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Sa fille lui demande si elle aime plus son téléphone qu’elle : ce psychologue alerte sur notre attachement au smartphone

Sa fille lui demande si elle aime plus son téléphone qu'elle : ce psychologue alerte sur notre attachement au smartphone

Aux États-Unis, un psychologue met en garde contre l’usage compulsif du smartphone des parents, accusé de fragiliser le lien affectif avec leurs enfants.

Un travail de recherche mené aux États-Unis sur 600 adolescents alerte sur une dérive très actuelle : des parents happés par leur téléphone au point que certains enfants se sentent relégués au second plan. Le psychologue américain Don Grant, cité par le média en ligne argentin Clarín, y voit un risque concret pour la santé émotionnelle des jeunes et la qualité de leurs futures relations.

Une question déchirante à l’origine de l’étude

À l’origine de cette recherche, Don Grant, psychologue clinique et chercheur au Newport Healthcare Center for Research and Innovation, raconte avoir observé depuis une dizaine d’années un changement progressif chez les familles qu’il suit.

En consultation, il voit de plus en plus d’adolescents dérangés par l’omniprésence du téléphone dans la main de leurs parents. Ils décrivent des repas interrompus par des notifications, des conversations coupées net, des soirées passées chacun sur son écran.

Selon Don Grant, des adolescents lui ont confié ressentir une « concurrence » constante entre eux et le smartphone de leurs parents.

Le déclic survient lorsqu’une collègue psychologue le contacte. Sa fille, choquée, vient de lui poser une question brutale : sa mère aime-t-elle davantage son téléphone qu’elle ? Don Grant rapporte que sa collègue est restée « stupéfaite et dévastée ». Pour lui, cette scène résume un sentiment partagé par beaucoup de jeunes, mais rarement exprimé avec une telle clarté.

Ce que les chercheurs ont voulu mesurer

Pour comprendre l’ampleur du phénomène, l’équipe de Newport Healthcare s’est appuyée sur un concept central en psychologie : le style d’attachement. Il s’agit de la manière dont une personne crée et vit ses liens affectifs, qu’il s’agisse des parents, des amis ou plus tard des partenaires amoureux.

Les spécialistes distinguent principalement :

  • L’attachement sécurisé : l’enfant se sent globalement en sécurité, écouté, soutenu. Il peut faire confiance aux autres et à lui-même.
  • L’attachement insécure : l’enfant doute de la disponibilité de ses proches. Cela peut se traduire par de l’anxiété, une quête permanente de réassurance ou, à l’inverse, une tendance à éviter les relations pour se protéger.

Don Grant rappelle que cet attachement n’est pas figé :

Le psychologue souligne que « l’attachement est malléable » et peut, même après une enfance stable, se fragiliser à l’adolescence si le climat relationnel change.

Autrement dit, un enfant qui grandit avec un lien plutôt solide peut voir cet équilibre se fissurer si, au fil des années, ses parents deviennent émotionnellement moins disponibles, notamment parce qu’ils sont absorbés par leurs écrans.

Une échelle pour mesurer l’interférence du smartphone

Pour mener l’enquête, l’équipe américaine a conçu un outil spécifique : l’« Échelle d’interférence de l’attachement par les dispositifs ». Cette échelle invite les adolescents à évaluer à quel point ils ont l’impression que leurs parents prêtent plus d’attention à leur téléphone qu’à eux.

Les questions portent, par exemple, sur :

  • la fréquence à laquelle un parent coupe une conversation pour regarder son téléphone ;
  • la sensation que le smartphone est prioritaire lors des moments en famille ;
  • l’impact sur la communication, la disponibilité émotionnelle et le temps partagé.

Les chercheurs ont ensuite recruté 600 adolescents âgés de 12 à 17 ans, représentatifs de la population américaine. Chacun a répondu à deux types de questionnaires : l’un sur son style d’attachement, l’autre sur sa perception de l’usage du téléphone par ses parents.

Un lien net entre distraction numérique et attachement insécure

Les résultats, publiés dans la revue scientifique Frontiers in Psychology, mettent en évidence une association claire. Plus les adolescents ont le sentiment que le smartphone interfère dans la relation avec leurs parents, plus les signes d’attachement insécure apparaissent fréquents.

Plus la sensation de « compétition » avec le téléphone des parents est forte, plus l’anxiété ou l’évitement relationnel chez l’adolescent semble marqué.

Les chercheurs observent ce lien à la fois pour les formes anxieuses d’attachement (peur d’être abandonné, besoin constant d’être rassuré) et pour les formes évitantes (tendance à se fermer, à minimiser ses besoins affectifs pour ne pas souffrir).

Don Grant reconnaît avoir été surpris par l’ampleur des résultats : il s’attendait à une influence, mais pas à un lien aussi significatif dans l’ensemble des données recueillies.

Un avertissement particulièrement adressé aux parents millennials

Pour le psychologue, ce travail doit servir de signal d’alarme, en particulier pour les parents de la génération millennial, ces adultes ayant grandi avec internet, les réseaux sociaux et les premiers smartphones.

Certains d’entre eux, qualifiés parfois de « natifs du numérique », ont intégré très tôt l’usage intensif des écrans. Ils ont ensuite eu des enfants sans toujours mesurer que leur propre rapport au téléphone pouvait affecter la sécurité émotionnelle de ces derniers.

Don Grant considère que les parents millennials « doivent connaître » ces résultats pour limiter les effets négatifs possibles de leurs écrans sur le sentiment de sécurité de leurs enfants.

Le message ne vise pas uniquement les familles américaines. Dans n’importe quel pays où le smartphone occupe une place centrale, les mêmes mécanismes peuvent exister : notifications permanentes, écrans au travail, dans les transports, à table, jusque dans la chambre.

Le smartphone n’est pas le seul en cause

Les auteurs du travail restent prudents : ils parlent de corrélation, pas de cause directe. Rien ne permet d’affirmer, à ce stade, que le téléphone crée à lui seul un attachement insécure.

Il est aussi possible que des adolescents déjà fragiles sur le plan affectif perçoivent plus facilement leurs parents comme distants, quel que soit l’usage réel du smartphone. Dans certains foyers, le téléphone peut aussi être un refuge ou un outil de travail, ce qui complique la lecture du phénomène.

Les chercheurs insistent néanmoins sur un point : la répétition de petites interruptions au fil des années peut, cumulée, peser sur le climat affectif.

De courtes distractions, multipliées quotidiennement, finissent par envoyer un message implicite : « ce qui se passe sur mon écran est plus important que toi ».

Don Grant ne prône pas pour autant une présence parentale parfaite. Il ne demande pas aux adultes de poser leur téléphone à chaque fois qu’un enfant réclame quelque chose. Il suggère plutôt une attitude plus consciente et des réponses, même brèves, aux sollicitations.

Reconnaître la demande d’un enfant sans diaboliser les écrans

Le psychologue rappelle que les smartphones restent des outils utiles, et qu’un parent peut avoir besoin d’y recourir pour son travail ou son organisation quotidienne. Ce qui compte, selon lui, c’est la manière de gérer les moments où l’enfant cherche un contact.

Pour limiter les dégâts, il propose des gestes simples :

  • lever les yeux quelques secondes lorsque l’enfant parle ;
  • répondre à une question avant de replonger dans son téléphone ;
  • annoncer clairement que l’on doit terminer une tâche puis revenir vers l’enfant ;
  • prévoir des plages « sans écran » pendant les repas ou avant le coucher.

Ces réactions aident l’enfant à ressentir que, même occupé, son parent reste disponible et attentif à ses émotions. À l’inverse, une indifférence répétée peut, avec le temps, entamer ce sentiment de sécurité.

Qu’en est-il pour les familles en France ?

En France, les préoccupations autour de l’usage du smartphone en famille rejoignent celles évoquées par l’étude américaine, même si les données précises sur le lien avec l’attachement restent encore limitées.

Les pédiatres, pédopsychiatres et psychologues français alertent déjà sur plusieurs points :

  • le temps d’écran très élevé, y compris chez les plus jeunes ;
  • la difficulté pour certains parents à imposer des règles qu’eux-mêmes ne respectent pas toujours ;
  • la tentation de confier un écran à l’enfant pour le calmer, au détriment d’autres formes d’échange.

En cabinet, nombre de professionnels rapportent des situations proches de celles décrites aux États-Unis : des enfants qui se sentent ignorés lorsque leurs parents sont rivés à leur smartphone sur le canapé, au restaurant ou à la sortie de l’école.

Les recommandations françaises vont dans le même sens que celles de Don Grant : instaurer des rituels sans écran (repas, temps de jeu partagé, lecture du soir), expliquer aux enfants pourquoi les parents doivent parfois utiliser leur téléphone, et montrer l’exemple en posant soi-même l’appareil à certains moments clés.

Un enjeu de santé émotionnelle à long terme

L’étude américaine, en reliant usage parental du smartphone et attachement insécure, met en lumière un risque qui dépasse largement la simple « politesse » ou la bonne éducation. Il s’agit de la façon dont un adolescent se construit, apprend à faire confiance et se prépare à ses relations futures.

Un attachement fragilisé peut influencer la manière de gérer les conflits, la capacité à rester en couple ou à entretenir des amitiés stables. Pour un parent, savoir que son téléphone peut peser dans cette balance incite à reconsidérer certains automatismes.

À l’inverse, prendre la peine de répondre, de regarder son enfant et de ménager de vrais temps de disponibilité, même brefs, renforce la base de sécurité sur laquelle il pourra s’appuyer toute sa vie. Les chercheurs américains rappellent ainsi qu’un changement, même tardif, reste possible, puisque l’attachement demeure évolutif tout au long de l’adolescence.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'attachement insécure et comment se manifeste-t-il ?

L'attachement insécure désigne une relation affective fragile où l'enfant doute de la disponibilité de ses proches. Il peut entraîner de l'anxiété, une quête permanente de réassurance, ou à l'inverse une tendance à éviter les relations pour se protéger.

Y a-t-il une relation directe de cause à effet entre le smartphone et l'attachement insécure ?

L'étude montre une corrélation claire, mais pas une cause directe établie. Les chercheurs restent prudents : d'autres facteurs peuvent jouer un rôle, comme la fragilité émotionnelle préexistante de l'adolescent ou le rôle du téléphone comme outil de travail pour le parent.

Quels sont les conseils du psychologue pour les parents ?

Don Grant ne prône pas une absence totale de téléphone, mais une attitude consciente : reconnaître les demandes de l'enfant sans diaboliser les écrans, et répondre aux sollicitations même brièvement pour signifier que l'enfant est prioritaire.

Pourquoi cette étude cible-t-elle particulièrement les parents millennials ?

Les parents millennials ont grandi avec internet et les premiers smartphones, intégrant très tôt un usage intensif des écrans. Souvent « natifs du numérique », ils peuvent ne pas toujours mesurer comment leur rapport au téléphone affecte la sécurité émotionnelle de leurs enfants.

L'attachement peut-il se fragiliser après une enfance stable ?

Oui, selon Don Grant, l'attachement est « malléable » et peut se fragiliser à l'adolescence si le climat relationnel change, notamment si les parents deviennent émotionnellement moins disponibles en raison de l'absorption par leurs écrans.

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