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Au chômage, ils paient une entreprise pour faire semblant de travailler : voici ce qu’ils y gagnent vraiment

Au chômage, ils paient une entreprise pour faire semblant de travailler : voici ce qu'ils y gagnent vraiment

En Chine, de jeunes chômeurs paient chaque jour l’accès à de faux bureaux pour « travailler » sans salaire, mais pas sans objectifs.

Dans plusieurs grandes villes chinoises, des entreprises louent des open spaces à des jeunes sans emploi qui paient pour faire semblant de travailler. Un phénomène étonnant, rapporté par le journal en ligne espagnol El Pais, qui interroge à la fois la pression sociale autour du travail en Chine et le besoin d’appartenance d’une génération frappée par le chômage.

Des bureaux, un faux chef et même de fausses missions… mais aucun salaire

Dans ces structures surnommées, en Chine, « entreprises de faux travail », les clients ne sont pas embauchés. Ils paient, au contraire, une sorte de forfait journalier pour accéder à des locaux aménagés comme de vrais bureaux.

D’après l’article relayé par El Pais, l’accès de base coûte entre 30 et 50 yuans par jour, soit environ 4 à 7 euros. Pour ce prix, les jeunes chômeurs peuvent :

  • occuper un bureau ou un poste de travail,
  • profiter d’une connexion Wi-Fi gratuite,
  • prendre leurs repas sur place,
  • passer la journée dans un environnement « de bureau » sans obligation réelle de productivité.

Certains prestataires vont plus loin et proposent, moyennant un supplément, tout un décor digne d’une vraie vie de bureau : faux managers, missions inventées, consignes à rendre, voire mises en scène de rébellion de salariés.

Ces entreprises vendent un décor complet de vie de bureau, avec horaires, interactions hiérarchiques et tâches fictives, sans aucun contrat de travail ni salaire.

Pourquoi des jeunes au chômage acceptent de payer pour faire semblant de travailler

Pour un regard français, l’idée semble absurde : pourquoi sortir de chez soi, payer et « jouer » au salarié, alors qu’aucun revenu n’est au bout ? Les motivations des participants, interrogés par El Pais, sont pourtant variées.

Un lieu pour sortir de l’isolement et « avoir une routine »

Une partie de ces jeunes viennent avant tout pour ne pas rester enfermés chez eux. Ils y voient un moyen bon marché de disposer d’un endroit calme, avec une connexion correcte, pour passer la journée, réviser, travailler sur des projets personnels ou simplement surfer en ligne.

Les responsables de ces faux bureaux font valoir que, dans certaines grandes villes comme Pékin, le coût d’une place en café toute la journée dépasse largement les 30 à 50 yuans qu’ils facturent. À ce tarif, les clients bénéficient d’un espace assis garanti et peuvent rester plusieurs heures sans consommer en continu.

Pour certains, le simple fait de « se préparer le matin », de « se rendre au bureau » et de « terminer sa journée de travail » aide à structurer le temps. Cela évite le sentiment de stagnation qui accompagne souvent une période de chômage longue, surtout dans un contexte où la réussite professionnelle est fortement valorisée.

Un moyen de maintenir une image sociale acceptable

La pression sociale autour de l’emploi est très forte en Chine, notamment pour les jeunes diplômés. Ne pas avoir de travail peut être perçu comme un échec personnel, y compris au sein de la famille.

D’après le reportage d’El Pais, certains clients apprécient de pouvoir dire à leurs proches qu’ils « vont au bureau », même si ce bureau n’est pas celui d’un vrai employeur. Ils préservent ainsi, au moins en apparence, une identité de personne active.

Le faux bureau fonctionne comme un cache-misère social : on continue à se comporter comme un salarié, même sans contrat ni fiche de paie.

L’espoir de se remettre en selle pour décrocher un vrai poste

Quelques participants espèrent aussi que cette mise en situation finira par se transformer en tremplin professionnel. Ils y voient :

  • un entraînement à la discipline d’horaires fixes ;
  • une façon de préserver certaines habitudes de travail ;
  • un environnement propice à la rédaction de CV ou de lettres de motivation ;
  • une opportunité de rencontrer d’autres jeunes en recherche d’emploi.

Une créatrice de contenu, Xu Lin, citée par El Pais, explique ainsi : « Bien que certains membres aient besoin d’un endroit pour faire semblant de travailler, la plupart d’entre nous sont là simplement parce que c’est intéressant ». Elle y voit davantage un lieu de sociabilité atypique qu’un véritable tremplin professionnel.

Le contexte : chômage des jeunes et bureaux vides dans les grandes villes chinoises

Ce phénomène ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans un contexte économique particulier en Chine, avec une montée du chômage des jeunes et un marché immobilier de bureaux fragilisé.

Selon les chiffres cités par El Pais, le taux de chômage chez les 16-24 ans (hors étudiants) a atteint 16,5 % en mars, tandis qu’il s’élevait à 7,2 % pour les 25-29 ans. Ces niveaux restent inférieurs à ceux de certains pays européens, mais ils représentent une rupture dans un pays où la croissance a longtemps absorbé massivement les jeunes diplômés.

En parallèle, les grandes métropoles comme Pékin se retrouvent avec des surfaces de bureaux sous-utilisées. La baisse de certaines activités et la généralisation partielle du télétravail ont rendu de nombreuses locations très bon marché.

Des milliers de mètres carrés vides et une génération inquiète pour son avenir professionnel : le terrain est propice à l’apparition de ces entreprises qui monétisent l’illusion de travail.

Ces espaces se positionnent aussi comme une alternative économique aux espaces de coworking classiques, orientés vers les indépendants et les start-up. Ici, aucune obligation d’être auto-entrepreneur ou de facturer des clients : l’unique condition est de payer son droit d’entrée.

Un phénomène révélateur de la culture du travail en Chine

Pour comprendre pourquoi ces services trouvent leur public, il faut tenir compte de la culture professionnelle chinoise, où la notion de « travailler dur » reste omniprésente. Les horaires à rallonge, type « 9-9-6 » (9 heures-21 heures, 6 jours sur 7), ont marqué durablement les mentalités, même si ce modèle est contesté.

Dans ce cadre, l’inactivité peut être vécue comme un écart insupportable à la norme. Continuer à se lever tôt, se rendre dans un bureau, se mettre derrière un écran, permet de rester dans le moule, même sans mission réelle ni fiche de paie.

Ces entreprises exploitent aussi la frontière de plus en plus floue entre vie réelle et mise en scène, déjà visible sur les réseaux sociaux. Faire semblant de travailler peut devenir un contenu en soi, partagé en ligne, commenté, transformé en expérience « à tester » plutôt qu’en simple situation subie.

La situation en France : des espaces de travail partagés, mais pas de « faux employeurs »

En France, il n’existe pas, à ce jour, d’équivalent structuré à ces « entreprises de faux travail » chinoises. Les personnes en recherche d’emploi disposent en revanche d’autres solutions pour éviter l’isolement ou travailler leurs candidatures.

Espaces de coworking et tiers-lieux

Les espaces de coworking et les tiers-lieux se développent depuis plusieurs années. Ils accueillent surtout :

  • des travailleurs indépendants,
  • des salariés en télétravail,
  • des porteurs de projets en création d’entreprise.

Certains chômeurs les utilisent ponctuellement pour rédiger des candidatures ou suivre des formations en ligne, mais ces structures ne proposent pas de mise en scène de vie de bureau ni de « faux managers ». Elles se contentent de fournir un cadre : bureau, connexion internet, parfois accompagnement collectif.

Accompagnement des demandeurs d’emploi

Le suivi des demandeurs d’emploi est assuré par France Travail (ex-Pôle emploi) et par des organismes partenaires. Les ateliers portent sur la rédaction de CV, la préparation d’entretiens, ou encore la définition d’un projet professionnel.

L’objectif, en France, reste clairement le retour à l’emploi réel. Aucune structure publique ne propose, à ce jour, de service consistant à reproduire la vie de bureau pour conserver une « façade » sociale ou simplement occuper des locaux vides.

Ce que cette tendance chinoise dit du rapport au travail des jeunes

Au-delà de l’anecdote, ces faux bureaux éclairent le rapport complexe des jeunes au travail dans un contexte d’incertitude économique. Ils montrent :

  • un besoin de reconnaissance sociale lié au statut de « personne active » ;
  • une difficulté à accepter l’inactivité, même temporaire ;
  • un marché de l’emploi plus tendu pour les nouvelles générations ;
  • une marchandisation croissante de tout ce qui touche à l’identité professionnelle.

Ils révèlent aussi une forme de paradoxe : alors que certains salariés cherchent à échapper aux contraintes du bureau traditionnel, d’autres, sans emploi, paient pour retrouver ces codes, même vidés de leur contenu économique.

Pour un lecteur français, cette tendance agit comme un miroir déformant. Elle interroge la place que prend le travail dans la construction de l’estime de soi, et la manière dont des entreprises privées peuvent monétiser, y compris dans le vide, ce besoin de « faire partie du jeu » plutôt que de rester sur la touche.

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