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La sieste en dit long sur la façon dont nous vieillissons : ce que révèlent sa durée et son horaire selon les chercheurs

La sieste en dit long sur la façon dont nous vieillissons : ce que révèlent sa durée et son horaire selon les chercheurs

Des études menées aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Argentine montrent que la durée et l’horaire de la sieste influencent notre vieillissement.

Dans un article publié par le média argentin Infobae, plusieurs équipes de recherche américaines et européennes détaillent comment la façon dont nous dormons, et en particulier la sieste chez les seniors, se trouve étroitement liée à la vitesse de vieillissement de l’organisme et au risque de mortalité.

Pourquoi la sieste devient plus fréquente en vieillissant

Avec l’âge, l’architecture du sommeil se modifie. Les personnes âgées rapportent souvent des difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes multiples et un éveil plus précoce le matin. Ce sommeil de moins bonne qualité se traduit par une fatigue accrue en journée.

Pour compenser, beaucoup de seniors adoptent la sieste comme « béquille » quotidienne. D’après les travaux cités par Infobae, dans un échantillon d’adultes d’environ 80 ans, les participants dormaient en moyenne 50 minutes en journée et réalisaient deux siestes quotidiennes.

Chez les personnes âgées étudiées, une sieste quotidienne d’environ 50 minutes, répartie en deux épisodes, constituait le profil le plus fréquent, sans sur-risque notable.

À ce stade, toutes les siestes ne se valent pas. Les chercheurs distinguent clairement les siestes courtes et situées à des horaires « classiques » de repos, et celles qui s’allongent, se multiplient, ou surviennent très tôt dans la journée.

La sieste courte, un atout pour le cerveau

Un travail publié dans la revue scientifique NeuroImage par des chercheurs du Centre médical de l’université de Fribourg, des Hôpitaux universitaires de Genève et de l’université de Genève met en avant les bénéfices d’un court sommeil diurne.

Selon cette étude, une sieste brève permettrait au cerveau de :

  • « relâcher » une partie de la charge accumulée au cours de la matinée ;
  • réorganiser certaines connexions neuronales ;
  • améliorer le stockage de nouvelles informations.

Les auteurs montrent qu’un simple épisode de sommeil diurne peut préparer le cerveau à mieux apprendre, un effet qui était jusque-là surtout attribué à une nuit complète de sommeil.

Une sieste courte agit comme un redémarrage du cerveau, améliorant sa capacité à intégrer de nouvelles informations.

Ces résultats confortent l’idée que, pratiquée avec mesure, la sieste ne traduit pas seulement la fatigue, mais participe activement au maintien de la performance cognitive chez l’adulte, y compris âgé.

Quand la sieste devient un signal d’alerte pour la santé

Les conclusions changent lorsque la sieste devient plus longue, plus fréquente et se déplace vers la matinée. Une étude menée par le Brigham and Women’s Hospital, en collaboration avec le Rush University Medical Center, a suivi plus de 1 300 personnes âgées pendant jusqu’à 19 ans.

Les chercheurs ont observé que :

  • chaque heure supplémentaire de sommeil en journée était associée à une hausse d’environ 13 % du risque de mortalité ;
  • ajouter une sieste de plus par jour augmentait ce risque d’environ 7 % ;
  • les personnes qui dormaient leur sieste le matin présentaient un risque de mortalité supérieur de 30 % à celles qui s’assoupissaient après le déjeuner.

Dans cette cohorte de seniors, siester longuement, souvent et dès le matin s’est révélée un marqueur clair de risque augmenté de mortalité.

Pour Chenlu Gao, chercheuse au département d’anesthésiologie du Mass General Brigham et autrice principale de l’étude, l’objectif était de savoir si les habitudes de sieste pouvaient prédire la mortalité chez les adultes plus âgés. Les données suggèrent que le problème n’est pas la sieste en soi, mais son excès et son horaire inhabituel.

Pourquoi la sieste du matin inquiète les chercheurs

Ruixue Cai, deuxième auteur de l’article et chercheur dans le même département, avance une explication : après une nuit de sommeil correcte, une personne en bonne santé devrait normalement pouvoir rester éveillée le matin.

« Une personne en bonne santé, après une nuit de sommeil, devrait se sentir assez reposée et capable de rester éveillée le matin », a expliqué Ruixue Cai à Infobae.

Une somnolence matinale marquée pourrait ainsi refléter des problèmes sous-jacents : maladie chronique, dépression, troubles du sommeil non diagnostiqués ou sédentarité extrême. Dans l’étude, au début du suivi, les seniors qui restaient dans un volume de sieste « habituel » pour leur âge, autour de 50 minutes par jour, ne présentaient pas d’excès de risque notable.

Chenlu Gao souligne que les siestes courtes ou situées dans ce créneau de durée moyenne paraissent inoffensives sur le plan de la mortalité, tant qu’elles ne deviennent ni trop longues ni trop matinales.

Le lien entre durée de sommeil et vieillissement biologique

Un autre travail, paru dans la revue Nature et cité par Infobae, s’intéresse au sommeil global, de nuit et de jour. Les chercheurs ont analysé les données de près de 500 000 participants issus du Biobank britannique.

Ils ont mis en évidence une relation en forme de U entre durée de sommeil habituelle et vieillissement biologique :

  • dormir moins de 6 heures par 24 heures s’associait à des signes de vieillissement plus rapide ;
  • dormir plus de 8 heures s’accompagnait également d’un vieillissement accéléré ;
  • la zone « optimale » semblait se situer entre ces deux extrêmes.

La privation chronique de sommeil comme l’excès durable de sommeil s’accompagneraient d’un vieillissement plus rapide de la plupart des organes.

Junhao Wen, auteur principal de cette étude et professeur adjoint de radiologie au collège de médecins et chirurgiens Vagelos de l’université Columbia, rappelle que de nombreux travaux avaient déjà relié sommeil et vieillissement cérébral. Cette nouvelle recherche montre, selon lui, que ce lien s’étend à presque tous les organes, via des réseaux coordonnés impliquant métabolisme, système immunitaire et cerveau.

Ce que disent les spécialistes pour les plus de 60 ans

Interrogée par Infobae, la docteure Stella Maris Valiensi, neurologue responsable de la section de médecine du sommeil à l’Hôpital Italien de Buenos Aires, livre des repères pratiques pour les plus de 60 ans.

Selon elle, la plupart des seniors se situent dans une fourchette de 6 à 7 heures de sommeil nocturne, en moyenne. Elle précise toutefois que la « bonne » durée est celle qui permet à chacun de se sentir réellement reposé pour affronter la journée. Certains auront besoin de 8 heures, d’autres de 6, tant que le ressenti au réveil reste satisfaisant.

Valiensi considère qu’après 60 ans, une petite sieste après le déjeuner peut faire partie d’un rythme de vie sain, à deux conditions :

  • éviter qu’elle ne dépasse 30 à 40 minutes ;
  • la programmer avant 14 ou 15 heures pour ne pas nuire au sommeil nocturne.

Une sieste courte en début d’après-midi peut aider au repos, mais au-delà de 40 minutes elle risque d’entamer la qualité du sommeil de nuit.

Hygiène du sommeil : les conseils mis en avant

La spécialiste argentine rappelle aussi une série de mesures simples pour améliorer la qualité du sommeil, chez les personnes âgées comme chez les plus jeunes :

  • garder des horaires de lever réguliers, y compris le week-end ;
  • soigner l’environnement de la chambre : température modérée, obscurité, silence ;
  • éviter les repas très lourds juste avant le coucher ;
  • ne pas consommer de caféine après la fin d’après-midi ;
  • limiter l’alcool, qui fragmente le sommeil ;
  • réduire les substances stimulantes le soir ;
  • ne pas rester indéfiniment au lit si le sommeil ne vient pas : se lever, se détendre dans une autre pièce, puis revenir se coucher ;
  • réduire la durée des siestes, idéalement sous les 30 minutes ;
  • pratiquer une activité physique régulière, plutôt le matin ;
  • limiter l’exposition aux écrans avant le coucher ;
  • répéter des rituels apaisants avant la nuit ;
  • éviter de se tourner vers des médicaments pour dormir sans avis médical.

Ce que cela change pour un senior en France

Les études évoquées par Infobae ont été menées aux États-Unis, au Royaume-Uni ou en Argentine, mais leurs enseignements concernent directement les seniors français. En France, les médecins du sommeil s’accordent sur des recommandations proches : privilégier une durée de sommeil nocturne adaptée à son besoin, maintenir une activité physique et sociale, et limiter les siestes à des épisodes courts en début d’après-midi.

Dans la pratique, beaucoup de retraités français adoptent spontanément la sieste après le déjeuner. Les travaux internationaux suggèrent que cette habitude reste compatible avec un vieillissement en bonne santé si :

  • la somnolence ne s’impose pas dès le matin ;
  • la sieste conserve un caractère ponctuel ou modéré, sans s’allonger au-delà de 30 à 40 minutes ;
  • le sommeil nocturne garde une structure satisfaisante, sans réveils exagérément nombreux ni lever trop précoce.

Une augmentation soudaine du besoin de sieste, surtout en matinée, peut en revanche constituer un signal utile à évoquer avec un médecin généraliste ou un spécialiste du sommeil. En France, ces consultations sont assurées dans des centres du sommeil, souvent rattachés à des services de neurologie, de pneumologie ou de psychiatrie.

Comprendre quelques notions clés sur le sommeil et la sieste

Les chercheurs parlent souvent de « vieillissement biologique » ou « vieillissement plus rapide des organes ». Il s’agit d’une notion différente de l’âge civil inscrit sur la carte d’identité. Le vieillissement biologique se fonde sur des marqueurs mesurés dans le sang, l’ADN, l’imagerie ou le fonctionnement des organes, qui traduisent l’usure réelle de l’organisme.

Lorsque les études lient manque de sommeil, excès de sommeil ou siestes prolongées à un vieillissement plus rapide, elles ne signifient pas que ces habitudes causent à elles seules la dégradation de la santé. Elles indiquent qu’elles marchent souvent de pair avec des troubles préexistants, comme des maladies cardiovasculaires, métaboliques, ou des troubles neurologiques.

Une sieste inhabituelle par sa durée ou son horaire fonctionne avant tout comme un thermomètre de l’état de santé global.

Pour un senior, l’intérêt de ces données est très concret : observer ses propres habitudes de sieste peut aider à repérer un changement de forme générale, une dépression débutante ou un trouble du sommeil, et inciter à consulter plus tôt.

À l’inverse, une sieste courte, régulière et bien placée dans la journée, intégrée dans un mode de vie actif socialement et physiquement, apparaît dans ces travaux comme compatible avec un vieillissement plus harmonieux du cerveau et du reste du corps.

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