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Enfouie sous les cendres de Pompéi depuis près de 2 000 ans : les scientifiques ont retrouvé une odeur intacte

Enfouie sous les cendres de Pompéi depuis près de 2 000 ans : les scientifiques ont retrouvé une odeur intacte

En Italie, des brûle-parfums romains exhumés près de Pompéi livrent des traces infimes de parfums et d’offrandes domestiques disparus.

Dans un article consacré à l’archéologie sensorielle, le média indien en ligne Indian Defence Review raconte comment une équipe de chercheurs est parvenue à reconstituer, en partie, l’odeur d’un rituel religieux romain figé par l’éruption du Vésuve, en 79 après J.-C., autour de Pompéi, dans le sud de l’Italie.

Des cendres qui gardent la mémoire d’un parfum disparu

Depuis près de 2 000 ans, les odeurs des maisons romaines de Pompéi semblaient perdues à jamais. Les fouilles ont révélé des rues entières, des fresques, des mosaïques, mais presque rien de ce monde invisible que formaient les parfums, la fumée et les effluves du quotidien. Les chercheurs cités par Indian Defence Review montrent aujourd’hui que ce vide n’est pas total.

Deux petits encensoirs en terre cuite, appelés aussi brûle-parfums ou encensoirs rituels, ont été au cœur de l’étude. Ils avaient été mis au jour il y a plusieurs décennies : l’un dans Pompéi même, l’autre dans la commune voisine de Boscoreale, également frappée par l’éruption du Vésuve.

À l’époque de leur découverte, ces objets avaient été catalogués, étudiés pour leur forme et leur décor, puis rangés. Mais leur contenu, les cendres et résidus coincés au fond des coupelles, n’avaient jamais fait l’objet d’une analyse fine.

Les minuscules résidus piégés dans deux encensoirs romains livrent aujourd’hui la composition chimique et végétale d’un rituel familial interrompu par le Vésuve.

Les scientifiques ont prélevé de très petites quantités de matière à différents endroits de chaque vase. L’objectif : traquer les empreintes laissées par les végétaux brûlés, les résines parfumées et les liquides versés pendant les cérémonies domestiques.

Deux encensoirs, deux contextes de vie romaine

Les lieux de découverte de ces objets racontent deux histoires complémentaires de la vie quotidienne romaine en Campanie.

  • Le premier encensoir provient d’un bâtiment de Pompéi qui, d’après les archéologues, était en train d’être transformé en auberge lorsque la ville a été ensevelie.
  • Le second brûle-parfum a été retrouvé dans un petit sanctuaire domestique d’une villa rurale à Boscoreale, entouré d’objets liés aux pratiques religieuses.

Dans les deux cas, il s’agit de lieux où les habitants honoraient les divinités du foyer, les Lares et les Penates, protecteurs de la maison et des provisions. Les textes antiques évoquent régulièrement ces cultes, avec des offrandes de vin, de fruits, de fleurs, de grains et d’encens.

Le poète latin Properce, cité par Indian Defence Review, résumait ainsi cette piété domestique : il demandait de « douces herbes aromatiques » et de « jolis encens » pour honorer les dieux. Jusqu’à cette étude, ces descriptions restaient surtout littéraires ; il manquait la preuve matérielle précise de ce qui brûlait réellement dans les encensoirs.

Comment reconstituer une odeur vieille de 2 000 ans ?

Pour approcher ce parfum perdu, les chercheurs ont mobilisé plusieurs techniques de laboratoire. Ils ont d’abord cherché des fragments microscopiques de plantes carbonisées, invisibles à l’œil nu, mais reconnaissables au microscope par leur structure.

Ils ont ensuite étudié les phytolithes, ces minuscules structures de silice produites par certaines plantes. Quand les tiges, feuilles ou graines disparaissent, ces petits « squelettes » minéraux peuvent survivre des millénaires. Leur forme aide à identifier la famille végétale d’origine.

Une série d’analyses chimiques a complété le tableau, afin de détecter des composés encore piégés dans la masse noire des résidus : traces de résines aromatiques, d’huiles, de produits issus du raisin et d’autres matières organiques brûlées ou versées dans les coupelles.

Cette approche croisée – microscope, phytolithes et chimie organique – permet de reconstruire non pas une odeur unique, mais un « mélange parfumé » caractéristique d’un moment de prière domestique.

Un mélange de bois, de plantes locales et de fruits

Les résultats ne renvoient pas à une recette standard d’encens romain, mais à un assemblage de composants. Les encensoirs contenaient des restes de végétaux ligneux qui suggèrent l’utilisation de bois locaux, probablement pour alimenter le feu. Les indices pointent vers :

  • du chêne,
  • du laurier,
  • des graminées,
  • des plantes proches des arbres à noyaux (type fruits à noyau).

Ces éléments s’accordent avec d’autres découvertes effectuées dans la région de Pompéi, où l’on a déjà retrouvé des restes calcinés de figues, de pignons de pin et d’autres végétaux brûlés sur des autels ou dans des sanctuaires.

Les chercheurs notent aussi une absence : contrairement à ce que l’on observe dans d’autres régions du monde antique, aucune trace d’excréments séchés utilisés comme combustible n’a été détectée. Le combustible paraît donc provenir essentiellement du paysage boisé local.

Une résine exotique qui raconte le commerce romain

Au milieu de ces matières courantes, un élément se distingue. Dans l’un des encensoirs, l’équipe a détecté des composés chimiques typiques d’une résine aromatique appartenant à la même famille botanique que l’encens (oliban), très probablement de l’élémi.

Cette résine ne poussait pas autour de Pompéi. Selon les chercheurs cités par Indian Defence Review, elle a probablement voyagé sur de longues distances avant d’atteindre l’Italie.

La présence d’élémi dans un simple rite domestique suggère que des résines lointaines, importées via de vastes réseaux commerciaux, finissaient jusque dans les encensoirs des maisons romaines ordinaires.

Les circuits évoqués par les spécialistes suivent les routes maritimes de l’époque : l’aromate aurait transit par la mer Rouge, atteint un grand port comme Alexandrie, en Égypte, puis gagné la Méditerranée centrale avant d’être redistribué vers l’Italie.

D’après cette étude, il s’agirait de la première preuve archéologique directe que des résines aromatiques importées étaient brûlées lors de cultes domestiques à Pompéi, et pas seulement dans les temples ou les grands sanctuaires officiels.

Le vin s’invite aussi dans le rituel

Les chercheurs ont mis en évidence un autre indice intrigant : dans l’encensoir qui contenait la résine exotique, des signaux chimiques évoquent des produits dérivés du raisin, comme du vin ou du vinaigre.

Les spécialistes se montrent prudents, car une contamination récente ne peut pas être totalement écartée, notamment lors de la manipulation des objets au cours des dernières décennies. Mais si ces traces s’avéraient bien antiques, elles s’inséreraient logiquement dans les pratiques décrites par les textes latins.

Les sources historiques évoquent en effet des libations de vin versé en offrande tandis que l’encens se consume. Les deux substances, liquide et fumée parfumée, auraient donc pu être associées dans le même cérémonial, autour du petit autel domestique.

Une « scènette » olfactive d’un foyer romain

En combinant tous ces éléments – bois locaux, plantes, fruits, résine importée, possible produit du raisin – les chercheurs parviennent à reconstituer une sorte de scène figée par l’éruption.

On peut imaginer une pièce où se trouve un petit sanctuaire dédié aux divinités du foyer. Le feu crépite dans le brûle-parfum, alimenté par des rameaux et des brindilles. La fumée emporte les parfums mêlés du laurier, des plantes locales et d’une résine lointaine, plus riche, arrivée d’Arabie, d’Afrique tropicale ou d’Asie. À côté, quelqu’un verse du vin en offrande, complétant ce paysage d’odeurs aujourd’hui disparu.

Les chercheurs en parlent dans le cadre de l’« archéologie sensorielle » : une discipline qui cherche à reconstituer non seulement ce que les anciens voyaient ou construisaient, mais aussi ce qu’ils sentaient, goûtant et entendaient. Ces travaux ne prétendent pas restituer l’odeur de chaque ruelle ou de chaque maison de Pompéi, mais offrir un aperçu précis de ce qu’un rituel domestique pouvait dégager comme « paysage olfactif ».

Ce que ces recherches apprennent à un lecteur français

Pour un lecteur en France, cette étude illustre un mouvement plus large de l’archéologie actuelle, qui dépasse le simple inventaire des objets. Des équipes françaises mènent également des travaux de ce type sur des sites gallo-romains, cherchant par exemple à identifier les parfums, encens ou produits de soin utilisés dans les villes antiques de la Gaule.

En France, des institutions comme l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) ou le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) soutiennent des analyses comparables : étude des résidus dans des amphores, analyse chimique des dépôts sur des brûle-parfums, reconstitution de recettes de parfums antiques à partir de textes latins et grecs.

Ces approches permettent de mieux comprendre la place des odeurs dans la vie quotidienne romaine en Gaule, dans les thermes, les sanctuaires et les maisons. Elles rapprochent aussi le public contemporain de ces sociétés anciennes, en s’appuyant sur un sens – l’odorat – qui parle immédiatement à chacun.

Archéologie sensorielle : un champ en plein essor

L’étude relatée par Indian Defence Review rappelle l’ampleur des informations encore enfouies dans des objets déjà connus. Un simple encensoir, analysé avec les outils actuels, peut révéler :

  • Des choix religieux : recours à des résines prestigieuses pour honorer les dieux du foyer.
  • Des pratiques domestiques : usage simultané de plantes locales, de bois de chauffage et de produits du raisin.
  • Des réseaux économiques : circulation, à travers la Méditerranée, d’ingrédients odorants rares.
  • Ce type de recherche comporte toutefois des limites. Les odeurs restituées ne sont jamais une reproduction exacte. Elles reposent sur des indices chimiques et botaniques partiels, interprétés avec prudence. La dégradation des molécules sur près de vingt siècles impose aux chercheurs de rester modestes dans leurs affirmations.

    Un patrimoine olfactif à réinventer sans le trahir

    Pour tenter de donner au grand public une idée de ces senteurs anciennes, certains musées travaillent avec des parfumeurs. À partir de données scientifiques comparables à celles de l’étude sur Pompéi, ils proposent des reconstitutions d’odeurs, présentées comme des hypothèses éclairées plutôt que comme des copies fidèles.

    Ces reconstitutions doivent respecter un équilibre : être suffisamment proches des résultats scientifiques pour ne pas trahir les connaissances, tout en restant compréhensibles pour un visiteur d’aujourd’hui. L’odeur d’un encens romain chargé de résine lointaine, de vin et de fumée de bois peut, par exemple, être suggérée par un mélange contemporain soigneusement dosé.

    La démarche pose aussi une question plus large : que reste-t-il de notre propre « paysage olfactif » dans le temps long ? Les matières plastiques, les carburants ou les parfums de synthèse laisseront-ils, dans deux millénaires, des signatures aussi lisibles que celles de l’élémi et du vin dans les encensoirs de Pompéi ? Les travaux menés en Italie montrent, en tout cas, qu’une odeur peut survivre sous forme de traces invisibles, prête à être déchiffrée bien après que la fumée s’est dissipée.

    Questions fréquentes

    Comment les scientifiques ont-ils pu reconstituer une odeur vieille de 2 000 ans?

    Ils ont prélevé des résidus dans les encensoirs et utilisé plusieurs techniques: la microscopie pour identifier les fragments de plantes carbonisées, l'analyse des phytolithes (structures minérales) pour reconnaître les familles végétales, et la chimie organique pour détecter les composés chimiques restants.

    Quels étaient les deux lieux de découverte de ces encensoirs?

    L'un provient d'un bâtiment de Pompéi en cours de transformation en auberge, l'autre d'un petit sanctuaire domestique d'une villa rurale à Boscoreale. Les deux contenaient des objets liés aux cultes des Lares et des Penates, dieux protecteurs de la maison.

    Qu'est-ce que l'élémi et d'où provenait-elle?

    L'élémi est une résine aromatique exotique appartenant à la même famille botanique que l'encens, détectée dans l'un des encensoirs. Elle ne poussait pas autour de Pompéi et a probablement voyagé via les routes maritimes antiques, passant par la mer Rouge, Alexandrie en Égypte, puis la Méditerranée.

    Quels éléments composaient le mélange parfumé retrouvé?

    Les encensoirs contenaient des restes de bois locaux (chêne, laurier), des graminées, des plantes proches des arbres à noyaux, ainsi que des résines aromatiques exotiques. Dans l'un d'eux, des traces de produits dérivés du raisin (vin ou vinaigre) ont également été détectées.

    Pourquoi cette découverte est-elle importante pour l'archéologie?

    C'est la première preuve archéologique directe que des résines aromatiques importées de loin étaient brûlées lors de cultes domestiques ordinaires à Pompéi, pas seulement dans les temples officiels, ce qui révèle l'ampleur des réseaux commerciaux antiques.

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