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Fin d’une exception historique : les taxis devront boucler leur ceinture en ville à partir du 1er octobre

Fin d'une exception historique : les taxis devront boucler leur ceinture en ville à partir du 1er octobre

À Barcelone, les taxis et d’autres professionnels de la route vont devoir changer leurs habitudes à la faveur d’une nouvelle règle de sécurité routière.

En Espagne, la fin d’un régime d’exception pour plusieurs métiers de la conduite approche. Comme le rapporte l’agence de presse espagnole Efe, les taxis de Barcelone, mais aussi d’autres professionnels, devront désormais attacher leur ceinture en circulation urbaine, sous peine d’amende et de retrait de points.

Une obligation nouvelle pour les taxis en ville

À partir du 1er octobre en Espagne, les conducteurs de taxi, les chauffeurs de véhicules de marchandises et les moniteurs d’auto-école auront l’obligation de porter la ceinture de sécurité même lorsqu’ils circulent en agglomération. Jusqu’ici, cette contrainte restait facultative pour ces professionnels dans les zones urbaines.

Cette évolution figure dans la version révisée du Règlement général de circulation adoptée en juin par la Direction générale du trafic (DGT), l’administration espagnole chargée de la sécurité routière, équivalente à la combinaison du ministère des Transports et de la sécurité routière française.

La DGT met fin à une dérogation ancienne : taxis, chauffeurs de marchandises et professeurs d’auto-école devront porter la ceinture en ville à partir du 1er octobre.

Dans le secteur du taxi barcelonais, cette obligation suscite des réactions contrastées. Une partie des conducteurs l’accepte sans difficulté, quand d’autres dénoncent une mesure inadaptée à leur réalité professionnelle et aux risques qu’ils estiment encourir.

La fin d’une habitude bien ancrée

Pour de nombreux chauffeurs de taxi à Barcelone, la nouvelle règle va surtout bousculer une pratique vieille de plusieurs décennies. Ils rappellent qu’en ville, ils montent et descendent de leur véhicule très fréquemment, chaque montée de client s’accompagnant d’une ouverture de coffre, d’une aide aux bagages ou d’un encaissement.

Un conducteur expérimenté, présenté sous le prénom d’Álvaro et interrogé près de la place de Catalogne, résume ce changement de culture : il s’inquiète des sanctions qui pourraient tomber le temps que le réflexe s’installe et confie que le plus difficile sera de se défaire d’une habitude solidement ancrée.

Les sanctions prévues ne diffèrent pas de celles déjà appliquées aux autres automobilistes en Espagne : une amende de 200 euros et le retrait de quatre points sur le permis de conduire pour défaut de ceinture.

Ne pas attacher sa ceinture en ville exposera les taxis aux mêmes sanctions que les automobilistes : 200 euros d’amende et quatre points en moins.

Une crainte forte : agressions et vols à bord

La critique la plus récurrente parmi les taxis concerne la sécurité personnelle face à certains passagers. Plusieurs chauffeurs redoutent une hausse de leur vulnérabilité en cas d’agression ou de tentative de vol.

Jorge, taxi à Barcelone, explique par exemple qu’un conducteur attaché se sent moins apte à réagir si un passager s’en prend à lui. Selon lui, la ceinture « enlève de la maniabilité » et réduit la capacité à se dégager ou à sortir rapidement du véhicule en cas de danger.

Cette préoccupation revient également dans les propos d’Antoni Servós, président du Syndicat du taxi de Catalogne. Il reconnaît, auprès d’Efe, que la situation antérieure constituait « une anomalie normative ». La règle spéciale qui permettait aux taxis de rouler sans ceinture en ville lui paraissait pourtant « parfaitement » adaptée au métier, marqué par des montées et descentes incessantes et par l’exposition à des clients inconnus.

Des horaires de travail qui changent la perception du risque

Depuis les bureaux du syndicat, Antoni Servós insiste sur un point : la perception de cette nouvelle obligation varie beaucoup selon les horaires de travail. Les équipes de nuit s’avèrent largement plus hostiles à la mesure.

Pour ces chauffeurs, la nuit concentre les situations délicates : clients alcoolisés, comportements agressifs, tentatives de vol. Dans ce contexte, le port de la ceinture est vu comme un facteur qui « augmente la situation de vulnérabilité du taxiste » en limitant ses mouvements à l’intérieur du véhicule.

Les taxis de nuit redoutent que la ceinture, en limitant leurs mouvements, ne renforce leur vulnérabilité face aux passagers violents.

À l’inverse, des conducteurs qui exercent essentiellement en journée se montrent beaucoup plus ouverts. Domingo, un taxi chevronné qui attend des clients près de la place des Glòries, explique par exemple qu’il porte systématiquement sa ceinture, au point qu’il « pensait que c’était déjà obligatoire » en ville.

Une fracture générationnelle dans les voitures

L’âge constitue un autre facteur de division. Selon les acteurs du secteur, les jeunes chauffeurs acceptent plus facilement la nouvelle règle que leurs aînés. Les nouveaux venus dans la profession ont, pour la plupart, été formés avec une culture de la ceinture systématique, en ville comme sur route.

Antoni Servós, lui-même taxi depuis 1990, admet être habitué à conduire sans ceinture en agglomération. Il rappelle cependant que ses collègues restent avant tout « des conducteurs professionnels » et qu’ils savent que « le ceinture de sécurité est un avantage pour éviter des blessures potentielles » en cas d’accident.

Un autre chauffeur, Juan, raconte ainsi qu’il porte toujours la ceinture, sur tous types de trajets. Il précise qu’elle lui a « sauvé la vie à deux reprises ». Il souligne aussi qu’à force de passer la journée au volant, les taxis s’exposent mécaniquement à un risque d’accident plus élevé que la moyenne des automobilistes.

La sécurité, ligne rouge pour l’organisme public du taxi

L’Institut métropolitain du taxi (IMET), organisme public qui gère notamment les licences de taxi dans l’aire métropolitaine de Barcelone, insiste pour sa part sur la priorité donnée à la sécurité. L’institution qualifie cette dernière de « priorité absolue » dans le véhicule, pour les conducteurs comme pour les passagers.

L’IMET reconnaît toutefois que les avis divergent au sein de la profession et promet un accompagnement. Pour faciliter l’adaptation, l’organisme compte s’appuyer sur son canal interne de communication afin de rappeler la nouvelle règle aux plus de 14 000 taxis de la métropole de Barcelone, limiter les oublis et éviter des pénalités coûteuses au moment de l’entrée en vigueur du nouveau règlement.

  • Fin de la dérogation pour taxis, chauffeurs de marchandises et moniteurs d’auto-école.
  • Obligation de porter la ceinture en ville à partir du 1er octobre.
  • Sanction en cas d’infraction : 200 euros et quatre points en moins.
  • Opposition plus marquée la nuit et chez les conducteurs les plus anciens.
  • Les autorités de régulation font de la sécurité la priorité absolue.

Ce qui se passe en France pour les taxis et la ceinture

Pour un lecteur français, cette décision espagnole rappelle une différence importante avec la situation en France. Dans l’Hexagone, la ceinture de sécurité doit être portée par tous les conducteurs, y compris les professionnels, aussi bien en ville que sur route. Le code de la route ne prévoit pas de dérogation générale pour les taxis en agglomération.

Les taxis français se plient donc déjà à une règle similaire à celle que l’Espagne s’apprête à instaurer. Les sanctions en cas de non-port de la ceinture existent également, avec une contravention et un retrait de points, gérées par les forces de l’ordre et l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions. L’esprit général va dans le même sens : aligner les professionnels sur le reste des usagers de la route.

La question de la sécurité des chauffeurs face à des passagers violents se pose aussi en France, mais elle trouve des réponses davantage du côté d’autres dispositifs : séparation physique avec une vitre, géolocalisation, télésurveillance depuis les centrales radio ou encore boutons d’alerte dans certains véhicules. Ces outils ne remplacent pas la ceinture, mais complètent le dispositif global de protection des conducteurs.

En France, le port de la ceinture en ville s’impose déjà à tous les conducteurs, taxis compris, sans exception générale comparable à celle qui existait en Espagne.

La ceinture, un outil de sécurité souvent sous-estimé

Au-delà du débat propre aux taxis barcelonais, cette évolution réglementaire rappelle le rôle central de la ceinture de sécurité dans la prévention des blessures graves. Les organismes de sécurité routière considèrent depuis des années cet équipement comme l’un des moyens les plus efficaces pour limiter la gravité des chocs.

En cas de collision à vitesse modérée en ville, le corps continue de se déplacer à la même vitesse que le véhicule. Sans ceinture, il heurte le volant, le pare-brise ou l’intérieur de l’habitacle. Avec ceinture, l’énergie se répartit sur les zones les plus résistantes du corps, ce qui réduit nettement le risque de traumatisme majeur.

Pour un taxi qui passe plusieurs heures par jour sur la route, y compris à faible allure, la répétition des déplacements multiplie les situations où un choc peut survenir : franchissement de carrefour, freinage brusque, distraction d’un autre conducteur. Le témoignage de Juan, persuadé que la ceinture lui a déjà sauvé la vie à deux reprises, illustre cette réalité statistique.

Un compromis à trouver entre sécurité routière et sécurité personnelle

Le débat ouvert à Barcelone touche finalement à un équilibre complexe : comment renforcer la sécurité routière tout en tenant compte du risque d’agression que perçoivent certains chauffeurs, notamment la nuit ? Les autorités espagnoles, en mettant fin à l’exception, parient sur un bénéfice net en termes d’accidents évités.

Pour les taxis, l’enjeu consiste désormais à ajuster leurs pratiques. Certains pourraient combiner port systématique de la ceinture et adoption de nouvelles mesures de prévention des agressions : installation de caméras de surveillance, dispositifs d’alerte auprès des centrales, tri plus strict de certains trajets à risque ou adaptation des horaires de travail.

Cette nouvelle règle espagnole illustre enfin une tendance de fond en Europe : la réduction progressive des régimes dérogatoires pour les professionnels de la route, au profit d’un cadre commun axé sur la protection physique de tous les occupants du véhicule, quels que soient le métier ou le type de trajet.

Questions fréquentes

Pourquoi cette nouvelle règle suscite-t-elle des critiques parmi les taxis ?

Les taxis redoutent principalement une augmentation de leur vulnérabilité en cas d'agression ou de vol, la ceinture limitant selon eux leur capacité à se dégager rapidement du véhicule. Les conducteurs de nuit sont particulièrement hostiles, citant des clients alcoolisés et des comportements agressifs plus fréquents la nuit.

Quelles sont les sanctions en cas de non-respect de cette obligation ?

Les contrevenants risquent une amende de 200 euros et le retrait de quatre points sur leur permis de conduire, soit les mêmes sanctions que pour les autres automobilistes.

Qui est concerné par cette nouvelle obligation à partir du 1er octobre ?

Cette obligation concerne les taxis, les chauffeurs de véhicules de marchandises et les moniteurs d'auto-école circulant en agglomération. Jusqu'à présent, ces professionnels pouvaient conduire sans ceinture en zone urbaine.

Comment le secteur du taxi s'adapte-t-il à ce changement ?

L'IMET, l'organisme public gérant les licences de taxi à Barcelone, promet d'accompagner les 14 000 taxis de l'agglomération en rappelant la nouvelle règle via ses canaux de communication internes pour limiter les oublis et les pénalités.

Y a-t-il des différences selon le profil des chauffeurs ?

Oui, les jeunes conducteurs acceptent plus facilement la règle car ils ont été formés avec une culture de ceinture systématique. Les conducteurs les plus anciens, habitués à conduire sans ceinture en ville, éprouvent plus de difficultés. Les taxis de jour sont aussi plus ouverts que ceux de nuit.

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