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Votre chat fait une grimace étrange après avoir reniflé : ce n’est pas du dégoût, mais un sixième sens caché dans sa bouche

Votre chat retrousse la lèvre après avoir reniflé un objet, comme s’il était écœuré ? Cette mimique cache en réalité une étonnante capacité sensorielle, bien étudiée aux États‑Unis.

Cette drôle de grimace, que de nombreux propriétaires interprètent comme une réaction à une mauvaise odeur, intrigue les scientifiques. Le site américain Live Science s’est penché sur ce comportement félin et montre qu’il s’agit moins d’une émotion que de l’activation d’un véritable « sixième sens » logé dans la bouche du chat.

Une grimace qui n’a (presque) rien à voir avec une mauvaise odeur

La scène est familière à beaucoup de maîtres. Le chat s’approche d’un objet, d’un meuble ou d’une flaque d’urine laissée par un congénère. Il renifle, puis s’arrête net, la gueule entrouverte, les lèvres légèrement retroussées, l’air presque choqué. Cette expression, parfois surnommée « tête de dégoût », ne traduit en réalité ni nausée ni rejet.

Selon les spécialistes interrogés par Live Science, cette grimace correspond à ce qu’on appelle la réponse de Flehmen : le chat met en route un organe sensoriel spécifique dédié à la lecture de signaux chimiques.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’animal ne « juge » pas l’odeur. Il ne s’agit pas d’un ressenti agréable ou désagréable, mais d’un mécanisme automatique. En ouvrant la bouche et en recroquevillant les lèvres, le chat facilite l’entrée de molécules particulières dans un dispositif discret niché dans son palais.

Jacobson, le mystérieux organe caché dans le palais

Au cœur de cette scène se trouve un petit organe sensoriel, le vomeronasal, aussi appelé organe de Jacobson. Il est situé dans la partie supérieure de la bouche, juste derrière les incisives, et fonctionne en parallèle du nez.

Comme l’explique Alex Taylor, spécialiste du bien-être et du comportement des chats pour l’organisation International Cat Care, cet organe forme un système distinct du simple odorat. Le nez repère les odeurs classiques, liées par exemple à la nourriture ou à l’environnement. L’organe voméronasal, lui, s’intéresse à autre chose : les phéromones.

Les phéromones sont des signaux chimiques produits par un individu et destinés à d’autres membres de la même espèce. Ce sont des messages invisibles, déposés sur des supports variés (urine, sécrétions, griffades…) et lus ensuite par d’autres animaux. Chez le chat, la réponse de Flehmen permet justement de décoder ces informations.

« Cela peut donner l’impression que le chat grimace, mais il n’y a aucun aspect émotionnel à ce comportement : le chat détecte et traite des phéromones », résume Alex Taylor, citée par Live Science.

Comment fonctionne ce « sixième sens » dans la bouche du chat ?

Lors de la réponse de Flehmen, les molécules de phéromones entrent dans la bouche du chat, soit par inhalation, soit lors d’un léchage de la zone concernée. Elles se dissolvent alors dans la salive.

Cette salive chargée en molécules franchit deux petits canaux situés dans le palais, les conduits nasopalatins. Ils débouchent sur deux poches remplies de liquide : c’est l’organe voméronasal proprement dit.

À ce stade, les récepteurs de cet organe s’activent. Ils envoient des signaux nerveux vers des zones précises du cerveau, en particulier dans l’hypothalamus, qui joue un rôle clé dans la régulation des comportements sexuels, alimentaires et sociaux. Le message chimique se transforme alors en réponse comportementale, le plus souvent instinctive.

Les phéromones déclenchent des réactions programmées dans la biologie du chat, sans apprentissage préalable, même si l’histoire de l’animal et son environnement peuvent moduler ces réponses.

Des messages chimiques pour tout dire, sans un miaulement

Pour les chats, les phéromones servent à communiquer sans affrontement direct. Elles permettent par exemple de marquer un territoire ou de donner des informations sur son état physiologique. Mikel Delgado, chercheuse à la faculté de médecine vétérinaire de l’université Purdue (États‑Unis), explique qu’elles renseignent notamment sur le statut sexuel, indiquant qu’une femelle est en chaleur.

Alex Taylor détaille que ces substances sont produites par des glandes spécialisées réparties sur plusieurs zones du corps :

  • le menton et les joues ;
  • l’espace entre les yeux et les oreilles ;
  • les bords des lèvres ;
  • la base de la queue ;
  • autour des organes génitaux et de l’anus ;
  • entre les coussinets plantaires ;
  • entre les mamelles chez la femelle.

Lorsqu’un chat se frotte aux meubles, glisse sa tête contre vos jambes, griffe un canapé, pulvérise de l’urine ou défèque à un endroit précis, il dépose une signature chimique. Un autre chat qui passera plus tard analysera ces traces, souvent en adoptant la fameuse grimace de Flehmen, pour savoir qui est passé, dans quel état, et avec quelles intentions possibles.

Un sens très développé, parfois supérieur à celui du chien

Ce « deuxième nez » n’est pas réservé aux félins. Des rongeurs aux reptiles, beaucoup d’animaux possèdent un organe voméronasal fonctionnel. L’évolution lui a donné un rôle central dans la perception de l’environnement chimique.

« L’avantage de l’organe de Jacobson, c’est que les animaux peuvent détecter une plus grande variété de molécules que ceux qui n’en disposent pas », explique au site Live Science le biologiste de l’évolution Jonathan Losos, de l’université Washington à Saint‑Louis.

Les chiens sont réputés pour leur odorat exceptionnel, mais cette réputation concerne le système nasal. Or, souligne le même chercheur, les chats possèdent dans l’organe de Jacobson environ trois fois plus de types de récepteurs que les chiens. Certains experts estiment ainsi que, si l’on additionne nez et organe voméronasal, le sens chimique global du chat pourrait rivaliser avec celui du chien.

Et les humains dans tout ça ?

L’être humain présente bien une trace de cet organe, enfouie dans la cloison nasale. Les anatomistes le décrivent comme un vestige, un reliquat d’un dispositif actif chez certains de nos ancêtres. Les études actuelles ne montrent toutefois pas de rôle clair de cette structure dans la communication chimique moderne chez l’homme.

Chez le chat au contraire, l’organe reste pleinement opérationnel. Il participe à la vie sociale, à la reproduction, mais aussi à certaines formes de stress ou de marquage inapproprié lorsqu’un environnement change trop vite ou devient source de tensions.

Ce que cela change pour les propriétaires de chats en France

Pour un foyer français, mieux comprendre cette grimace permet d’interpréter différemment certains comportements jugés « sales » ou énervants. Un marquage urinaire sur un mur, une griffade répétée sur un fauteuil ou des frottements insistants contre une porte ne relèvent pas seulement de la désobéissance. Le chat pose, lit et relit des messages chimiques, en s’aidant de ce sixième sens.

Les vétérinaires et comportementalistes félins en France utilisent ce principe au quotidien. Ils recommandent par exemple, dans certains contextes, des diffuseurs de phéromones de synthèse censés reproduire celles sécrétées sur les joues ou par la mère. L’objectif n’est pas de masquer les odeurs, mais de parler au langage chimique du chat pour le rassurer ou faciliter la cohabitation avec d’autres animaux.

Pour limiter les marquages indésirables, les spécialistes insistent aussi sur :

  • la multiplication des ressources (gamelles, litières, couchages) afin de réduire les tensions territoriales ;
  • la présence de griffoirs adaptés, placés aux bons endroits ;
  • un nettoyage neutre des zones marquées, sans produits agressifs qui rajouteraient des signaux perturbants.

Ces conseils s’appuient tous sur la même base : le chat vit dans un univers de signaux chimiques que son organe voméronasal sait décrypter avec une finesse qui nous échappe largement.

Flehmen : un comportement aussi chez les grands félins et les chevaux

La réponse de Flehmen n’est pas propre au chat domestique. On l’observe aussi chez les lions, les tigres, les chevaux ou encore certains ruminants. Chez ces espèces, le mâle adopte souvent cette posture après avoir reniflé l’urine ou les parties génitales d’une femelle, afin d’évaluer sa réceptivité sexuelle.

Chez le chat de maison, la scène se produit aussi bien sur un coussin marqué par un autre animal que sur une zone où vous avez utilisé un produit ménager. Même si ce dernier ne contient pas de phéromones, il peut transporter ou révéler d’autres molécules que le chat souhaite analyser finement.

Comportement observé Ce que fait le chat Rôle de l’organe de Jacobson
Grimace bouche entrouverte Renifle un point précis, reste immobile Analyse des phéromones via la réponse de Flehmen
Frottement de la tête sur un meuble Glisse ses joues et son menton sur les angles Dépose des phéromones faciales, lues ensuite par l’organe
Griffades verticales Griffe un tronc ou un canapé, laisse des traces Libère des phéromones par les coussinets, messages territoriaux
Marquage urinaire Projette un jet d’urine à hauteur de hanche Crée un support riche en signaux chimiques pour les autres chats

Un langage chimique qui influence aussi la santé comportementale

Les recherches citées par Live Science rappellent que, si les phéromones déclenchent des réactions automatiques, ces réactions dépendent tout de même du développement du chat, de son environnement et de son état interne, par exemple hormonal. Un animal élevé dans un contexte stable n’interprétera pas forcément les mêmes signaux de la même manière qu’un chat ayant vécu des conflits territoriaux répétés.

Pour un vétérinaire français, tenir compte de cette dimension chimique aide à comprendre certains troubles : malpropreté, conflits entre chats d’un même foyer, anxiété dans un nouveau logement. L’objectif n’est pas seulement de supprimer un symptôme, mais de rétablir un équilibre dans le « paysage de phéromones » perçu par l’animal.

La prochaine fois que votre chat s’immobilisera, lèvres retroussées, devant un coin de mur ou un sac de courses, cette scène prendra alors un autre sens. Loin de se contenter de « sentir si ça pue », votre compagnon active un outil sophistiqué qui lui donne accès à une foule d’informations sociales et territoriales. Comme l’écrivait déjà l’écrivain écossais Walter Scott, cité par Live Science, « les chats sont un peuple mystérieux » : il se passe bien plus de choses dans leur tête… et dans leur palais, que nous ne l’imaginions.

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