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Des scientifiques découvrent le plus grand cimetière de baleines au monde : les carcasses s’y accumulent depuis cinq millions d’années

Des scientifiques découvrent le plus grand cimetière de baleines au monde : les carcasses s'y accumulent depuis cinq millions d'années

Au large de l’Australie, dans l’océan Indien, des chercheurs ont mis au jour un site abyssal où reposent d’innombrables baleines.

Situé à plus de 7 000 mètres de profondeur, ce véritable cimetière marin a été décrit par des scientifiques dans la revue Nature, rapporte le média américain Smithsonian Magazine. Ce lieu hors norme, repéré en 2023 dans une fracture abyssale de l’océan Indien au large de l’Australie, livre un témoignage spectaculaire sur l’histoire des baleines et de la vie dans les grands fonds.

Un cimetière de baleines long de 1 200 kilomètres

Les chercheurs ont localisé ce cimetière dans la zone de fracture de Diamantina, une immense vallée sous-marine de l’océan Indien, au sud-ouest de l’Australie. Cette dépression tectonique plonge jusqu’à environ 7 000 mètres de profondeur, dans une obscurité permanente et des températures proches du point de congélation.

Les premières traces de ce site ont été observées début 2023 lors de plongées exploratoires en submersible. Intriguée par la présence de squelettes épars, l’équipe a multiplié les missions : au total, 32 plongées ont été menées sur cette portion du plancher océanique.

Sur seulement 0,25 mile carré, soit un peu plus d’un demi-kilomètre carré, les chercheurs ont recensé 476 baleines fossilisées, ainsi que cinq carcasses beaucoup plus récentes, encore en cours de décomposition. En extrapolant ces données, ils estiment que la densité de restes pourrait atteindre 2 000 individus par mile carré sur la totalité du site, qui s’étend sur environ 750 miles, soit près de 1 200 kilomètres de long.

Ce cimetière de baleines, enfoui dans l’un des endroits les plus inaccessibles au monde, pourrait abriter les restes de millions d’individus accumulés en cinq millions d’années.

Pour les scientifiques, ce n’est pas seulement une zone de concentration exceptionnelle de carcasses. Il s’agit d’un gigantesque « dépôt » de biodiversité et d’informations sur l’évolution des cétacés et des écosystèmes abyssaux.

Un « sanctuaire » vieux de plus de cinq millions d’années

L’un des éléments les plus frappants concerne l’âge du site. Les chercheurs ont identifié parmi les restes un fossile d’espèce éteinte, une baleine à bec nommée Pterocetus benguelae, datée d’environ 5,3 millions d’années. Dans le même secteur, des carcasses récentes, encore charnelles, témoignent d’apports toujours actuels.

Cette coexistence d’ossements très anciens et de corps en décomposition montre que des baleines s’y échouent depuis des millions d’années, sans discontinuer. Le cimetière n’est donc pas un phénomène ponctuel, mais un processus durable à l’échelle des temps géologiques.

Les restes appartiennent à plusieurs espèces de cétacés. Le plus grand squelette identifié appartient à une baleine de Minke antarctique, longue d’environ 5 mètres. Les chercheurs ont également mis au jour le crâne fossile d’une espèce inconnue jusqu’ici, baptisée Pterocetus diamantinae. Selon le paléoécologue Giovanni Bianucci, de l’université de Pise, cette découverte affine la compréhension de l’évolution des baleines à bec, un groupe de cétacés particulièrement spécialisé pour les plongées profondes.

Le site agit comme une archive à ciel ouvert, offrant un suivi continu de l’évolution des baleines sur plusieurs millions d’années.

Un banquet permanent pour la faune des abysses

Une baleine morte qui coule vers le fond, ce que les spécialistes appellent une « chute de baleine », représente un apport massif de nourriture dans un environnement profond généralement très pauvre en ressources. Sur ce cimetière, ces chutes se répètent et s’accumulent, créant un véritable « chapelet » de sources de nourriture sur des centaines de kilomètres.

Les images rapportées par le submersible montrent des carcasses littéralement colonisées par des organismes spécialisés. Les scientifiques y ont observé :

  • des méduses et autres invertébrés gélatineux ;
  • des vers tubicoles installés sur ou autour des os ;
  • des ophiures (étoiles fragiles) recouvrant les squelettes ;
  • des vers foreurs d’os qui se nourrissent directement de la matière osseuse.

Nombre de ces organismes pourraient appartenir à des espèces encore inconnues de la science. Dans un environnement aussi extrême, chaque nouvelle observation peut révéler des formes de vie inédites, adaptées à la pénurie de lumière et de nourriture.

Pourquoi tant de baleines viennent mourir ici ?

La localisation du cimetière ne doit rien au hasard. Selon les chercheurs cités par Smithsonian Magazine et d’autres médias anglophones, la zone de fracture de Diamantina se situe sur un couloir migratoire fréquenté par plusieurs espèces de baleines à fanons, des cétacés qui filtrent de minuscules organismes dans l’eau de mer.

Une partie des animaux pourrait donc simplement y mourir de causes naturelles au fil de leurs déplacements. Mais ce n’est qu’une partie de l’explication. Les spécialistes évoquent d’autres pistes :

  • les baleines chasseuses de grands fonds, comme les baleines à bec, pourraient y dépasser leurs limites physiologiques en plongeant très profond pour poursuivre leurs proies ;
  • la topographie en « V » de la vallée sous-marine pourrait canaliser les carcasses : des animaux morts plus loin seraient progressivement entraînés vers le fond de cette sorte d’entonnoir géant ;
  • le site fonctionnerait alors comme l’équivalent sous-marin de pièges naturels terrestres, tels que des gouffres ou des dépôts de bitume où les restes s’accumulent au fil du temps.

La vallée de Diamantina pourrait agir comme un piège naturel mondial pour les carcasses de baleines, concentrant en un seul lieu ce qui meurt dans une vaste région de l’océan Indien.

Des os exceptionnellement bien préservés

Un autre aspect fascine les spécialistes : l’état de conservation des os. La plupart des restes observés correspondent aux rostra, c’est-à-dire aux longs « becs » des baleines à bec. Ces parties du squelette sont extrêmement denses, presque comme une cuirasse osseuse. Selon l’auteur principal Xiaotong Peng, de l’Académie chinoise des sciences, cette densité les rend plus résistants à la dégradation et moins attractifs pour les vers consommateurs d’os.

Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer cette préservation remarquable :

Facteur Rôle dans la conservation
Densité des os Limite la fragmentation et la consommation par les organismes foreurs
Accumulation lente de sédiments Enterre progressivement les os sans les écraser, tout en les protégeant
Température froide et milieu stable Ralentit les réactions chimiques et biologiques qui dégradent la matière
Croûte minérale protectrice Enrobe les os et freine encore leur altération

Comme le résume Xiaotong Peng, la combinaison de ces paramètres a permis à certains os de « résister à l’appétit des organismes et au temps pendant plus de cinq millions d’années ».

Que révèle cette découverte sur la vie en haute mer ?

Pour les écologues marins, ce gigantesque cimetière apporte une pièce importante au puzzle de la vie océanique profonde. Il illustre la manière dont les grands cétacés, lorsqu’ils meurent, redistribuent la matière organique vers les abysses. Une seule baleine peut nourrir tout un écosystème pendant des années. Multipliées par des millions, ces chutes de carcasses façonnent durablement la biodiversité du plancher océanique.

La découverte souligne aussi le rôle des « archives naturelles » comme ce site pour comprendre l’évolution. À partir des crânes fossiles, les paléontologues peuvent reconstituer l’histoire des baleines à bec, leurs adaptations successives à la plongée extrême, ou encore leurs migrations à travers les âges.

Pour un lecteur français, ces travaux rappellent combien les grands fonds restent peu connus, même dans des zones relativement proches comme l’océan Indien, par rapport aux côtes françaises de l’océan Indien (La Réunion, Mayotte). La technologie des submersibles habités ou téléopérés, encore coûteuse et rare, conditionne largement ce que la science peut observer.

Les baleines à bec, championnes de la plongée

Les baleines à bec tirent leur nom de leur museau allongé qui évoque un bec. Ce sont, à l’heure actuelle, les champions toutes catégories de la plongée chez les mammifères marins. En 2014, un individu de l’espèce de Cuvier a été enregistré à près de 3 000 mètres de profondeur.

Ces animaux possèdent plusieurs adaptations extrêmes :

  • une capacité à stocker l’oxygène dans les muscles grâce à des protéines spécifiques ;
  • un ralentissement marqué du rythme cardiaque en plongée ;
  • des poumons qui se compriment pour limiter les risques liés à la pression ;
  • un système auditif adapté pour repérer les proies dans l’obscurité totale grâce au sonar.

Le cimetière de Diamantina, qui abrite une majorité de leurs restes crâniens, constitue donc une source d’informations précieuse pour comprendre les limites de ces adaptations. Certains individus semblent être morts très profondément, là où la pression et l’effort de chasse approchent leurs capacités maximales.

Quel parallèle avec la situation en France ?

Les eaux françaises ne possèdent pas de canyon aussi profond que la zone de fracture de Diamantina, mais la Méditerranée et l’Atlantique abritent également des zones de grands fonds où des chutes de baleines ou d’autres grands animaux se produisent. Les scientifiques français, via l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) et ses partenaires, mènent régulièrement des campagnes océanographiques pour observer ces milieux.

Ces missions utilisent des outils comparables à ceux mobilisés dans l’océan Indien : submersibles habités, robots téléopérés, caméras remorquées. Elles permettent d’étudier :

  • l’impact de la décomposition de grands animaux sur les écosystèmes profonds ;
  • la diversité des espèces vivant autour de ces sources organiques ;
  • les effets potentiels des activités humaines (bruit, pollution, pêche profonde) sur les populations de cétacés.

En France, la question de la protection des grands cétacés se pose notamment dans les couloirs maritimes très fréquentés, où les collisions avec les navires et les captures accidentelles dans les engins de pêche restent des menaces sérieuses. Les données sur la mortalité aident à mieux cibler les mesures de protection, même si elles ne concernent pas des profondeurs aussi extrêmes que dans l’océan Indien.

Un terrain de recherche encore largement inexploité

Les spécialistes interrogés par Smithsonian Magazine estiment que ce cimetière ne représente qu’un début. Le caractère extrêmement isolé de la zone, la profondeur et le coût des missions limitent le nombre de plongées possibles. Pourtant, tout indique que la vallée de Diamantina recèle d’autres fossiles, d’autres espèces inconnues et d’autres indices sur l’évolution des cétacés.

Pour les années à venir, ce type de site pourrait servir de laboratoire naturel pour mieux comprendre le fonctionnement à long terme des océans. Les baleines, par leurs migrations et leur mort, lient la surface, riche en plancton et en lumière, aux abysses sombres et pauvres en énergie. Suivre le chemin de leurs carcasses, c’est mieux saisir les grands équilibres du vivant, de l’Australie jusqu’aux façades maritimes européennes.

Questions fréquentes

Où exactement se situe ce cimetière de baleines ?

Il se trouve dans la zone de fracture de Diamantina, une immense vallée sous-marine de l'océan Indien au large de l'Australie, à plus de 7 000 mètres de profondeur.

Combien de baleines contient ce cimetière ?

Les chercheurs ont découvert 476 baleines fossilisées et 5 carcasses récentes sur seulement 0,25 mile carré. En extrapolant, ils estiment que le site entier pourrait contenir les restes de millions d'individus accumulés sur environ 1 200 kilomètres de long.

Pourquoi les baleines s'accumulent-elles à cet endroit ?

Plusieurs facteurs expliquent cette concentration : le site se trouve sur un couloir migratoire fréquenté par plusieurs espèces de baleines, la topographie en forme de vallée canalise les carcasses vers le fond, et les baleines chasseuses de grands fonds pourraient dépasser leurs limites physiologiques en plongeant très profond.

Comment les os restent-ils aussi bien préservés après des millions d'années ?

La conservation exceptionnelle résulte de plusieurs facteurs combinés : la densité très élevée des os de baleines à bec qui les rend résistants, l'accumulation lente de sédiments qui protège sans écraser, la température froide et le milieu stable qui ralentissent la dégradation, et une croûte minérale protectrice qui enrobe les os.

Qu'observe-t-on actuellement sur les carcasses récentes ?

Les images du submersible montrent des carcasses colonisées par des organismes spécialisés : méduses, invertébrés gélatineux, vers tubicoles, ophiures, et vers foreurs d'os qui se nourrissent directement de la matière osseuse, dont certains pourraient être des espèces encore inconnues de la science.

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