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Un archéologue allemand découvre la moitié d’une statue de pharaon de 6,7 mètres en 1930 : il aura fallu 94 ans pour retrouver le reste

Un archéologue allemand découvre la moitié d'une statue de pharaon de 6,7 mètres en 1930 : il aura fallu 94 ans pour retrouver le reste

En Égypte, une statue monumentale de Ramsès II, retrouvée en deux temps à près d’un siècle d’écart, vient d’être réassemblée.

Près de la ville d’El Ashmunein, dans le centre de l’Égypte, des archéologues ont réussi à réunir deux fragments d’un même colosse de Ramsès II, mis au jour à 94 ans d’intervalle. Cette histoire digne d’un roman d’archéologie est racontée par le média scientifique anglophone The Daily Galaxy, qui revient sur cette enquête étalée sur presque un siècle.

Une statue géante, coupée en deux pendant près d’un siècle

Tout commence en 1930. Cette année-là, l’archéologue allemand Günther Roeder mène des fouilles près de la ville actuelle d’El Ashmunein, à environ 240 kilomètres au sud du Caire. Le site correspond à l’ancienne ville de Khemnu, plus tard rebaptisée Hermopolis Magna à l’époque romaine. Il y met au jour la partie inférieure d’une immense statue de pharaon en pierre, sans savoir alors que la suite de l’histoire s’écrirait presque un siècle plus tard.

Le fragment retrouvé par Roeder correspond aux jambes et à la base d’une statue colossale de Ramsès II. L’ensemble est massif : la statue complète atteint environ 6,7 mètres de haut, soit près de 22 pieds, et pèse plus de 40 tonnes. Elle se dressait à l’origine à l’entrée nord d’un temple de l’ancienne Hermopolis Magna, qu’elle gardait il y a plus de 3 200 ans, à l’époque de l’Égypte pharaonique.

La statue de Ramsès II, haute d’environ 6,7 mètres pour plus de 40 tonnes, a retrouvé sa place de gardien à l’entrée du temple d’Hermopolis Magna, 3 200 ans après son installation originelle.

Pendant des décennies, seule cette moitié inférieure, connue des égyptologues, témoigne de l’existence de ce colosse. La partie supérieure, elle, demeure introuvable. Elle fait partie de ces innombrables vestiges supposés encore enfouis dans les sables et les sédiments du delta et de la vallée du Nil.

Une découverte presque inattendue en 2024

Il faut attendre le printemps 2024 pour que l’autre moitié de la statue ressurgisse. Sur le même secteur d’Hermopolis Magna, une mission archéologique conjointe égypto-américaine mène de nouvelles recherches. Quelques semaines avant l’annonce officielle, les archéologues retrouvent un gigantesque bloc de pierre, gisant face contre terre.

Interrogés par l’agence de presse Reuters, des experts du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités décrivent ce fragment comme une section de statue d’environ 3,8 mètres de haut, représentant Ramsès II coiffé de la couronne ornée d’un cobra royal. Il s’agit de la moitié supérieure du même colosse, restée enfouie près de 96 ans sous les pas de ceux qui fréquentaient le site.

La trouvaille ne surprend pas totalement les spécialistes, qui savent depuis longtemps que le sous-sol d’Hermopolis Magna recèle encore de nombreux trésors. Mais l’emplacement précis de ce bloc manquant restait totalement inconnu. Selon Yvona Trnka-Amrhein, codirectrice de la mission et professeure à l’université du Colorado à Boulder, l’équipe jugeait plausible de retrouver un élément majeur sans être en train de le traquer au moment exact où il est apparu.

La mise au jour de cette partie supérieure change immédiatement l’échelle de la découverte. Elle permet d’envisager, pour la première fois en Égypte moyenne, la reconstitution complète d’une statue colossale de pharaon sur son emplacement d’origine.

Un défi archéologique posé par les eaux du Nil

L’environnement du site complique considérablement le travail des archéologues. Hermopolis Magna se trouve à proximité immédiate du Nil, ce qui rend le niveau de la nappe phréatique particulièrement problématique pour la conservation des blocs de pierre enterrés.

Dans un communiqué repris par The Daily Galaxy, Yvona Trnka-Amrhein rappelle les conséquences des aménagements hydrauliques réalisés sur le fleuve :

« Un des problèmes à Hermopolis, c’est sa proximité avec le Nil. Après la construction du barrage bas d’Assouan, la nappe phréatique est devenue un immense enjeu. Il n’y avait aucune garantie que la pierre serait en bon état », explique-t-elle. Elle souligne que certains blocs, en grès ou en calcaire très dégradé, ne sont parfois plus que des amas friables. « Cela aurait pu n’être qu’une masse de roche. »

Les premières observations dissipent pourtant rapidement ces craintes. Les spécialistes constatent que le fragment est remarquablement bien conservé. Les détails du visage et de la coiffe restent lisibles, et la surface montre même des traces de couleurs.

Les archéologues identifient notamment des restes de pigments bleus et jaunes. Ce type de vestige est rare et précieux : il renseigne sur l’aspect originel des statues, qui n’étaient pas laissées brutes mais largement peintes. Ces éléments pourront aider à mieux comprendre les techniques employées et l’esthétique recherchée au moment de la réalisation de la statue, sous Ramsès II.

Remonter un colosse pierre par pierre

Une fois la parenté entre les deux fragments établie, se pose la question de la restauration. Le codirecteur égyptien de la mission, Basem Gehad, soumet un projet pour réunir les deux moitiés du colosse. La Commission permanente des antiquités égyptiennes, l’organe national qui supervise les grandes opérations sur le patrimoine pharaonique, donne son feu vert.

Les travaux démarrent en septembre 2025. Ils consistent à manipuler des blocs de plusieurs dizaines de tonnes, à les ajuster avec précision et à consolider l’ensemble sans masquer les traces d’origine. Outre les deux grandes sections de la statue, l’équipe réunit également trois pierres de base portant des inscriptions, posées sur des blocs de fondation non sculptés.

La statue reconstruite résulte de l’assemblage de quatre grands éléments : deux segments du corps et trois blocs de base inscrits, disposés sur des fondations brutes.

Au début de l’année 2026, le colosse se dresse à nouveau à l’entrée nord du temple d’El Ashmunein, sur son emplacement antique. Selon The Daily Galaxy, il s’agit du premier colosse complet mis en évidence pour la région de l’Égypte moyenne, et du premier à y faire l’objet d’une étude archéologique détaillée avec des méthodes modernes.

Un laboratoire à ciel ouvert pour les égyptologues

Le projet ne se limite pas à une opération spectaculaire de remontage. La statue de Ramsès II devient un point d’appui pour de nouvelles recherches sur le site. Les campagnes prévues pour 2026 et 2027 doivent se concentrer sur la recherche des fondations du pylône de temple que le colosse gardait autrefois, et sur l’identification d’autres structures enfouies.

L’ensemble s’inscrit dans un programme plus vaste, baptisé City of the Baboon Project (littéralement « Projet de la Ville du Babouin »), mené conjointement par le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités et le département de sciences de l’Antiquité de l’université du Colorado à Boulder. Le nom rappelle le rôle religieux important des babouins à Hermopolis, liés au dieu Thot.

  • Localisation : ancienne Hermopolis Magna, en Égypte moyenne
  • Datation : plus de 3 200 ans
  • Hauteur de la statue : environ 6,7 mètres
  • Poids : plus de 40 tonnes
  • Première découverte : moitié inférieure en 1930
  • Seconde découverte : moitié supérieure annoncée en 2024
  • Restauration : travaux engagés en 2025, statue réérigée début 2026

Que représente cette statue de Ramsès II pour les chercheurs ?

Pour les égyptologues, ce colosse apporte plusieurs éléments précieux. D’abord, il documente la présence et la propagande royale de Ramsès II dans une région située entre Haute et Basse-Égypte, moins connue que les grands centres comme Louxor ou Memphis.

Ensuite, l’état de conservation et les restes de pigments offrent une occasion rare d’étudier la polychromie des statues monumentales. On sait que les temples pharaoniques étaient colorés, mais très peu de traces subsistent à l’air libre. Les couleurs préservées sur ce colosse pourront être analysées à l’aide de techniques non destructrices pour identifier leur composition et éventuellement leur mode d’application.

Enfin, l’étude des inscriptions sur les blocs de base, combinée à la recherche des fondations du pylône, donnera des indices sur l’organisation architecturale du temple, ses phases de construction et son rôle dans la région à l’époque ramesside.

Quel parallèle avec les grandes restaurations menées en France ?

Pour un lecteur en France, cette reconstitution de statue monumentale rappelle certains chantiers patrimoniaux d’envergure, même si le cadre historique est très différent. Les autorités égyptiennes, via le ministère du Tourisme et des Antiquités, jouent un rôle proche de celui du ministère de la Culture français et de la direction générale des patrimoines et de l’architecture.

En France, la remise en état d’un élément majeur, qu’il s’agisse d’une statue monumentale ou d’une façade de cathédrale, suit un processus comparable : expertise scientifique, définition d’un projet, validation par des instances spécialisées et suivi par des architectes et conservateurs du patrimoine. Les chantiers sur les grandes statues des façades de Notre-Dame de Paris ou de Reims, par exemple, mobilisent, comme en Égypte, des équipes pluridisciplinaires : historiens, archéologues, restaurateurs, ingénieurs.

La différence principale tient à la nature des risques. En Égypte, le niveau de la nappe phréatique, les remontées salines ou l’érosion liée au sable jouent un rôle crucial dans la dégradation des vestiges. En France, les menaces portent davantage sur la pollution atmosphérique, les variations de température ou l’instabilité de certains matériaux comme la pierre calcaire ou les métaux.

Pourquoi les statues colossales posent autant de défis techniques ?

Les statues colossales, comme ce Ramsès II, sont pensées pour impressionner. Leur taille implique des questions complexes de stabilité, de transport et de mise en place, aussi bien dans l’Antiquité que lors de leur restauration contemporaine.

Lorsqu’un colosse se compose de plusieurs blocs, chaque interface entre deux pierres représente un point de fragilité. Les restaurateurs doivent :

  • Vérifier l’état interne de la pierre (fissures, zones friables).
  • Choisir des solutions de consolidation qui restent réversibles, afin de ne pas enfermer définitivement la statue dans un système moderne.
  • Prévoir un socle et des fondations capables de supporter les charges sur la durée.
  • À Hermopolis Magna, la proximité du Nil ajoute une contrainte : les variations de la nappe d’eau peuvent fragiliser le sol porteur sous la statue. Les blocs de base et les fondations jouent alors un rôle d’amortisseur entre le terrain et le colosse.

    Pour les visiteurs, ce type de restauration offre enfin un atout concret : voir la statue debout, à son emplacement originel, permet de mieux saisir l’effet voulu par les bâtisseurs. Une pièce présentée couchée ou en fragments donne une vision très différente de ce qu’était le décor monumental d’un temple de Ramsès II.

    Questions fréquentes

    Qui a découvert la première moitié de la statue en 1930 ?

    L'archéologue allemand Günther Roeder a mis au jour la moitié inférieure du colosse lors de fouilles menées près de la ville actuelle d'El Ashmunein, dans le centre de l'Égypte.

    Combien de temps s'est écoulé entre les deux découvertes ?

    Près de 94 ans séparent la découverte du fragment inférieur en 1930 de celle du fragment supérieur au printemps 2024.

    Quelle était la fonction originelle de cette statue ?

    Le colosse se dressait à l'entrée nord du temple de l'ancienne Hermopolis Magna, où il servait de gardien du sanctuaire depuis plus de 3 200 ans à l'époque pharaonique.

    Quel obstacle majeur compliquait la conservation de la statue ?

    La proximité du site avec le fleuve Nil et les aménagements hydrauliques du barrage bas d'Assouan ont élevé la nappe phréatique, risquant de dégrader les blocs de pierre enfouis. Heureusement, le fragment supérieur s'est avéré remarquablement bien conservé, conservant même des traces de pigments bleus et jaunes.

    Quel projet archéologique plus large englobe cette découverte ?

    La statue s'inscrit dans le City of the Baboon Project, un programme conjoint du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités et de l'université du Colorado à Boulder, visant à explorer Hermopolis Magna et ses structures enfouies.

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