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Les Maldives instaurent une taxe de 17 % sur les séjours : d’autres destinations pourraient suivre si le dispositif fonctionne

Les Maldives instaurent une taxe de 17 % sur les séjours : d'autres destinations pourraient suivre si le dispositif fonctionne

Aux Maldives, en pleine crise économique et politique, une nouvelle taxe sur les séjours touristiques inquiète les professionnels du voyage.

Le gouvernement des Maldives a décidé d’étendre une taxe de 17 % aux marges des voyagistes étrangers vendant des séjours dans l’archipel. Une mesure qui intervient dans un contexte de crise aiguë et qui, selon le média professionnel britannique Travel Weekly, fait craindre un report des clients vers d’autres destinations concurrentes.

Une taxe de 17 % désormais appliquée aux marges des agences étrangères

Depuis le 1er octobre, la Tourism Goods and Services Tax (T-GST), l’impôt sur les biens et services touristiques des Maldives, ne concerne plus seulement les entreprises implantées sur place. Elle s’applique aussi à la marge ou à la commission des plateformes de réservation en ligne, tour-opérateurs et agences de voyages étrangers qui vendent des séjours dans le pays.

Concrètement, un voyagiste basé en Europe ou ailleurs qui commercialise des vacances aux Maldives doit désormais ajouter 17 % de taxe sur sa marge liée à ces ventes. Cette extension s’ajoute à la T-GST déjà payée par les hôtels, les resorts et les autres prestataires touristiques locaux.

La T-GST, créée aux Maldives en 2011 à 3,5 %, atteint aujourd’hui 17 % et vise désormais aussi les marges des vendeurs étrangers de séjours.

Les grandes stations balnéaires sont au cœur du dispositif. D’après Travel Weekly, elles supportent déjà l’essentiel de la T-GST : environ 86 % des touristes britanniques séjournent dans ces resorts, qui contribuent donc massivement aux recettes fiscales du pays.

Une crise économique, monétaire et politique en toile de fond

Ce durcissement fiscal intervient alors que les Maldives traversent une période très difficile. L’archipel dépend presque entièrement des importations, payées en dollars, et fait face à une grave pénurie de devises. La dette extérieure, la hausse du coût de la vie et l’inflation nourrissent un mécontentement populaire exprimé par des manifestations de grande ampleur ces deux dernières années.

Le tourisme représente la principale source de revenus en devises. Or, les arrivées ont reculé de plus de 20 % en mars et avril par rapport à l’année précédente. La perturbation du trafic aérien liée au conflit entre les États-Unis et l’Iran, combinée à des prix du carburant élevés, renchérit les coûts d’acheminement et pèse sur la fréquentation.

Pour tenter de stabiliser ses réserves de devises, le gouvernement maldivien a déjà imposé aux grands resorts, depuis le 1er septembre, de faire transiter 40 % de leurs recettes en devises étrangères par les banques locales. La taxation accrue du tourisme s’inscrit dans cette même logique de captation de ressources.

Une hausse progressive de la T-GST depuis 2011

La T-GST n’est pas nouvelle, mais elle a fortement augmenté en un peu plus d’une décennie :

  • 2011 : introduction de la T-GST à 3,5 % sur les entreprises touristiques maldiviennes ;
  • puis relèvements successifs à 6 %, 8 %, 12 %, 16 % ;
  • aujourd’hui : 17 %, niveau actuel appliqué aux acteurs locaux et, désormais, aux marges des vendeurs étrangers de séjours.

Ce mouvement traduit la volonté de l’État maldivien de tirer davantage de recettes d’un secteur clé, mais aussi la fragilité d’une économie extrêmement dépendante de ce tourisme international haut de gamme.

Une décision prise en urgence, dénoncée comme « agressive » par la profession

Selon Travel Weekly, l’extension de la taxe à « tout produit touristique entrant ou service d’agence ou de réservation » fourni depuis l’étranger a été décidée en un temps record. Le gouvernement a présenté la modification le 15 août, et elle a été ratifiée le 31 août, le président Mohamed Muizzu affirmant qu’elle faisait suite à « une étude approfondie ».

Les organisations professionnelles jugent au contraire la mesure précipitée et mal calibrée. Au Royaume-Uni, l’association Abta, qui représente les agences de voyages et tour-opérateurs, a saisi directement le président maldivien. Elle lui a demandé de reporter la mise en œuvre de la taxe afin de mener une concertation avec la profession et d’exempter les agences étrangères qui agissent simplement pour le compte d’opérateurs.

Abta alerte sur un risque de bascule de la clientèle vers des destinations concurrentes si la fiscalité maldivienne devient trop lourde.

Les acteurs du secteur estiment aussi que les opérateurs ne devraient pas être taxés sur des réservations conclues avant le 1er octobre, date d’entrée en vigueur du dispositif. L’absence de période de transition crée des difficultés contractuelles et comptables pour des entreprises qui ont souvent vendu ces séjours plusieurs mois à l’avance.

Un marché britannique modeste, mais stratégique

Le Royaume-Uni constitue le troisième marché source pour les Maldives, derrière la Chine et la Russie. Les Britanniques représentent environ 9 % des arrivées. Le volume n’a rien d’immense à l’échelle mondiale, mais il compte pour les spécialistes de l’océan Indien.

Travel Weekly indique que les visiteurs venant du Royaume-Uni ont dépassé pour la première fois les 200 000 sur une année, après un précédent niveau de 180 000. Ce segment alimente de nombreux voyagistes positionnés sur les séjours balnéaires haut de gamme et sur-mesure. Une taxe trop lourde pourrait fragiliser cette niche, déjà exposée à la concurrence d’autres destinations tropicales.

Une mise en œuvre compliquée et une question d’équité fiscale

Reste un obstacle majeur : l’application concrète de cette nouvelle taxe à des entreprises basées à l’étranger. L’administration fiscale maldivienne, Mira, n’a aucun droit légal direct d’accès aux comptes des sociétés étrangères. Elle devra se contenter de déclarations volontaires de la part des opérateurs concernés.

L’association des agences et opérateurs maldiviens, Matato, met en garde : ce dispositif sera « extrêmement difficile à faire respecter ». Sans mécanisme clair de contrôle, l’extension de la T-GST risque de rester partielle et de créer une concurrence déséquilibrée entre ceux qui se conforment à la règle et ceux qui y échappent.

Mira a toutefois demandé à toutes les entreprises déjà enregistrées à la T-GST aux Maldives de lui transmettre les coordonnées des tour-opérateurs, plateformes de réservation (OTAs) et « bed banks » étrangers avec lesquels elles travaillent. Ces « bed banks » sont des grossistes qui achètent des nuitées en gros pour les revendre à des agences ou sites de réservation.

La mesure s’inscrit dans un mouvement plus large : taxer les plateformes mondiales là où elles génèrent leurs revenus, pour que davantage d’argent reste dans les pays de destination.

L’idée de mieux capter les bénéfices de géants comme Booking.com ou Airbnb trouve un écho dans de nombreux pays en développement. Mais frapper au passage de petites agences indépendantes et des spécialistes de niche suscite une forte contestation, y compris chez les partenaires étrangers qui alimentent le flux de touristes vers l’archipel.

Les Maldives, laboratoire fiscal pour d’autres destinations touristiques ?

L’enjeu dépasse largement le cas des Maldives. Comme le souligne Travel Weekly, les gouvernements d’autres destinations touristiques font face, eux aussi, à des coûts d’emprunt croissants et à une hausse des prix de l’énergie. Si l’expérience maldivienne parvient à générer des recettes significatives sans faire fuir massivement les touristes, d’autres pays pourraient être tentés de suivre cette voie.

Beaucoup de destinations estiment qu’une part trop faible des revenus du tourisme international reste réellement sur leur territoire, une grande partie des marges étant captée par des acteurs basés dans les pays émetteurs. Étendre la fiscalité aux commissions des vendeurs étrangers représente une tentative de rééquilibrage.

Pays de destination Objectif principal Risque identifié
Maldives Augmenter les recettes en devises et stabiliser la situation financière Perte de compétitivité face à d’autres îles tropicales
Autres destinations touristiques Mieux taxer les plateformes et voyagistes étrangers Décourager une partie de la clientèle internationale

Un éventuel effet domino dépendra de la réaction du marché : si les volumes de visiteurs restent stables et si les prix finaux n’augmentent pas trop, la mesure pourrait être perçue comme un modèle. À l’inverse, une chute nette des réservations enverrait un signal d’alerte à tous les pays qui envisagent une fiscalité similaire.

Ce que cela change pour un voyageur ou un professionnel français

Pour un touriste français achetant un voyage aux Maldives via un tour-opérateur ou une agence, la taxe n’apparaîtra pas forcément comme une ligne distincte sur la facture. Elle pèsera surtout sur le coût de revient du séjour pour le professionnel, qui pourra choisir de l’absorber partiellement ou totalement, ou de la répercuter dans son prix de vente.

En France, la situation fiscale diffère. Les prestations touristiques sont, en règle générale, soumises à la TVA, et les agences de voyages sont déjà intégrées au système fiscal français, y compris pour la part de leur activité réalisée à l’étranger. Le principe posé par les Maldives va plus loin : le pays de destination cherche à taxer directement la marge générée hors de son territoire, sur des ventes de séjours qui lui sont dédiés.

Pour les professionnels français spécialistes de l’océan Indien, cette évolution crée un niveau de complexité supplémentaire : ils doivent suivre des règles fiscales locales en plus de la réglementation française et européenne. Sans information précise et sans accompagnement, le risque d’erreur ou de non-conformité augmente.

Risques et arbitrages pour les acteurs français du voyage

Plusieurs choix s’offrent aux opérateurs :

  • maintenir l’offre Maldives, accepter une baisse de marge en intégrant la taxe ;
  • augmenter les prix, avec le risque de voir les clients se tourner vers d’autres îles (Seychelles, Maurice, Réunion, Polynésie, Caraïbes…) ;
  • réduire la mise en avant de la destination, voire en sortir partiellement, si la rentabilité devient insuffisante.

Pour les voyageurs français, l’arbitrage peut aussi évoluer. Face à une hausse potentielle des tarifs, certains pourraient opter pour des séjours balnéaires plus courts mais plus proches, ou se tourner vers d’autres pays sans surtaxe spécifique sur la marge des intermédiaires.

Une mesure à suivre dans le temps

La nouvelle fiscalité maldivienne soulève plusieurs questions concrètes : la capacité réelle de l’administration à contrôler les marges des opérateurs étrangers, la volonté des grandes plateformes de collaborer, ou encore l’effet sur la structure des prix dans le haut de gamme touristique.

Le cas des Maldives illustre aussi une tension récurrente dans les économies touristiques : comment capter davantage de valeur sans casser l’attractivité de la destination. Pour un lecteur français, qu’il soit futur voyageur ou professionnel du tourisme, cette expérience sert d’exemple des limites et des risques d’une fiscalité ciblant directement les marges des vendeurs étrangers de séjours.

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