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Démence : manger du fromage régulièrement réduirait le risque chez les seniors, selon une vaste étude japonaise

Au Japon, une large étude auprès de milliers de personnes âgées met en lumière un lien surprenant entre fromage et santé cérébrale.

Alors que le Japon fait face à un vieillissement rapide de sa population et à une progression continue des cas de démence, des chercheurs japonais se sont penchés sur une habitude alimentaire encore peu répandue dans le pays : la consommation de fromage. Selon les résultats détaillés dans la revue scientifique Nutrients et rapportés par l’étude de cohorte JAGES, manger du fromage au moins une fois par semaine pourrait être associé à un risque moindre de démence chez les seniors.

Une vaste étude japonaise sur près de 8 000 seniors

L’étude, menée par des équipes du Centre national de gériatrie et de gérontologie, de l’université de Niimi et de l’université de Chiba, s’inscrit dans un contexte préoccupant. Le Japon compte une des populations les plus âgées au monde et, selon les données reprises par les chercheurs, 12,3 % des plus de 65 ans y vivent déjà avec une démence.

Pour tenter d’identifier des leviers de prévention, les scientifiques ont exploité les données du programme JAGES (Japan Gerontological Evaluation Study) entre 2019 et 2022. Ils ont inclus 7 914 personnes âgées de 65 ans ou plus, vivant à domicile et sans antécédent de certification en soins de longue durée, l’équivalent de l’inscription dans un dispositif de dépendance.

Les participants ont été répartis en deux groupes :

  • ceux qui consommaient du fromage au moins une fois par semaine ;
  • ceux qui n’en mangeaient jamais.

Pour limiter les biais, les équipes ont utilisé une méthode statistique exigeante, le « propensity score matching ». Elle permet de constituer deux groupes comparables en tenant compte de nombreux paramètres : âge, sexe, niveau de revenus, diplôme, état de santé déclaré, capacités fonctionnelles.

Les seniors qui mangeaient du fromage au moins une fois par semaine présentaient un risque relatif de démence inférieur de 24 % à celui des non-consommateurs.

Sur les trois ans de suivi, 134 personnes (3,4 %) du groupe consommateur ont développé une démence, contre 176 (4,5 %) dans le groupe qui ne mangeait pas de fromage. Ce différentiel, jugé modeste mais réel, correspond à une réduction d’environ 24 % du risque relatif.

Les auteurs précisent que ces chiffres ne prouvent pas une relation de cause à effet. L’étude met en évidence une association statistique, suffisamment robuste pour justifier des travaux supplémentaires, mais pas une certitude que le fromage « protège » à lui seul le cerveau.

Ce que les nutriments du fromage pourraient apporter au cerveau

Pour interpréter ce lien, les chercheurs se tournent vers la composition nutritionnelle du fromage, en s’appuyant sur des connaissances déjà établies.

Vitamine K2 et santé vasculaire

Le fromage, en particulier certains fromages fermentés, fournit de la vitamine K2. Cette vitamine liposoluble contribue à la régulation de la calcification vasculaire et au métabolisme du calcium. Or les atteintes des vaisseaux sanguins (hypertension, athérosclérose) figurent parmi les facteurs reconnus de démence, notamment de démence vasculaire.

En limitant certains dépôts de calcium dans les artères, la vitamine K2 pourrait participer, indirectement, à une meilleure santé cérébrale, même si l’étude japonaise n’a pas mesuré directement ce mécanisme.

Protéines, peptides et effets anti-inflammatoires

Le fromage apporte aussi des protéines et des acides aminés essentiels, indispensables au bon fonctionnement des neurones. Lors de la fermentation, certains peptides bioactifs se forment et pourraient exercer des effets anti-inflammatoires ou antioxydants.

Ces deux mécanismes – inflammation chronique et stress oxydatif – jouent un rôle central dans le déclin cognitif et les maladies neurodégénératives. Les chercheurs évoquent donc l’hypothèse d’un « effet cocktail » de ces composés sur le vieillissement cérébral.

Le rôle possible du microbiote intestinal

Autre piste : le microbiote intestinal. Les fromages fermentés, comme le camembert ou le brie, contiennent des microorganismes capables de modifier la flore intestinale. De nombreuses études associent désormais l’équilibre du microbiote à l’état du cerveau, via l’« axe intestin-cerveau », et à des maladies comme Alzheimer.

Particularité japonaise : dans cette étude, 82,7 % des participants consommaient surtout du fromage transformé, souvent moins riche en probiotiques et en composés bioactifs que les fromages affinés. Seuls 7,8 % déclaraient manger des fromages à moisissures blanches, comparables à certains classiques français.

Malgré une majorité de fromages transformés, une association positive apparaît, ce qui laisse penser à des effets plus subtils, liés à l’ensemble de l’alimentation ou à des composants encore mal caractérisés.

Le fromage, marqueur d’un mode de vie plus favorable à la mémoire ?

Les auteurs ont aussi examiné les habitudes alimentaires globales des participants. Ceux qui mangeaient du fromage déclaraient plus souvent consommer des fruits, des légumes, de la viande ou du poisson. Autant d’aliments généralement associés à un meilleur vieillissement cognitif dans la littérature scientifique.

Cette observation pose une question centrale : le fromage lui-même joue-t-il un rôle actif, ou sert-il surtout d’indicateur d’un régime plus équilibré ? Pour tenter d’y répondre, les chercheurs ont intégré ces autres paramètres alimentaires dans leurs modèles statistiques.

Après ajustement, la réduction du risque de démence passe de 24 % à 21 %, mais reste significative. Les résultats suggèrent donc un double phénomène :

  • le fromage reflète en partie une alimentation plus diversifiée et de meilleure qualité ;
  • il pourrait aussi contribuer lui-même, au moins en partie, à l’effet observé.

La fréquence de consommation joue aussi un rôle : 72,1 % des consommateurs déclaraient en manger une à deux fois par semaine. Un niveau modéré, loin d’une consommation quotidienne élevée, suffirait déjà pour que l’effet apparaisse à l’échelle de la population suivie.

Les scientifiques notent par ailleurs que les amateurs de fromage présentaient, au départ, de meilleures capacités dans les activités instrumentales de la vie quotidienne (faire les courses, gérer son argent, préparer les repas) et signaleraient moins de troubles de la mémoire. Ces éléments laissent penser qu’ils se trouvaient déjà, globalement, en meilleur état cognitif, un point que les analyses statistiques ne peuvent pas totalement neutraliser.

Des limites importantes avant d’en faire une recommandation

L’article publié dans Nutrients insiste longuement sur les limites de cette recherche.

Mesure unique de l’alimentation et suivi administratif

D’abord, la consommation de fromage a été évaluée une seule fois, au début de l’étude, sans précision sur les quantités ni sur les changements éventuels dans le temps. Impossible donc de définir une dose optimale, ni de savoir si un effet cumulatif existe à long terme.

Ensuite, les cas de démence ont été identifiés via les certifications d’assurance dépendance, un système administratif japonais utilisé pour attribuer les prestations de soins de longue durée. Ce choix reflète la réalité du terrain, mais ne remplace pas des diagnostics cliniques détaillés, capables par exemple de distinguer précisément Alzheimer, démence vasculaire ou formes mixtes.

L’influence de la génétique et du contexte japonais

Autre angle mort : les facteurs génétiques, en particulier la présence du gène APOE ε4, bien connu pour augmenter le risque de maladie d’Alzheimer, n’ont pas été pris en compte. Sans cette information, difficile de dire si l’association observée vaut pour tous les profils ou seulement pour certains groupes.

Le contexte japonais limite aussi la portée des résultats à l’international. Le pays reste un faible consommateur de fromage, autour de 2,7 kg par personne et par an, loin derrière les niveaux européens. Dans une population peu habituée à ce produit, de petites variations d’apport pourraient avoir un impact plus visible que dans des pays où le fromage fait déjà partie du quotidien.

Les chercheurs y voient une piste sérieuse pour enrichir les stratégies de prévention, mais pas une permission de se ruer sur le plateau de fromages sans nuance.

Que retenir pour un lecteur en France ?

En France, le fromage occupe une place bien plus centrale dans l’alimentation que dans l’archipel nippon. Les travaux japonais ne signifient pas qu’une forte consommation serait automatiquement bénéfique pour le cerveau.

Les messages de prévention français rappellent déjà la nécessité de garder une alimentation variée, de limiter les excès de graisses saturées et de sel, et de combiner alimentation équilibrée, activité physique, stimulation intellectuelle et contrôle des facteurs de risque cardiovasculaire pour réduire le risque de démence.

Les résultats de l’étude japonaise offrent néanmoins quelques repères utiles :

  • une consommation modérée, une à deux fois par semaine, suffit à faire apparaître un effet dans cette cohorte japonaise ;
  • les fromages fermentés et affinés pourraient présenter un intérêt particulier, grâce à la fermentation et aux microorganismes impliqués ;
  • le fromage semble agir surtout dans le cadre d’un régime globalement diversifié et de comportements de santé plus favorables.

Pour un senior en France, l’analogie la plus prudente consiste à intégrer le fromage comme un élément parmi d’autres d’un régime équilibré, plutôt que comme un aliment « miracle » supposé protéger la mémoire. Les autorités sanitaires françaises insistent par ailleurs sur la modération, compte tenu de la teneur en sel et en graisses de certains fromages.

Fromage, démence et prévention : ce que montrent les recherches

Au-delà du seul produit laitier, cette étude illustre une tendance de la recherche sur le vieillissement : la démence résulte d’une combinaison de facteurs, et l’alimentation ne représente qu’un volet, aux côtés de l’activité physique, du niveau d’éducation, des interactions sociales, du sommeil ou encore de la prise en charge de l’hypertension et du diabète.

Les travaux cités par l’équipe japonaise laissent penser qu’un ensemble de nutriments – vitamines, acides gras, antioxydants, probiotiques – peut agir, à faible dose mais de façon répétée, sur la santé du cerveau. Le fromage, sous certaines formes, en constitue une source pratique, facile à intégrer à un repas.

Élément étudié Rôle potentiel pour le cerveau
Vitamine K2 Santé des vaisseaux sanguins, réduction de la calcification vasculaire
Peptides bioactifs Effets anti-inflammatoires et antioxydants possibles
Probiotiques de la fermentation Modulation du microbiote et de l’axe intestin-cerveau
Apport protéique Soutien du fonctionnement et de la réparation neuronale

Pour un public français, ces données invitent surtout à s’intéresser à la qualité globale du régime alimentaire : diversité des légumes, fruits, céréales complètes, poisson, huiles riches en acides gras insaturés, produits laitiers choisis avec soin. Le fromage peut y trouver sa place, en tenant compte des recommandations de santé publique.

À l’avenir, les chercheurs japonais envisagent des études plus fines, centrées sur les types de fromages, les durées de consommation et les interactions avec d’autres facteurs de risque. Ce type de travaux pourrait, à terme, inspirer des messages ciblés de prévention auprès des personnes âgées, au Japon comme en Europe, en recherchant un équilibre entre plaisir de manger et protection de la santé cérébrale.

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