RacingZone

Lire par plaisir réduirait le risque de démence jusqu’à un tiers : la confirmation de l’université de Cambridge

Lire par plaisir réduirait le risque de démence jusqu'à un tiers : la confirmation de l'université de Cambridge

Au Royaume-Uni, une vaste synthèse menée à l’université de Cambridge renforce l’idée que la lecture régulière agit comme un véritable bouclier cérébral.

Publiée dans la revue scientifique Psychological Medicine et relayée par le site de santé italien Ok-Salute, cette revue de la littérature coordonnée par deux neuroscientifiques de l’université de Cambridge met en lumière l’impact profond de la lecture sur le cerveau, à tout âge. Des données qui intéressent directement un public français, dans un pays lui aussi confronté au vieillissement de la population et à la progression de la maladie d’Alzheimer.

Lire par plaisir, un « médicament » pour le cerveau

Pour les chercheuses Barbara Sahakian et Christelle Langley, du département de psychiatrie de l’université de Cambridge, la lecture ne se résume pas à un loisir culturel. Les travaux réunis montrent qu’elle agit comme une forme de prévention, quels que soient le milieu social ou le type de texte choisi.

Selon la synthèse citée par Ok-Salute, lire régulièrement pourrait réduire jusqu’à 33 % le risque de développer la maladie d’Alzheimer.

Les chercheuses se sont appuyées sur plusieurs études de cohorte, dont l’une portant sur près de 5 500 adultes âgés de 55 ans et plus. Chez ceux qui s’adonnent fréquemment à des activités de stimulation mentale – en tête, la lecture de livres, revues ou journaux – le déclin cognitif sur cinq ans apparaît nettement moins marqué.

Les données de neuroimagerie, qui visualisent la structure et le fonctionnement du cerveau, vont dans le même sens. La lecture régulière est associée à :

  • un volume cérébral plus important et davantage de matière grise dans les régions liées au contrôle exécutif, à la régulation des émotions et aux interactions sociales ;
  • une meilleure qualité de la substance blanche, ces « autoroutes » qui assurent la communication entre les différentes zones cérébrales, notamment celles impliquées dans le langage et la mémoire.

Autrement dit, les circuits neuronaux s’étoffent et se connectent plus efficacement chez les grands lecteurs. Ce renforcement contribuerait à ce que les spécialistes appellent la « réserve cognitive », une sorte de capital cérébral qui aide à mieux encaisser les effets de l’âge ou d’une pathologie neurodégénérative.

Un atout majeur contre le vieillissement cognitif et la démence

Au cœur de la synthèse de Cambridge, la question du vieillissement prend une place centrale. Les données compilées montrent que la lecture au quotidien n’agit pas seulement sur les performances intellectuelles du moment : elle semble aussi modifier la trajectoire du vieillissement cérébral.

Chez les seniors qui lisent souvent, le risque de démence – et en particulier d’Alzheimer – apparaît réduit jusqu’à un tiers.

La lecture implique en effet plusieurs fonctions en même temps : attention, langage, mémoire de travail, imagination, émotions, compréhension sociale. Cette mobilisation répétée incite le cerveau à entretenir, voire à créer des réseaux neuronaux alternatifs, utiles si certaines zones sont atteintes par la maladie.

Les chercheurs rappellent également un point clé : l’effet bénéfique se retrouve quel que soit le niveau d’études initial. Autrement dit, même des personnes peu diplômées peuvent tirer un fort bénéfice d’une habitude de lecture, prise à 60 ans comme à 20.

Chez l’enfant, la lecture pour le plaisir fait la différence

Les effets ne concernent pas uniquement les personnes âgées. La revue inclut aussi un vaste travail portant sur plus de 10 000 enfants et adolescents. L’accent n’est pas mis sur la lecture scolaire, mais sur la lecture « pour le plaisir », commencée tôt dans la petite enfance.

Les jeunes qui lisent régulièrement pour leur plaisir présentent :

  • de meilleures capacités cognitives : mémoire plus solide, attention plus stable, aptitudes supérieures de résolution de problèmes ;
  • un meilleur niveau scolaire, y compris en mathématiques et en sciences, et pas seulement en français ou en littérature ;
  • un mode de vie plus équilibré, avec moins de troubles de santé mentale (anxiété, impulsivité), un sommeil plus régulier et moins de temps passé devant les écrans.

Pour les neuroscientifiques, la lecture remplie de plaisir installe très tôt des habitudes bénéfiques : autonomie, capacité à se concentrer, goût de l’effort intellectuel. Des compétences qui irriguent ensuite l’ensemble du parcours scolaire et social.

Réduire le stress et la solitude : le rôle clé des clubs de lecture

Au-delà de la structure anatomique du cerveau, Cambridge met en avant les effets émotionnels et sociaux de la lecture. Les travaux liés à la fondation The Queen’s Reading Room, portée au Royaume-Uni par la reine Camilla, apportent des précisions chiffrées.

Cinq minutes de lecture de fiction suffiraient à faire baisser le stress d’environ 20 %, selon des enquêtes menées par la fondation partenaire de l’étude.

La lecture crée une bulle de calme, interrompt le flux des sollicitations numériques et aide à prendre de la distance avec les préoccupations du quotidien. Elle favorise aussi l’empathie : en se mettant à la place de personnages variés, le lecteur développe une meilleure compréhension des émotions d’autrui.

Barbara Sahakian insiste enfin sur l’intérêt particulier des clubs de lecture. Ces groupes, souvent appelés « book clubs », permettent d’échanger sur les ouvrages, de débattre et de se retrouver autour d’un rendez-vous régulier. Pour les personnes âgées, notamment celles qui ont des difficultés à se déplacer, ces rencontres peuvent limiter l’isolement social, un autre facteur de risque reconnu dans la survenue de la démence.

Un contexte mondial inquiétant : les compétences de lecture en baisse

Les résultats positifs de la revue de Cambridge contrastent avec la tendance observée chez les adolescents dans le monde. Selon les données de l’OCDE, issues d’enquêtes menées auprès de 760 000 élèves de 15 ans dans 91 pays, les compétences de lecture sont désormais au plus bas depuis le début du siècle. Cette chute s’accompagne d’une dégradation des résultats en mathématiques et en sciences.

Face à cette alerte, les spécialistes britanniques se veulent néanmoins rassurants : l’habitude de lire peut se prendre à tout âge. La docteure Christelle Langley recommande un point de départ accessible, sans pression académique. Elle souligne que l’essentiel consiste à trouver un sujet qui passionne réellement, que ce soit un univers de jeu vidéo ou une série télévisée. Elle rappelle aussi que les bandes dessinées et les romans graphiques constituent une très bonne porte d’entrée, souvent moins intimidante qu’un roman classique.

Comment s’initier ou se remettre à la lecture sans se décourager

Les recommandations des chercheuses de Cambridge peuvent facilement être adaptées à un public français, quel que soit l’âge :

  • Commencer par des textes courts et attractifs (nouvelles, BD, articles de magazine).
  • Fixer un moment régulier de lecture, même 10 minutes par jour, loin du téléphone.
  • Choisir des thématiques qui plaisent vraiment, sans se sentir obligé de lire des « classiques ».
  • Rejoindre un club de lecture en bibliothèque, en librairie ou en ligne pour partager ses impressions.
  • Encourager les enfants en leur laissant une vraie liberté de choix dans les livres.
  • Quelle situation en France face à la démence et à la lecture ?

    La France est confrontée, comme le Royaume-Uni, à une hausse du nombre de personnes atteintes de démence, en particulier de la maladie d’Alzheimer. Les autorités sanitaires françaises rappellent depuis plusieurs années l’intérêt des activités de stimulation cognitive : lecture, jeux de société, activités artistiques, apprentissage de nouvelles compétences.

    Les bibliothèques municipales, les médiathèques et de nombreuses associations proposent déjà des ateliers lecture, des cercles de lecteurs ou des animations intergénérationnelles. Ces initiatives rejoignent les conclusions de Cambridge : combiner activité intellectuelle et lien social représente une stratégie pertinente pour favoriser un vieillissement en meilleure santé.

    En parallèle, l’Éducation nationale insiste sur la maîtrise de la lecture dès l’école primaire. Si les chiffres précis évoluent, les évaluations nationales et les enquêtes internationales convergent : une part non négligeable des élèves français rencontre encore des difficultés de compréhension de texte, en particulier au collège. Les données mises en avant par l’étude de Cambridge donnent un argument supplémentaire pour renforcer les politiques de promotion de la lecture plaisir, au-delà des seules exigences scolaires.

    Lecture, cerveau et santé : ce que l’on peut retenir pour son quotidien

    Pour un lecteur français, les résultats compilés par l’université de Cambridge se traduisent par des gestes très concrets. Il ne s’agit pas d’un traitement médical, mais d’un ensemble d’habitudes qui, accumulées, finissent par peser sur la trajectoire de santé.

    Âge Effets principaux associés à la lecture plaisir Exemples de pratiques
    Enfance / adolescence Meilleures capacités cognitives, résultats scolaires plus élevés, moins de temps d’écran, sommeil plus régulier. Histoires du soir, BD, romans jeunesse, séries de livres autour d’un même héros.
    Âge adulte Gestion du stress, enrichissement culturel, développement de l’empathie, maintien des capacités intellectuelles. Romans, essais, presse, clubs de lecture, lectures dans les transports.
    Troisième âge Maintien de la mémoire, ralentissement du déclin cognitif, réduction du risque de démence. Livres adaptés (police agrandie, livres audio), groupes de lecture, lectures partagées en famille.

    La notion de « réserve cognitive » mérite d’être précisée. Elle désigne la capacité du cerveau à faire face à des lésions ou à un vieillissement grâce à un réseau de connexions plus riche et plus flexible. La lecture, selon la revue de Cambridge, contribue à construire cette réserve tout au long de la vie, en sollicitant régulièrement des fonctions complexes.

    Certains professionnels de santé associent d’ailleurs la lecture à d’autres activités favorables au cerveau : activité physique adaptée, vie sociale active, alimentation équilibrée, sommeil de qualité. L’idée n’est pas de remplacer ces leviers, mais de les associer. Discuter d’un roman en marchant, par exemple, combine stimulation intellectuelle, exercice et lien social.

    Enfin, le recours aux livres audio peut compléter la lecture traditionnelle, notamment pour les personnes âgées, malvoyantes ou fatiguées. Même si l’effet exact sur le cerveau peut différer de celui de la lecture visuelle, l’attention à une histoire, l’imagination et l’émotion restent sollicitées, ce qui contribue aussi, selon les travaux britanniques, à nourrir cette fameuse réserve cognitive mise en avant par l’université de Cambridge.

    Questions fréquentes

    Quel est le pourcentage de réduction du risque de démence grâce à la lecture régulière ?

    Selon l'étude de Cambridge, lire régulièrement pourrait réduire jusqu'à 33 % le risque de développer la maladie d'Alzheimer ou la démence.

    La lecture doit-elle être académique pour avoir des bénéfices ?

    Non. L'étude souligne que l'effet bénéfique se retrouve quel que soit le type de texte choisi. Les bandes dessinées et romans graphiques constituent une très bonne porte d'entrée, tout comme des sujets de passion personnelle.

    À quel âge commence-t-on à tirer profit de la lecture ?

    Les bénéfices concernent tous les âges. Chez l'enfant, la lecture pour le plaisir renforcée dès la petite enfance installe des habitudes bénéfiques. Chez l'adulte et le senior, l'habitude de lire peut être prise à tout moment.

    Combien de temps de lecture par jour est recommandé ?

    L'article mentionne que même 10 minutes par jour constituent un point de départ accessible et bénéfique, sans pression académique.

    Comment la lecture agit-elle sur le cerveau ?

    La lecture implique plusieurs fonctions simultanément : attention, langage, mémoire de travail, imagination et compréhension sociale. Cette mobilisation répétée incite le cerveau à créer des réseaux neuronaux alternatifs et renforce la réserve cognitive.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Défiler vers le haut