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Pourquoi certaines personnes ont le mal des transports et d’autres jamais : les scientifiques ont enfin l’explication

Pourquoi certaines personnes ont le mal des transports et d'autres jamais : les scientifiques ont enfin l'explication

En voiture, en bateau ou en réalité virtuelle, certains tournent de l’œil, d’autres restent impeccablement bien : la science éclaire enfin cet écart.

Pourquoi votre voisin peut lire tranquillement en voiture pendant que vous pâlissez au premier virage ? Un article scientifique récent, relayé par la presse spécialisée anglo-saxonne, s’appuie sur des travaux parus en 2023 dans la revue à comité de lecture Experimental Brain Research pour apporter une réponse détaillée. Il montre que le mal des transports ne tient pas qu’à « une mauvaise habitude », mais à une combinaison subtile entre oreille interne, yeux, antécédents de migraine, personnalité et capacité d’adaptation du cerveau.

Un conflit dans le cerveau entre les yeux et l’oreille interne

Le mal des transports, ou « cinétose », apparaît lorsque le cerveau reçoit des informations contradictoires sur le mouvement et la position du corps. C’est ce décalage, et non le mouvement en lui-même, qui déclenche les nausées.

Le principe central : vos yeux disent une chose, votre oreille interne en dit une autre, et le cerveau interprète ce désaccord comme un signal de danger.

Dans une voiture, un car ou un train, plusieurs scénarios classiques se produisent :

  • vous lisez ou regardez votre téléphone : vos yeux perçoivent une scène globalement immobile (le livre, l’écran), mais votre oreille interne ressent chaque accélération, chaque virage ;
  • vous êtes assis dos à la route : votre corps sent le mouvement, mais vos repères visuels ne correspondent pas au sens de déplacement ;
  • vous êtes dans une cabine de bateau fermée : l’oreille interne détecte les roulis, tandis que les yeux voient un intérieur fixe.

Ce conflit entre vision et système vestibulaire (le dispositif de l’équilibre dans l’oreille interne) perturbe les centres cérébraux qui gèrent l’orientation dans l’espace. Le résultat se traduit par des symptômes bien connus : vertiges, nausées, sueurs froides, fatigue intense, parfois vomissements.

Les chercheurs cités dans Experimental Brain Research décrivent ce mécanisme comme un problème d’intégration sensorielle. Le cerveau doit fusionner des signaux multiples (vue, oreille interne, capteurs des muscles et des articulations). Dès que la cohérence se brise, la probabilité de malaise grimpe.

Quand la vue aggrave ou apaise le mal des transports

Le rôle de la vision se révèle décisif. Elle peut soit majorer les symptômes, soit les diminuer nettement, selon la façon dont on l’utilise.

Regarder son téléphone en voiture multiplie les risques de cinétose, quand fixer l’horizon les réduit nettement.

Selon les données reprises notamment par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) aux États-Unis, maintenir un contact visuel avec des éléments stables à l’extérieur du véhicule limite le conflit sensoriel. Concrètement :

  • fixer l’horizon ou un point lointain donne au cerveau une information visuelle cohérente avec le mouvement ressenti ;
  • regarder de près (écran, livre, tablette) fournit au contraire une illusion de stabilité incompatible avec les signaux de l’oreille interne.

En mer, monter sur le pont et regarder au loin limite souvent les nausées. Dans un car, s’asseoir près d’une fenêtre, dans le sens de la marche, aide le cerveau à recaler correctement ses repères.

Une sensibilité différente d’une personne à l’autre

L’étude publiée dans Experimental Brain Research en 2023 signale que nous ne réagissons pas tous de la même façon aux environnements qui provoquent le mal des transports, notamment lorsque le mouvement est surtout visuel, comme dans certains simulateurs ou expériences de réalité virtuelle.

Facteur individuel Effet sur le risque de mal des transports
Sensibilité vestibulaire Une oreille interne très réactive augmente la probabilité de conflit sensoriel
Antécédents de migraine Les personnes migraineuses se montrent souvent plus vulnérables aux stimulations visuelles et aux mouvements
Traits de personnalité Certaines caractéristiques, comme une forte sensibilité émotionnelle, pourraient rendre plus attentif aux sensations corporelles

Les auteurs expliquent que la « câblage » biologique du cerveau, c’est-à-dire la manière dont il assemble et pondère chaque signal sensoriel, joue un rôle clé. Chez certains, une petite incohérence déclenche très vite une alerte. Chez d’autres, le cerveau corrige ou ignore ce décalage sans faire naître de malaise.

Le poids de l’habitude : quand le cerveau s’entraîne au mouvement

Un autre point central avancé par les scientifiques concerne l’expérience accumulée. À force d’expositions répétées, le cerveau apprend à mieux prédire les mouvements et à réduire le conflit sensoriel.

Les habitués de la route, de l’air ou de la mer donnent à leur cerveau une forme « d’entraînement » anti-mal des transports.

Selon les travaux cités, plusieurs profils s’y adaptent mieux :

  • les personnes qui voyagent souvent en voiture, en train ou en avion ;
  • celles qui conduisent régulièrement, ce qui renforce la cohérence entre action et mouvement perçu ;
  • les utilisateurs assidus de dispositifs de réalité virtuelle, dont le cerveau apprend peu à peu à gérer un mouvement surtout visuel.

À l’inverse, une personne qui se déplace rarement, qui évite systématiquement les transports ou qui redoute déjà la cinétose n’offre pas à son système nerveux l’occasion de s’adapter. Le risque de malaise reste alors plus élevé à chaque trajet un peu long ou mouvementé.

Pourquoi certains n’ont jamais (ou presque) le mal des transports

Les individus qui semblent totalement épargnés présentent, d’après les chercheurs, une coordination particulièrement efficace entre leurs systèmes visuel et vestibulaire.

Leur cerveau :

  • prévoit très bien les mouvements, notamment lors des accélérations et freinages ;
  • réconcilie rapidement les petites divergences entre ce que voient les yeux et ce que sent l’oreille interne ;
  • bénéficie souvent d’une oreille interne en bon état et d’un équilibre hormonal stable.

Les facteurs génétiques entrent aussi en ligne de compte. Certaines personnes possèdent dès la naissance des caractéristiques biologiques qui les protègent davantage des nausées liées au mouvement. Elles peuvent ainsi lire, travailler ou même dormir dans un car ou un avion soumis à de fortes turbulences sans ressentir autre chose qu’une légère gêne, voire rien du tout.

Les principales pistes pour limiter le mal des transports

Le texte scientifique relayé par la presse spécialisée mentionne plusieurs mesures pratiques pour prévenir ou réduire les symptômes. Elles restent générales et doivent toujours être discutées avec un professionnel de santé pour tenir compte de chaque cas.

  • Choisir la bonne place : à l’avant de la voiture, au niveau des ailes en avion, au centre du bateau, dans le sens de la marche en train, les mouvements y sont souvent moins marqués.
  • Regarder au loin : focaliser son regard sur l’horizon ou un point fixe extérieur aide à synchroniser vue et oreille interne.
  • Faire des pauses : s’arrêter régulièrement, marcher un peu, respirer à l’air libre diminue l’accumulation de signaux contradictoires.
  • Limiter lecture et écrans : réduire l’usage du téléphone et la lecture prolongée dans les phases les plus mouvementées.
  • Discuter d’un traitement : certains médicaments ou dispositifs visent à stabiliser la réponse de l’oreille interne ou à atténuer les nausées, mais leur usage doit rester encadré par un médecin ou un pharmacien.
  • Les chercheurs insistent sur un point : comprendre ce qui se joue dans le cerveau aide déjà à mieux gérer ses trajets. Savoir que le malaise vient d’un conflit sensoriel, et non d’une faiblesse personnelle, réduit souvent une partie de l’angoisse, qui elle-même entretient les symptômes.

    Ce que cela signifie pour les voyageurs en France

    Les mécanismes décrits par l’étude internationale s’appliquent évidemment aux Français qui prennent leur voiture sur l’autoroute des vacances, le TGV, le métro ou le ferry pour la Corse. Dans l’Hexagone, le mal des transports reste un motif fréquent de conseil en pharmacie et en médecine générale.

    Les professionnels de santé français s’appuient sur les mêmes explications : conflit entre les signaux de l’oreille interne, de la vue et des capteurs situés dans les muscles et les articulations. L’assurance maladie rappelle régulièrement quelques règles de base proches de celles décrites par les chercheurs : voyager à jeun mais sans être complètement vide, bien s’hydrater, s’installer de préférence face à la route, privilégier l’air frais dès que possible.

    En pratique, la gestion de la cinétose en France associe souvent :

    • des conseils comportementaux (place dans le véhicule, regard vers l’extérieur, pauses) ;
    • des solutions non médicamenteuses, comme certains bracelets à point de pression ;
    • et, pour les cas les plus gênants, des médicaments disponibles avec ou sans ordonnance après avis médical.

    Les transports du quotidien, comme le métro ou le tramway, peuvent aussi déclencher des symptômes, notamment aux heures de pointe, avec la chaleur et la fatigue. Les mêmes principes de prévention s’appliquent : se placer près des portes ou des fenêtres, éviter de lire sur un téléphone au démarrage ou au freinage, stabiliser son regard sur l’extérieur lorsqu’on y a accès.

    Quelques notions à connaître pour mieux comprendre son propre cas

    Le terme « système vestibulaire » désigne l’ensemble des structures de l’oreille interne chargées de l’équilibre. Elles détectent les accélérations, les changements de direction, l’inclinaison de la tête. Quand ce système devient trop sensible ou fonctionne de façon irrégulière, le cerveau reçoit des signaux exagérés ou mal calés par rapport à ce que voient les yeux.

    La notion de « cinétose visuelle » évoquée dans l’étude renvoie aux situations où l’illusion de mouvement provient surtout de ce que l’on voit, comme dans un jeu vidéo très immersif ou un casque de réalité virtuelle, alors que le corps reste quasiment immobile. Là encore, le cerveau peine à concilier ce qu’il perçoit par la vue et ce qu’il ressent physiquement.

    Pour des personnes particulièrement touchées, les médecins préconisent parfois une forme de rééducation vestibulaire. Il s’agit de faire travailler, sous encadrement spécialisé, la coordination entre les différents systèmes sensoriels par une série d’exercices progressifs. L’objectif n’est pas de supprimer toute sensibilité, mais d’apprendre au cerveau à mieux tolérer certaines stimulations.

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