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« Je tombe toujours amoureux du même type de personne » : une experte explique pourquoi ce n’est pas un hasard

« Je tombe toujours amoureux du même type de personne » : une experte explique pourquoi ce n'est pas un hasard

Vous avez l’impression de choisir sans cesse le même partenaire, au prix de relations compliquées ? Une psychothérapeute espagnole détaille ce qui se joue en coulisses.

Interrogée par le média espagnol (article en ligne d’un site de psychologie), la docteure Ana Isabel Sanz, psychothérapeute spécialisée dans les troubles affectifs et directrice de l’Institut psychiatrique Ipsias en Espagne, décrypte ces schémas amoureux qui se répètent. Elle montre comment l’enfance, l’attachement et certaines croyances sur l’amour nous poussent à retomber encore et encore sur le même type de partenaire, même lorsque la relation nous fait souffrir.

Des « patrons relationnels » qui se construisent dès l’enfance

Pour Ana Isabel Sanz, notre façon d’aimer ne naît pas au hasard. Elle parle de « patrons d’interaction inconscients » : des manières de se lier aux autres apprises très tôt, puis reproduites automatiquement à l’âge adulte, sans même en avoir conscience.

Ces modèles se construisent dans la petite enfance, avec les parents ou les figures qui s’occupent de l’enfant. Ils sont profondément façonnés par :

  • les comportements observés entre les adultes (tendresse, agressivité, distance, respect) ;
  • la manière dont l’enfant est écouté, consolé, sécurisé ;
  • les idées transmises à propos de l’amour, de la fidélité, du conflit ou de la séparation.

La spécialiste souligne que ces patrons sont liés à « les attentes et croyances que nous formons tout au long de notre vie sur ce que, pour chacun de nous, impliquent et apportent les relations humaines ». Si, par exemple, une petite fille grandit dans une famille où les infidélités et la violence sont banalisées, il devient très probable qu’adulte, elle entre dans des relations qui reproduisent les mêmes dynamiques.

Ces schémas, forgés très tôt, rendent familiers des comportements parfois toxiques. On ne les perçoit plus comme anormaux, mais comme « la normalité » de l’amour.

L’attachement, pont direct entre enfance et vie amoureuse

Pour expliquer ce mécanisme, la docteure Sanz s’appuie sur la théorie de l’attachement du psychiatre britannique John Bowlby. Cette approche distingue quatre grands types d’attachement chez l’enfant, qui se prolongent à l’âge adulte :

Type d’attachement Caractéristiques principales à l’âge adulte
Sécurisé Confiance dans l’autre, sentiment de ne pas être abandonné, capacité à s’engager et à se séparer sans panique.
Anxieux Peur du rejet, besoin constant d’être rassuré, jalousie, difficulté à se sentir suffisant pour l’autre.
Évitant Malaise avec l’intimité, distance émotionnelle, tendance à fuir l’engagement ou à minimiser les sentiments.
Désorganisé Comportements contradictoires : désir de proximité et peur intense de l’intimité, réactions imprévisibles.

« Certains parents offrent à leurs enfants un attachement sécurisant, qui donne la confiance qu’ils ne les abandonneront pas ; d’autres génèrent des attachements moins sains », résume la psychothérapeute. Ces derniers nourrissent ensuite, à l’âge adulte, la peur de l’abandon, la distance émotionnelle ou la difficulté à s’engager, avec des expériences amoureuses souvent douloureuses.

Pourquoi je retombe sur le même type de partenaire malgré mes échecs ?

Après une rupture, beaucoup de personnes jurent qu’on ne les y reprendra plus : elles repèrent les comportements qu’elles ne veulent plus accepter. Pourtant, nombre d’entre elles se surprennent à dire « je tombe toujours amoureux du même type de personne » et rejouent les mêmes histoires, parfois plus blessantes encore.

Pour Ana Isabel Sanz, ce phénomène est courant. Le principal concerné ne comprend pas toujours ce qui se passe, car ce mécanisme se joue surtout en arrière-plan. La psychothérapeute met en avant plusieurs raisons fréquentes.

Baisse d’estime de soi, croyances toxiques et habitudes relationnelles

  • Basse estime de soi. Une personne qui ne perçoit pas sa valeur aura tendance à se contenter de relations où elle ne reçoit pas le respect ou l’attention qu’elle mérite. La peur de rester seul et un fort sentiment d’insécurité conduisent à accepter des dynamiques blessantes, même lorsqu’on en a conscience.
  • Croyances erronées sur l’amour. En grandissant, chacun intègre des idées parfois très nocives : « l’amour excuse tout », « si elle m’aime vraiment, elle changera », « souffrir prouve que la relation est importante ». Ces croyances poussent à rester dans des relations toxiques, voire violentes, en pensant que la patience ou le sacrifice finiront par payer.
  • Patrons relationnels acquis. Quand, à la maison, la relation des parents est froide, distante ou marquée par le mépris, l’enfant peut finir par considérer la froideur ou la jalousie excessive comme des attitudes normales. À l’âge adulte, il cherchera malgré lui des partenaires reproduisant ce climat affectif, simplement parce que cela lui est familier.

L’être humain va spontanément vers ce qu’il connaît, pas forcément vers ce qui lui fait du bien. Le familier est rassurant, même lorsqu’il blesse.

Signes que votre schéma relationnel n’est pas sain

Selon Ana Isabel Sanz, l’une des grandes difficultés vient du fait qu’au début d’une histoire, l’organisme est inondé d’oxytocine et de dopamine. Cet état euphorique du coup de foudre peut rendre aveugle à des signaux pourtant clairs.

La spécialiste recommande d’être particulièrement attentif une fois passé le premier « enchantement ». Elle conseille de ne pas ignorer « le manque d’attention et de respect dans la communication, ou la dévalorisation des opinions par l’un des membres du couple ».

D’autres indicateurs doivent alerter :

  • vos émotions, idées ou décisions sont régulièrement minimisées ou tournées en dérision ;
  • vous vous sentez en position d’infériorité, comme si l’autre avait toujours le dernier mot ;
  • votre partenaire veut tout contrôler : sorties, vêtements, amis, horaires ;
  • la jalousie et la possessivité sont présentées comme des preuves d’amour ;
  • votre intimité (téléphone, réseaux, discussions privées) n’est pas respectée.

Ce type de fonctionnement crée, selon elle, « une dynamique de pouvoir inégale », qui érode l’estime de soi et nourrit une dépendance émotionnelle. L’urgence devient alors de ne plus perdre son partenaire plutôt que de protéger son propre équilibre psychique.

Comment rompre enfin avec ces schémas amoureux ?

Lorsqu’une personne réalise qu’elle retombe toujours sur le même type de partenaire, « il est important de prendre les choses en main », insiste la psychothérapeute espagnole, notamment à travers un mélange d’introspection et d’actions concrètes.

L’autoconnaissance, première étape pour reprendre la main

Pour Ana Isabel Sanz, la première marche consiste à mieux se connaître. Elle invite à identifier les expériences passées qui ont façonné la façon de se lier : ambiance familiale, conflits, séparations, non-dits, violences verbales ou physiques.

À partir de là, l’objectif est de repérer son style d’attachement et de voir comment celui-ci a orienté les choix de partenaires. Ce travail peut être fait seul en partie, mais la spécialiste insiste sur l’importance d’une aide extérieure.

Elle rappelle l’intérêt de « compter sur un réseau de soutien sain et de recourir à une thérapie ». Un entourage bienveillant et un professionnel formé aident à voir la relation telle qu’elle est, et non telle qu’on voudrait qu’elle soit.

« Changer les patrons de relation implique le développement de nouvelles compétences de communication et d’affrontement. Cela peut inclure apprendre à exprimer nos besoins et émotions de manière efficace, poser des limites saines et pratiquer l’empathie et l’écoute active », souligne la docteure Sanz.

Changer sa vision de l’amour

La psychothérapeute recommande aussi de travailler sur les idées reçues autour de l’amour. Il s’agit de « laisser derrière soi les croyances limitantes et les attentes peu réalistes », pour cesser d’idéaliser la fusion à tout prix, ou l’idée qu’aimer signifie tout supporter.

Ce changement de regard permet de redonner de la valeur à ses propres besoins : quels comportements ne sont plus négociables ? Dans quelles situations vous sentez-vous respecté, écouté, soutenu ? Cette clarification aide à repérer plus vite les signaux d’alarme lors d’une nouvelle rencontre.

Et en France, comment se faire aider face à ces répétitions amoureuses ?

Pour un lecteur français, le constat dressé par la docteure Ana Isabel Sanz rejoint les travaux de nombreux psychologues et psychiatres en France. Les schémas de répétition amoureuse et les styles d’attachement sont aussi largement travaillés dans le cadre :

  • des thérapies individuelles, menées par des psychologues cliniciens ou des psychiatres ;
  • des thérapies de couple, centrées sur la communication, les conflits et les attentes réciproques ;
  • des groupes de parole proposés par certaines associations autour des violences conjugales, de la dépendance affective ou des ruptures difficiles.

Le principe reste le même : comprendre l’origine des schémas, apprendre à poser des limites et renforcer l’estime de soi. En France, les professionnels de santé mentale sont accessibles en ville comme à l’hôpital, et les médecins généralistes peuvent orienter vers les structures adaptées (centres médico-psychologiques, services hospitaliers, cabinets privés).

Quelques repères concrets pour changer progressivement de schéma

Sans se substituer à un suivi spécialisé, certains repères peuvent aider, dans l’esprit des recommandations de la docteure Sanz :

  • Noter ses expériences. Écrire les points communs entre vos ex-partenaires : comportements, réactions en conflit, façon de parler de vous. Y voir un fil rouge peut déjà être un déclic.
  • Définir vos « lignes rouges ». Lister ce que vous n’acceptez plus (insultes, dénigrement, jalousie constante, pression sexuelle, moqueries sur votre physique, etc.).
  • Observer les débuts de relation. Ne pas ignorer les petits malaises : remarques blessantes répétées, difficultés à accepter vos amis, refus d’écouter vos besoins.
  • S’appuyer sur des tiers de confiance. Demander à une ou deux personnes proches ce qu’elles pensent de votre couple. Les observateurs extérieurs repèrent parfois plus vite les signaux toxiques.
  • Ralentir le rythme. Prendre le temps avant de s’engager fortement (emménagement, enfants, finances) pour vérifier la stabilité du lien au-delà du coup de foudre.
  • Briser un schéma relationnel ne se fait pas en quelques semaines. Le travail décrit par la psychothérapeute espagnole suppose une certaine patience avec soi-même. Chaque petite prise de conscience, chaque « non » posé à une dynamique douloureuse constitue pourtant un pas réel vers des relations plus apaisées.

    Questions fréquentes

    Pourquoi je tombe toujours amoureux du même type de personne ?

    Selon Ana Isabel Sanz, cela vient de « patrons d'interaction inconscients » apprises dans l'enfance avec les parents ou figures de référence. Ces modèles, façonnés par les comportements observés, la manière d'être écouté et les idées reçues sur l'amour, se reproduisent automatiquement à l'âge adulte sans qu'on en ait conscience.

    Quel lien existe-t-il entre le style d'attachement dans l'enfance et les relations adultes ?

    La théorie de l'attachement de John Bowlby distingue quatre styles (sécurisé, anxieux, évitant, désorganisé) qui se prolongent à l'âge adulte. Un enfant ayant reçu un attachement peu sain développera des adultes des peurs d'abandon, une distance émotionnelle ou une difficulté à s'engager, souvent source de relations douloureuses.

    Comment savoir si mon schéma relationnel n'est pas sain ?

    Les signaux d'alerte incluent : le manque d'attention et de respect, la minimisation de vos idées, un contrôle excessif par votre partenaire, la jalousie présentée comme preuve d'amour, et le non-respect de votre intimité. Ces dynamiques créent une inégalité de pouvoir qui érode l'estime de soi.

    Comment rompre avec ces schémas toxiques ?

    La première étape est l'autoconnaissance : identifier vos expériences passées et votre style d'attachement. Ensuite, il faut reconnaître vos croyances erronées sur l'amour, travailler votre estime de soi, et généralement chercher un soutien professionnel pour creuser ce travail d'introspection et d'action concrète.

    Pourquoi ignore-t-on les signaux d'alerte au début d'une relation ?

    Au début d'une histoire, l'organisme est inondé d'oxytocine et de dopamine, créant un état euphorique qui rend aveugle à des signaux pourtant clairs. C'est pourquoi il est important d'être particulièrement attentif une fois passé ce premier « enchantement ».

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