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Aimer la solitude n’est pas un défaut : selon un psychologue, les personnes qui ont peu d’amis partagent 7 traits communs

Une personne seule assise de profil, entourée de notifications numériques, illustrant le paradoxe de l'hyper-connexion et de l'isolement social.

Un psychologue suisse décrit plusieurs comportements qui entretiennent la solitude affective et empêchent de créer des amitiés profondes et durables.

Interrogé par un média suisse, le psychologue Thomas Spielmann analyse les mécanismes qui conduisent certains adultes à rester presque toujours seuls. Selon lui, aimer la tranquillité n’a rien de problématique en soi, mais une série de traits communs peut, sans qu’on s’en rende compte, fermer la porte aux relations amicales. Une réflexion qui résonne bien au-delà de la Suisse, notamment en France, où la crise sanitaire a aussi fragilisé les liens sociaux.

Aimer être seul n’est pas un problème… jusqu’à l’isolement

La solitude n’a pas qu’un visage négatif. Beaucoup de personnes introverties ou simplement indépendantes ont besoin de temps pour elles, pour réfléchir, créer ou se ressourcer. Pour Thomas Spielmann, cette préférence pour le calme ne devient préoccupante que lorsqu’elle se transforme en isolement durable, subi plutôt que choisi.

La solitude choisie peut être reposante. La solitude subie, entretenue par certains comportements, finit par abîmer le moral et la santé.

Le psychologue rappelle que plusieurs études internationales comparent les effets d’une solitude prolongée à des comportements à risque, comme fumer plusieurs cigarettes par jour. L’absence quasi totale de liens proches augmente le stress, fragilise l’immunité et pèse sur l’équilibre émotionnel.

La crise sanitaire liée au Covid-19 a encore accentué ce phénomène, en Suisse comme en France. Couvre-feux, télétravail massif, restrictions de sorties ont réduit les occasions de voir des proches. Beaucoup n’ont jamais vraiment retrouvé leur niveau de vie sociale d’avant.

Le rôle central du numérique dans l’isolement social

Pour Thomas Spielmann, un autre facteur majeur s’est imposé : la dépendance au virtuel. Il pointe l’usage massif des réseaux sociaux, des jeux en ligne ou des messageries instantanées, qui donne parfois l’illusion d’une vie sociale riche alors que les relations restent très superficielles.

Selon le psychologue, la dépendance au monde virtuel nuit à notre capacité de comprendre et d’exprimer nos émotions, ce qui complique les liens amicaux réels.

L’isolement peut alors devenir insidieux. On discute, on « like », on répond à des stories, mais les rencontres en chair et en os se font rares. À terme, la gêne s’installe : on ne sait plus trop comment se comporter face à quelqu’un, comment lancer une conversation ou gérer un silence. Le cercle vicieux de la solitude se met en place.

Les 7 traits que l’on retrouve souvent chez ceux qui ont peu d’amis

1. L’évitement des interactions sociales

Le premier trait décrit par Thomas Spielmann concerne l’évitement systématique des situations sociales. Ces personnes déclinent les invitations, s’éclipsent rapidement des événements ou trouvent toujours une bonne raison de rester chez elles.

  • Soirées entre collègues : prétexte de fatigue.
  • Anniversaires : « j’aime pas les grandes réunions ».
  • Sorties improvisées : « une prochaine fois » qui ne vient jamais.

À court terme, ce retrait protège de la fatigue sociale ou de l’angoisse. À long terme, il réduit tellement les occasions de rencontre qu’il verrouille toute possibilité d’amitié profonde.

2. L’indépendance poussée à l’extrême

Être autonome est généralement valorisé. Mais, dans certains cas, cette indépendance devient un mur. Thomas Spielmann décrit des personnes qui ne demandent jamais de service, n’expriment pas leurs besoins et affichent une autosuffisance quasi totale.

Le message implicite envoyé aux autres est clair : « je n’ai besoin de personne ». Résultat, les personnes autour cessent de proposer leur aide, voire de se confier. Une relation amicale repose justement sur des échanges, des soutiens réciproques, une forme de dépendance assumée.

3. Les difficultés à tenir une conversation

Autre trait récurrent : la difficulté à maintenir une conversation équilibrée. Certaines personnes monopolisent la parole, sans jamais poser de questions. D’autres se contentent de réponses ultra courtes, coupant tout échange.

Apprendre à écouter activement et à participer sans envahir l’espace de l’autre constitue une compétence sociale clé pour tisser des liens.

Le problème ne vient pas forcément d’un manque de bonne volonté. Il s’agit souvent d’un déficit d’entraînement. Quand on a peu d’occasions de discuter dans la vie réelle, chaque échange devient stressant, et les maladresses se multiplient.

4. Une expression émotionnelle limitée

Thomas Spielmann insiste aussi sur la difficulté à exprimer et à décoder les émotions. Certaines personnes restent très fermées, ne laissent rien voir de ce qu’elles ressentent. D’autres comprennent mal les signaux émotionnels de leurs interlocuteurs.

Cette indisponibilité émotionnelle crée une distance. Les échanges restent superficiels, les discussions tournent autour de sujets neutres. Or, l’amitié naît souvent du partage d’émotions, qu’il s’agisse de joies, de peurs ou de blessures anciennes.

5. La peur du rejet

La crainte d’être rejeté figure parmi les freins les plus puissants. Par peur d’un « non », certains n’osent plus proposer une sortie, envoyer un message, ni même relancer une connaissance rencontrée quelques jours plus tôt.

Par peur d’être blessés, ils préfèrent ne rien tenter. Mais en se protégeant du rejet, ils se privent aussi des rencontres positives.

Cette peur prend souvent racine dans des expériences passées douloureuses : moqueries à l’école, rupture amicale, mise à l’écart au travail. Sans accompagnement, elle peut se transformer en croyance durable : « les autres ne m’aimeront pas ».

6. La difficulté à faire confiance

Liée à la peur du rejet, la méfiance chronique freine aussi la naissance d’amitiés. Certaines personnes imaginent très vite de possibles trahisons ou déceptions. Elles confient peu de choses personnelles, restent en vigilance permanente.

Pour Thomas Spielmann, la confiance se construit pourtant par étapes, avec des mises à l’épreuve progressives. Vouloir se protéger de toute souffrance relationnelle rend presque impossible l’installation d’un lien profond.

7. Une connaissance de soi limitée

Enfin, le psychologue insiste sur la faible conscience de soi. Ne pas voir l’impact de ses propres comportements sur les autres empêche d’ajuster son attitude. Une blague répétée, une critique systématique, une tendance à couper la parole peuvent, par exemple, faire fuir.

Développer une meilleure connaissance de soi aide à repérer les comportements qui blessent ou fatiguent l’entourage, et à les modifier.

Cette lucidité ne vient pas seule. Elle se construit par des retours d’expérience, l’écoute des proches, éventuellement un accompagnement psychologique.

Un huitième frein : la résistance au changement

Au-delà de ces sept traits, Thomas Spielmann souligne un autre obstacle majeur : la difficulté à sortir de sa routine. Certains individus, très attachés à leurs habitudes, refusent les nouveaux lieux, les nouvelles activités ou les inconnus.

Comportement Effet sur la vie sociale
Rester toujours chez soi Peu ou pas de nouvelles rencontres
Refuser les nouveautés Risque de s’enfermer dans un cercle très restreint
Horaires rigides Difficulté à s’adapter aux invitations spontanées

Accepter un minimum de flexibilité, tenter une activité inconnue ou répondre positivement à une invitation inhabituelle ouvre au contraire des occasions de contacts qui, sur la durée, peuvent se transformer en vraies amitiés.

Ce que cela implique pour les lecteurs en France

En France, les psychologues et psychiatres dressent des constats proches de ceux décrits par Thomas Spielmann en Suisse. Les enquêtes sur l’isolement montrent une part non négligeable de personnes déclarant n’avoir aucun ami proche ou très peu de personnes à qui se confier.

Les mécanismes observés sont similaires : usage massif des écrans, peur du jugement, difficulté à exprimer ses émotions ou à sortir du confort de la routine. Le système de soins français permet un accompagnement psychologique via des psychologues libéraux, des centres médico-psychologiques ou des consultations hospitalières, lorsque l’isolement devient source de souffrance.

Les associations jouent aussi un rôle. Clubs sportifs, maisons de quartier, associations culturelles ou caritatives offrent des occasions régulières de rencontres dans un cadre structuré, moins intimidant qu’un tête-à-tête improvisé.

Comment commencer à changer concrètement

Le message central porté par Thomas Spielmann reste optimiste : ne pas avoir d’amis proches n’est pas une fatalité. La clé réside dans une prise de conscience progressive de ses propres fonctionnements relationnels.

  • Identifier un ou deux traits qui vous parlent le plus (peur du rejet, indépendance extrême, méfiance…).
  • Choisir une petite action concrète à tester : accepter une invitation, relancer une connaissance, poser une question personnelle lors d’une conversation.
  • Observer ce que vous ressentez, sans vous juger, et ajuster peu à peu.
  • Pour certaines personnes, un suivi avec un psychologue aide à travailler sur la confiance, la gestion des émotions ou des blessures anciennes. L’objectif n’est pas de devenir extraverti, mais de mieux choisir une solitude apaisée, tout en laissant une place réelle à quelques liens forts.

    Apprendre à repérer ses émotions, mettre des mots dessus, écouter celles des autres et tester des situations sociales en douceur constitue une sorte de « rééducation relationnelle ». Avec le temps, ces microchangements modifient le regard que l’on porte sur soi et sur les autres, et redonnent une chance aux amitiés profondes de se construire.

    Questions fréquentes

    Aimer être seul est-il un problème selon ce psychologue?

    Non, aimer la tranquillité et préférer le calme n'est pas problématique en soi. Le problème survient seulement quand cette préférence se transforme en isolement durable et subi plutôt que choisi.

    Quel est le rôle des réseaux sociaux dans l'isolement social?

    Les réseaux sociaux créent l'illusion d'une vie sociale riche (likes, messages, stories) alors que les relations restent très superficielles. Cela nuit à la capacité de comprendre et d'exprimer les émotions dans les relations réelles.

    Pourquoi l'indépendance extrême pousse-t-elle à l'isolement?

    Une indépendance poussée à l'extrême envoie le message « je n'ai besoin de personne » aux autres. Cela les décourage de proposer leur aide ou de se confier, ce qui élimine les échanges et soutiens réciproques sur lesquels repose une amitié.

    La crise sanitaire a-t-elle amplifié ce phénomène?

    Oui, les couvre-feux, le télétravail massif et les restrictions de sorties ont réduit les occasions de voir des proches. Beaucoup de personnes n'ont jamais vraiment retrouvé leur niveau de vie sociale d'avant le Covid-19.

    Comment la peur du rejet maintient-elle les gens isolés?

    Par peur d'un « non » ou d'être blessés, certaines personnes n'osent plus proposer une sortie, envoyer un message ou relancer une connaissance. En se protégeant du rejet, elles se privent des rencontres positives qui pourraient créer des amitiés.

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