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Ce village portugais englouti sous les eaux ne réapparaît qu’à une seule condition : voici où l’observer

Ce village portugais englouti sous les eaux ne réapparaît qu'à une seule condition : voici où l'observer

Au nord du Portugal, un ancien village se cache sous un lac artificiel. Parfois, ses ruines réapparaissent brièvement à la surface.

Vilarinho da Furna, noyé au fond d’un vaste barrage dans le nord du Portugal, fascine les amateurs de lieux abandonnés. Le site, présenté par le média en ligne allemand spécialisé voyage et loisirs Travelbook, ne se laisse pourtant apercevoir qu’à un moment très précis, quand le niveau de l’eau chute. Entre histoire douloureuse, patrimoine sauvé dans un musée et tourisme encadré, ce village fantôme pose aussi la question du sort des populations déplacées par les grands barrages.

Un village englouti au cœur d’un parc national portugais

Vilarinho da Furna se trouvait autrefois dans la commune de Campo do Gerês, au sein du parc national de Peneda-Gerês, dans le district de Braga, au nord du Portugal. Ce parc, l’un des plus connus du pays, est constitué de montagnes, de forêts et de vallées profondes.

L’ancien village a disparu sous les eaux du réservoir de Vilarinho das Furnas, un lac artificiel créé par un barrage. Aujourd’hui, ses maisons sont au fond de l’eau, dans ce que Travelbook décrit comme un « village fantôme » ou un « Lost Place », expression souvent utilisée pour désigner des lieux abandonnés.

La plupart du temps, Vilarinho da Furna reste totalement invisible, recouvert par les eaux du barrage. Seules certaines baisses importantes de niveau le font réapparaître.

Le site appartient à la municipalité de Terras de Bouro, qui met elle-même en avant ce passé englouti dans sa communication touristique. Autour, le paysage est marqué par les chaînes de montagnes de la Serra do Gerês et de la Serra Amarela qui se reflètent dans les eaux calmes du réservoir.

Un barrage géant construit pour produire de l’électricité

Si Vilarinho da Furna se trouve aujourd’hui au fond de l’eau, c’est à cause d’un grand projet d’infrastructure lancé à la fin des années 1960. Le village a été sacrifié pour permettre la construction d’une importante retenue hydroélectrique.

La pièce centrale de cet aménagement est une imposante digue : elle mesure 94 mètres de haut et 400 mètres de long. Mise en service en 1972, elle barre le cours du fleuve Homem pour former le réservoir de Vilarinho das Furnas. La surface du lac s’étend sur environ 346 hectares, soit plus de trois kilomètres carrés.

L’eau stockée est utilisée pour produire de l’électricité. Un long réseau de conduites amène ce volume vers une centrale hydroélectrique équipée de deux turbines, qui transforment l’énergie de l’eau en courant. Ce type d’installation hydroélectrique reste une source majeure d’énergie au Portugal, comme en France avec les grands barrages alpins ou pyrénéens.

Quand le niveau baisse, le village ressurgit

La « condition » qui fait réapparaître Vilarinho da Furna tient à un facteur très concret : le niveau du réservoir. Tant que celui-ci reste haut, rien n’est visible en surface. Tout change quand une grande quantité d’eau est libérée.

Lorsque le gestionnaire du barrage laisse s’échapper beaucoup d’eau, le niveau du réservoir baisse nettement. C’est alors que les ruines de Vilarinho da Furna se dévoilent.

La municipalité de Terras de Bouro, citée par Travelbook, explique que lorsque le plan d’eau se retire suffisamment, on peut distinguer les restes de murs, des maisons entières en ruine et même d’anciens chemins du village. Le site ressemble alors à un décor de film post-apocalyptique, avec des structures de pierre grisées, striées par le temps et la vase.

Ce phénomène n’est pas permanent. Il dépend :

  • de la quantité d’eau utilisée pour la production électrique ;
  • des conditions météorologiques (sécheresse ou fortes pluies) ;
  • de la gestion générale du barrage par les autorités compétentes.

Les touristes qui souhaitent apercevoir les ruines doivent donc compter sur une période de bas niveau du réservoir, ce qui n’est pas annoncé très longtemps à l’avance. Travelbook précise que certains bateaux à fond de verre naviguent parfois sur le lac pour proposer des vues sur les parties immergées, mais sans aller jusqu’au cœur du village.

Des habitants déplacés et une mémoire étudiée par les chercheurs

Avant d’être englouti, Vilarinho da Furna était un village rural vivant, avec environ 270 habitants. Entre 1969 et 1970, les familles ont été contraintes de quitter les lieux pour permettre la construction du barrage. En 1972, le village a finalement disparu sous les eaux.

Cette évacuation forcée a marqué l’histoire contemporaine portugaise. L’historien André Pereira, dans un article publié en septembre 2025 dans la revue spécialisée Análise Social, classe Vilarinho da Furna et le village de Luz parmi les deux exemples les plus significatifs de déplacements de population liés à des barrages au Portugal.

Pour les chercheurs comme André Pereira, Vilarinho da Furna est devenu un cas emblématique des sacrifices imposés par certains aménagements hydroélectriques.

Bien avant sa destruction, ce village avait déjà attiré l’attention du monde académique. Dans les années 1940, l’ethnologue Jorge Dias avait étudié de près l’organisation communautaire très particulière de Vilarinho da Furna. Le village fonctionnait avec des règles collectives fortes, régissant par exemple l’usage des terres ou la gestion de l’eau.

Cette organisation a fait de Vilarinho da Furna un modèle pour l’étude des communautés rurales traditionnelles au Portugal. Les travaux de Dias restent encore utilisés aujourd’hui, notamment par André Pereira, pour comprendre comment ce mode de vie s’est heurté à l’arrivée d’un grand projet industriel.

Un musée pour raconter la vie d’avant le barrage

Si le village dort désormais sous le lac, sa mémoire reste bien présente à Campo do Gerês. C’est là qu’a été créé le Museu Etnográfico de Vilarinho da Furna, un musée ethnographique entièrement dédié à ce village disparu.

L’idée du musée vient directement des anciens habitants. À partir de la fin de l’année 1968, ils se sont associés à la commune et à un médecin local, Manuel Azevedo Antunes, pour récupérer des objets du quotidien avant l’inondation. Ils ont réuni des outils agricoles, du mobilier, des ustensiles de cuisine, mais aussi des documents et des témoignages.

La municipalité de Terras de Bouro a lancé la construction du musée en 1981. Il a ouvert au public le 14 mai 1989. À l’intérieur, les visiteurs peuvent parcourir des salles consacrées :

  • à l’agriculture locale et aux travaux des champs ;
  • à la vie domestique dans les maisons du village ;
  • à l’organisation communautaire spécifique de Vilarinho da Furna.

Selon les informations rapportées par Travelbook, le musée est ouvert du mardi au dimanche de 9 h 30 à 12 h 30, puis de 13 h 30 à 17 h. Le dernier accès se fait à 16 h 30. Il reste fermé le lundi ainsi que les jours de Noël, du Nouvel An et le dimanche de Pâques. Le billet d’entrée coûte 2 euros pour un adulte.

Randonnée, baignade et sorties en bateau autour du réservoir

Malgré la charge historique du lieu, la région de Vilarinho das Furnas est aujourd’hui une destination prisée pour les séjours nature. Campo do Gerês est devenu un village de montagne apprécié des Portugais, notamment pour la randonnée.

Autour du lac, la municipalité de Terras de Bouro mentionne plusieurs activités possibles :

  • Baignade : la natation est autorisée, mais la commune insiste sur la prudence, en raison de berges difficiles d’accès et de possibles dépôts ou débris sous l’eau.
  • Pêche : il est possible de pêcher dans le réservoir, sous réserve de respecter la réglementation locale.
  • Balades en bateau : des opérateurs proposent parfois des petites croisières, parfois en bateau à fond de verre, pour voir les structures immergées. Ces embarcations ne s’approchent toutefois pas directement du centre de l’ancien village.

Pour ceux qui préfèrent marcher, un sentier balisé attire particulièrement l’attention : le PR5 « Trilho da Águia do Sarilhão ». Cet itinéraire d’environ 9 kilomètres forme une boucle autour du lac et se parcourt en trois heures environ. Il démarre près du centre muséographique sur la rive gauche, traverse le paysage historique de Campo do Gerês et longe l’ancienne voie romaine Via Nova XVIII.

Il est aussi possible d’emprunter la route qui franchit la digue du barrage. Terras de Bouro précise qu’une traversée reste envisageable pour les véhicules légers, entre Campo do Gerês et le village de Brufe, avant de poursuivre vers Ponte da Barca ou Lindoso.

Concernant les activités nautiques individuelles, la municipalité indique qu’il n’existe pas d’autorisation officielle pour l’usage de kayaks, de canoës ou de planches de stand up paddle. Les visiteurs intéressés sont invités à se renseigner sur place auprès des acteurs locaux, car l’offre peut varier et dépendre des consignes en vigueur.

Villages engloutis : quels parallèles avec la France ?

Pour un lecteur français, l’histoire de Vilarinho da Furna évoque immédiatement certains barrages hexagonaux ayant eux aussi englouti des villages. Le principe est similaire : un ouvrage hydroélectrique nécessite la création d’un lac de retenue, ce qui impose parfois de déplacer des habitants.

En France, ce type de projet relève notamment d’acteurs comme EDF ou d’autres producteurs d’électricité, sous la supervision des autorités publiques. La procédure s’accompagne d’expropriations et d’indemnisations, encadrées par le droit français. Ces déplacements forcés ont, eux aussi, marqué la mémoire de certains territoires de montagne ou de vallée.

Vilarinho da Furna illustre au Portugal une problématique que la France connaît : comment concilier production d’énergie hydraulique et respect des communautés locales.

Comme au Portugal avec le Museu Etnográfico de Vilarinho da Furna, certaines régions françaises ont mis en place des dispositifs pour conserver la mémoire des villages noyés : panneaux d’information, expositions, témoignages d’anciens habitants ou musées locaux.

La comparaison met en lumière un point commun : partout en Europe, les barrages construits entre les années 1950 et 1970 ont souvent bouleversé des modes de vie ruraux anciens. Ils ont apporté une énergie renouvelable importante, mais au prix d’un profond changement pour les populations concernées.

Un site sensible entre attrait touristique et risques à connaître

Vilarinho da Furna attire naturellement les curieux : amateurs de randonnée, photographes, passionnés d’histoire ou de lieux abandonnés. Cette affluence potentielle pose plusieurs enjeux concrets sur le terrain.

Le premier concerne la sécurité. Quand le niveau de l’eau baisse au point de dévoiler les ruines, les sols peuvent être instables : vase épaisse, blocs glissants, trous masqués par la boue. Les autorités locales rappellent la nécessité d’être prudent, en particulier pour les familles ou les personnes peu habituées à ce type de terrain.

Le second enjeu touche au respect du site. Derrière ces pierres, il y a les maisons de familles qui ont dû partir. Les objets retrouvés, restes de murs ou fragments de constructions sont porteurs de mémoire. La commune et le musée travaillent justement à préserver cette histoire. Pour un visiteur français, cette dimension mémorielle peut guider le comportement sur place : observer, photographier, mais éviter de collecter des fragments ou d’endommager les structures.

Enfin, l’attrait que suscite ce type de « Lost Place » s’inscrit dans une tendance plus large du tourisme, avec des itinéraires thématiques autour des villages immergés, des sites industriels abandonnés ou des anciennes installations militaires. Dans le cas de Vilarinho da Furna, cette curiosité s’accompagne d’un apport pédagogique clair grâce au musée et aux travaux des chercheurs. Elle permet de comprendre comment un village à l’organisation communautaire singulière a disparu, au profit d’un barrage qui continue aujourd’hui de produire de l’électricité pour le Portugal.

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