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L’intelligence artificielle a repéré les mots que les menteurs répètent le plus : ce sont ceux qui jurent être honnêtes

L'intelligence artificielle a repéré les mots que répètent le plus les menteurs : ce sont ceux qui jurent être honnêtes

En s’appuyant sur des milliers de conversations analysées, une IA a isolé les tournures qui reviennent le plus chez les menteurs, notamment en Amérique latine.

Un modèle d’intelligence artificielle, spécialisé dans le langage, a passé au crible un vaste corpus d’échanges écrits et oraux pour repérer les schémas typiques du mensonge. Selon l’article du média en ligne Infobae, basé en Amérique latine, certains mots et expressions reviennent nettement plus souvent chez les personnes qui essaient de convaincre de leur honnêteté… alors que leur discours reste fragile.

Ce que l’IA repère chez ceux qui jurent « dire la vérité »

Le système d’IA décrit par Infobae s’appuie sur le traitement automatique du langage. Il ne « lit » pas dans les pensées, mais identifie des récurrences dans la manière de parler de ceux qui mentent fréquemment. L’analyse montre que beaucoup de menteurs surjouent la sincérité.

Les expressions qui mettent en avant la franchise sont omniprésentes dans le discours des personnes qui veulent paraître honnêtes sans apporter de preuve concrète.

L’IA relève ainsi une série de formulations qui cherchent à installer une confiance immédiate :

  • « Crois-moi que… »
  • « Je te dis la vérité… »
  • « Sincèrement… »
  • « Pour que tu voies que je ne mens pas… »

Selon le modèle, ces expressions ne prouvent pas à elles seules qu’une personne ment. Mais elles apparaissent plus souvent lorsque l’interlocuteur insiste sur son intégrité au lieu d’apporter des éléments vérifiables. L’accent est mis sur la perception de sincérité, pas sur les faits.

Le mécanisme est simple : en déclarant « sincèrement » ou « je te dis la vérité », le locuteur tente de court-circuiter la méfiance naturelle de l’autre. L’IA constate que ce type d’appel direct à la confiance arrive souvent au moment où les faits sont flous, incomplets ou contestés.

Les phrases pour couper court et éviter les explications

Autre famille de formulations repérées par l’IA : celles qui servent à clore la discussion et à éviter les questions gênantes. Elles ont en commun de décourager la curiosité ou d’indiquer qu’il n’y a plus rien à dire.

  • « Ça, je l’ai déjà expliqué. »
  • « Je n’ai rien de plus à dire. »
  • « Ça ne vaut pas la peine de continuer à parler de ça. »
  • « Ce qui est passé est passé. »

D’après l’analyse citée par Infobae, ces réponses servent souvent de bouclier. Elles réduisent le risque d’entrer dans des détails précis, donc vérifiables, et limitent les occasions de se contredire. Le locuteur se place sur le terrain du « sujet clos » plutôt que sur celui de la transparence.

Mettre fin à la conversation peut être une stratégie pour ne pas avoir à préciser un récit fragile ou incohérent.

Dans les dialogues étudiés, ce type de formule surgit fréquemment après une question insistante ou une demande de précision. Plutôt que de répondre, la personne signale qu’elle ne veut plus poursuivre, ce qui rend toute vérification plus difficile.

Questions rhétoriques et défi : quand le menteur renverse la charge de la preuve

L’IA met aussi en avant un autre procédé récurrent : les questions rhétoriques et les phrases défiantes. Elles ne répondent pas au fond, mais s’attaquent au fait même de douter.

  • « Pourquoi je mentirais ? »
  • « Tu crois que je suis capable de ça ? »
  • « Qui t’a dit ça ? »
  • « Et toi, tu me crois vraiment capable ? »

Plutôt que de discuter des faits, le locuteur déplace le débat sur la relation, la confiance ou l’image qu’on a de lui. Le doute devient presque une offense. L’interlocuteur se retrouve à se justifier d’avoir posé la question, et non plus à évaluer la réponse.

Ces formulations déplacent l’attention de ce qui s’est passé vers la supposée injustice de soupçonner le locuteur.

Ce renversement de la charge de la preuve constitue un schéma classique relevé par l’IA dans les conversations chargées de non-dits ou de contradictions. Tant que la personne questionnée ne revient pas aux faits, il devient difficile de vérifier quoi que ce soit.

Les généralités vagues, terrain fertile pour les mensonges

Autre signal linguistique : l’usage de phrases vagues, générales, qui évitent soigneusement les détails précis. L’IA pointe par exemple ces tournures :

  • « C’est ce que tout le monde dit. »
  • « Ça a toujours été comme ça. »
  • « Je ne sais pas exactement, mais c’était quelque chose comme ça. »
  • « C’est une longue histoire. »

Ces formulations réduisent fortement les points d’appui factuels. Elles rendent le récit difficile à vérifier, et laissent au locuteur une grande marge de manœuvre en cas de contradiction future.

Les généralisations et les flous chroniques limitent la possibilité de reconstituer un scénario cohérent.

Le modèle mis en avant par Infobae souligne que ce langage évite les dates, les lieux, les personnes, les montants, tous ces éléments concrets qui permettent normalement de confirmer ou d’infirmer un récit.

Quand le corps parle aussi : signaux non verbaux associés au mensonge

L’étude citée ne se limite pas aux mots. L’IA repère aussi des indices non verbaux souvent associés aux tentatives de tromperie. Parmi eux :

  • changements d’intonation inhabituels ;
  • pauses ou silences anormaux dans le discours ;
  • gestuelle limitée ou raide ;
  • évitement du contact visuel, ou au contraire regard forcé ;
  • respiration modifiée.

Pris isolément, aucun de ces éléments ne permet d’affirmer qu’une personne ment. Mais leur apparition simultanée, combinée à un langage imprécis ou contradictoire, peut attirer l’attention.

Infobae rappelle que ces constats rejoignent des décennies de recherches en psychologie sur la détection du mensonge, notamment les travaux de spécialistes internationaux.

Ce que disent les psychologues sur les menteurs

Le média en ligne cite le psychologue Paul Ekman, chercheur à l’université de Californie, connu pour ses travaux sur les émotions et le mensonge. Selon lui, les microexpressions faciales offrent des indices précieux.

Ces expressions très brèves peuvent trahir des émotions comme la peur, la culpabilité ou le malaise, et ne correspondent pas toujours à ce que la personne dit.

Les microexpressions durent une fraction de seconde. Elles révèlent une émotion que le locuteur tente de masquer. Quand le visage exprime brièvement la peur tandis que le discours se veut serein, l’écart attire l’attention des experts.

Infobae mentionne aussi un vaste travail publié dans la revue scientifique Psychological Bulletin. Cette synthèse s’appuie sur plus d’une centaine d’études consacrées aux comportements des menteurs. Elle conclut que ceux qui mentent :

  • donnent en général moins de détails ;
  • parlent de manière moins fluide ;
  • commettent davantage d’erreurs dans leurs phrases ;
  • proposent un discours plus structuré, mais qui sonne moins naturel.

L’universitaire Aldert Vrij, professeur de psychologie à l’université de Portsmouth, est également cité. Dans son ouvrage « Detecting Lies and Deceit », il estime que le langage corporel reste riche en indices. Selon lui, les menteurs cherchent souvent soit à éviter le regard, soit à le forcer, répètent des phrases pour gagner du temps et limitent leurs mouvements, comme s’ils « se tenaient » pour garder le contrôle.

Ce que cela implique pour un lecteur en France

Pour un lecteur français, ces travaux rejoignent ce que de nombreux psychologues et spécialistes de la communication observent déjà dans l’hexagone : aucun signe ne suffit à lui seul. C’est la combinaison de plusieurs paramètres, dans un contexte donné, qui alerte.

Aucun mot ni geste n’est une preuve. Les professionnels s’appuient sur des faisceaux d’indices et sur le contexte.

En France, les psychologues, enquêteurs, magistrats ou recruteurs utilisent parfois des grilles d’analyse inspirées de ces recherches internationales. Mais l’usage de l’IA reste pour l’instant cantonné à des outils d’aide à l’analyse, dans le respect du cadre juridique français, notamment en matière de vie privée et de protection des données.

Dans un entretien public, Aldert Vrij rappelle d’ailleurs que même les spécialistes se trompent. Les outils automatiques ne remplacent ni l’examen clinique d’un psychologue, ni le travail d’un enquêteur ou d’un juge. Ils fournissent des pistes, pas des verdicts.

Comment l’IA apprend à repérer ces schémas de mensonge

Le modèle décrit par Infobae repose sur des techniques de traitement automatique du langage. Il analyse de grands ensembles de conversations annotées, où certaines séquences sont identifiées comme mensongères ou problématiques. À partir de là, il détecte des récurrences dans :

  • le choix des mots et expressions ;
  • la longueur des phrases ;
  • le niveau de détail ;
  • la structure du récit ;
  • les hésitations et répétitions.

Au fil des données, l’IA établit des probabilités : telle tournure, dans tel contexte, apparaît statistiquement plus souvent chez des locuteurs qui mentent. Cela ne donne pas une certitude, mais augmente ou diminue la probabilité d’un discours trompeur.

Les spécialistes cités dans l’article d’Infobae rappellent que ces modèles ne remplacent en aucun cas une évaluation professionnelle. Ils peuvent servir à filtrer de grandes quantités de données, ou à signaler des passages qui méritent un examen humain plus approfondi.

Un outil à manier avec prudence dans la vie quotidienne

Pour un usage concret, dans la vie de tous les jours, ces résultats invitent surtout à la vigilance. Entendre un proche répéter « sincèrement », « crois-moi » ou « c’est une longue histoire » ne signifie pas automatiquement qu’il ment. Ces expressions font partie du langage courant.

En revanche, leur accumulation, associée à des réponses évasives, des changements d’attitude ou une gêne visible, peut signaler un malaise ou une volonté d’éviter les faits. Beaucoup de psychologues conseillent alors de revenir calmement sur les éléments précis : qui, quand, où, comment.

L’IA rappelle une règle simple : plus un récit important reste vague, plus il mérite d’être clarifié.

Les recherches mentionnées par Infobae montrent enfin un autre risque : celui d’une confiance excessive dans des outils automatiques censés « détecter » le mensonge. Les spécialistes mettent en garde contre toute utilisation pour juger des personnes à distance, que ce soit dans un entretien d’embauche, une procédure judiciaire ou un conflit familial.

La valeur principale de ces travaux réside moins dans la chasse au mensonge que dans la compréhension des mécanismes de la communication. Savoir repérer les tournures qui cherchent à imposer la confiance plutôt qu’à éclairer les faits peut aider à poser de meilleures questions, à demander des précisions et, parfois, à dégonfler un mensonge avant qu’il ne prenne trop d’ampleur.

Questions fréquentes

Quel type d'expressions linguistiques les menteurs utilisent-ils le plus souvent ?

Selon l'IA, les menteurs surjouent la sincérité en employant des formules comme « crois-moi que », « je te dis la vérité », « sincèrement » ou « pour que tu voies que je ne mens pas ». Ces expressions cherchent à établir une confiance immédiate sans apporter de preuves concrètes.

Comment les menteurs esquivent-ils les questions difficiles ?

Ils utilisent des formulations qui clôturent la discussion, telles que « ça, je l'ai déjà expliqué », « je n'ai rien de plus à dire » ou « ce qui est passé est passé ». Ces phrases réduisent le risque d'entrer dans des détails précis et vérifiables.

Qu'est-ce qu'une question rhétorique dans le contexte du mensonge ?

C'est une question posée par le menteur pour renverser la charge de la preuve, comme « pourquoi je mentirais ? » ou « tu crois que je suis capable de ça ? ». Au lieu de répondre sur les faits, le locuteur déplace le débat sur la relation et la confiance.

Les signaux non verbaux suffisent-ils à affirmer qu'une personne ment ?

Non, aucun signal non verbal isolé (pauses inhabituelles, regard forcé, respiration modifiée) ne peut affirmer le mensonge. C'est leur apparition simultanée, combinée à un langage imprécis ou contradictoire, qui peut attirer l'attention.

Qu'est-ce qu'une microexpression faciale selon les recherches en psychologie ?

C'est une expression très brève du visage, durant une fraction de seconde, qui révèle une émotion authentique comme la peur ou la culpabilité que le locuteur tente de masquer. Elle peut ne pas correspondre à ce que la personne dit verbalement.

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