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Deux personnes avec le même IMC, un risque cardiaque très différent : ce n’est pas la balance qui le révèle, mais un mètre ruban

Deux personnes avec le même IMC, un risque cardiaque très différent : ce n'est pas la balance qui le révèle, mais un mètre ruban

Aux États-Unis, une vaste étude montre que deux personnes avec le même poids n’ont pas du tout le même risque cardiaque.

Un chiffre sur la balance, un calcul d’IMC et le verdict tombe souvent trop vite. Or, selon une étude américaine relayée par le site scientifique néerlandais Scientias, la manière dont la graisse se répartit sur le corps pèserait bien plus lourd dans le risque de maladies cardiovasculaires que le poids lui-même. Et pour la mesurer, un simple mètre ruban ferait mieux le travail que l’IMC, même après vingt ans de suivi.

IMC : un chiffre simple, mais aveugle à la répartition des kilos

L’indice de masse corporelle, ou IMC, reste la référence dans de nombreux cabinets médicaux. Il se calcule en divisant le poids en kilos par le carré de la taille en mètres. Ce nombre classe une personne en « poids normal », « surpoids » ou « obésité ».

Problème : cet indicateur ne dit rien sur l’endroit où se loge la graisse. Or cet emplacement change tout. L’étude américaine citée par Scientias a suivi plus de 260 000 personnes pendant environ vingt ans. Les chercheurs se sont intéressés non seulement à l’IMC, mais aussi au tour de taille et au rapport taille-hanches.

Ce travail montre que la graisse profonde au niveau du ventre, autour des organes, est bien plus liée au risque de maladie cardiaque et de diabète que la graisse directement sous la peau.

Un simple tour de taille capte déjà une partie de cette différence. Les chercheurs ont publié leurs résultats dans la revue scientifique JACC, spécialisée dans la cardiologie.

Deux personnes avec le même IMC, des risques très différents

Les scientifiques ont croisé les données de dizaines de milliers de participants. Objectif : repérer ceux qui, selon l’IMC, semblaient « en sécurité », mais dont le tour de taille racontait une autre histoire.

Un « poids normal » peut masquer une taille trop large

Dans le groupe classé en « poids normal » sur la base de l’IMC, environ 5 % présentaient en réalité un tour de taille trop élevé. Ce pourcentage grimpait à 18 % lorsque les chercheurs utilisaient le rapport taille-hanches comme critère.

Chez les personnes en surpoids, la situation se dégradait nettement : environ 40 % d’entre elles entraient dans la zone à risque, quel que soit l’indicateur de graisse abdominale retenu (tour de taille ou rapport taille-hanches).

Les participants avec une taille jugée trop large ont présenté, au fil des années, plus d’infarctus, d’accidents vasculaires cérébraux, d’insuffisances cardiaques, de troubles du rythme et de décès que les autres.

Pour la plupart de ces événements, leur risque était supérieur de 15 à 50 % par rapport à ceux dont la graisse se répartissait de manière plus favorable, alors même que l’IMC pouvait être identique.

Obésité sur la balance, mais taille « protégée »

Le constat inverse est tout aussi frappant. Dans la catégorie des personnes considérées comme obèses sur la seule base de l’IMC, certains présentaient en réalité une morphologie moins inquiétante.

Quand un IMC élevé n’augmente pas forcément le danger cardiaque

Parmi ces personnes « obèses » selon l’IMC :

  • 9 % avaient un tour de taille considéré comme sûr ;
  • près de la moitié affichaient un rapport taille-hanches jugé favorable.

Chez cette fraction de la population, les chercheurs n’ont pas observé de risque cardiaque plus élevé que chez des personnes de poids normal avec une petite taille. Pour la mortalité toutes causes confondues, leur risque ressortait même comme plus bas.

Les auteurs de l’étude appellent à la prudence face à ce résultat surprenant. Les grandes enquêtes de population font parfois apparaître ces « paradoxes », où un facteur considéré comme défavorable semble associé à un meilleur pronostic. Cela peut être lié à d’autres caractéristiques des personnes concernées, pas forcément à la graisse elle-même.

Un mètre ruban dans les cabinets médicaux, une arme sous-utilisée

Malgré ces limites, le message de l’équipe de recherche reste très clair : les professionnels de santé gagneraient à intégrer systématiquement les mesures de tour de taille ou de rapport taille-hanches, et ce pour toute la gamme de l’IMC.

Un mètre ruban coûte presque rien, la mesure prend quelques secondes, mais elle apporte une information que l’IMC ne fournit pas : la répartition de la graisse, clé du risque cardiovasculaire.

Dans la pratique, rappelent les auteurs cités par Scientias, cette mesure est encore largement oubliée. L’IMC continue d’être utilisé comme test de base, alors qu’il ne distingue pas entre masse musculaire et masse grasse, ni entre graisse abdominale profonde et graisse sous-cutanée.

Ce que la grande étude américaine ne permet pas d’affirmer

Les chercheurs insistent eux-mêmes sur les limites de leur travail. Il s’agit d’une étude de population, pas d’un essai expérimental. Ils observent que les personnes avec une taille plus large développent davantage de problèmes cardiaques, mais ils ne prouvent pas que ce tour de taille est la cause directe de ces maladies.

Autre point faible : ils ne disposaient pas d’informations détaillées sur l’activité physique, l’alimentation ou la prédisposition génétique à l’obésité des participants. Or ces facteurs influencent à la fois la répartition de la graisse et le risque de maladies cardiovasculaires. Ils peuvent donc brouiller le lien observé.

La mesure de la taille n’a eu lieu qu’une seule fois, au début du suivi. Impossible, dès lors, de savoir comment le corps de chaque participant a évolué durant les vingt années suivantes.

Le tour de taille et le rapport taille-hanches ne donnent d’ailleurs pas exactement les mêmes résultats : pour un poids normal, l’un alerte chez 5 % des personnes, l’autre chez 18 %.

Les auteurs laissent donc ouverte la question de savoir quel indicateur est le plus pertinent. Enfin, les chiffres avancés concernent un risque relatif : être exposé à « 50 % de risque en plus » n’a pas la même portée si le risque de départ est très faible ou déjà élevé.

IMC, tour de taille, rapport taille-hanches : que mesurent-ils vraiment ?

Derrière ces indicateurs se cachent en réalité des types de graisse différents :

Indicateur Ce qu’il mesure Limite principale
IMC Rapport poids/taille Ne voit pas la répartition de la graisse ni la masse musculaire
Tour de taille Volume au niveau de l’abdomen Ne distingue pas entre graisse profonde et sous-cutanée
Rapport taille-hanches Proportion du ventre par rapport aux hanches Plus complexe à mesurer correctement

La graisse viscérale, logée profondément autour des organes, apparaît régulièrement dans les travaux scientifiques comme la plus associée au diabète de type 2 et aux maladies cardiovasculaires. À l’inverse, la graisse située sous la peau, notamment au niveau des hanches et des cuisses, semble moins liée à ces complications.

Ce que cela signifie pour un lecteur en France

En France, l’IMC reste également largement utilisé, que ce soit chez le médecin généraliste, dans les bilans de santé ou dans les recommandations officielles. Le tour de taille figure bien dans certains protocoles, mais il est loin d’être mesuré à chaque consultation.

Les agences sanitaires françaises insistent déjà sur le rôle de la graisse abdominale dans le risque cardiovasculaire et métabolique. L’étude américaine mise en avant par Scientias vient conforter cette approche : un patient avec un IMC « normal » mais un ventre important peut nécessiter une surveillance plus attentive, alors qu’une personne avec un IMC élevé mais une taille relativement fine n’a pas forcément le même profil de risque qu’une autre au ventre très proéminent.

Pour un lecteur français, l’enseignement pratique reste donc nuancé : l’IMC garde un intérêt comme indicateur simple, mais il ne suffit pas pour évaluer le risque cardiaque réel. La circonférence de la taille et, idéalement, son rapport aux hanches, fournissent des informations complémentaires utiles lors d’un bilan avec un professionnel de santé.

Un exemple concret pour mieux visualiser le risque

Imaginez deux personnes de même taille et de même poids, par exemple 1,70 m pour 75 kg. Leur IMC est identique. Sur la balance, elles se ressemblent. Mais la première a un ventre très marqué et peu de hanches, la seconde un ventre plat et des hanches plus développées.

Sur le papier, leur IMC raconte la même histoire. Pour leur cœur, en revanche, les perspectives peuvent diverger très nettement.

Dans le scénario mis en avant par l’étude, la première afficherait un tour de taille et un rapport taille-hanches défavorables, traduisant davantage de graisse abdominale profonde. Elle se rapprocherait du profil associé à un risque accru d’infarctus, de diabète et d’insuffisance cardiaque. La seconde, à tour de taille plus faible, ressemblerait davantage aux profils qui, à IMC égal, ne présentent pas de risque cardiovasculaire majoré.

Cette différence rappelle qu’un suivi médical ne devrait pas se résumer à un chiffre d’IMC, mais combiner plusieurs mesures simples, dont le tour de taille, un examen clinique et un échange sur l’hygiène de vie, le tout encadré par un professionnel de santé qualifié.

Questions fréquentes

Pourquoi l'IMC ne suffit-il pas pour évaluer le risque cardiaque ?

L'IMC ne mesure que le rapport poids-taille sans distinguer où se loge la graisse ni différencier la masse musculaire de la masse grasse. Or, la graisse viscérale profonde au niveau du ventre est bien plus liée aux maladies cardiovasculaires que l'IMC seul.

Quel indicateur remplace le mieux l'IMC pour évaluer le risque cardiovasculaire ?

Selon l'étude, le tour de taille ou le rapport taille-hanches offrent une meilleure indication du risque cardiaque. Ces mesures capturent la répartition de la graisse abdominale, clé du risque cardiovasculaire, et coûtent presque rien à évaluer.

Peut-on avoir un IMC élevé sans risque cardiaque accru ?

Oui, l'étude montre que parmi les personnes classées obèses selon l'IMC, environ 9 % avaient un tour de taille considéré comme sûr et ne présentaient pas de risque cardiaque plus élevé que les personnes de poids normal avec une petite taille.

Quelles sont les limites de cette étude ?

Il s'agit d'une étude de population observationnelle, non d'un essai expérimental, qui ne prouve pas une relation de cause à effet. L'étude manquait d'informations détaillées sur l'activité physique, l'alimentation et la génétique, et la taille n'a été mesurée qu'une seule fois au début du suivi.

Qu'est-ce que la graisse viscérale et pourquoi est-elle plus dangereuse ?

La graisse viscérale est la graisse profonde logée autour des organes internes au niveau du ventre. Elle est régulièrement associée dans la littérature scientifique au diabète de type 2 et aux maladies cardiovasculaires, contrairement à la graisse sous-cutanée des hanches et cuisses qui présente moins de risques.

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