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Un homme mort il y a 8 000 ans retrouvé dans une grotte des Asturies : il avait environ 45 ans et les chercheurs savent déjà ce qu’il mangeait

Un homme mort il y a 8 000 ans retrouvé dans une grotte des Asturies : il avait environ 45 ans et les chercheurs savent déjà ce qu'il mangeait

Dans une grotte du nord de l’Espagne, le squelette d’un homme âgé d’environ 45 ans bouleverse notre vision de la préhistoire locale.

Dans la région des Asturies, au nord de l’Espagne, une petite grotte côtière s’est transformée en machine à remonter le temps. Comme le raconte le site technologique espagnol Xataka, des archéologues y ont mis au jour les ossements d’un homme mort il y a environ 8 000 ans. Son crâne et plusieurs os, remarquablement conservés, livrent déjà une information très précise : plus de la moitié des protéines qu’il consommait provenaient de la mer.

Une mandibule découverte par deux spéléologues en 2024

L’histoire commence en 2024 dans la grotte de Sohornu, sur la côte de Llanes, près du village d’Andrín, en Espagne. Deux spéléologues, Pablo Solares et Clara Zazo, y repèrent une mandibule humaine à proximité d’un conchero, c’est-à-dire un amas de coquilles accumulées par des groupes préhistoriques amateurs de ressources marines.

Conformément à la procédure prévue en Espagne pour les découvertes archéologiques, ils préviennent aussitôt les services de Patrimoine. Une fouille de sauvetage est alors déclenchée en urgence.

Cette opération est dirigée par Pablo Arias, professeur de préhistoire à l’université de Cantabrie, et par l’archéologue Alberto Martínez Villa. Les travaux se poursuivent jusqu’à l’été 2025.

Les fouilles de Sohornu ont permis d’identifier les restes d’au moins deux hommes adultes, ainsi qu’une occupation de la grotte comprise entre 12 000 et 4 300 ans avant notre époque.

Les analyses détaillées des ossements doivent être finalisées d’ici la fin de l’année 2026, mais les premiers résultats sur l’un des individus, âgé d’environ 45 ans, sont déjà considérés comme majeurs pour la connaissance de la préhistoire cantabrique.

Un représentant de la culture « asturienne », grands consommateurs de produits de la mer

Les chercheurs rattachent ces restes humains à la culture dite « asturienne », définie dès 1923 par le comte de la Vega del Sella à partir de concheros mis au jour dans les grottes de la côte cantabrique. Cette culture du Mésolithique couvre une période allant approximativement de 10 700 à 6 800 ans avant notre ère, d’après la bibliographie récente.

Les habitants de cette région vivaient alors de chasse et de cueillette, bien avant l’arrivée de l’agriculture et de l’élevage dans le nord de la péninsule Ibérique. Ils fréquentaient intensément le littoral et exploitaient un vaste éventail de ressources marines.

  • Consommation importante de mollusques, notamment des moules et patelles (lapas) ;
  • Ramassage de petits gastéropodes comme les bigorneaux ;
  • Collecte de crustacés dont les fameux percebes (pouces-pieds) ;
  • Pêche de petits poissons ;
  • Chasse des grands mammifères terrestres : cerfs, chevreuils, sangliers.

À proximité immédiate de Sohornu se trouve la grotte d’El Mazo, un autre conchero asturien largement étudié par l’université de Cantabrie, qui a déjà montré l’importance des ressources marines dans l’alimentation de ces groupes.

Comment les scientifiques savent-ils ce que mangeait cet homme ?

Pour reconstituer le régime alimentaire de cet individu, les chercheurs se sont appuyés sur l’analyse chimique des os, et plus précisément du collagène qu’ils contiennent. Le collagène enregistre sur la durée les apports en protéines et garde une véritable « signature » de la nourriture ingérée.

Les isotopes stables de carbone distinguent les protéines d’origine marine de celles issues des animaux terrestres, tandis que les isotopes d’azote renseignent sur la place occupée dans la chaîne alimentaire.

D’après Pablo Arias, ce type d’analyse reflète en général les cinq à dix dernières années de vie d’un individu. Pour Sohornu, les calculs indiquent que près de 55 % des protéines consommées provenaient de la mer. L’homme mangeait donc majoritairement :

  • des petits poissons ;
  • des patelles ;
  • des bigorneaux ;
  • beaucoup de moules et de percebes ;
  • quelques oursins.

Cette méthode a néanmoins ses limites. Le collagène rend surtout compte des protéines, et bien moins des graisses ou des glucides. Les analyses ne permettent donc pas d’identifier d’éventuels végétaux consommés, ni d’établir la présence de céréales comme le blé, l’orge ou l’avoine, ni de plantes dites « C4 » comme le maïs, la canne à sucre ou le sorgho.

Une comparaison avec d’autres sites de la façade cantabrique

Dès 2005, Pablo Arias avait publié un premier grand travail sur les isotopes stables dans des restes humains du littoral cantabrique. Quinze échantillons avaient alors été analysés, dont huit issus de la grotte de Los Canes (Cabrales).

Les résultats montraient déjà une opposition marquée entre les populations côtières et celles de l’intérieur :

Sites étudiés Localisation Part des protéines marines
La Poza l’Egua, Colomba, J3 (Hondarribia) Côte (Asturies et Pays basque) Environ 50 %, avec plus de poisson que de coquillages
Los Canes (Cabrales) Intérieur des terres, à plusieurs heures de marche de la côte Part quasi nulle des ressources marines

Arias interprétait ces différences comme le signe d’une certaine « territorialité » au Mésolithique : des groupes ayant un accès direct à la côte, d’autres non, ce qui conditionnait fortement leur alimentation.

Son étude montrait également un changement très net après 5 000 av. J.-C. Avec l’implantation du Néolithique et l’arrivée de l’agriculture, les populations du nord de l’Espagne abandonnent presque totalement les ressources marines au profit d’une alimentation à base de produits terrestres, un basculement qualifié de « radical » dans l’article cité par Xataka.

Un squelette sauvé par les coquilles, mais une datation compliquée

Les sols acides du nord de l’Espagne ont tendance à dissoudre les os sur le long terme. C’est ce qui rend les découvertes de squelettes anciens particulièrement rares dans la région. À Sohornu, les coquilles accumulées pendant des millénaires ont modifié la chimie du sol.

En réduisant l’acidité du substrat, les concheros ont créé une sorte de cocon protecteur, permettant la conservation partielle du squelette pendant 8 000 ans.

Cette excellente conservation facilite l’étude anthropologique, mais elle complique la datation au carbone 14. La forte consommation de poisson introduit un biais bien connu des archéologues : l’« effet réservoir » marin. Le carbone contenu dans les organismes marins peut donner l’impression que les restes sont plus anciens qu’ils ne le sont réellement.

Pour contourner cette difficulté, les spécialistes appliquent des courbes de correction établies à partir d’autres individus asturiens. Les dates avancées autour de 8 000 ans restent donc, à ce stade, une estimation. Les chercheurs préfèrent attendre les datations définitives avant de fixer précisément l’âge de l’homme de Sohornu.

Le site continuera à être étudié dans le cadre du projet RitDomS, un programme scientifique financé par le Plan national espagnol de recherche et développement 2024-2027.

Ce que cette découverte dit de la préhistoire européenne

L’homme de Sohornu illustre la grande diversité des modes de vie au Mésolithique en Europe. Alors que certaines régions développaient déjà l’agriculture, le nord de la péninsule Ibérique restait occupé par des groupes de chasseurs-cueilleurs très adaptés à l’exploitation du littoral.

Ce type de découverte permet de mieux comprendre :

  • Le rythme d’adoption de l’agriculture dans le nord de l’Espagne, plus tardif que dans d’autres zones d’Europe.
  • Le rôle des ressources marines dans la transition vers le Néolithique.
  • Les possibles frontières territoriales entre groupes côtiers et de l’intérieur.
  • Pour les chercheurs, l’enjeu dépasse la simple reconstitution d’un menu préhistorique. Ces données servent à reconstituer les déplacements, les échanges, les savoir-faire techniques (pêche, collecte sur l’estran, gestion saisonnière des ressources) et la manière dont les communautés s’adaptaient à un environnement côtier parfois rude.

    Quel parallèle avec la France ?

    Pour un lecteur français, cette découverte rappelle plusieurs sites majeurs de préhistoire littorale, en particulier en Bretagne, en Normandie ou sur la façade atlantique. En France, des amas coquilliers préhistoriques existent aussi, même si les contextes chronologiques et culturels ne sont pas toujours identiques à ceux des Asturies.

    Les archéologues français utilisent les mêmes méthodes d’analyse isotopique pour étudier la part des ressources marines dans l’alimentation des anciens habitants des côtes. Les principes restent comparables :

    • Prélèvement d’un fragment d’os ou de dent ;
    • Extraction du collagène en laboratoire ;
    • Mesure des isotopes stables de carbone et d’azote ;
    • Comparaison avec des courbes de référence locales pour interpréter les résultats.

    En France, la recherche est portée par des laboratoires de préhistoire intégrés au CNRS, aux universités et à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), l’équivalent des services régionaux d’archéologie qui supervisent aussi les fouilles de sauvetage lorsqu’un chantier met au jour des vestiges anciens.

    Isotopes, concheros, Mésolithique : quelques repères pour mieux comprendre

    Que sont les isotopes stables ?

    Un isotope est une version d’un élément chimique qui possède le même nombre de protons mais un nombre de neutrons différent. Pour le carbone, les scientifiques s’intéressent par exemple aux isotopes 12 et 13, pour l’azote aux isotopes 14 et 15. Ces isotopes dits « stables » ne se désintègrent pas avec le temps, contrairement au carbone 14 utilisé pour la datation.

    Les plantes, les animaux et les humains n’intègrent pas ces isotopes dans les mêmes proportions selon leur environnement et leur place dans la chaîne alimentaire. En étudiant les rapports isotopiques dans les os, les chercheurs peuvent donc remonter à l’origine des aliments consommés.

    Concheros et adaptation au littoral

    Les concheros, comme celui de Sohornu, se forment lorsque des générations d’occupants rejettent au même endroit les coquilles des mollusques qu’ils consomment. Ces amas constituent de véritables archives, non seulement pour l’alimentation, mais aussi pour le climat et le niveau marin.

    En analysant les espèces de coquillages présentes, leur taille et leur état, les archéologues évaluent la pression exercée par l’homme sur les ressources, la saison de collecte ou encore les variations de température de l’eau. À long terme, ces informations aident à reconstituer l’évolution du littoral et le rapport des sociétés préhistoriques à la mer.

    Pour le visiteur moderne, ces recherches peuvent aussi inspirer une réflexion sur les usages actuels du littoral : pression de la pêche, exploitation des coquillages, fréquentation touristique. L’homme de Sohornu rappelle qu’il y a 8 000 ans déjà, des communautés entières vivaient de la mer, avec une connaissance fine des marées, des rochers et des saisons, bien avant l’apparition de l’agriculture dans cette région du nord de l’Espagne.

    Questions fréquentes

    Comment les archéologues savent-ils ce que mangeait cet homme préhistorique ?

    Ils analysent les isotopes stables de carbone et d'azote présents dans le collagène des os, qui enregistre la signature chimique de la nourriture consommée. Cette méthode reflète généralement l'alimentation des cinq à dix dernières années de vie de l'individu.

    Pourquoi le squelette a-t-il été aussi bien conservé après 8 000 ans ?

    L'accumulation de coquilles (conchero) autour du squelette a réduit l'acidité du sol, créant un cocon protecteur. Normalement, les sols acides du nord de l'Espagne dissolvent les os rapidement, rendant les squelettes anciens très rares dans la région.

    Qu'est-ce que la culture asturienne ?

    C'est une culture du Mésolithique définie en 1923, couvrant la période d'environ 10 700 à 6 800 ans avant notre ère. Elle caractérise les populations côtières du nord de l'Espagne qui vivaient de chasse, pêche et cueillette, exploitant intensément les ressources marines.

    Pourquoi la datation au carbone 14 est-elle compliquée pour cet homme ?

    L'« effet réservoir » marin introduit un biais : le carbone des organismes marins peut donner l'impression que les restes sont plus anciens qu'ils ne le sont réellement. Les chercheurs appliquent des courbes de correction pour contourner ce problème.

    Quelles sont les limites de l'analyse du collagène pour reconstituer l'alimentation ?

    Elle renseigne principalement sur les protéines, beaucoup moins sur les graisses ou les glucides. Elle ne permet pas d'identifier les végétaux consommés, ni la présence de céréales comme le blé ou l'orge.

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