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Un spécialiste de la médecine capillaire alerte sur les compléments contre la chute de cheveux : « L’accumulation de certains nutriments génère une toxicité métabolique »

Un spécialiste de la médecine capillaire alerte sur les compléments contre la chute de cheveux : « L'accumulation de certains nutriments génère une toxicité métabolique »

En Espagne, un médecin spécialiste du cuir chevelu met en garde contre l’usage anarchique de compléments alimentaires pour stopper la chute de cheveux.

Interrogé par le média espagnol EFE, le docteur Amir Tarighpeyma, tricologue et spécialiste en médecine capillaire, alerte sur les risques d’une consommation de compléments contre la chute de cheveux sans avis médical préalable. Selon lui, cette pratique, très répandue, expose à des déséquilibres nutritionnels et à une véritable toxicité métabolique, loin des promesses de « cure miracle » souvent mises en avant dans les rayons de pharmacies et sur internet.

Des compléments capillaires loin d’être anodins

En Espagne, comme en France, les compléments « anti-chute » se multiplient : gélules de vitamines, cocktails de minéraux, formules à base de plantes… Le docteur Amir Tarighpeyma rappelle qu’ils ne sont pas des bonbons. Pris sans indication précise, ils ne répondent pas aux causes réelles de la chute et peuvent même aggraver la situation.

Prendre des compléments pour la chute des cheveux sans diagnostic médical n’est pas seulement inutile : cela peut devenir contre-productif et nuire à l’organisme.

Le médecin insiste : la nutricosmétique capillaire, ces comprimés censés agir de l’intérieur sur la beauté et la densité du cheveu, ne représente en aucun cas une solution universelle. Chaque chute de cheveux a son histoire, ses mécanismes propres, et ne se corrige pas par un apport systématique et généralisé de nutriments.

Selon lui, l’utilisation de ces produits doit rester limitée à des situations bien définies et « toujours sous critère médical ». Autrement dit, c’est au médecin – dermatologue, tricologue ou médecin généraliste formé au sujet – de décider si un complément est pertinent, et lequel.

Des circonstances très précises justifient un complément

Le docteur Tarighpeyma décrit plusieurs situations cliniques où un complément peut réellement se justifier :

  • un déficit analytique spécifique, mis en évidence par une prise de sang (manque de fer, de certaines vitamines ou d’oligoéléments) ;
  • une augmentation de la demande métabolique, quand l’organisme consomme davantage de nutriments qu’habituellement ;
  • des restrictions alimentaires importantes (régimes d’exclusion, alimentation très déséquilibrée) ;
  • un stress oxydatif élevé, qui altère la santé cellulaire et la qualité du follicule pileux.

Dans ces cas, les suppléments viennent corriger une carence ou soutenir l’organisme dans une période où il est mis à rude épreuve. Mais, précise le spécialiste, décider seul d’en prendre « à l’aveugle » revient à ignorer la complexité du métabolisme.

« Plus » de vitamines ne rime pas avec « mieux » pour les cheveux

Le praticien rejette frontalement l’idée, très répandue, que multiplier les compléments ne peut « pas faire de mal ». Il parle même d’« erreur clinique ».

« L’accumulation systématique de certains nutriments génère une toxicité métabolique », avertit le docteur Amir Tarighpeyma.

Il prend l’exemple des vitamines liposolubles, comme la vitamine A. Contrairement aux vitamines hydrosolubles, mieux éliminées par l’urine, ces vitamines se stockent dans les tissus, notamment dans le foie. Lorsque les apports dépassent largement les besoins, ce stockage déborde et l’organisme bascule dans une hypervitaminose.

Situation paradoxale soulignée par le spécialiste : un excès de vitamine A, souvent promue pour sa « beauté de la peau et des cheveux », peut justement entraîner une chute capillaire. Le remède supposé se transforme alors en facteur aggravant.

Le médecin cite aussi le cas du zinc. À long terme, un apport trop important perturbe l’absorption d’un autre oligoélément, le cuivre. Ce déséquilibre finit par nuire indirectement à la santé capillaire, alors même que le zinc, en quantité adaptée, joue un rôle utile dans la croissance du cheveu.

L’analyse de sang, passage obligé avant tout traitement

Pour traiter efficacement une alopécie, qu’elle soit diffuse ou localisée, le spécialiste espagnol estime qu’un bilan biologique complet constitue un préalable incontournable.

Il juge « indispensable » d’identifier d’éventuelles carences par un examen sanguin ciblé avant d’envisager une supplémentation.

Les paramètres clés à analyser, détaille-t-il, concernent notamment :

Paramètre Rôle principal pour le cheveu
Ferritine Réserve de fer, essentielle à l’oxygénation du follicule
Vitamine D Implication dans la régulation du cycle pilaire et la santé cellulaire
Vitamine B12 Division cellulaire et renouvellement des tissus
Acide folique (vitamine B9) Synthèse de l’ADN et croissance des cellules folliculaires
Zinc Participation à la synthèse de kératine, protéine principale du cheveu

Ces éléments jouent un rôle central dans l’oxygénation des bulbes, la division des cellules du follicule et la production de kératine, brique de base de la fibre capillaire. Sans diagnostic précis, les compléments reviennent à « tirer au hasard » sur ces paramètres, au risque de créer de nouveaux déséquilibres.

Le spécialiste rappelle aussi un ordre de grandeur utile : « La perte physiologique oscille entre les 50 et 100 cheveux quotidiens », indique-t-il. En deçà ou autour de ce seuil, il s’agit souvent d’un renouvellement normal du cuir chevelu, qui ne justifie pas forcément de se précipiter sur des gélules.

Septembre, début d’une chute saisonnière souvent bénigne

Le docteur Tarighpeyma attire l’attention sur un phénomène qui peut inquiéter, à tort, de nombreux patients à la rentrée : l’augmentation temporaire des cheveux retrouvés sur la brosse ou dans la douche.

« Septembre marque le début de l’effluvium télogène saisonnier, un phénomène physiologique lié à la synchronisation du cycle capillaire », explique-t-il.

L’effluvium télogène désigne une phase où un grand nombre de cheveux passent en même temps au stade de chute. Ils ne sont pas en train de « mourir » brusquement : ce sont des fibres qui ont en réalité terminé leur cycle plusieurs mois plus tôt et qui se détachent enfin du cuir chevelu.

Le médecin précise que cette perte survient de façon synchrone et reste limitée dans le temps. D’après lui, le processus ne s’étend généralement pas au-delà de six à huit semaines. Il s’agit donc d’un épisode transitoire, qui ne débouche pas sur une calvitie dans la plupart des cas.

Quand faut-il consulter plutôt que se supplémenter ?

Plusieurs signaux doivent néanmoins inciter à consulter un professionnel de santé :

  • une chute abondante qui s’installe durablement au-delà de quelques semaines ;
  • des zones clairsemées bien visibles sur le cuir chevelu ;
  • une chute associée à une fatigue importante, un amaigrissement ou d’autres symptômes généraux ;
  • des antécédents familiaux d’alopécie précoce.

Dans ces situations, l’auto-prescription de compléments peut retarder un vrai diagnostic, qu’il s’agisse d’une carence, d’un dérèglement hormonal, d’une maladie auto-immune ou d’une alopécie androgénétique débutante.

Ce que cela implique pour les consommateurs français

Si l’avertissement du docteur Tarighpeyma concerne directement l’Espagne, il fait écho à des préoccupations similaires en France. Les compléments pour la chute des cheveux y sont également largement disponibles en pharmacies, parapharmacies et en ligne, souvent sans conseil médical personnalisé.

En France, la prise en charge de la chute de cheveux repose généralement sur le médecin traitant et le dermatologue, spécialiste de la peau, des ongles et des cheveux. Comme en Espagne, ces praticiens recourent à des analyses de sang ciblées avant de recommander une supplémentation, afin d’identifier d’éventuels déficits en fer, vitamines ou oligoéléments.

Les agences sanitaires françaises rappellent régulièrement que les compléments alimentaires ne se substituent pas à une alimentation équilibrée et qu’ils peuvent exposer à des surdosages, notamment pour certaines vitamines et minéraux. La logique évoquée par le médecin espagnol – se méfier du « plus, c’est mieux » – s’applique donc tout autant aux consommateurs français.

Comprendre quelques notions clés sur la chute de cheveux

Pour mieux saisir les messages du tricologue espagnol, certains termes méritent d’être précisés :

  • Trichologie : discipline médicale dédiée à l’étude des cheveux, du cuir chevelu et de leurs pathologies.
  • Cycle capillaire : chaque cheveu alterne une phase de croissance, une phase de repos puis une phase de chute. Ces cycles se chevauchent en permanence.
  • Effluvium télogène : épisode de chute diffuse où un grand nombre de cheveux passent en même temps en phase de chute. Il peut être saisonnier ou lié à un stress, une maladie, un accouchement, une chirurgie ou certains médicaments.
  • Toxicité métabolique : ensemble de troubles provoqués par une surcharge de nutriments que l’organisme ne parvient plus à gérer correctement.

Comprendre ces mécanismes aide à relativiser certains épisodes de chute et à distinguer ce qui relève d’un phénomène normal de renouvellement de ce qui nécessite réellement une prise en charge médicale.

Compléments, alimentation et hygiène de vie : un équilibre à trouver

L’avertissement du docteur Tarighpeyma n’implique pas que tout complément soit néfaste. Son message vise plutôt à redonner la priorité au diagnostic et à l’équilibre global du mode de vie : une alimentation variée, suffisamment riche en protéines, en fer, en vitamines du groupe B et en acides gras de qualité, constitue la base de la santé capillaire.

Les compléments peuvent parfois jouer un rôle d’appoint, sur une période définie et avec des doses adaptées, lorsque des carences sont confirmées. Leur usage doit s’inscrire dans une stratégie globale : bilan médical, prise en compte du stress, du sommeil, de l’hygiène du cuir chevelu et des traitements locaux ou médicamenteux éventuellement prescrits.

Pour toute personne inquiète de voir ses cheveux tomber davantage, l’exemple rapporté par EFE invite à un réflexe simple : avant d’ouvrir un flacon de gélules, ouvrir un dialogue avec un professionnel de santé, afin d’éviter que la recherche de solutions rapides ne débouche sur des déséquilibres plus difficiles à corriger.

Questions fréquentes

Combien de cheveux perdre par jour est considéré comme normal ?

Entre 50 et 100 cheveux par jour représentent une perte physiologique normale, qui correspond à un renouvellement ordinaire du cuir chevelu et ne justifie pas nécessairement de traitement.

Pourquoi perdre plus de cheveux en septembre ?

Septembre marque le début de l'effluvium télogène saisonnier, un phénomène physiologique où de nombreux cheveux passent simultanément au stade de chute. Ce processus transitoire dure généralement six à huit semaines et reste bénin dans la plupart des cas.

Quels examens médicaux sont indispensables avant de prendre des compléments capillaires ?

Une prise de sang ciblée doit vérifier les niveaux de ferritine, vitamine D, vitamine B12, acide folique et zinc. Ces paramètres permettent d'identifier les carences réelles justifiant une supplémentation adaptée.

L'excès de vitamine A peut-il causer une chute de cheveux ?

Oui, un apport excessif de vitamine A entraîne une hypervitaminose, car cette vitamine liposoluble s'accumule dans les tissus. Paradoxalement, ce surplus peut générer une chute capillaire malgré la réputation de cette vitamine pour la santé des cheveux.

Quand faut-il consulter un médecin plutôt que de se supplémenter seul ?

Il faut consulter en cas de chute abondante et durable au-delà de quelques semaines, de zones clairsemées visibles, de chute associée à de la fatigue ou un amaigrissement, ou d'antécédents familiaux d'alopécie précoce.

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