatients pour le 5 janvier d’arriver pour pouvoir fumer notre cigarette ». Pour lui et ses amis, la date était entourée sur le calendrier, comme un moment presque initiatique.

En écoutant ce type de récit, certains observateurs estiment que cette pratique pourrait entretenir un rapport précoce au tabac et encourager, à terme, une consommation plus régulière chez certains jeunes du village. Rien dans l’article ne donne de chiffres, mais Far Out souligne qu’il n’est « pas déraisonnable » de penser que le taux de fumeurs puisse y être un peu plus élevé qu’ailleurs.

Une tolérance étonnante des autorités portugaises

La loi portugaise fixe à 18 ans l’âge légal pour acheter et consommer du tabac. Sur le papier, un enfant de 5, 8 ou 10 ans qui fume une cigarette enfreint donc clairement l’esprit du texte.

Les autorités connaissent pourtant très bien ce qui se passe à Vale de Salgueiro. D’après Far Out, la police et l’administration locales ferment les yeux, estimant qu’il s’agit d’une coutume strictement limitée à cette période et ancrée dans l’histoire du village.

Les forces de l’ordre portugaises laissent faire, au nom du respect d’une coutume locale présentée comme inoffensive parce qu’elle ne se produit qu’un seul jour par an.

Cette indulgence tient aussi au fait que la fête attire une attention médiatique ponctuelle, mais reste cantonnée à un périmètre très restreint. Elle ne fait pas l’objet d’un débat national récurrent, comme peuvent l’être d’autres sujets liés au tabagisme.

Les parents invoquent « la tradition » pour justifier le geste

Far Out a recueilli des témoignages de parents qui continuent, sans trop d’états d’âme, à tendre une cigarette à leur enfant ce jour-là. C’est le cas de Guilhermina Mateus, propriétaire d’un café du village. Elle dit ne pas pouvoir expliquer la coutume par autre chose que le mot « tradition ».

Elle confie qu’elle remet une cigarette à sa jeune fille, tout en affirmant ne pas craindre de déclencher une addiction précoce. Ses propos, traduits de l’anglais, sont sans ambiguïté : « Je ne peux pas expliquer pourquoi ; je n’y vois aucun problème parce qu’ils ne fument pas vraiment ; ils inhalent et expirent immédiatement, bien sûr. » Pour cette mère, le fait que l’enfant recrache aussitôt la fumée minimiserait le risque.

Elle insiste aussi sur la très courte durée de cette permission : « Et ce n’est que durant ces journées, aujourd’hui et demain ; après, ils ne redemandent jamais de cigarettes. » Une affirmation difficile à vérifier, mais qui structure depuis longtemps le discours local : la cigarette d’Épiphanie serait un geste symbolique, ponctuel et sans suite.

Une pratique qui interroge la santé des plus jeunes

Les spécialistes de santé publique rappellent généralement que le tabac expose les enfants à des risques même lors d’une exposition limitée. Les organismes internationaux de lutte contre le tabagisme considèrent qu’aucune cigarette n’est « anodine » pour un enfant, en raison de la toxicité immédiate de la fumée et du rôle que peuvent jouer certains rituels dans la construction de comportements futurs.

À Vale de Salgueiro, le discours de nombreux parents, relayé par Far Out, s’écarte de cette approche. Beaucoup retiennent surtout que la pratique est rare, encadrée dans le temps, et ne semble pas, à leurs yeux, conduire automatiquement à un tabagisme régulier. Cette perception crée un décalage avec les messages de prévention portés par les autorités sanitaires portugaises au niveau national.

Fêtes religieuses et tabac : ce que ferait un village français

En France, une telle tradition serait très difficilement envisageable. Le Code de la santé publique interdit la vente de tabac aux mineurs et encadre strictement sa consommation dans les lieux publics. Un enfant qui fumerait en pleine rue, même pendant une fête locale, attirerait rapidement l’attention des forces de l’ordre ou des services sociaux.

Les communes françaises qui organisent des festivités d’Épiphanie – crèches vivantes, défilés, galettes, animations paroissiales – ne prévoient aucune tolérance spéciale pour le tabac chez les mineurs. Les maires, responsables de l’ordre public sur leur territoire, pourraient se voir reprocher un manquement à leurs obligations s’ils laissaient se développer une pratique similaire à celle de Vale de Salgueiro.

Portugal (Vale de Salgueiro) France
Enfants autorisés à fumer une cigarette une fois par an lors de l’Épiphanie, avec tolérance des autorités locales. Interdiction stricte du tabac pour les mineurs, sans exception liée aux fêtes religieuses ou traditionnelles.
Justification principale : tradition locale ancienne, perçue comme inoffensive. Priorité donnée à la santé publique et à la prévention du tabagisme chez les jeunes.
Pratique cantonnée à un village rural, connue mais peu débattue à l’échelle nationale. Une telle pratique ferait probablement l’objet d’un débat médiatique et politique immédiat.

En France, la lutte contre le tabagisme des jeunes s’appuie sur plusieurs leviers : campagnes d’information, avertissements sanitaires sur les paquets, interdiction de publicité, encadrement strict de la vente dans les bureaux de tabac. Les écoles et collèges jouent aussi un rôle dans la prévention, notamment via les infirmiers scolaires et les actions de sensibilisation.

Une tradition qui bouscule les repères sur l’enfance et le tabac

La particularité de Vale de Salgueiro tient à la place accordée aux enfants dans une fête qui combine religion, rites d’hiver, musique et alcool pour les adultes. Alors qu’un lecteur français associera spontanément l’Épiphanie à la galette des rois et à une fête surtout familiale, le village portugais ajoute une dimension transgressive encadrée, à travers ce rituel du tabac.

Pour les habitants interrogés, l’événement fonctionne comme un marqueur identitaire. Il distingue la communauté, renforce les liens entre générations et rappelle des souvenirs d’enfance précis, comme ceux évoqués par Rui Sergio. Dans leurs paroles, la cigarette compte presque moins que le moment partagé et la continuité avec les ancêtres.

Ce type de tradition pose pourtant des questions de société très contemporaines : jusqu’où respecter un héritage local quand il entre en tension avec les politiques de santé publique ? Comment arbitrer entre une coutume de village et les recommandations médicales sur le tabac, unanimement défavorables à tout contact précoce des enfants avec la cigarette ?

Tabac, rituel et dépendance : quelques repères utiles

Pour un lecteur français, l’exemple de Vale de Salgueiro illustre par contraste le rôle des rituels sociaux dans la consommation de tabac. Fumer ne relève pas seulement d’un geste individuel ; cela s’inscrit souvent dans un moment partagé : pause entre collègues, sortie de soirée, fête de village ou célébration familiale.

Les spécialistes de l’addiction soulignent que ces contextes festifs peuvent influencer la mémoire et les habitudes, surtout quand ils interviennent tôt dans la vie. Un enfant qui expérimente la cigarette lors d’un moment perçu comme joyeux et collectif peut associer durablement le tabac à un souvenir positif, même s’il ne recommence pas immédiatement.

À l’inverse, certains anciens fumeurs racontent que l’arrêt du tabac passe par la modification de ces rituels : remplacer la cigarette du café par une autre activité, éviter certains contextes ou s’entourer de personnes non-fumeuses. La dimension symbolique, très présente à Vale de Salgueiro, se retrouve ainsi, sous d’autres formes, dans la façon dont les adultes gèrent leur consommation.

L’histoire de ce village portugais rappelle enfin que de nombreuses fêtes populaires en Europe ont intégré au fil du temps des éléments aujourd’hui controversés, comme l’alcool ou le tabac. À Vale de Salgueiro, la cigarette offerte à un enfant reste, pour l’instant, un symbole que la communauté assume, là où d’autres pays, dont la France, ont choisi de réorganiser leurs traditions autour des impératifs de santé publique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut