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Ils traversent l’Afrique au volant d’une voiture à trois roues réputée increvable : 90 jours, des pannes à répétition et des zones de conflit évitées

Deux aventuriers partis de Londres ont relié Le Cap en Afrique du Sud en 90 jours, à bord d’une improbable voiture à trois roues.

Ollie Jenks, Britannique, et Seth Scott, Canadien, viennent d’achever un pari insensé rapporté par le site anglophone Good News Network : traverser l’Afrique de part en part dans une Reliant Robin, petite voiture anglaise à trois roues plus connue pour sa fragilité que pour sa robustesse. Trois mois de route, 22 pays, des zones instables évitées de justesse et une avalanche de pannes ont finalement conduit leur bolide surnommé « Sheila » jusqu’au bout du continent, jusqu’à Cape Town, en Afrique du Sud.

Une voiture à trois roues conçue pour aller faire les courses, pas pour l’Afrique

La Reliant Robin, fabriquée au Royaume-Uni, est une curiosité automobile. Sa particularité : une seule roue à l’avant, deux à l’arrière. À l’origine, ce modèle était pensé pour de courts trajets quotidiens, comme se rendre au supermarché. Elle est devenue surtout célèbre pour sa tendance à se renverser facilement dans les virages et pour son manque de fiabilité.

Jenks et Scott ont pourtant misé sur cette drôle de silhouette. Ils ont acheté un modèle argenté qu’ils ont baptisé « Sheila », l’une des dernières Reliant Robin produites. L’ancien propriétaire leur avait pourtant donné le ton : il n’aimait pas parcourir plus de 30 kilomètres d’une traite avec.

Conçue pour de petits trajets, la Reliant Robin est réputée être « la dernière voiture sur laquelle se reposer ».

Interrogé par le South China Morning Post, Ollie Jenks ne ménage pas son jugement : « Pas de direction assistée, pas de climatisation, et elle n’aime ni monter ni descendre les côtes. C’est probablement la voiture la plus inadaptée à n’importe quel voyage. » C’est justement ce côté absurde qui a nourri leur projet « Hold My Gear », nom choisi pour leur aventure et leur compte Instagram.

De Londres au Cap : 22 pays, 14 000 miles et zéro bon sens assumé

Le duo a quitté Londres pour descendre tout le continent africain par la route, jusqu’à Cape Town. Au total, environ 14 000 miles, soit plus de 22 000 kilomètres, à travers jungles, déserts et montagnes, dans des pays parfois marqués par l’instabilité politique et des infrastructures en mauvais état.

Leur slogan annoncé sur Instagram résume le ton : « 14 000 miles, 3 roues, 0 bon sens ». L’itinéraire prend des allures de catalogue des pires conditions de conduite :

  • des pistes ravinées où une voiture classique souffrirait déjà ;
  • des régions réputées pour leurs contrôles routiers tatillons ;
  • des températures extrêmes, du Sahel aux déserts de l’Afrique australe ;
  • des reliefs qui mettent à genoux moteurs et freins.

Avec une Reliant Robin connue pour se retourner lors des virages trop serrés, chaque épingle de montagne ou nid-de-poule profond prenait des allures de test d’équilibre. La moindre manœuvre brusque pouvait finir la voiture sur le flanc.

Pannes à répétition, entraide internationale et système D permanent

Le voyage n’a pas tardé à tourner au feuilleton mécanique. Selon Good News Network, les pannes sont rapidement devenues innombrables : pneus, suspensions, amortisseurs, jauges, éléments de confort, tout a fini par lâcher à un moment ou à un autre.

Un épisode illustre l’ampleur des galères. Au Ghana, la transmission et la boîte de vitesses cèdent. Impossible de repartir. Les deux amis doivent patienter cinq jours, le temps que des passionnés de Reliant Robin basés au Royaume-Uni trouvent les pièces, les expédient et organisent la logistique pour qu’elles arrivent jusqu’à eux en Afrique de l’Ouest.

Sans un réseau de fans de Reliant Robin mobilisés depuis le Royaume-Uni, Sheila n’aurait jamais quitté l’Afrique de l’Ouest.

Plus tard, nouveau coup dur : le moteur explose. Là encore, la communauté de propriétaires et de passionnés se mobilise et fait parvenir un remplacement. Cette solidarité inattendue à l’échelle internationale a joué un rôle décisif dans la réussite de l’expédition.

Un tutoriel de survie routière filmé jour après jour

Au fil des 90 jours, chaque étape a été documentée sur Instagram par de courtes vidéos quotidiennes, souvent très crues dans le langage mais très suivies. Le jour 53, ils montrent comment gérer des demandes de bakchich de la part de policiers ruraux au Nigeria. Leur réponse : offrir des confiseries achetées dans une station-service.

Au jour 89, en Namibie, la créativité mécanique atteint un nouveau niveau. Leur radiateur rend l’âme. Faute de solution classique, ils détournent la pompe du lave-glace pour envoyer le liquide directement sur le radiateur afin de le refroidir. Une « bidouille » de plus pour faire avancer à tout prix leur drôle d’engin.

Jour du voyage Pays Événement marquant
53 Nigeria Confiseries offertes aux policiers pour désamorcer une demande de pot-de-vin
89 Namibie Pompe de lave-glace détournée pour refroidir le radiateur en panne

Zones de conflit, coups d’État et convois militaires

Au-delà des soucis mécaniques, le contexte sécuritaire a ajouté une pression constante. Les deux hommes racontent avoir dû éviter des zones en proie à des troubles civils et des opérations militaires. Good News Network évoque une traversée du Bénin au moment où un coup d’État militaire se produit.

Au Cameroun, la situation les oblige à rouler sous escorte militaire. Intégrés à un convoi avec des bus locaux, ils avancent lentement, au rythme des contrôles. Mais la mécanique capricieuse de Sheila finit par faire perdre patience à tout le monde : après plusieurs arrêts forcés pour réparations, les bus finissent par les abandonner sur la route.

Du Bénin au Cameroun, les deux aventuriers ont jonglé entre coups d’État, escortes armées et routes défoncées au volant d’une citadine à trois roues.

Dans ces régions, une panne ne se résume pas à un simple contretemps. Se retrouver immobilisé sur une route isolée, parfois la nuit, avec peu de couverture réseau et dans un véhicule aussi atypique, expose à des risques bien réels. La capacité des deux hommes à improviser et à garder leur sang-froid a compté autant que leurs talents de mécano amateur.

Arrivée en Afrique du Sud et entrée au musée pour Sheila

Après plus de 90 jours sur les routes, la Reliant Robin finit par atteindre l’Afrique du Sud. Leur dernière halte symbolique se fait dans un showroom de voitures haut de gamme. Au milieu des modèles de luxe, c’est la petite voiture cabossée à trois roues qui attire tous les regards.

La suite est plus inattendue encore. Sheila n’est pas revendue, ni abandonnée. Le véhicule intègre le London Transport Museum, au Royaume-Uni. Le musée lui réserve une place de choix, en hommage à cette traversée et aux deux records du monde que la voiture et son équipage ont décrochés, selon Good News Network.

Pour les visiteurs, cette Reliant Robin ne racontera pas seulement l’étrangeté d’une voiture à trois roues. Elle deviendra le symbole d’un projet où obstination, humour et esprit d’aventure ont transformé une citadine considérée comme « inutilisable » en héroïne d’un périple africain hors norme.

Ce que tenter un tel périple impliquerait depuis la France

Un projet similaire depuis la France exigerait un cadre strict. Les règles de circulation françaises et européennes imposent une homologation précise pour les véhicules atypiques comme les tricycles motorisés. La Reliant Robin est considérée comme une voiture, pas comme un simple tricycle léger.

Pour rallier l’Afrique en voiture au départ de la France, un conducteur doit notamment :

  • disposer de papiers du véhicule en règle et d’une assurance couvrant les pays traversés ;
  • se renseigner sur les exigences de visa et de carnet de passage en douane selon chaque pays ;
  • adapter son itinéraire aux conseils aux voyageurs publiés par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères ;
  • prévoir un suivi mécanique sérieux, avec des pièces de rechange adaptées.

En France, les voitures très anciennes ou atypiques relèvent souvent de la catégorie « véhicule de collection ». Elles peuvent circuler, mais leur utilisation pour des expéditions au long cours reste marginale. Les assureurs, par exemple, limitent souvent les usages autorisés. Un périple transcontinental dans ce cadre demanderait donc un montage administratif et assurantiel solide.

Pourquoi les voitures extrêmes fascinent autant les internautes

Le succès de l’aventure de Jenks et Scott sur Instagram illustre un phénomène plus large : l’attrait croissant pour les voyages « impossibles » réalisés avec des véhicules à contre-emploi. Qu’il s’agisse d’anciens vans, de petites citadines d’occasion ou de voitures de collection, ces projets attirent un public curieux de voir jusqu’où l’on peut repousser les limites d’engins censés rester sagement en ville.

Ces récits mêlent plusieurs ingrédients efficaces : humour, imprévu, faible budget, bricolages en bord de route et tension permanente liée à la casse possible. Dans ce cas précis, la Reliant Robin, déjà culte au Royaume-Uni pour son instabilité, fournit un personnage à part entière, presque au même niveau que ses conducteurs.

Pour un lecteur français, ces aventures rappellent aussi une réalité concrète : sur de longues distances, surtout en zones isolées, la préparation technique, la connaissance de son véhicule et la capacité à effectuer des réparations de base pèsent parfois autant que le choix de la voiture elle-même. Une simple pompe de lave-glace détournée en système de refroidissement d’appoint peut faire la différence entre l’abandon sur le bas-côté et l’arrivée à destination.

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