RacingZone

Fin des relations sans avenir : la « sunset clause », ce pacte amoureux avec une date d’expiration fixée dès le départ

Fin des relations sans avenir : la « sunset clause », ce pacte amoureux avec une date d'expiration fixée dès le départ

Pour éviter de s’embourber dans des histoires sans lendemain, des célibataires, notamment en Italie et dans les pays anglo-saxons, adoptent un contrat amoureux à durée déterminée.

Ce nouveau réflexe sentimental, mis en lumière par le site italien Commentimemorabili à partir d’un sondage réalisé pour une application de rencontres, consiste à fixer dès le début d’une relation une échéance claire pour décider si l’on s’engage vraiment… ou si l’on se sépare. Un dispositif présenté comme une protection contre la désillusion dans un univers de ruptures silencieuses et de relations floues.

Un « contrat » de couple avec date de fin programmée

La « sunset clause », littéralement « clause du coucher de soleil », est empruntée au vocabulaire juridique et des affaires, où elle désigne une disposition qui cesse automatiquement de s’appliquer à une date prévue. Transposée à la vie amoureuse, elle devient un pacte de couple à durée déterminée.

Le principe décrit dans l’enquête citée par Commentimemorabili est clair : au moment où deux personnes commencent à se fréquenter, elles fixent ensemble une date butoir, généralement entre six mois et un an. Arrivé à ce jour précis, impossible de faire comme si de rien n’était : la relation doit être passée au crible.

La sunset clause oblige les deux partenaires à s’arrêter, à faire le point et à dire clairement s’ils veulent construire une histoire durable ou tourner la page.

Selon le sondage mené auprès de 7 583 célibataires âgés de 22 à 35 ans, 37 % des répondants déclarent déjà utiliser ce système. L’objectif affiché : éviter ces limbes sentimentaux où l’on n’est « ni vraiment ensemble, ni vraiment célibataire », avec des semaines voire des mois de flou relationnel.

Une réponse aux relations floues et aux « disparitions » numériques

La thérapeute de couple Mary McLaughlin, assistante sociale clinique interrogée par le média Vice et citée par Commentimemorabili, présente la sunset clause comme un accord réciproque pour faire une pause à une date déterminée et vérifier les intentions de chacun.

Dans les faits, ce pacte veut répondre à plusieurs dérives très répandues dans les rencontres modernes :

  • le ghosting : disparition soudaine d’un partenaire sans explication ni message d’adieu ;
  • le breadcrumbing : fait d’entretenir quelqu’un avec de petits signes d’intérêt sporadiques sans jamais s’engager vraiment ;
  • les « situationships », ces relations non définies où aucun cadre n’est posé.

Mary McLaughlin voit dans cette clause un outil pour forcer l’honnêteté immédiate et couper court aux faux espoirs :

En fixant une date de révision dès le début, chacun sait qu’il devra être transparent sur ce qu’il veut réellement, ce qui limite les comportements toxiques et les attentes interminables.

Pour de nombreux célibataires interrogés dans le cadre de l’étude, il s’agit aussi de préserver leur temps et leur énergie émotionnelle. Quitte à investir dans une histoire, autant savoir rapidement si l’autre se projette sur le long terme ou non.

Une méthode qui rassure… au risque de casser la spontanéité

Ce pacte à durée déterminée n’est pas sans contrepartie. Les spécialistes interrogés par les médias à l’origine du sondage pointent un risque majeur : transformer la relation en compte à rebours permanent.

En fixant une échéance rigide, la sunset clause peut :

  • créer une pression psychologique constante au fil des mois ;
  • inciter à « évaluer » chaque moment en fonction de la fameuse date, au lieu de vivre la relation au présent ;
  • générer de l’anxiété à l’approche de l’échéance, avec la peur d’un verdict définitif.

Les experts cités par Commentimemorabili rappellent que ce type d’accord ne doit pas remplacer les échanges réguliers. Miser sur une seule grande discussion finale, très chargée émotionnellement, peut au contraire amplifier tensions, incompréhensions et décisions prises sous la pression.

Les spécialistes recommandent d’utiliser la sunset clause comme un cadre souple, accompagné de conversations fréquentes, plutôt que comme une date couperet vécue dans le silence et l’angoisse.

Ce que les célibataires cherchent à éviter avec ce pacte

Au-delà du simple besoin de clarté, la popularité de la sunset clause reflète une lassitude profonde face à certains schémas récurrents des rencontres en ligne et hors ligne. Les témoignages rapportés par les médias consultés par Commentimemorabili font ressortir plusieurs motivations :

  • Éviter de « perdre un an » avec la mauvaise personne, quand l’autre ne voulait dès le départ qu’une relation légère.
  • Sortir rapidement de relations tièdes, qui restent confortables mais ne mènent nulle part.
  • Réduire l’incertitude dans un contexte où messageries et réseaux sociaux facilitent la multiplication de contacts en parallèle.
  • Retrouver une forme de contrôle dans une vie amoureuse vécue comme subie.
  • La clause agit alors comme une protection émotionnelle : elle fixe un horizon, un moment programmé où chacun a le droit de se reposer la question de rester ou de partir, sans se sentir coupable.

    En France, une tendance dans la lignée des « contrats » amoureux

    Le concept de sunset clause vient surtout de pays anglo-saxons et a été relayé par la presse italienne, mais il s’inscrit dans un mouvement plus large déjà observable en France. Les psychologues et conseillers conjugaux français signalent depuis plusieurs années une montée des « accords de couple » formalisés, même de façon informelle.

    Sans forcément nommer cela sunset clause, certains couples en France se fixent par exemple :

    • une période d’essai avant d’emménager ensemble ;
    • un délai pour parler officiellement d’un projet d’enfant ;
    • une date pour revoir un accord de vie à distance ou une organisation de travail.

    Dans la pratique, le cadre français privilégie plutôt la négociation au fil de l’eau, via des discussions régulières, que l’instauration d’une date quasi contractuelle de réexamen de la relation. Les conseillers conjugaux insistent en général sur l’ajustement continu, notamment via la thérapie de couple, plutôt que sur un « tout ou rien » fixé à l’avance.

    Pour autant, la logique derrière la sunset clause rejoint des préoccupations bien présentes chez les célibataires et jeunes couples français : besoin de clarté, rejet des relations « à moitié » et souhait de limiter les situations de dépendance affective nourries par un flou entretenu.

    Comment utiliser une sunset clause sans se piéger soi-même

    Les professionnels de la relation interrogés par les médias ayant inspiré l’article de Commentimemorabili avancent quelques repères pour que ce type d’accord reste sain :

    Élément Approche recommandée
    Durée Choisir un délai réaliste (quelques mois à un an) pour laisser le temps de voir évoluer la relation.
    Formulation Présenter la clause comme un moment pour faire le point, pas comme une menace ou un ultimatum.
    Communication Planifier des discussions intermédiaires, sans attendre la fin pour exprimer doutes ou besoins.
    Souplesse Accepter que la date puisse être ajustée d’un commun accord si la relation évolue différemment.

    Un exemple concret souvent cité par les thérapeutes : deux personnes qui se rencontrent alors que l’une envisage de partir vivre à l’étranger l’année suivante. Fixer une sunset clause à cette échéance peut les aider à ne pas s’ignorer mutuellement ce projet de départ et à décider, en temps voulu, s’ils souhaitent transformer la relation en histoire longue distance ou y mettre fin.

    Entre besoin de sécurité et place laissée au hasard amoureux

    La sunset clause illustre un tiraillement contemporain : vouloir se protéger au maximum tout en espérant conserver une part de magie et d’imprévu dans la rencontre. En encadrant la relation avec des dates, on gagne en sécurité émotionnelle, mais on flirte aussi avec le risque de la rendre trop rationnelle.

    Pour des psychologues interrogés par les différents médias consultés par Commentimemorabili, l’enjeu consiste à trouver un point d’équilibre : utiliser les outils de cadrage, comme cette clause, pour clarifier les attentes et prévenir les malentendus, sans transformer chaque histoire naissante en projet à gérer comme un contrat.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Défiler vers le haut