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Les néandertaliens fabriquaient du goudron de bouleau pour leurs outils : une étude révèle qu’il servait aussi d’antibiotique

Les néandertaliens fabriquaient du goudron de bouleau pour leurs outils : une étude révèle qu'il servait aussi d'antibiotique

Une équipe internationale montre que du goudron de bouleau, déjà utilisé par les néandertaliens pour leurs outils, possédait aussi des propriétés médicales, en Europe.

Une recherche menée par l’Université de Cologne et relayée par le média spécialisé La Brújula Verde attribue aux néandertaliens une maîtrise inattendue d’un matériau bien connu des archéologues : le goudron de bouleau. Produit il y a plus de 100 000 ans en Europe, il ne servait pas seulement à fixer des outils en pierre. Cette nouvelle étude suggère qu’il aurait aussi été utilisé comme véritable traitement antibactérien.

Un matériau clé de la culture néandertalienne réévalué

Le goudron de bouleau est une masse noire et visqueuse obtenue à partir de la distillation de l’écorce de bouleau. On en retrouve des restes dans de nombreux sites du Paléolithique moyen en Europe, toujours associés à des outils en pierre.

Jusqu’ici, les archéologues y voyaient surtout un adhésif sophistiqué : il permettait d’emmancher des lames de pierre sur des manches en bois ou en os, pour fabriquer des armes et des outils composites. Cette utilisation technique était déjà considérée comme la preuve de capacités cognitives avancées chez les néandertaliens, capables de :

  • contrôler le feu sur de longues durées,
  • organiser une chaîne opératoire complexe,
  • prévoir et fabriquer à l’avance des matériaux destinés aux outils.

Les travaux récents viennent bousculer cette vision purement « technique ». Des données ethnographiques collectées dans diverses régions du monde montrent que des populations récentes ont aussi utilisé le goudron de bouleau pour soigner des plaies ou traiter certaines infections.

Parallèlement, plusieurs études ont déjà mis en évidence des comportements médicaux chez les néandertaliens : traces de soins dentaires, utilisation de plantes aux propriétés anti-inflammatoires ou antalgiques, prise en charge de malades au sein des groupes. Ce faisceau d’indices a poussé les chercheurs à tester l’hypothèse d’un usage thérapeutique du goudron de bouleau.

Les chercheurs ont voulu savoir si le goudron de bouleau, tel que les néandertaliens pouvaient le produire, agissait réellement contre des bactéries dangereuses pour l’homme.

Une expérience contrôlée pour reproduire les techniques néandertaliennes

L’étude, publiée dans la revue scientifique PLOS One, a été menée par un groupe de chercheurs issus notamment de l’Université de Cologne, de l’Université d’Oxford, de l’Université de Liège et de l’Université de Cape Breton au Canada.

Sous la direction de Tjaark Siemssen, les scientifiques ont cherché à respecter une contrainte stricte : n’utiliser que des méthodes de production attestées dans le registre archéologique néandertalien. Leur objectif était de produire un goudron comparable à celui que ces populations préhistoriques pouvaient réellement obtenir.

Deux méthodes de fabrication inspirées du Paléolithique

Les chercheurs ont testé deux techniques principales :

  • La distillation enterrée : de l’écorce de bouleau est enterrée dans une fosse scellée, puis chauffée dans un environnement pauvre en oxygène. La matière se décompose sans brûler complètement, laissant un résidu de goudron.
  • La combustion à l’air libre sur pierre : l’écorce est brûlée sur une surface dure, comme une roche. Le goudron se condense alors sur cette surface pendant la combustion.
  • Dans les deux cas, les chercheurs ont choisi des espèces de bouleau présentes pendant le Pleistocène, afin de rester au plus près des conditions environnementales connues pour les néandertaliens.

    Une fois le goudron obtenu, il a été analysé en laboratoire pour tester son pouvoir antimicrobien.

    Un effet net contre une bactérie impliquée dans les infections de plaies

    Les échantillons expérimentaux de goudron de bouleau ont été mis en contact avec une bactérie bien connue des hôpitaux actuels : Staphylococcus aureus. Ce micro-organisme pathogène joue un rôle central dans les infections de plaies, les abcès cutanés et diverses infections nosocomiales.

    Les résultats se sont révélés particulièrement clairs : toutes les variantes de goudron produit selon les méthodes néandertaliennes ont inhibé de façon significative la croissance de la bactérie.

    Quelle que soit la technique de fabrication utilisée, le goudron de bouleau a freiné la prolifération de Staphylococcus aureus, une bactérie souvent impliquée dans les infections de plaies.

    Les chercheurs en tirent une conclusion importante : l’effet antibactérien ne dépend pas d’une recette spécifique ou d’un détail technique particulier. Il semble directement lié au matériau lui‑même. Les propriétés antimicrobiennes apparaissent ainsi inhérentes au goudron de bouleau.

    Pour les auteurs, cette constance ouvre une piste forte : les groupes néandertaliens auraient pu remarquer, par simple observation, que l’application de ce goudron sur la peau ou sur des plaies limitait les infections ou accélérait la guérison.

    Vers une autre image des néandertaliens, soignants autant que techniciens

    Selon Tjaark Siemssen, cité par l’Université de Cologne, la convergence entre les données ethnographiques modernes et les indices archéologiques éclaire différemment les pratiques néandertaliennes. L’usage médical du goudron de bouleau devient une hypothèse sérieuse, intégrée à un ensemble plus vaste de comportements de soin déjà documentés.

    Ces résultats s’inscrivent dans la révision en cours de l’image de Néandertal. Loin de l’archétype du « primitif brut », cette espèce humaine aujourd’hui disparue :

    • maîtrisait des techniques complexes de production de matériaux,
    • utilisait des plantes à des fins thérapeutiques,
    • prenait en charge les individus fragiles au sein des groupes,
    • pouvait identifier et exploiter les propriétés curatives de certaines ressources naturelles.

    Le goudron de bouleau, déjà clé pour les outils, devient ainsi un candidat crédible à un double usage : technologique et médical.

    Un intérêt direct pour la recherche médicale contemporaine

    L’étude ne se limite pas au passé. Elle s’inscrit aussi dans un contexte très actuel : la montée mondiale des bactéries résistantes aux antibiotiques conventionnels. Staphylococcus aureus, notamment dans ses formes multirésistantes, fait partie des principaux agents d’infections contractées à l’hôpital.

    Les chercheurs soulignent que la recherche de nouvelles molécules antimicrobiennes peut s’inspirer :

    • des connaissances traditionnelles documentées dans les sociétés humaines récentes,
    • mais aussi des pratiques très anciennes, comme celles des populations du Pleistocène.

    L’étude citée par La Brújula Verde met ainsi en avant une approche interdisciplinaire : croiser archéologie expérimentale et pharmacologie. Le goudron de bouleau n’est pas envisagé tel quel comme médicament moderne, mais son efficacité antimicrobienne pourrait inspirer l’isolement ou la synthèse de composés actifs.

    L’analyse de substances utilisées depuis la préhistoire ouvre des pistes pour concevoir de nouveaux agents thérapeutiques face aux résistances actuelles.

    Ce que cela change pour la compréhension des pratiques en France préhistorique

    Les faits décrits se déroulent principalement en Europe, avec une coordination entre des universités en Allemagne, au Royaume‑Uni, en Belgique et au Canada. Les sites européens du Paléolithique moyen, dont plusieurs se trouvent en France, livrent eux aussi des traces de goudron de bouleau associé à des outils.

    Pour un lecteur français, ces résultats renforcent l’idée que les groupes néandertaliens ayant occupé l’actuel territoire de la France pouvaient utiliser les mêmes techniques. Les fouilles françaises mettent déjà en évidence des comportements complexes, comparables à ceux décrits dans l’étude : production d’adhésifs, gestion du feu, sélection de ressources végétales.

    En France contemporaine, la prise en charge des infections et des plaies repose sur des antibiotiques modernes et des antiseptiques encadrés par la réglementation sanitaire. Le goudron de bouleau n’a pas de statut médical courant dans ce cadre. Les résultats de l’équipe de Cologne relèvent donc avant tout de la recherche fondamentale et de l’histoire de la médecine, plutôt que d’une application directe à la pratique médicale française.

    Goudron, antibactérien et plantes : quelques repères pour le lecteur

    Le terme « antimicrobien » désigne tout agent capable d’inhiber la croissance ou de tuer des micro-organismes comme les bactéries, les champignons ou certains parasites. Les antibiotiques sont une catégorie particulière de molécules antimicrobiennes, utilisées spécifiquement contre les bactéries et soumises à un encadrement médical strict.

    Dans de nombreuses cultures, des substances issues d’arbres – résines, gommes, goudrons – ont longtemps servi à la fois à des fins techniques et médicales. Elles pouvaient :

    • protéger une plaie des salissures,
    • assécher une zone infectée,
    • apporter des composés chimiques limitant la prolifération de bactéries.

    Le travail publié dans PLOS One montre que ces pratiques ne sont pas seulement issues de traditions récentes, mais qu’elles pourraient remonter à la préhistoire ancienne, avec une continuité d’usage des ressources naturelles pour la santé.

    Pour les scientifiques, l’enjeu est double : mieux comprendre comment les sociétés préhistoriques géraient les blessures et les infections, et repérer dans ces usages anciens des substances susceptibles d’inspirer de nouveaux traitements, dans un contexte où la résistance aux antibiotiques atteint désormais un niveau mondial préoccupant.

    Questions fréquentes

    Comment les néandertaliens fabriquaient-ils le goudron de bouleau ?

    Selon l'étude, ils utilisaient deux méthodes principales : l'enfouissement d'écorce de bouleau dans une fosse scellée et chauffée pauvre en oxygène, ou la combustion de l'écorce à l'air libre sur une surface dure comme la roche. Dans les deux cas, le goudron se formait par décomposition contrôlée.

    Le goudron de bouleau était-il vraiment utilisé comme antibiotique par les néandertaliens ?

    L'étude ne le prouve pas directement, mais elle suggère cette hypothèse en montrant que le goudron inhibe efficacement la croissance de Staphylococcus aureus. Les chercheurs estiment que les néandertaliens auraient pu remarquer par observation que son application limitait les infections ou accélérait la guérison.

    Pourquoi cette découverte intéresse-t-elle la médecine moderne ?

    Face à la montée mondiale des bactéries résistantes aux antibiotiques conventionnels, notamment Staphylococcus aureus multirésistant, explorer les propriétés antimicrobiennes de substances anciennes pourrait inspirer l'isolement ou la synthèse de nouveaux composés thérapeutiques.

    Qu'est-ce que Staphylococcus aureus et pourquoi les chercheurs l'ont-ils choisi ?

    C'est une bactérie pathogène bien connue des hôpitaux actuels, responsable d'infections de plaies, d'abcès cutanés et d'infections nosocomiales. Les chercheurs l'ont sélectionnée car elle représente un agent d'infection majeur et un défi médical contemporain.

    Quels autres indices archéologiques soutiennent l'idée que les néandertaliens avaient des pratiques médicales ?

    L'article mentionne des traces de soins dentaires, l'utilisation de plantes aux propriétés anti-inflammatoires ou antalgiques, et la prise en charge de malades au sein des groupes, formant un faisceau d'indices de comportements de soin.

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