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Vous laissez votre téléphone en mode silencieux : selon une étude, vous le consultez presque deux fois plus souvent

Vous laissez votre téléphone en mode silencieux : selon une étude, vous le consultez presque deux fois plus souvent

Mettre son smartphone en mode silencieux semble logique pour rester concentré. Aux États-Unis, des chercheurs montrent l’effet inverse.

Une analyse relayée par le site américain StudyFinds s’appuie sur plusieurs travaux universitaires menés aux États-Unis pour comprendre ce que révèle vraiment le mode silencieux d’un téléphone. Loin d’être toujours un signe de maîtrise de soi, il pourrait, chez certains utilisateurs, amplifier l’obsession de vérifier son écran.

Le mode silencieux, symbole de maîtrise… en théorie

Dans l’imaginaire collectif, couper le son de son téléphone signifie reprendre le contrôle. On pense à l’étudiant concentré en amphithéâtre, au cadre en réunion, au parent qui veut profiter d’un moment en famille sans être interrompu par des notifications.

Cette perception flatteuse n’est pas totalement déconnectée de la réalité. Une étude menée en 2023 par le Media and Personality Lab de l’université Stanford, publiée dans le Journal of Personality and Social Psychology, a suivi deux groupes d’étudiants, 634 dans le premier puis 211 dans le second, pendant deux semaines. Les chercheurs ont combiné questionnaires de personnalité et données de suivi de l’usage du smartphone.

Ils se sont intéressés à un trait clé : la « conscienciosité », qui correspond à la capacité d’organisation, à la discipline personnelle et au sens du devoir. Les étudiants présentant ce profil utilisaient moins leur smartphone : moins de consultations et des sessions plus courtes.

À l’inverse, l’extraversion – tendance à rechercher le contact social et la stimulation – était associée à une utilisation plus fréquente du téléphone.

Une vaste méta-analyse publiée dans la revue Current Psychology a ensuite compilé 36 études, soit 15 660 participants. Elle aboutit à un résultat convergent : une faible conscienciosité, combinée à un niveau plus élevé de névrosisme (tendance à l’anxiété, aux ruminations) et d’extraversion, est liée à un usage problématique du mobile.

Moins on est organisé et stable émotionnellement, plus le smartphone risque de devenir envahissant.

Jusqu’ici, le récit semble limpide : les personnes les plus disciplinées sauraient mieux apprivoiser leur téléphone. Mais ces travaux ne se penchent pas sur un point précis : le rôle du mode silencieux lui-même.

Une étude de Penn State : le silencieux fait exploser le nombre de vérifications

C’est là qu’intervient un travail mené en 2022 par des chercheurs de l’université Penn State et publié dans la revue Computers in Human Behavior. Cette fois, l’objectif est très concret : mesurer l’impact des réglages de notification sur le nombre de fois où l’on regarde son smartphone.

Les scientifiques ont analysé les données de 138 utilisateurs d’iPhone. Ils ont comparé deux situations : téléphone en sonnerie ou en vibration, puis téléphone entièrement silencieux.

Résultat : lorsque le son ou la vibration est activé, les participants consultent leur smartphone en moyenne 52,9 fois par jour. Quand le téléphone est totalement muet, ce chiffre grimpe à 98,2 vérifications quotidiennes.

Passer son téléphone en mode silencieux a presque doublé le nombre de consultations : 98,2 fois par jour contre 52,9.

Autrement dit, pour cet échantillon, couper les alertes n’a pas réduit la présence du téléphone. Au contraire, les utilisateurs se sont mis à surveiller eux-mêmes l’écran, beaucoup plus souvent, au cas où quelque chose se serait passé.

Un effet encore plus marqué chez les personnes sujettes au « FOMO »

L’étude a mis en lumière un second facteur : le niveau de « FOMO », acronyme de Fear of Missing Out, que l’on peut traduire par « peur de rater quelque chose ». Les participants devaient indiquer leur accord avec des affirmations du type : se sentir anxieux en ne sachant pas ce que font les amis, ou craindre de manquer un événement social.

Chez les personnes affichant un FOMO élevé, l’effet du mode silencieux était encore plus fort. Quand leur téléphone vibrait, elles le regardaient autour de 50 fois par jour. Une fois passé en silencieux, ce chiffre montait à environ 120 vérifications quotidiennes.

Pour les utilisateurs les plus sujets au FOMO, le passage en silencieux a plus que doublé le nombre de consultations, jusqu’à environ 120 fois par jour.

Le chercheur S. Shyam Sundar, cité par StudyFinds, résume l’idée : enlever le son ne supprime pas l’incertitude sur ce qui se passe dans le téléphone. Et pour certains profils, cette incertitude devient plus perturbatrice qu’une vibration ponctuelle.

Il illustre ce phénomène avec la salle de cours : si tous les étudiants mettent leur téléphone en silencieux, certains restent mentalement accrochés à l’idée d’éventuels messages manqués au lieu de se concentrer sur le cours.

Calme maîtrisé ou anxiété silencieuse : que révèle votre réglage ?

Les différentes études ne mesurent pas exactement la même chose. Les travaux de Stanford et la méta-analyse de Current Psychology s’intéressent au lien entre traits de personnalité et usage global du smartphone. L’étude de Penn State se focalise sur un paramètre précis : le réglage des notifications.

En les mettant côte à côte, StudyFinds souligne un point clé : le mode silencieux n’envoie pas un signal unique et fiable sur la personnalité.

  • Chez une personne globalement peu accrochée à son téléphone, organisée et sereine, passer en silencieux peut s’inscrire dans une démarche cohérente de prise de distance.
  • Chez une personne très sujette au FOMO, le même réglage peut déclencher une surveillance quasi permanente de l’écran, nourrie par la peur de manquer une information.

Au final, deux utilisateurs affichant exactement la même icône « silencieux » sur leur smartphone peuvent avoir un rapport au numérique diamétralement opposé : l’un est détendu, l’autre en état de vigilance continue.

Quelles pistes pratiques pour mieux gérer son smartphone ?

Les chercheurs américains ne formulent pas de règle magique du type « toujours tout couper » ou « laisser tout allumé ». Leur message est plus nuancé : le problème ne vient pas uniquement du réglage, mais de la raison pour laquelle on le choisit.

Si quelqu’un coupe le son pour travailler, puis oublie réellement son téléphone pendant une heure, le mode silencieux accompagne une vraie régulation personnelle. Si, au contraire, cette personne coupe toutes les notifications mais se met à vérifier l’écran toutes les trois minutes par inquiétude, le réglage ne fait que déplacer le problème.

Pour les profils très sensibles au FOMO, l’étude laisse penser qu’il peut être plus efficace de réduire l’incertitude plutôt que de tout rendre muet. Par exemple :

  • se fixer des créneaux précis de consultation (toutes les 30 minutes ou toutes les heures, selon le contexte) ;
  • garder quelques notifications réellement prioritaires (appels de proches, messages professionnels urgents) et désactiver le reste ;
  • poser le téléphone hors de vue pendant les périodes où l’on veut se concentrer ;
  • prévenir ses proches qu’on sera moins joignable sur certains créneaux, pour réduire la peur de « rater » une demande pressante.

Et en France, comment s’inscrit cette question des notifications ?

En France, l’usage du mode silencieux s’inscrit dans un contexte où l’hyper-connexion est régulièrement pointée du doigt, que ce soit au travail, à l’école ou en famille. Les débats sur la « déconnexion » portent plutôt sur les temps et les espaces sans écran que sur tel ou tel réglage.

Dans le monde professionnel, le « droit à la déconnexion » figure dans le Code du travail. Il impose aux entreprises d’ouvrir une négociation sur les usages du numérique hors temps de travail, afin de limiter la pression des mails et messages professionnels le soir et le week-end. Cette obligation ne fixe pas précisément comment les salariés doivent paramétrer leurs téléphones, mais elle encourage des règles collectives.

À l’école, les collèges français appliquent l’interdiction d’utiliser un portable en classe, sauf projet pédagogique spécifique. Là encore, ce n’est pas le mode silencieux en lui-même qui est visé, mais la présence même du téléphone.

Pour autant, les problématiques observées dans les études américaines parlent directement au public français : peur de rater une information, besoin de vérifier ses applications en continu, difficulté à se concentrer quand le smartphone est posé à portée de main.

Comprendre quelques notions clés : FOMO, traits de personnalité et usage numérique

La notion de FOMO, omniprésente dans l’étude de Penn State, renvoie à une anxiété spécifique : celle de rater une expérience sociale, une nouvelle, un message important. Elle est renforcée par les réseaux sociaux, qui mettent en avant les moments forts de la vie des autres.

Les chercheurs la mesurent via des questionnaires où les participants indiquent dans quelle mesure ils se reconnaissent dans certaines phrases. Un score élevé ne signifie pas forcément un trouble psychologique, mais pointe une vulnérabilité face aux sollicitations numériques.

Les travaux cités par StudyFinds montrent aussi l’importance des grands traits de personnalité. Sans entrer dans les détails du modèle utilisé, quelques tendances ressortent :

  • la personne très consciencieuse a plus de facilité à se fixer des limites d’usage ;
  • la personne très extravertie est davantage attirée par les interactions constantes, y compris via le smartphone ;
  • la personne plus anxieuse ou sujette au stress peut avoir du mal à « lâcher » son téléphone, par crainte de rater une information rassurante.

Ces éléments aident à comprendre pourquoi une même stratégie – passer en silencieux – peut avoir des effets opposés selon l’individu.

Quelques exemples concrets pour mieux ajuster ses réglages

Pour un utilisateur français se reconnaissant dans un usage compulsif, plusieurs combinaisons de réglages peuvent s’avérer plus efficaces qu’un simple mode silencieux généralisé :

Profil Réglage principal But recherché
Professionnel souvent en réunion Mode silencieux + notifications limitées aux appels importants Limiter les interruptions tout en restant joignable en cas d’urgence
Étudiant sujet au FOMO Vibration faible + créneaux de consultation fixes Réduire l’angoisse de manquer un message sans scruter l’écran en continu
Parent souhaitant des soirées « sans écran » Mode « Ne pas déranger » programmé + liste de contacts autorisés Préserver du temps en famille tout en restant accessible pour les proches

Ces exemples montrent qu’un réglage adapté combine souvent plusieurs leviers : horaires, priorisation des contacts, position physique du téléphone dans la pièce.

Les travaux universitaires cités par StudyFinds rappellent enfin que la technologie ne suffit pas à elle seule à changer les comportements. Le paramétrage du smartphone peut aider, mais il reste étroitement lié à nos habitudes, à notre personnalité et à notre rapport plus global au temps et aux autres. Pour un utilisateur français, prendre conscience de ses propres motivations – besoin de calme réel ou peur permanente de manquer une information – constitue déjà une étape concrète pour ajuster ses usages.

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